Sculpture française du XIXe siècle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La sculpture française du XIXe siècle concerne la production sculpturale et statuaire en France entre 1801 et 1901. Elle est caractérisée par la diversité des courants et des styles, allant du néoclassicisme du début du siècle, au primitivisme et à l'Art nouveau de la fin du siècle. Une production de monuments est induite par les commandes officielles et la bourgeoisie avec les monuments funéraires privés et les petites pièces de bronze dont les nombreux sculpteurs animaliers se font une spécialité. Certains de ses principaux représentants sont François Rude, David d'Angers, James Pradier, Antoine-Louis Barye, Jean-Baptiste Carpeaux, Auguste Bartholdi, Jules Dalou, Auguste Rodin et Camille Claudel. Les peintres pratiquant la sculpture sont également nombreux. Parmi les plus célèbres on peut citer Honoré Daumier, Gustave Doré, Jean-Léon Gérôme, Edgar Degas et Paul Gauguin.

Périodes et styles[modifier | modifier le code]

Le néoclassicisme[modifier | modifier le code]

Jean-Antoine Houdon dernier grand représentant de la sculpture du XVIIIe siècle, faisant la jonction entre classicisme et néoclassicisme, continue son activité jusqu'en 1814 en se consacrant principalement à des portraits en buste dont celui de l'empereur Napoléon Ier au musée de Dijon. Au début du siècle, l'époque napoléonienne voit se consolider le néoclassicisme qu'influence l'Italien Antonio Canova. À cette période les principaux représentant sont Antoine-Denis Chaudet, Pierre Cartellier, François Joseph Bosio et Joseph Chinard. Ce courant s'exprime principalement avec les commandes officielles du régime napoléonien, dans les bas-reliefs, les bustes, les colonnes nationales et les arcs de triomphe. Il perdure après le Ier Empire avec James Pradier, sculpteur le plus en vogue sous la monarchie de juillet et qui, par son style empreint de sensualité et ses inspirations orientales, tente une synthèse entre classicisme et romantisme[1]. Avec le néoclassicisme tardif, ce courant se prolonge jusqu'au second Empire, avec Eugène Guillaume, Pierre-Jules Cavelier et Gabriel-Jules Thomas.

Cliquez sur une image pour l'agrandir, ou survolez-la pour afficher sa légende.


La sculpture romantique[modifier | modifier le code]

David d'Angers et François Rude sont les principaux représentants du Romantisme en sculpture. Ce style se caractérise par son sens du mouvement, et son impétuosité illustré par le célèbre haut-relief de l'Arc de Triomphe le Départ des volontaires (dit aussi la Marseillaise) élaboré par Rude de 1832 à 1835. David d'Angers va surtout se singulariser à travers ses portraits sculptés, 500 médaillons en bas-relief, et plusieurs bustes dont celui monumental de Goethe est représentatif[2]. Antoine-Louis Barye dans ses sculptures animalières comme Le Lion écrasant un serpent, est comparable à Delacroix avec ses scènes de chasse[3]. La sculpture romantique émerge véritablement au Salon de 1831, où est notamment exposé le Roland furieux de Jehan Duseigneur, qui traite le thème romantique par excellence de l'amour conduisant à la folie avec une forte recherche d'expressivité. Au Salon de 1834 Auguste Préault provoque un scandale artistique avec son bas-relief Tuerie[4]. Henry de Triqueti et Félicie de Fauveau renouent avec la Renaissance italienne pour le premier et avec l'art gothique pour la seconde, dans cette passion pour l'histoire ancienne dégagée des références classiques à l'antique qui constitue une autre caractéristique du romantisme.

Cliquez sur une image pour l'agrandir, ou survolez-la pour afficher sa légende.


L'éclectisme[modifier | modifier le code]

L'éclectisme est le style en vogue sous le second Empire et la troisième république. Comme en architecture, il se caractérise par l'emprunt à différents style du passé, Moyen âge, Renaissance, néo-classicisme, néo-baroque. Son plus célèbre représentant est Jean-Baptiste Carpeaux qui fait une synthèse de l'esprit Renaissance et de l'esprit néo-baroque[5] dont le premier témoignage est son Pécheur à la coquille. Son groupe La Danse destiné à la facade de l'opéra Garnier, par son naturalisme fit scandale, et fut jugé indécent[6]. Charles Cordier avec ses bustes veut présenter une « études des races » en faisants des portraits de population du soudan , ou du Darfour[7].

Cliquez sur une image pour l'agrandir, ou survolez-la pour afficher sa légende.


Réalisme[modifier | modifier le code]

Le caricaturiste et peintre Daumier avec ses bustes de parlementaires et son Ratapoil, statuette antibonapartiste de 1851 préfigure le réalisme dans la sculpture[8].

En 1847 Auguste Clésinger défraya la chronique en exposant au Salon sa Femme piquée par un serpent. Le réalisme sans concession du corps représenté dans tout ses détails, allant jusqu'à reproduire la cellulite en haut des cuisses, avait été obtenu par un moulage direct du corps du modèle Apollonie Sabatier, demi-mondaine en vue dans la société de l'époque. Le réalisme de la sculpture, la technique employée, et l'identité du modèle ont concouru au scandale de l'œuvre[9].

Le principal représentant de la sculpture réaliste est Jules Dalou avec des œuvres monumentales sur le monde ouvrier où il témoigne de ses engagements républicains et communards[10]. Il a laissé de nombreuses études pour un projet de Monument aux Travailleurs inachevé (musée du Petit Palais et musée d'Orsay) qui rendent hommage au monde du travail et de la paysannerie. Autre sculpteur représentatif de ce courant, le belge Constantin Meunier, dont la majeure partie de la carrière se déroule en Belgique, se fait connaître à Paris en exposant au Salon de 1886 son Marteleur. Son bas-relief La Glèbe entre dans les collections du musée du Luxembourg en 1892, et il laisse lui aussi un Monument aux travail inachevé[11].

Cliquez sur une image pour l'agrandir, ou survolez-la pour afficher sa légende.


Impressionnisme en sculpture[modifier | modifier le code]

L'impressionnisme, courant essentiellement pictural, trouve des équivalences dans la sculpture, par la technique du modelé et le traitement spontané des surfaces. Deux artistes venus de la peinture représentent cette tendance en sculpture, Edgar Degas et Auguste Renoir. Degas créa la controverse avec sa Petite Danseuse de quatorze ans dont le réalisme choqua les contemporains. Seule sculpture destinée à etre exposée, il laisse après sa mort une série de cires modelées représentants des études de mouvements, qui furent coulée en bronze[12]. Autre représentant de cette tendance , l'italien naturalisé français Medardo Rosso dont des sculptures prennent pour titre : Impression de femme sous un parapluie, ou impression en omnibus. Son œuvre a pu influencer Rodin quand il travaillait sur son Balzac[13]

Cliquez sur une image pour l'agrandir, ou survolez-la pour afficher sa légende.


Académisme[modifier | modifier le code]

Adaptée à la statuaire monumentale et a la décoration architecturale, la sculpture académique se caractérise par le choix de sujets allégoriques et patriotiques, et dont le style se rapproche du néoclassicisme tardif[14]. Henri Chapu élève de Pradier, est représentatif de l'académisme allégorique. Autre représentant de cette tendance, Georges Récipon dont le quadrige l'Harmonie triomphant de la discorde[14] du Grand Palais est également caractéristique du mouvement néo-baroque[15].

Le courant dit néo-florentin, qui apparait dans les années 1860 et crée une sculpture académique gracieuse, raffinée et au canon élégant est incarné par Paul Dubois et les Toulousains Alexandre Falguière, Antonin Mercié et Laurent Marqueste.

Né à Colmar et marqué par la guerre franco-prussienne, Frédéric-Auguste Bartholdi produit une statuaire dévolue aux sujets patriotiques, Le Lion de Belfort, et Vercingétorix de Clermont-Ferrand. Il devient universellement célèbre avec la Statue de la Liberté. Autres sculpteurs de monuments patriotiques, Georges Diebolt créateur du Zouave et du Grenadier du pont de l'Alma, et Emmanuel Frémiet, sculpteur de la Jeanne d'Arc de la place des Pyramides, de la Statue équestre de Napoléon, à Laffrey, et la Statue équestre de Duguesclin à Dinan.

Jean-Léon Gérôme fut un des peintres académiques (avec Ernest Meissonier), à avoir aussi abordé la sculpture. Ses œuvres d'inspirations antiques ou orientalistes, utilisent, pour certaines d'entre elle, la polychromie ( La Joueuse de boules, Buste de Sarah Bernhardt)[14].

Cliquez sur une image pour l'agrandir, ou survolez-la pour afficher sa légende.


Symbolisme[modifier | modifier le code]

Courant artistique d'origine littéraire, le Symbolisme trouva aussi dans la sculpture un mode d'expression. Style empreint de liberté, c'est principalement avec les hauts et bas-reliefs qu'il s'exprime pleinement[16]. On le retrouve notamment, dans les monuments funéraires. Albert Bartholomé laisse plusieurs œuvres représentatives, dont le monument aux morts du cimetière du père Lachaise, et des masques en bronze inspirés de l'art japonais[17]. Influencé aussi par l'art japonais, à travers ses masques en céramique, Jean Carriès marqua le salon de 1881 avec sa tête décapitée de Charles Ier en bronze[17]. Avec la Porte de l'enfer Auguste Rodin quant à lui, réalise le monument du symbolisme en sculpture[18]. Parmi les autres représentants, Pierre Roche fait la transition entre le symbolisme par ses thèmes, et l'Art nouveau dans son style[19].

Cliquez sur une image pour l'agrandir, ou survolez-la pour afficher sa légende.


L'Art Nouveau[modifier | modifier le code]

L'extrême fin du siècle coïncide avec l'apparition de l'Art nouveau dont les principales expressions en sculpture en France sont surtout décoratives, avec des artistes comme Raoul Larche, Agathon Léonard ou François-Rupert Carabin.

La sculpture moderne[modifier | modifier le code]

Auguste Rodin, sculpteur venu du néo-baroque, ayant abordé le symbolisme et le réalisme, est considéré comme l'inventeur de la sculpture moderne. Avec son monument à Balzac il expose son manifeste de la modernité en sculpture et provoque un scandale lors de sa présentation publique. Ses disciples Camille Claudel, et Antoine Bourdelle assurent la transition vers le XXe siècle.

Cliquez sur une image pour l'agrandir, ou survolez-la pour afficher sa légende.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Legrand, L'Art romantique p. 74
  2. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 27
  3. Gérad Legrand, l'Art Romantique p. 76
  4. Préault : le romantique oublié Le Point
  5. Guillaume Peigné, Dictionnaire des sculpteurs néo-baroques français (1870-1914), Éditions CTHS, Paris, 2012.
  6. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 52
  7. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 45
  8. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 69
  9. Notice du musée d'Orsay
  10. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 71
  11. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 73
  12. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 91
  13. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 87
  14. a, b et c Louis Marie Lecharny L'Art Pompier p. 73
  15. Guillaume Peigné, Dictionnaire des sculpteurs néo-baroques français (1870-1914), Éditions CTHS, Paris, 2012, pp. 411 à 422.
  16. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 97
  17. a et b Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 99
  18. Anne Pingeot, Orsay , la sculpture p. 98
  19. Anne Pingeot, Antoinette Le Normand-Romain, Isabelle Lemaistre , Sculpture française, XIXe siècle p. 60

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne Pingeot, Orsay, la sculpture, Scala éditions 2003
  • Guillaume Peigné, Dictionnaire des sculpteurs néo-baroques français (1870-1914), Éditions CTHS (collection Format no 71), Paris, 2012 (ISBN 978-2-7355-0780-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]