Science auxiliaire de l'histoire

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Une science auxiliaire de l'histoire est le nom donné à une discipline scientifique qui peut permettre l'exploitation ou l'étude critique des sources utiles au travail historique et à l'historiographie. On peut citer à titre d'exemple l'héraldique, la généalogie, la numismatique, la vexillologie ; on parle souvent au pluriel des sciences auxiliaires de l'histoire.

Ces disciplines apparaissent souvent comme une spécialisation de la discipline historique. On y comprend toutes les études concernant des sujets ou des phénomènes qui se sont développés au cours de l'histoire humaine et qui permettent de faire des identifications de personnages, des descriptions d'habitat, des compréhensions de documents écrits, gravés, peints, etc. Les résultats qu'ils apportent à l'historien dans ses investigations peuvent lui permettre, dans la limite des documents historiques dont il a connaissance, de reconstituer des milieux de vie a posteriori afin de lui permettre d'écrire le plus objectivement possible la réalité des événements du passé.

Concept[modifier | modifier le code]

Les premiers historiens étaient des témoins oculaires des événements qu'ils ont décrits. Leurs successeurs, outre cela, ont utilisé des témoignages oraux. Ce n'est que tardivement que des historiens tels de Thou ou Du Cange ont écrit des sommes en se servant de documents. Le XVIIe siècle en France, par exemple, foisonne d'historiens ayant recours à des actes tirés des archives, à des objets d'art produits à l'initiative de tel ou tel personnage historique qu'ils étudient, ou encore à des généalogies.

La notion de science auxiliaire est évoquée à partir du XVIIIe siècle en Allemagne, l'école dite de Göttingen désigna sous ce terme les disciplines utiles à l'histoire[1] notamment Johann Christoph Gatterer en 1761 dans Handbuch zur Universalgeschichte[2].

Au XIXe siècle, avec le développement de l'enseignement au sein de l'Université de France, un cloisonnement profond sépare l'histoire enseignée et la recherche historique. Cette séparation, pourtant déplorée dès 1891 par Ferdinand Lot, est attaquée dans le premier numéro des Annales en 1929, puis remise en cause au cours du XXe siècle. Les historiens commencent à exhumer des archives les manuscrits ou compilations d'actes qui s'y trouvent, grâce aussi aux travaux d'inventaire effectués dans les années 1860-1920 par les chartistes. Dans d'autres pays, notamment anglo-saxons, se développe surtout l'érudition pointue de collectionneurs, souvent de riches personnages intéressés par l'histoire de leur pays ou de leurs origines, et qui fondent des musées ou des bibliothèques de renom. On trouve aussi bien des manuscrits d'anciennes abbayes européennes à L'Hermitage de Saint-Pétersbourg qu'au Metropolitan Museum of Art de New York.

L'histoire s'adjoint dès lors l'assistance de disciplines autonomes comme autant d'instruments de recherche dans une perspective d'interdisciplinarité, au sein de ce que l'on appelle aujourd'hui les sciences humaines. Si l'« École des Annales », en France, peut à l'occasion adopter une attitude dominatrice par rapport aux autres sciences sociales, des rencontres peuvent se produire et donner naissance à de nouvelles voies de recherche, comme en témoigne le développement de l'anthropologie historique ou le renouveau de la diplomatique[3].

Liste ouverte des sciences auxiliaires[modifier | modifier le code]

Une généalogie héraldique.

Étude du patrimoine humain[modifier | modifier le code]

Sur le plan du patrimoine humain, on retrouve l'anthropologie historique, qui étudie les corps retrouvés dans les fouilles archéologiques et qui cherche à en tirer des éléments éclairant l'histoire des populations. La démographie, discipline des géographes, étudie l'évolution des populations dans un lieu et un temps donné. La généalogie reconstitue les familles, les lignages, et les successions féodales ou épiscopales.

Étude du patrimoine matériel historique et archéologie[modifier | modifier le code]

Une archéologue.

L'archéologie cherche à reconstituer le passé en prenant appui sur les vestiges matériels qui en ont subsisté, par exemple par l'étude des anciens habitats réduits à l'état de vestiges souterrains, ou d'édifices anciens dont les matériaux et techniques de construction sont « lisibles ».

La céramologie étudie des céramiques anciennes en particulier dans le cadre des fouilles archéologiques, sous formes d'ustensiles (par exemple des poteries) ou de décors.

Étude du patrimoine culturel et immatériel[modifier | modifier le code]

  • l'archivistique, science des archives qui permet à l'historien ou au généalogiste d'identifier, grâce à des instruments de recherche, les documents concernant une localité, un lieu ou un personnage.
  • l'épigraphie, qui est basée sur l'étude des sources inscrites dans des matériaux imputrescibles (pierre, argile par exemple), telles des inscriptions.
  • l'héraldique, qui étudie les armoiries et tous les types d'objets qui leur servent de support, en utilisant notamment des armoriaux anciens produits par des hérauts, ou factices, écrits ou dessinés.
  • la linguistique, qui se concentre sur les langages, dialectes et patois, et qui comprend notamment :
  • la numismatique, qui étudie les monnaies, y compris les inscriptions qu'elles comportent.
  • la paléographie, qui déchiffre et étudie des textes manuscrits, pour les transcrire au besoin en les éditant, afin de leur donner un lectorat plus large. Une science connexe est la codicologie portant sur l'étude des codex.
  • la papyrologie, qui étudie les documents grecs et latins provenant d'Égypte et qui complète l'épigraphie hiéroglyphique.
  • la phaléristique, qui étudie les ordres de chevalerie, décorations et médailles et toute forme de distinction symbolisée par un objet.
  • la sigillographie, qui s'attache aux sceaux anciens, avec ses inscriptions et figures héraldiques.
  • l'uniformologie, qui se consacre à l'étude de l'uniforme civil et militaire.
  • la vexillologie, qui est la science des drapeaux et emblèmes civils et militaires.

Étude du patrimoine social, politique et économique[modifier | modifier le code]

  • la diplomatique, qui étudie les actes officiels pour en tirer les éléments qui permettent de mieux comprendre leur contexte de production.
  • l'histoire du droit, qui étudie les lois et les coutumes anciennes, les institutions et anciennes administrations.

Étude de l'environnement[modifier | modifier le code]

La paléopalynologie, la dendrochronologie et l'écologie rétrospective permettent des datations à partir de vestiges biologiques respectifs des pollens, des arbres (bois de construction, par exemple), des modes de vie écosystémiques anciens.

Divers[modifier | modifier le code]

  • la chronologie, qui cherche à dater les événements et à les classer dans l'ordre d'apparition. Cette discipline est la première des sciences auxiliaires de l'histoire, compte tenu de l'importance du facteur temporel dans les études historiques.
  • la géographie historique, qui étudie l'évolution des circonscriptions et territoires, en particulier sous l'angle des ressorts civils, religieux et juridiques.
  • la prosopographie, qui est destinée à l'étude des biographies individuelles mais dans un cadre sériel. Exemple : biographies des présidents des États-Unis.
  • la statistique, qui permet des calculs quantitatifs à partir des chiffres tirés des documents, ou de comptages effectués par l'historien sur des ensembles de documents similaires ou sériels.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Sciences auxiliaires de l'histoire  » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du 19 avril 2013. consulté le 25 avril 2014.
  2. Walter Koch, L’évolution des sciences auxiliaires de l’histoire en Allemagne au cours du XIXe siècle.
  3. Yann Potin et Julien Théry, « L’histoire médiévale et la “nouvelle érudition” ; l'exemple de la diplomatique », Labyrinthe, 1999, n°4, p. 35-39.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Samaran, L' Histoire et ses Méthodes, Paris, Gallimard, « Encyclopédie de la Pleïade », 1961, XVII-1773 p., [compte rendu en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]