Scoutisme en France

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Le scoutisme en France rassemble en 2007 environ 140 000 personnes[1], réparties dans neuf grands mouvements. Cinq mouvements constituent la Fédération du scoutisme français, organisme reconnu par les instances internationales du scoutisme et du guidisme. Les associations françaises de scoutisme sont organisées selon une logique religieuse, quoique le catholicisme soit très majoritaire : les trois grands mouvements catholiques représentent plus de 80 % des effectifs.

Créé en 1907 en Angleterre par Baden-Powell, le scoutisme apparaît en France quatre ans plus tard et se développe rapidement au sein de mouvements non-mixtes, identifiés par leur attache religieuse : protestants, laïcs, puis catholiques, juifs et musulmans. Après guerre, le scoutisme connaît son apogée jusqu'aux années 1960, où les transformations sociales des Trente Glorieuses remettent en cause sa place dans la société. Pour y répondre, les mouvements historiques se réforment, causant l'apparition de nouveaux mouvements réfractaires à ces évolutions. Après une période de crise, les effectifs se sont stabilisés dans les années 80 et ont retrouvé une certaine croissance.

Aux côtés des neuf mouvements agréés par le ministère de la jeunesse et des sports, nombre déjà important, il existe une multitude de petites associations. Les explications de ce morcellement du paysage associatif sont multiples : elles tiennent à la fois à des raisons historiques mais aussi à des différences portant sur la mixité, la religion, la méthode éducative et, plus globalement, sur la vision du scoutisme et du monde.

Histoire[modifier | modifier le code]

1911-1918 : Débuts[modifier | modifier le code]

Créé par Robert Baden-Powell en Angleterre en 1907, le scoutisme est expérimenté en France dès 1909 à Nantes[2] par Emmanuel Chastand avec un groupe d'adolescents issus de la Mission populaire évangélique protestante. Les premiers grands mouvements sont créés en 1911.

Au contraire du modèle anglais, les mouvements français sont créés selon une logique religieuse : les Éclaireurs français de Pierre de Coubertin et les Éclaireurs de France, d'inspiration neutre[N 1] plutôt que laïque, et les Éclaireurs unionistes de France (EUF), d'inspiration protestante. L'Église, hostile au scoutisme qu'elle accuse d'être d'essence protestante et maçonnique, s'oppose à la création de mouvements catholiques.

A la veille de la première guerre mondiale, les trois associations comptent 10 000 à 15 000 scouts.

1919-1939 : Développement[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale, le Père Jacques Sevin, le chanoine Cornette, Paul Coze et Édouard de Macedo fondent le scoutisme catholique français. Par ses écrits, notamment « Le scoutisme, étude documentaire et applications » écrit entre 1917 et 1919, et des camps expérimentaux à Mouscron, le Père Sevin promeut la pédagogie scoute décriée dans les milieux ecclésiastiques de l'époque. En fondant les Scouts de France (SdF) en juillet 1920, il fédère les expériences de scoutisme catholique qui existent déjà en France et repense le scoutisme dans un esprit catholique.

Les mouvements féminins apparaissent peu après. En 1921, la Fédération française des éclaireuses (FFE) constitue la seule tentative à grande échelle en France de regrouper différentes confessions au sein d’un même mouvement sur le modèle anglo-saxon : elle est constituée d’une section neutre et d’une section protestante. Chez les catholiques, les Guides de France (GdF) sont créées en 1923.

Les Éclaireurs israélites de France (EIF), de confession juive sont créés en 1923 ; pour les filles, une section juive apparaît au sein de la FFE en 1928.

Le développement des différents mouvements est extrêmement important et l'entre-deux guerres constitue une époque faste pour le scoutisme en France.

En 1939 sont créés les Scouts musulmans algériens ; ils joueront un rôle important dans la décolonisation.

1940-1944 : Vichy[modifier | modifier le code]

Le scoutisme sous le régime de Vichy est à l'image de la France : majoritairement pétainiste et partiellement résistant[3]. En 1940, les autorités allemandes interdisent les mouvements scouts en zone nord ; en 1942 puis en 1943, les Éclaireurs israélites de France sont interdits par Vichy. La France libre crée son propre mouvement avec des aînés ayant rallié l'Angleterre : les Éclaireurs français en Grande-Bretagne.

En 1940, les principaux mouvements se regroupent au sein de la Fédération du scoutisme français, qui regroupe EdF, EIF, EUF, SdF, GdF et la FFE. Elle joue rapidement un rôle majeur et existe toujours aujourd'hui. À la Libération, en 1944, les Scouts musulmans algériens intègrent le collège algérien du scoutisme français, dont ils feront partie jusqu'à l'indépendance en 1962.

Au sein de la Résistance, il faut notamment citer le réseau des Pur-sangs, un groupe de Guides de France qui créent une filière d'évasion de prisonniers en Alsace ; arrêtés et condamnées, à mort pour l'une d'entre elles, elles seront décorées de la médaille de la Résistance à la Libération[4],[5].

1945-1963 : Apogée[modifier | modifier le code]

En 1947 a lieu le jamboree de la paix, qui regroupe des dizaines de milliers de scouts du monde entier à Moisson, en région parisienne.

Les Éclaireurs de France entament des évolutions pédagogiques majeures et envisagent de développer la coéducation. Les Scouts de France créent les raiders scouts, qui jouissent encore aujourd'hui d'une place importante dans l'imaginaire scout.

En 1947 sont créés à Nantes les Éclaireurs neutres, qui deviendront les Éclaireurs neutres de France (ENF). Ils rallient de nombreux groupes issus des Éclaireurs de France.

Il s'agit de l'époque où le scoutisme est le plus présent dans la société française.

En 1957, la branche aînée des Scouts de France dénonce l'emploi de la torture en Algérie : c'est la « crise de la route », qui conduit à la démission de l'équipe nationale. En 1960, les Scouts de France sont signataires d'un appel à la paix en Algérie.

En 1958 apparaît la branche française d'un petit mouvement œcuménique autrichien, les Europa scouts. En 1962, un groupe de scouts identitaires bretons issus des Scouts de France, Bleimor y adhère ; le mouvement devient catholique. Il se développe avec le soutien discret de la Cité catholique : c'est la naissance des Scouts d'Europe.

1964-1984 : Crises[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une période d'évolutions profondes : les trente Glorieuses, les suites de la guerre d'Algérie, mai 68 et, pour les catholiques, le concile Vatican II bouleversent considérablement la société. Confronté à une baisse de ses effectifs dès le début des années 60, le scoutisme hésite quant à la marche à suivre face à ces changements. Les mouvements scouts historiques sont en crise jusqu’au début des années 80.

La FFE s'auto-dissout en 1964. La section neutre fusionne avec les Éclaireurs français et les Éclaireurs de France pour créer les Éclaireuses éclaireurs de France (EEdF). La section israélite rejoint les EIF pour former les Éclaireuses éclaireurs israélites de France (EEIF) en 1969 et la section protestante rejoint les EUF pour former les Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France (EEUF) en 1970.

En 1964, les Scouts de France procèdent à la séparation de la branche éclaireurs. La même démarche a lieu au sein des Guides de France en 1966 et des EEIF. L'organisation des unités, la méthode et les techniques d'encadrement sont profondément modifiées. Cette réforme radicale conduit en 1971 à la scission des Scouts unitaires de France (SUF), qui conservent la pédagogie historique.

Mai 68 et ses suites accentuent la baisse des effectifs amorcée au début des années 60. La crise au sein des Scouts de France profite aux Guides et scouts d’Europe et aux Scouts unitaires de France, qui se développent fortement pendant cette période. Les Scouts de France réaffirment leur identité, notamment à travers la loi et la promesse avec la publication de Baden-Powell aujourd’hui en 1977. Les pédagogies des branches louveteau et rangers sont réformés en ce sens : en 1979, les rangers disparaissent et deviennent les scouts.

Au sein des Guides de France, la place d’un mouvement exclusivement féminin pose question et les effectifs sont en déclin régulier. Elles refusent la fusion avec les Scouts de France en 1981. Ceux-ci, qui s’étaient prononcé pour, s’ouvrent aux filles en 1982. Les deux associations fêtent leur soixantième anniversaire en 1981 et 1983.

1985-2006 : Stabilisation[modifier | modifier le code]

Les effectifs des différentes associations se stabilisent.

En 1988, quelques groupes EEdF font scission et créent la Fédération des éclaireuses et éclaireurs (FÉÉ), qui revient à une pédagogie plus classique et fédèrent différentes petites associations.

En 1991 sont créés avec l'appui des Scouts de France les Scouts musulmans de France (SMF), qui intègrent la Fédération du scoutisme français ; ils sont agréés comme accueil de scoutisme par l'État en 1994. Ils peinent cependant à se développer.

Le 22 juillet 1998, quatre scouts d’un petit groupe catholique traditionaliste, les Scouts et guides catholiques de France, ainsi qu'un plaisancier venu à leur secours, trouvent la mort dans le naufrage de leur bateau. Ce drame remet en cause la réglementation spécifique dont bénéficie le scoutisme, notamment le scoutisme marin, et modifie le regard porté par la société. Les quatre associations en dehors du Scoutisme français (SUF, GSE, FÉÉ et ENF) signent le Message aux familles ; l'année suivante, les GSE, les ENF et la FÉÉ se regroupent au sein de la Conférence française de scoutisme, qui a comme activité le festival du film scout[6] et des réunions d'assemblées générales.

2007-2012 : Actualités[modifier | modifier le code]

En 2007, le scoutisme mondial célèbre son centenaire. En France, le festival du scoutisme regroupe le 1er juillet les scouts des neuf associations dans dix grandes villes de France.

En 2012, neuf associations sont agréés comme mouvement de scoutisme par l'État. Il existe également de nombreuses petites associations se réclamant du scoutisme.

Paysage actuel du scoutisme en France[modifier | modifier le code]

S'agissant d'associations 1901, le nombre d'adhérents annoncé par chaque mouvement doit être pris avec une dose de critique.

Associations agréées par l'État[modifier | modifier le code]

Neuf associations de scoutisme sont aujourd'hui agréées par le ministère de la jeunesse et des sports comme mouvement de scoutisme.

Fédération du scoutisme français[modifier | modifier le code]

La Fédération du Scoutisme français est l'organe reconnu en France par l'organisation mondiale du mouvement scout (OMMS) ainsi que par l'association mondiale des guides et éclaireuses (AMGE). Elle compte environ 82 600 membres en 2009.

La fédération est créée en 1940 par l'association des Éclaireurs de France, des Éclaireurs Israélites de France, des Éclaireurs Unionistes de France, de la Fédération Française des Éclaireuses, des Guides de France et des Scouts de France. Suite aux fusions et création d'associations, elle est aujourd'hui composée de cinq associations[7] :

Autres associations[modifier | modifier le code]

En dehors du Scoutisme français, quatre autres mouvements de scoutisme sont agréés comme accueil de scoutisme par le ministère de la jeunesse et des sports :

  • Les Guides et scouts d'Europe : mouvement catholique en France, rattaché à l'Union internationale des guides et scouts d'Europe, qui compte 28 600 membres en 2009[13].
  • Les Éclaireurs neutres de France : mouvement de scoutisme d'une « neutralité active », créé dès 1947, et rassemblant des unités et des associations (confessionnelles ou non), dont notamment les Europa Scouts, les Scouts Saint-Louis et les Scouts et Guides de Riaumont, proches liturgiquement de la Fraternité Saint-Pierre[14].
  • La Fédération des éclaireuses et éclaireurs : mouvement laïque, créé en 1989 en s'éloignant des EDF. Le système fédéral offre aux différents groupes une relative liberté d'action dès lors qu'ils respectent les vertus principales de laïcité et de pédagogie. L'infrastructure fédérale permet un soutien mutuel et un apport des différentes qualités de chaque groupe[15].
  • Les Scouts unitaires de France : mouvement catholique agréé par le secrétariat d'État chargé de la Jeunesse et des Sports (1974) et reconnue d'utilité publique (1983), qui compte environ 24 300 (janvier 2012)membres de moins 18 ans et environ 3 000 membres adultes exerçant des activités d'encadrements (assistants,chefs d'unités,chef de groupes, délégués régionaux, aumôniers, commissaires et groupes galaxies)[16].

En 2000, les Guides et Scouts d'Europe, les Éclaireurs neutres de France et la fédération des Éclaireurs et Éclaireuses se sont regroupés au sein de la Conférence française de scoutisme.

Associations non agréées par l'État[modifier | modifier le code]

Il a toujours existé en France, aux côtés des grands mouvements, des petites associations scoutes de quelques centaines de membres. Aujourd'hui, de nombreuses associations scoutes ne sont ainsi pas reconnues par le ministère de la Jeunesse et des Sports, l'OMMS ou l'UIGSE. Elles se partagent environ 4000 membres, bien que ce chiffre soit difficile à évaluer au regard du nombre d'associations concernées et du flou dans lequel elles tiennent souvent intentionnellement leurs statistiques d'adhésion. Si certaines de ces associations approchent ou dépassent le millier de membres, certaines n'en comptent que quelques dizaines - sans oublier celles qui n'existent plus que par leur bureau[réf. nécessaire].

Cette prolifération de petites associations est une spécificité française, la plupart des pays se contentant des associations adhérant à l'OMMS. Le plus souvent, l'origine de leur spécificité est à caractère religieux ; nombre de ces associations sont ainsi protestantes ou catholiques traditionalistes. D'autres cependant présentent d'autres caractéristiques propres, comme les Écuyers de Saint-Michel, scouts escrimeurs, ou les Randscouts, scouts motorisés.

Inter-scoutisme[modifier | modifier le code]

Les associations de scoutisme organisent parfois des activités communes et les membres de différents mouvements peuvent se retrouver régulièrement. Le centenaire du scoutisme en 2007 a vu des milliers de scouts se rassembler pour commémorer l'évènement. Parfois des groupes peuvent se former spontanément et se rassembler régulièrement, par exemple dans le cas de chorales (chorale inter-scoute de Paris, de Lyon, ...) entretenant ainsi le patrimoine scout commun.

Par ailleurs le scoutisme en France se distingue d'autres scoutismes voisins par le maintien généralisé des camps sous toile ou certaines pratiques, voir Raid (scoutisme) mais aussi par une forte division des associations.

L'image du scoutisme en France[modifier | modifier le code]

Scoutisme et réglementation[modifier | modifier le code]

Enjeux pédagogiques[modifier | modifier le code]

La multiplicité des mouvements de scoutisme en France s’explique par des différences notables de projet éducatif, tant dans leur rapport au monde que dans leur conception du scoutisme. Ces divergences s’expriment à travers la question de la pédagogie, c’est-à-dire de la méthode employée pour faire vivre le scoutisme aux jeunes. Souvent réduite à la question des tranches d’âge, elle comporte en réalité de nombreux autres aspects.

Religion[modifier | modifier le code]

Si dans les pays anglo-saxons, différentes religions coexistent au sein d’un même mouvement de scoutisme, il n’en va pas de même en France où, historiquement, les associations françaises se sont créées selon une logique religieuse.

Les premiers mouvements créés en France en 1911 sont les Éclaireurs français (laïcs), Éclaireurs de France (alors neutres) et Éclaireurs unionistes de France (protestants). D’abord hostile au scoutisme, l’Eglise catholique n'accepte la création de mouvements catholiques qu’après la Première guerre mondiale, avec les Scouts de France en 1920 et les Guides de France en 1923. Les Éclaireurs israélites de France, juifs, apparaissent en 1923. La Fédération française des éclaireuses, créée en 1921, constitue la seule tentative à grande échelle en France de regrouper différentes confessions au sein d’un même mouvement sur le modèle anglo-saxon. Elle était constituée d’une section neutre, d’une section protestante et d’une section juive, qui rejoignent respectivement les EdF, les EUF et les EIF lorsque la fédération s’auto-dissout en 1964.

Cette logique a partiellement perduré aujourd’hui et chaque mouvement conserve une identité confessionnelle plus ou moins affichée : laïque ou neutre (EEdF, ENF et FÉÉ), protestante (EEUF), juive (EEIF), islamique (SMF), catholique (SGDF, GSE et SUF) ou également d'inspiration bouddhiste (EdlN[17]).

Toutefois les Éclaireurs neutres de France et la Fédération des éclaireurs et éclaireuses laissent explicitement chaque groupe ou chaque association en leur sein décider de son orientation religieuse ou d'absence de celle-ci. Les ENF comptent ainsi dans leurs rangs plusieurs groupes catholiques traditionalistes[N 2]. La FEE a plusieurs groupes aconfessionnels. En parallèle de cette identité confessionnelle, chaque association revendique une certaine ouverture aux autres religions ; cependant, les Guides et scouts d’Europe et les Scouts unitaires de France continuent d’exiger d’un jeune qu’il soit baptisé, ou au moins catéchumène, pour qu’il puisse prononcer sa promesse, limitant de fait cette ouverture.

Coéducation[modifier | modifier le code]

La coéducation désigne l’éducation des jeunes des deux sexes ensemble. Il ne s’agit pas de mixité au sens classique, qui constitue une éducation commune : filles et garçons sont éduqués ensemble mais différemment, en tenant compte de leurs spécificités respectives. Envisagée dès 1948 par les Éclaireurs de France, la coéducation se répand dans le scoutisme et à l'école dans les années 60, entraînant la disparition de la distinction entre mouvements masculins de scoutisme et féminins de guidisme.

Aux débuts du scoutisme, l’éducation commune des filles et des garçons n’est même pas envisageable : à côté du scoutisme, conçu pour les garçons, naît donc le guidisme pour les filles. C’est donc non seulement dans des unités séparés mais encore dans des mouvements séparés que sont répartis les deux sexes : EdF, EUF, EIF et SdF pour les garçons ; FFE et GDF pour les filles.

En 1950, après une tentative de fusion avec la section neutre de la FFE, les Éclaireurs de France s’ouvrent aux filles, devenant ainsi le premier mouvement coéduqué. Mais tout comme pour l'école, c'est au cours des années 60 que la coéducation se répand réellement dans le scoutisme. La FFE se dissout en 1964 et ses sections fusionnent avec leurs équivalents masculins, créant trois nouvelles associations coéduquées : EEdF en 1964, EEIF en 1969 et EEUF en 1970. Si les deux mouvements catholiques (SdF et GdF) ne procèdent pas à une telle unification, ils envisagent de fusionner leurs branches aînées en créant en 1966 les Jeunes en marche, ou JEM. Cependant, cette proposition est concurrencé au sein des Scouts de France par l'apparition de la branche compagnons et les JEM ne deviennent la branche aînée, coéduquée, que des seules Guides de France.

Les mouvements qui apparaissent à la même époque (ENF, GSE, SUF), d'inspiration plus traditionnelle, refusent la coéducation. Issus des mouvements de scoutisme masculins, ils créent des unités de filles séparées des unités de garçons, conservant ainsi le système historique au sein d'une même association unique.

Aux début des années 80, la coéducation est de nouveau discutée dans les mouvements catholiques. Chez les Guides de France, la place d’un mouvement exclusivement féminin pose question et les effectifs sont en déclin régulier. Une tentative de fusion entre les Scouts de France et les Guides de France a lieu en 1981 mais les guides votent majoritairement contre. Les Scouts de France, qui s’étaient prononcé pour, s’ouvrent aux filles en 1982 ; la coéducation se généralise dans le mouvement quoiqu’il subsiste des unités homogènes, filles et garçons séparés. La fusion entre les deux mouvements aura finalement lieu en 2004 et débouche sur la disparition de la majorité des unités homogènes issues des deux mouvements.

Il n'existe donc plus aujourd'hui de mouvements en France qui soient exclusivement masculin ou féminin, mais tous ne sont pas pour autant coéduqués. ENF, SUF et GSE continuent de séparer les unités de filles et de garçons ; EEdF, EEIF et SMF sont coéduqués, tout comme les EEUF et les SGDF, qui comptent cependant en leur sein une minorité d'unités homogènes ; enfin, la FÉÉ laisse aux différentes associations qui la compose le choix de pratiquer ou non la coéducation.

Branches[modifier | modifier le code]

Le découpage des branches, c’est-à-dire des tranches d’âge, constitue la différence entre les mouvements la plus visible et la plus symbolique. Historiquement, le scoutisme est divisé en trois branches : louveteaux (8-12 ans), éclaireurs (12-17 ans) et aînés (17-20 ans). Cependant, cette physionomie a été profondément modifiée par les réformes engagées après 1945 par les Éclaireurs de France et dans les années 1960 par les Scouts de France.

En 1964, les Scouts de France procèdent à la séparation de la branche éclaireurs entre rangers (12-14 ans) et pionniers (14-17 ans). Cette réforme pédagogique majeure s’accompagne par la suite de la réforme de la branche route, qui devient la branche compagnons, puis de la branche louveteaux dans les années 70. La même démarche a lieu au sein des EEIF, des GdF et de la FCSBPB, les scouts catholiques belges francophones.

Au sein des Scouts de France, une minorité de groupes continuent à pratiquer la méthode historique ; sommés d’adopter la réforme pédagogique, ils font scission en 1971 et créent les Scouts unitaires de France, le terme « unitaire » renvoyant à l’unité de la branche éclaireur. Formellement, c’est donc le découpage des branches qui est la cause de cette scission ; ce n’est en réalité une la partie émergée de l’iceberg : les dissensions étaient plus profondes et concernaient l’ensemble du projet éducatif, notamment le rapport au monde et à la foi.

Les EEdF ont également développée une branche pour les jeunes enfants (6-8 ans), les lutins. Dans les années 80, les Scouts de France avec les sarabandes et les Guides de France avec les farandoles développent des propositions semblables, qui deviendront les farfadets après la fusion entre ces deux mouvements en 2004. Au contraire des lutins, il ne s’agit pas d’une branche au sens strict mais d’une « proposition » annexe[18].


EEdF[19] EEIF[20] EEUdF[21] ENF[22] FEE[23] GSE[24] SGDF[25] SMF[26] SUF[27]
Âge Coéduqué Coéduqué Coéduqué[N 3] Garçons Filles Coéduqué[N 3] Garçons Filles Coéduqué[N 3] Coéduqué Garçons Filles
7 Lutins Farfadets[N 4]
8
9 Louveteaux & louvettes Bâtisseurs Louveteaux & louvettes Louveteaux Louvettes Louveteaux & louvettes Louveteaux Louvettes Louveteaux & jeannettes Voyageurs & voyageuses Louveteaux Jeannettes
10
11
12 Éclaireurs & éclaireuses Éclaireurs & éclaireuses Scouts &
guides
Éclaireurs & éclaireuses
13 Éclaireurs & éclaireuses Éclaireurs Éclaireuses Éclaireurs & éclaireuses Éclaireurs Guides Éclaireurs Guides
14
15 Perspectives Pionniers & caravelles Pionniers & pionnières
16 Aînés &
aînées
17
18 Aînés &
aînées[N 5]
Aînés &
aînées
Routiers Aînées Routiers & aînées Routiers Guides aînées Compagnons Compagnons & compagnonnes Routiers Guides aînées
19 JAÉ[N 6]
20

Promesse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Promesse.

La promesse est un des fondements du scoutisme : c'est l'engagement solennel pris par le jeune de suivre la loi scoute, non seulement au sein du scoutisme mais encore tout au long de sa vie. Son sens est cependant compris différemment suivant les mouvements, différence qui recoupe en grande partie celle du découpage des branches. Dans sa conception traditionnelle, elle est unique ; cependant, plusieurs mouvements connaissent aujourd'hui des promesses différentes en fonction des branches.

À l'origine, la promesse est solennellement prononcée par le jeune lorsqu'il intègre la branche éclaireurs ; une promesse d'importance moindre existe pour les louveteaux. La solennité de cet engagement est encore accentuée par le père Sevin lorsqu'il crée les Scouts de France : dans un scoutisme qui s'inspire grandement de l'imaginaire de la chevalerie, elle constitue un véritable adoubement du nouveau scout. Cette conception se retrouve aujourd'hui chez les ENF, les GSE et les SUF. Les réformes pédagogiques engagées dans les années 50 et 60 par les mouvements historiques aboutissent à la réécriture des textes de la loi et de la promesse et à une perte partielle du cérémonial. Chez les Scouts de France, lors de la scission de la branche éclaireur, la promesse devient l'apanage de la branche pionnier : elle est donc prononcée à l'arrivée dans cette branche, deux ans plus tard qu'au sein de la branche éclaireur.

Suite à la crise des années 70, la réaffirmation par les mouvements historiques de leur identité scoute passe par notamment par la loi et la promesse. D'engagement solennel unique, la promesse devient un engagement répété aux différentes étapes du parcours scout, avec des textes de loi et de promesse adaptés à chaque tranche d'âge, des louveteaux aux aînés. En 1980, chez les Scouts de France, une promesse apparaît pour la branche scoute, qui remplace la branche rangers, qui en était dépourvue. Une nouvelle promesse est créée pour la branche compagnon. Le mouvement est similaire chez les GdF et les EEIF. En 1985, les Scouts de France créent la charte et l’engagement, une promesse commune à tous les adultes (chefs, chefs de groupe, etc.) ; après la fusion des GdF et des SdF, elle devient en 2006 l'engagement responsables. Les EEdF rénovent également leur promesse au début des années 90 et adoptent la Règle d’or[28].

Deux systèmes coexistent donc aujourd'hui. Le premier est le système historique : une promesse unique, celle des éclaireurs, et une promesse moindre pour les louveteaux ; il est associé à la pédagogie unitaire et se retrouve donc chez les EEUF, les ENF, la FÉÉ, les GSE et les SUF. Au contraire, le second est issu de la scission de la branche éclaireur : une promesse pour chaque branche, qui renouvelle un même engagement avec des mots adaptés à chaque tranche d'âge ; il se retrouve chez les EEIF, les SGDF et les SMF.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans le scoutisme, « neutre » désigne moins un mouvement laïque que « interdenomitional » sur le modèle anglais, c'est-à-dire regroupant différentes confessions.
  2. Par exemple le groupe Saint-Michel à Paris ou les groupes des associations affiliées au mouvement.
  3. a, b et c Ce mouvement compte une minorité d’unités homogènes, filles et garçons séparés, dont la pédagogie est identique.
  4. Les farfadets ne constituent pas une branche au sens strict mais une proposition annexe destinée aux plus jeunes enfants.
  5. Le terme « compagnons » est également employé.
  6. Jeunes adultes éclaireurs [2] ; comme pour les farfadets chez les SGDF, il s'agit moins d'une branche que d'une proposition annexe faite aux jeunes adultes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Jacques Gauthé, Les scouts, Le cavalier bleu, coll. « Idées reçues »,‎ 2007 (ISBN 9-782-84670-101-3)