Scipion l'Africain

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Scipion l’Africain
Titre Consul en -205 et -194
Faits d'armes -216 : bataille de Cannes
-211 à -206 : conquête de l'Hispanie
-203 : bataille des Grandes Plaines
-202 : bataille de Zama
Autres fonctions Questeur
Édile
Préteur
Consul
Censeur
Biographie
Dynastie Cornelii Scipiones
Naissance 235 av. J.-C.
Rome
Décès 183 av. J.-C.
Linterne (Campanie)
Père Publius Cornelius Scipio
Conjoint Aemilia Tertia
Enfants Scipion Émilien par adoption

Scipion l'Africain (Publius Cornelius Scipio Africanus) est un général et homme d'État romain, né en 235 av. J.-C., et mort en 183 av. J.-C., à Linterne en Campanie.

Il appartenait à la famille des Scipions, branche de la gens Cornelia. Il est le fils de Publius Cornelius Scipio, consul en 218 av. J.-C..

Ses débuts[modifier | modifier le code]

Au cours de la deuxième guerre punique Scipion très jeune prend part, comme tribun militaire de la seconde légion, à la bataille de Cannes (Apulie), près de l'actuelle Canosa en 216 av. J.-C.. Cette bataille fut une défaite cuisante contre le carthaginois Hannibal Barca. En 215 av. J.-C. son père et son oncle Gnaeus Cornelius Scipio Calvus sont envoyés en Hispanie pour combattre les armées carthaginoises dirigées par Hasdrubal Barca. En 211 av. J.-C., tous deux sont tués par les Carthaginois et les armées romaines subissent deux sérieuses défaites.

Scipion en Hispanie[modifier | modifier le code]

À Rome, personne ne se propose pour remplacer les deux Scipion tués par les Carthaginois. Seul Publius Cornelius Scipio, malgré son jeune âge, se présente pour mener la guerre d'Espagne à la place de son père et de son oncle. Il est alors déclaré proconsul en Espagne, en 211 av. J.-C., à 24 ans. Il y rassemble les restes des armées romaines défaites et, fort de nouvelles recrues, entame la reconquête de l'Espagne.

Après des escarmouches contre les Carthaginois, il prend la Nouvelle Carthage (Carthagène), en 209 av. J.-C.. Cette victoire lui permet de mettre la main sur un riche butin, en or, en provisions et armes. Il libère les otages de diverses tribus espagnoles gardées par Hasdrubal pour s'assurer de leur fidélité. Ainsi, il rallie les Celtibères (voir l'épisode du chef ibère Allutius qui a donné lieu au thème de La Continence de Scipion, sujet de plusieurs tableaux). De là, il mène ses troupes contre les armées Carthaginoises et en 208 av. J.-C. triomphe d'Hasdrubal à Baecula, en Bétique, alors que celui-ci quittait l'Espagne pour rejoindre son frère Hannibal en Italie. Après plusieurs batailles victorieuses, il conquiert toute la Bétique, en 207 av. J.-C..

Dans le même temps, il traite avec le roi numide Syphax. En 206 av. J.-C., il fait face à une mutinerie d'une partie de son armée, qui réclamait sa solde car elle le croyait mourant, alors qu'il n'était que temporairement malade. Il rétablit la situation et punit de mort les meneurs. Il affronte aussi le soulèvement de tribus ibériques qu'il vainc à l'automne 206. Afin de montrer sa bonne volonté et pacifier l'Espagne, il s'abstient de sévir contre les vaincus et exige seulement le paiement d'un tribut, ce qui sert ensuite à régler la solde de ses troupes. Après la soumission de Gadès (Cadix) et l'alliance avec Massinissa, il rentre à Rome à l'automne 206 av. J.-C., auréolé d'une gloire immense.

Scipion en Afrique[modifier | modifier le code]

Consul en 205 av. J.-C., il reçoit la Sicile comme province. Son but affiché est de porter la guerre en Afrique afin d'amener Hannibal à quitter l'Italie pour protéger sa patrie. Avant de partir pour l'Afrique, il pacifie la Sicile où des habitants de Syracuse se plaignaient d'être spoliés par des Italiens. Il passe ensuite le détroit et s'empare de la ville de Locres, qui s'était ralliée aux Carthaginois. Les exactions commises par le légat Pleminius qu'il avait laissé dans la ville alors qu'il était retourné à Messine, le mettent un peu en difficulté, mais il est rapidement innocenté des crimes commis par Pleminius. Il quitte alors la Sicile avec 50 vaisseaux de guerre et 400 navires de transport et passe en Afrique. Les historiens romains faisaient varier le nombre de soldats de 12 000 à 35 000 soldats.

En 204 av. J.-C. Scipion est donc en Afrique. Massinissa, qui a été chassé de son trône par Syphax, le rejoint avec une troupe Numide. Les débuts de la guerre sont favorables aux Romains mais devant Utique, Scipion échoue. Il prend alors ses quartiers d'hiver. Lorsque la guerre reprend en 203 av. J.-C. Scipion est proconsul, son commandement est prorogé jusqu'à sa victoire contre Carthage. Il réussit à vaincre le général Carthaginois Hannon. La même année il défait le roi numide Syphax et les troupes Carthaginoises commandées par Hasdrubal Gisco lors de la bataille des Grandes Plaines, près de Cirta. Syphax est capturé peu après et c'est Massinissa, allié de Scipion qui est le maître de la Numidie. Scipion s'empare de Tunis qu'il occupe en 203 av. J.-C..

L'année suivante, en 202 av. J.-C., il vainc définitivement les Carthaginois. Le sénat de Carthage craint que Scipion ne mette le siège à la cité. Il rappelle alors Hannibal qui était installé dans le Bruttium en Italie. Des pourparlers de paix entre les deux généraux laissent un bref moment entrevoir un arrangement qui pourrait déboucher sur un traité de paix, mais ni l'un ni l'autre ne désirent vraiment cela. C'est sur le champ de bataille que se décidera le sort de la guerre. La bataille de Zama, en octobre 202 av. J.-C., qui oppose d'un côté les Romains, les alliés Latins et les Numides et de l'autre les Carthaginois et des mercenaires de Gaule, d'Italie et d'Espagne est une bataille féroce qui se conclut par la victoire romaine. Les Carthaginois sont obligés d'accepter les conditions de la paix imposée par les Romains. Comme le souligne l'historien Jean Favier, « cette victoire sur Carthage change l'échelle des prétentions romaines », « Scipion l'Africain a fait de Rome une puissance méditerranéenne, et de la Méditerranée occidentale un lac romain »[1].

Scipion reçoit alors le surnom d'« Africain » (Africanus), celui qui a vaincu les Africains. On précise parfois Africanus major pour le distinguer de Scipion Émilien qui reçut aussi le surnom d'« Africain ».

Le retour à Rome[modifier | modifier le code]

En 199 av. J.-C. il est censeur en compagnie de Publius Aelius Paetus. Il est consul pour la deuxième fois en 194 av. J.-C. sans que ce consulat soit remarquable. Il prend part à la guerre avec son frère Scipion l'Asiatique contre Antiochos III de Syrie (193 av. J.-C. - 190 av. J.-C.). En 189 av. J.-C. il est pour la troisième fois, prince du sénat. La fin de sa vie est obscure car les sources se contredisent. Il est poursuivi pour avoir subtilisé de l'argent gagné lors des batailles en Asie par deux tribuns du peuple, tous deux nommés Quintus Pétilius. Scipion se retire dans sa propriété de Linterne et refuse de se présenter au procès, alléguant des problèmes de santé. Les tribuns veulent exiger son retour à Rome mais le tribun Tibérius Sempronius Gracchus, pourtant ennemi personnel de Scipion, s'y oppose invoquant la valeur de Scipion durant la seconde guerre punique. Les charges sont alors abandonnées. Il meurt à Linterne. L’épitaphe de son tombeau, situé en territoire non romain, disait : « Ingrate patrie, tu n’auras pas mes os »[2]. D'ailleurs, les sources sont contradictoires sur les noms des accusateurs, des défenseurs, sur les liens entre Scipion et Tibérius Sempronius Gracchus, etc.

Postérité[modifier | modifier le code]

Scipion l'Africain devient une figure héroïque. Cicéron le met en scène dans le dernier livre de son traité politique De Republica, dans la célèbre partie dite du Songe de Scipion. En rêve, son petit-fils Scipion Émilien le rencontre au ciel, et apprend que l'âme des héros qui se sont dévoué pour leur patrie et l'on sauvé y ont une place assurée éternellement[3]. Ultérieurement, Plutarque rédige une Vie de Scipion l'Africain, texte qui s'est perdu.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Favier, Les Grandes Découvertes : d'Alexandre à Magellan [1991], Librairie Arthème Fayard/Plurier, 2010, p. 33.
  2. C'est de manière impropre que l'on nomme « tombeau de Scipion » un mausolée antique conservé près la ville de Colonia Nerviana Augusta Martialis Veteranorum Sitifensium (Sitifis), capitale de la Numidie sétifienne, dite aujourd'hui Sétif, dans l'Est algérien
  3. Cicéron, De republica, VI, XI et suiv.


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