Science wars

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Les science wars (littéralement guerres de la science) réfèrent à une série d'échanges entre des tenants du réalisme scientifique et du postmodernisme concernant la nature de la méthode scientifique. Ces échanges se sont grandement tenus lors des années 1990 dans des publications académiques et populaires américaines.

Lors de ces échanges, les réalistes ont accusé les postmodernistes d'avoir rejeté la méthode scientifique en général et l'objectivité (en) en particulier. Des réalistes comme Norman Levitt, Paul R. Gross, Jean Bricmont et Alan Sokal ont soutenu que le savoir scientifique est réel et que les postmodernistes pensent qu'il n'est pas réel. Ils ont également affirmé que de grands pans de l'éducation rejettent l'objectivité et le réalisme sous l'influence de poststructuralistes tels Jacques Derrida, Gilles Deleuze et Jean-François Lyotard.

Les réalistes ont critiqué les approches de disciplines telles les Cultural Studies, l'anthropologie culturelle, les études féministes, la littérature comparée, la sociologie des médias et les études des sciences et technologies. Ils ont également affirmé que les critiques postmodernistes ne savent pas de quoi ils parlent.

Contexte[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la moitié du XXe siècle, la philosophie des sciences s'est concentrée sur la viabilité de la méthode scientifique et du savoir, justifiant la vérité des théories scientifiques et des observations et tentant de découvrir, d'un point de vue philosophique, pourquoi la science fonctionne.

L'une des influences marquantes en début de siècle est Karl Popper. Ce dernier critique l'empirisme logique et rejette l'approche classique observationaliste (en)/inductiviste en faveur de la réfutabilité. Il s'oppose également au justificationisme, qu'il remplace par le rationalisme critique (en), qu'il qualifie de « première philosophie criticiste non-justificative[trad 1]. »[1]. Ses critiques de la méthode scientifique seront adoptées par la suite par plusieurs tenants du postmodernisme[2].

Un certain nombre[évasif] de philosophes du XXe siècle soutiennent que les modèles logiques de la science pure ne s'applique pas à la pratique actuelle de la science. En 1962, la publication de La Structure des révolutions scientifiques de Thomas Kuhn amène un nouveau regard sur la science, qui est influencée sociologiquement et qui ne suit pas les lois logiques simples mises de l'avant par l'empirisme logique.

Kuhn décrit le développement scientifique non pas comme une augmentation linéaire vers la vérité et la compréhension, mais plutôt comme une série de révolutions périodiques qui remplacent l'ordre scientifique précédent avec de nouveaux cadres d'analyse (qu'il appelle paradigmes). Kuhn attribue ce processus aux interactions et stratégies des participants humains à la science plutôt qu'à la structure même de cette dernière.

Le livre de Kuhn amène la science à devenir un objet d'étude pour de nouvelles disciplines. Ainsi, certains penseurs poussent plus loin les idées de Kuhn et affirment que les théories scientifiques sont, du moins en partie, une construction sociale. Ceci ébranle l'affirmation scientifique soutenant que la science présente une réalité objective. La « réalité » semble avoir une place moins importante dans la formation des théories scientifiques.

En 1971, Jerome Ravetz (en) publie Scientific Knowledge and its Social Problems, dans lequel il expose le rôle que joue la communauté scientifique dans une construction sociale de la science en acceptant ou en rejetant le savoir scientifique[3].

Postmodernisme[modifier | modifier le code]

Les guerres de la science[modifier | modifier le code]

Dans Higher Superstition: The Academic Left and Its Quarrels With Science (en) (1994), les scientifiques Paul R. Gross et Norman Levitt accusent des postmodernistes d'anti-intellectualisme, exposent les prémisses du relativisme et prétendent que les postmodernistes savent peu de choses à propos des théories scientifiques qu'ils critiquent.

Les auteurs soulignent que les « critiques de la science [trad 2] » comprennent mal les approches théoriques qu'elles remettent en cause[4],[5].

Le livre lance ce qui sera nommé les guerres de la science. Il inspire, notamment, une conférence de l'Académie des sciences de New York intitulée The Flight from Science and Reason et récitée par Gross, Levitt et Gerald Holton[6]. Les participants à la conférence sont critiques de l'approche polémique de Gross et Levitt, mais s'entendent sur l'inconsistance intellectuelle des profanes, non-scientifiques et autres intellectuels des sciences sociales lorsqu'ils se prononcent sur des enjeux scientifiques[7].

Guerres de la science dans Social Text[modifier | modifier le code]

En 1996, Social Text, une revue postmoderne de théorie critique de l'Université Duke, publie un numéro intitulé Science Wars, une compilation de petits articles d'académiciens postmodernes des sciences humaines et sociales insistant sur les rôles de la société et de la politique en science. Dans l'introduction, l'éditeur Andrew Ross (en) déclare que les attaques des Science studies sont des réactions conservatrices visant à réduire les fonds consacrés à la recherche scientifique. Il caractérise la conférence Flight from Science and Reason comme une tentative de « d'associer en une masse plusieurs menaces telles le créationnisme scientifique, le New Age, l'astrologie, l'ufologie, le scientisme, le postmodernisme et les critiques des Science studies côte-à-côte avec des spectres historiques tels la physique aryenne (en) et le lyssenkisme[trad 3]. »[8].

L'historienne Dorothy Nelkin (en) analyse la sortie de Gross et Leavitt comme un « appel aux armes en réponse au mariage raté de la science et de l'État[trad 4]. » Ainsi, depuis la fin de la guerre froide, les investissements militaires en science ont diminué et la recherche est devenue peu à peu dirigée par des intérêts privés. Nelkin affirme que les critiques postmodernes sont devenus des boucs émissaires[trad 5] détournant l'attention des problèmes en science[9].

Le physicien Alan Sokal soumet à la revue un article intitulé Transgressing the Boundaries: Towards a Transformative Hermeneutics of Quantum Gravity[10], suggérant que la gravité quantique est une construction linguistique et sociale et que la physique quantique soutien les critiques postmodernistes de l'objectivité scientifique. Après avoir retardé la publication de l'article dans des numéros précédents en raison du refus de Sokal de considérer certaines révisions, le personnel publie le texte dans l'édition des Science wars[11]. Plus tard, dans l'édition de mai 1996 de Lingua Franca, Sokal révèle, dans l'article A Physicist Experiments With Cultural Studies, que son article publié dans Social Text est un canular forgé entièrement dans le but de tester la rigueur intellectuelle (en) d'une revue qui « publierait un article délibérément saupoudré de non-sens si (a) il sonne bien et (b) il flatte les préconceptions idéologiques des éditeurs[trad 6]. »[12]. L'affaire Sokal fait grand bruit et sera longuement commentée par la suite[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Science wars » (voir la liste des auteurs)

  1. (en) « the first non justificational philosophy of criticism in the history of philosophy »
  2. (en) « science critics »
  3. (en) « linking together a host of dangerous threats: scientific creationism, New Age alternatives and cults, astrology, UFO-ism, the radical science movement, postmodernism, and critical science studies, alongside the ready-made historical specters of Aryan-Nazi science and the Soviet error of Lysenkoism. »
  4. (en) « call to arms in response to the failed marriage of Science and the State »
  5. (en) « convenient scapegoats »
  6. (en) « publish an article liberally salted with nonsense if (a) it sounded good and (b) it flattered the editors’ ideological preconceptions. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) William W. Bartley et Mario Bunge, The Critical Approach to Science and Philosophy, The Free Press of Glencoe,‎ 1964 (résumé), « Rationality versus the Theory of Rationality », section IX.
  2. (en) David Stove, Popper and After, Oxford, Pergamon Press,‎ 1982 (lire en ligne), « Four Modern Irrationalists »
  3. (en) Jerome R. Ravetz, Scientific knowledge and its social problems, Oxford, Oxford Univ. Press,‎ 1979 (ISBN 0-19-519721-6)
  4. (en) Michael J. Flower, « Review of Higher Superstition », Contemporary Sociology, vol. 24, no 1,‎ 1995, p. 113–114
  5. Ross 1996, p. 286.
  6. (en) Paul R. Gross, Norman Levitt et Martin W. Lewis, The Flight from Science and Reason, New York, New York Academy of Science,‎ 1996, 593 p. (résumé)
  7. (en) Jennifer Kramer, « Who’s Flying – And In What Direction »
  8. (en) Andrew Ross, « Introduction », Social Text 46/47, vol. 14, no 1 & 2,‎ 1996, p. 1–13
  9. (en) Dorothy Nelkin, « The Science Wars: Responses to a Marriage Failed », Social Text 46/47, vol. 14, no 1 & 2,‎ 1996, p. 93-100
  10. (en) Alan Sokal, « Transgressing the Boundaries: Toward a Transformative Hermeneutics of Quantum Gravity », Social Text, vol. 14, no 1 & 2,‎ 1996, p. 217-252 (lire en ligne)
  11. (en) « Social Text »
  12. (en) Alan Sokal, « A Physicist Experiments with Cultural Studies », Lingua Franca,‎ mai/juin 1996, p. 62-64 (lire en ligne)
  13. Robert Todd Carroll (traduction Les Sceptiques du Québec), « Affaire Sokal », sur http://www.sceptiques.qc.ca, Dictionnaire sceptique, Les Sceptiques du Québec

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Andrew Ross, Science Wars, Duke University Press,‎ 1996, 333 p. (résumé) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]