Screamin' Jay Hawkins

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Screamin' Jay Hawkins

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Screamin' Jay Hawkins au Festival National de Blues du Creusot en 1995.

Informations générales
Nom Jalacy Hawkins
Naissance
Ohio - Cleveland
Décès (à 70 ans)
France - Neuilly-sur-Seine
Activité principale Musicien, auteur, acteur, producteur
Genre musical rhythm and blues, soul, shock rock
Années actives 1946-2000

Screamin' Jay Hawkins, de son vrai nom Jalacy Hawkins, est un auteur-compositeur et interprète américain de rhythm and blues né le à Cleveland dans l'Ohio, aux États-Unis et mort le à Neuilly-sur-Seine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Élevé alternativement par sa mère et par des indiens Blackfoot, il quitte le lycée en 1945 pour être chanteur fantaisiste pour l'armée de l'air dans les dancings pour soldats en Allemagne, au Japon et en Corée. À cette époque, il pratique également la boxe. En 1951, il est engagé comme pianiste puis comme chanteur (et accessoirement comme chauffeur) du guitariste de jazz Tiny Grimes. Il enregistre le titre Screamin' Blues, puis il accompagne Johnny Sparrow & his Sparrows, enregistre en 1954 les deux disques Baptize Me In Wine et I Found My Way To Wine, et part en tournée avec Fats Domino. Durant les années 1955-56, il enregistrera Wamee (qui plus tard sera connu sous le titre She Put The Wame On Me).

Dans le cadre du Théâtre aux Armées ou ailleurs, il affirme avoir joué avec Arnett Cobb, Gene Ammons, James Moody, Lynn Hope ou Lionel Hampton. « Je ne savais pas véritablement chanter jusqu'au jour où je me suis produit dans une ville nommée Nitro, en Virginie. Il y avait là une femme énorme, très grosse, imposante... Genre gloutonne, bestiale, obèse. Cette femme aurait fait passer un pauvre éléphant pour une mine de crayon tellement elle était grosse. Et elle était heureuse ! Elle engloutissait du scotch Black and White et du Jack Daniel en même temps... et elle me regardait sans cesse. Elle criait : "Scream baby ! Scream, JAY !". À cet instant je me suis dit : "Tu cherchais un nom de scène.... et bien le voici !" ». C'est donc de l'enthousiasme quelque peu éméché d'une encombrante admiratrice que naît le tonitruant sobriquet de Screamin' Jay Hawkins.

En 1956, il connaît son premier succès avec I Put A Spell On You. Mais le disque est censuré par les radios. La particularité d'Hawkins était de reprendre des standards dans un style bien à lui, qui consistait à introduire des bruits corporels comme éléments à part entière de la musique au même titre que la voix, la guitare ou la batterie (comme dans le drôlatique Constipation blues, dont une célèbre version est en duo avec Serge Gainsbourg). À cette même époque, il invente pour la scène un personnage de monstre loufoque qui sort d'un cercueil, joue avec des crânes, porte une cape de vampire, etc. Ce rôle le suivra toute sa vie et fera malheureusement oublier ses talents de chanteur et de pianiste.

Il enregistre en 1957 un album pour Epic, At Home With Screamin' Jay Hawkins, où il chante I Love Paris de Cole Porter. Mais, du fait de la censure, ses disques comme Frenzy ou Alligator Wine se vendent peu. Sa prestation dans le film Mister Rock'n' Roll d'Alan Freed en 1957 est coupée au montage. En 1960, il décide d'abandonner et se retire à Honolulu pendant dix ans.

Mais s'il est incompris dans son pays, Screamin' Jay Hawkins est une légende à l'étranger. I Put A Spell On You connait le succès grâce aux reprises de Nina Simone (1965), Alan Price Set (1966) et Creedence Clearwater Revival. Constipation blues est un tube au Japon en 1968. Il s'installe alors en France dans les années 1980. C'est le début de la réhabilitation de cet interprète.

En 1984, le groupe américain garage et psychédélique des Fuzztones l'accompagne sur un surprenant maxi 4 titres. Il joue dans le film Mystery Train de Jim Jarmusch et fait une apparition dans Peut-être de Cédric Klapisch : les Stones lui demandent de faire leur première partie au Madison Square Garden, et sa reprise de Heart Attack And Wine de Tom Waits se vend bien grâce à son utilisation dans une pub pour les jean's Levi's.

Screamin' Jay Hawkins est mort le après une opération pour traiter une rupture d'anévrisme survenue dans le train qui le menait vers son prochain concert à Paris. Son dernier concert eut donc lieu à Amstelveen, aux Pays-Bas[1]. Il laisse derrière lui un grand nombre d'enfants conçus avec beaucoup de femmes. Leur nombre est estimé à cinquante-sept, mais après enquête on s'approcherait plus des 75[2],[3].

I Put a Spell on You[modifier | modifier le code]

Screamin Jay Hawkins en 1957

De labels en singles (« J'ai changé de maisons de disques comme vous changez de chaussures. »), l'histoire nous conduit à New York, au cœur feutré d'un studio, en ce jour mémorable du . Jay enregistre pour la seconde fois une ballade de son cru intitulée I Put A Spell On You. Arnold Maxin (A&R de Columbia) cherche à motiver les musiciens présents : « Ne considérez pas cette réunion comme une séance d'enregistrement, mais plutôt comme un pique-nique ! Amusez-vous ! » lance-t-il à la ronde…

Les rafraîchissements coulent à flots : « Nous étions ivres morts », se souvient Jay. « Il y avait là toutes sortes d'alcools : vin, scotch, bourbon, vodka, gin et rhum ». Le reste de cette mémorable séance s'estompe lentement dans les vapeurs d'alcool.

Quelques jours plus tard, lorsque Jay écoute le résultat couché sur la bande, il est perplexe ! Il refuse d'abord de croire que c'est lui qui chante : « Je ne savais pas que je pouvais hurler, grogner ou gémir de la sorte... », confie-t-il. Le disque est commercialisé et, le temps d'un microsillon, Screamin' Jay Hawkins devient, pour l'Amérique puritaine d'alors, l'« Ennemi National numéro 1 »… Mais en parallèle, la jeunesse ne s'y trompe pas. Elle reconnaît dans ses grognements cannibales et paroxystiques les francs symptômes d'une sédition de bon aloi. Le disque se vend à plus d'un million d'exemplaires. Et I Put A Spell On You s'inscrit sans hésiter au rayon des hymnes incontournables du rock and roll.

Devenue un grand classique, cette chanson a été immortalisée par les Creedence Clearwater Revival en 1968, dans une version très lascive. Nina Simone, Alan Price, The Animals, les Them de Van Morrison, Arthur Brown, Bryan Ferry, Buddy Guy avec Carlos Santana, Leon Russell, Joe Cocker, Nick Cave dans une version qui n'est disponible qu'en extrait de concert et jamais enregistrée en studio, Marilyn Manson dans l'album Smells like children, Dionysos (dans le concert électrique Whatever the weather) qui ont également enregistré leur propre version, Jeff Beck et Joss Stone, ainsi que Julien Doré, lors de l'émission Nouvelle Star 2007.

Discographie[modifier | modifier le code]

Les Singles[modifier | modifier le code]

  • 1956 I Put a Spell On You/Little Demon [OKeh 7072]
  • 1957 You Made Me Love You/Darling, Please Forgive Me [OKeh 7084]
  • 1957 Frenzy/Person to Person [OKeh 7087]
  • 1958 Alligator Wine/There's Something Wrong With You [OKeh 7101]
  • 1958 Armpit #6/The Past [Red Top 126]
  • 1962 I Hear Voices/Just Don't Care [Enrica 1010]
  • 1962 Ashes/Nitty Gritty - w/ Shoutin' Pat (Newborn) [Chancellor 1117]
  • 1966 Poor Folks / Your Kind of Love [Providence 411]
  • 1970 Do You Really Love Me/Constipation Blues [Philips 40645]
  • 1973 Monkberry Moon Delight/Sweet Ginny [Queen Bee 1313]

Discographie studio[modifier | modifier le code]

  • 1958 At Home with Screamin' Jay Hawkins (Okeh/Epic)
  • 1965 The Night and Day of Screamin' Jay Hawkins (Planet)
  • 1969 What That Is! (Philips)
  • 1970 Because Is in Your Mind (Armpitrubber) (Philips)
  • 1972 Portrait of a Man and His Woman (Hotline)
  • 1977 I put a spell on you (Versatile—enregistrements de 1966-76)
  • 1983 Real life (Zeta)
  • 1991 Black Music For White People (Bizarre/Straight Records/Planet Records)
  • 1991 I Shake My Stick at You (Aim)
  • 1993 Stone Crazy (Bizarre/Straight/Planet)
  • 1994 Somethin' Funny Goin' On (Bizarre/Straight/Planet)
  • 1998 At Last (Last Call)

Enregistrements public[modifier | modifier le code]

  • 1984 Screamin' Jay Hawkins and The Fuzztones Live (Midnight Records) - E.P. 4 titres
  • 1988 At Home with Jay in The Wee Wee Hours (Midnight Records)
  • 1988 Live & Crazy (Blue Phoenix)
  • 1993 Rated X (Sting S) - enregistré en 1970
  • 1998 Live (Loudsprecher/Indigo)
  • 1988 Live! (Black N Blue/Frémeaux & Associés) - enregistré à l'Hôtel Méridien (Paris)
  • 1999 Live at the Olympia, Paris (Last Call) - comprend une nouvelle chanson enregistrée en studio
  • 2004 Live (Frémeaux & Associés) - comprend deux nouvelles chansons enregistrées en studio

Films[modifier | modifier le code]

Documentaire sur Screamin' Jay Hawkins[modifier | modifier le code]

  • Screamin' Jay Hawkins: I Put a Spell On Me (Nicholas Triandafyllidis, 2001)

Comme acteur[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

  • Dans Stranger Than Paradise de Jim Jarmusch, son morceau phare I put a spell on you apparait souvent dans le magnétophone de la jeune Eva (Eszter Balint) qui enclenche le morceau de Screamin' Jay dans la voiture, dans l'appartement ou encore lorsqu'elle marche dans la rue.
  • Dans Nowhere Boy, un officier de la Cunard échange un disque de I Put A Spell On You avec John contre ses disques de Jazz, que ce dernier était en train de jeter.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ashyia N. Henderson, Contemporary Black Biography (Gale Group, 2001), 83.
  2. Agence Reuters.
  3. Feature: Screamin' Jay Hawkins, All Things Considered, 1er janvier 2001.

Liens externes[modifier | modifier le code]