Scripturalisme

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Le scripturalisme se dit d'une attitude religieuse refusant de tirer d'autres commandements religieux que ceux existant dans les textes sacrés. Les traditions orales ou interprétatives apportant des commandements additionnels sont donc rejetées.

Dans le domaine du christianisme et du judaïsme, le scripturalisme est fondé sur quelques citations de la Bible comme « Maintenant, Israël, écoute les lois et les ordonnances que je vous enseigne. [...] Vous n’ajouterez rien à ce que je vous prescris, et vous n’en retrancherez rien [...]. »[1], ou « la Torah et la Mitzva que J'ai écrites »[2].

Le scripturalisme dans le judaïsme[modifier | modifier le code]

Dès avant l'ère chrétienne se sont affrontées deux conceptions. Pour le mouvement des pharisiens, il existait une Torah (loi religieuse) orale donnée à Moïse sur le mont Sinaï en même temps que la Torah écrite (le texte du pentateuque). Celle-ci ne contredirait donc pas l'injonction « Vous n’ajouterez rien à ce que je vous prescris ». On trouve dans cette Torah orale (compilée aux IVe et Ve siècles dans les deux Talmuds) des commandements additionnels et des interprétations de passages peu clairs de la Bible hébraïque.

Certains courants juifs ou apparentés aux judaïsme ont par contre refusé cette Torah orale, et se sont reposés sur le seul texte biblique. On peut citer :

  • les samaritains, un mouvement apparu à une date mal définie, mais au plus tard au IVe siècle avant l'ère chrétienne;
  • les sadducéens, le courant incarné par les prêtres du temple de Jérusalem avant la destruction de celui-ci en 70 après J.-C.;
  • les karaïtes, un courant identifié au VIIIe siècle de l'ère chrétienne.

D'autres courants mal connus, évoqués par le Talmud, semblent également avoir existé.

Plus récemment, on note l'apparition au XIXe siècle des courants dits du judaïsme réformé. Ceux-ci ont à l'origine rejeté le Talmud dans une attitude typiquement scripturaliste. Avec le temps, ce rejet s'est estompé, et différentes sensibilités sont apparues, qui donnent une valeur allant de limitée à importante à la loi orale. Celle-ci n'est cependant pas aussi sacralisée que dans le judaïsme orthodoxe.

Malgré le rapport à la seule écriture, les courants ci-dessus ont pu avoir des positions assez différentes. Cela est dû soit à des interprétations du texte biblique en opposition, soit à des divergences sur ce qu'est l'écriture. Ainsi les sadducéens rejetaient la résurrection des morts, plus tard acceptée par les karaïtes, car les sadducéens rejetaient les livres des prophètes faisant mention de cette résurrection.

Le scripturalisme dans le christianisme[modifier | modifier le code]

Le christianisme primitif n'a pas repris la loi orale du judaïsme pharisien du Ier siècle, lors de son apparition. Il est donc à l'origine un courant qu'on peut qualifier dans un certaine mesure de scripturaliste. Dans une certaine mesure seulement, car le rejet des règles rituelles définies dans le lévitique (comme l'interdiction du porc[3], les règles du sacrifice[4], ...) amorce le début d'une tradition interprétative n'hésitant pas à remettre en cause certains aspects du texte.

Avec le temps, les Églises chrétiennes se sont dotées de normes d'interprétations du texte biblique et de coutumes qu'elles ont eu tendance à sacraliser.

C'est contre cette démarche que s'est élevé le protestantisme au XVIe siècle. Celui-ci a ainsi contesté le culte des saints, la prééminence du pape, l'existence du purgatoire, l'existence des ordres religieux, tous points essentiels de la foi catholique, mais totalement absents des écritures chrétiennes (Ancien Testament et Nouveau Testament). Les protestants ont souhaité revenir à une interprétation plus littérale des textes sacrés.

En Europe orientale, les Moloques, ou Molokans ont adopté des attitudes scripturalistes, en mettant en œuvre par exemple les prescriptions du lévitique généralement ignorées des autres chrétiens.

Limites du scripturalisme[modifier | modifier le code]

En pratique, les courants scripturalistes des religions fondées sur la Bible ont fait des interprétations de passages peu clairs de ce texte, développant ainsi une tradition religieuse non strictement fondée sur l'écriture.

Les chrétiens, même les plus scripturalistes des protestants, considèrent presque toujours que les lois religieuses (par exemple alimentaires) de l'Ancien Testament sont annulées, et ne les pratiquent donc pas. On a cependant vu des groupes chrétiens anciens (ébionites) ou modernes (judaïsme messianique) reprendre les loi juives de l'Ancien Testament, comme la circoncision ou les lois alimentaires, afin d'être au plus près du texte. Mais cette fidélité peut poser certains problèmes, même dans une optique structuraliste, puisque certains textes se contredisent. Il en va ainsi des épitres de Paul rejetant les lois juives du Lévitique. Raison pour laquelle les ébionites rejetaient les écrits de Paul.

Les karaïtes ont résolu la contradiction entre le respect du texte et ses inévitables interprétations en indiquant que toutes les interprétations étaient susceptibles de remise en cause, qu'elles étaient indispensables mais évolutives tant que le texte était respecté.

Les protestants ont généralement relativement bien accepté l'existence d'interprétations différentes, donnant naissance à une riche gamme de groupes religieux. Certains groupes ont cependant eu tendance à sacraliser leur interprétation des textes, et à excommunier les autres groupes protestants, figeant ainsi une interprétation religieuse non strictement littéraliste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Deutéronome 4:1-2.
  2. Exode 24:12.
  3. s:Lévitique 11
  4. s:Lévitique 1