Scandale artistique

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Un scandale artistique est une réaction de rejet ou de controverse suscitée par une œuvre d'art, dans le cadre de sa présentation ou de sa publication, quelle que soit son expression (arts visuels, littérature, arts scéniques, musiques...). Le scandale peut revêtir plusieurs formes, selon que le sujet ou le style de l'œuvre controversée soit mis en cause, voire selon la personnalité de l'artiste, ou selon le contexte politique, religieux, social ou moral où l'œuvre évolue. L'histoire de l'art est ponctuée de scandales retentissants, depuis les nudités du Jugement dernier de Michel-Ange jusqu'aux performances de l'art contemporain, en passant par l'exposition de l'Olympia de Manet, ou la première représentation du Sacre du Printemps de Stravinsky.

Histoire[modifier | modifier le code]

XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

La nature scandaleuse de la Vénus d'Urbin, de Titien est lié à son caractère profane. À l'origine, l'œuvre était un nu sans identification à une déesse, situé dans un décor contemporain identifié comme la garde robe du commanditaire de l'œuvre Girobaldo Della Rovere. Le nom de Vénus fut donné par Vasari afin de minimiser la portée scandaleuse de cette représentation, dans le contexte du Concile de Trente dont un décret imputait aux artistes la responsabilité de toutes dérives dans les représentations artistiques[1].

En 1536-1541, Le Jugement dernier va susciter l'ire des autorités religieuses, par la profusion de figures nues. L'œuvre soutenue par les papes Paul III, et Jules III malgré ses audaces, manqua de peu d'être effacée sous le pontificat de Paul IV. Après la mort du peintre, en 1564 sur ordre du Concile, les figures furent recouvertes par l'élève de Michel-Ange, Daniele da Volterra[2].

Le Repas chez Levi vaudra à son auteur Véronèse une convocation du tribunal de l'inquisition pour avoir pris des libertés avec ce qui représentait une figuration de la Cène du Christ. L'artiste évita la condamnation, mais sur ordre de l'inquisition, il devait corriger son œuvre, mais se contenta de donner un nouveau titre à sa toile[3].

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Saint Matthieu et l'Ange (1602) fut refusé pour son caractère trivial, le réalisme du saint et l'ambiguité de l'attitude de l'ange (tableau détruit pendant la seconde guerre mondiale).

Plusieurs des œuvres du Caravage lui sont refusées par ses commanditaires, jugées trop vulgaires, voire scandaleuses, comme la première version de Saint Matthieu et l'Ange (1602). Les chanoines de la chapelle Contarelli refusèrent le traitement de la figure du saint, jugée trop triviale et pour la saleté des pieds et des jambes, minutieusement reproduite d’après modèle, et de même l'attitude ambiguë de l'ange à ses cotés. Le tableau fut retiré, et Caravage dut faire une seconde version, plus conforme aux désirs de ses commanditaires[4]. Caravage défraie la chronique, par ses provocations, dans La Conversion de saint Paul la majorité de la toile est occupée par la croupe du cheval qui piétine le saint[5]. La Mort de la Vierge (1606), destinée à l'église Santa Maria della Scala de Trastevere, fut retirée de l'église, car jugée blasphématoire[6].

Avec la Ronde de nuit , Rembrandt provoque un scandale, qui eut des répercussions sur la suite de sa carrière. Le portrait de groupe destiné à la compagnie Frans Banning Coq, ne plut pas aux notables d'Amsterdam et commanditaires, notamment par le traitement du groupe, considéré comme désordonné et caricatural. Le tableau fut refusé, et les conséquences du scandale public amenèrent ses clients à se détourner de Rembrandt[7].

Sculpture[modifier | modifier le code]

1652 La transverbération de sainte Thérèse, Le bernin (Gian Lorenzo Bernini)

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

1799 Portrait de Mademoiselle Lange en Danae, Anne-Louis Girodet-Trioson

1799-1800 Maja desnuda, Francisco de Goya (inquisition)

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

1819 Le Radeau de la Méduse, Théodore Géricault. Scandale motivé par le contexte politique de la Restauration. Le tableau est alors vu comme une charge contre le régime de Louis XVIII en faisant référence à l'incompétence du commandant de navire à l'origine du naufrage.

1824 Scènes des massacres de Scio, Eugène Delacroix

1831 Gargantua (Louis-Philippe en), Honoré Daumier. C'est une affaire politique qui lui vaut 6 mois de prison.

1849-1850 Un enterrement à Ornans, Gustave Courbet

1857 Des glaneuses, Jean-François Millet

1862 La Vague et la Perle, Paul Baudry

1862-1863 Le Déjeuner sur l'herbe, Edouard Manet


1872 Impression soleil levant, Claude Monet

1874 Nocturne en noir et or: la fusée qui retombe[8], James Abbott McNeill Whistler

Sculpture[modifier | modifier le code]

1834 Tuerie, Auguste Préault

1847 Femme piquée par un serpent, Auguste Clésinger. Il s'agit d'un marbre dont le moulage sur nature fut contesté à l'époque.

25 juillet 1869 La Danse[9] de Jean-Baptiste Carpeaux (souillée par de l'encre, puis installée au musée d'Orsay, œuvre copiée réalisée par Paul Belmondo en 1963 toujours en place à l'opéra Garnier).

La Petite Danseuse de quatorze ans d'Edgar Degas exposée en 1881 fait scandale par son réalisme et sa présentation dans une cage de verre. L'artiste avait accentué le réalisme de la figure en cire en l'habillant avec des effets réels, ainsi qu'en y ajoutant de vrais cheveux. Le malaise suscité par son exposition fut relevé par le critique Joris-Karl Huysmans, pourtant admirateur de Degas[10]. Dans le journal Le Temps le critique Paul Mantz écrivit un article virulent contre cette œuvre : « pourquoi son front est il... comme ses lèvres, marqué d'un caractère si profondément vicieux? »[11].

1891-1898 Monument à Balzac (Rodin)

XXe siècle[modifier | modifier le code]

1905 Le scandale des Fauves au Salon d'automne de 1905

1915-1916 Princesse X Constantin Brancusi[12]

1918 le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch suscitèrent l’indignation des critiques et le rejet parfois violent du public.

1927 Oiseau dans l'espace du roumain Constantin Brâncuşi

1934 La Leçon de guitare, Balthus.

1944 Trois études de figures au pied d'une crucifixion[13], Francis Bacon (peintre) (C’est un tableau très dur qui horrifiera tous les visiteurs de sa première exposition)

1961 Merda d'Artista, Piero Manzoni.

1986 Les colonnes de Buren installées au Palais-Royal.

1987 Piss Christ de Andres Serrano

1991 œuvres provocatrices avec sa femme la Cicciolina, Jeff Koons

1995 et suivantes Body Worlds (plastination d'être humains morts), Gunther von Hagens

1999 9e heure par Maurizio Cattelan.

1999 Lien filial par Sun Yuan[14], Sun Yuan, artiste chinois, du mouvement cadavres de Pékin.

1999 Bébé-Mouette[15] par Xiao Yu, Bébé-Mouette. L'artiste travaille sur les limites entre l'humain et l'animal, aussi, sur l'éthique.

Les photographies de Robert Mapplethorpe de nus masculins en particulier créent le scandale, parce qu’elles montrent la sexualité homosexuelle.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

2000 Wim Delvoye : Cloaca (2000), dite machine à caca

2001: Andromaque de Jean Racine modernisé par Daniela Wenar et représenté à la La Maison du théâtre : Plus de 400 vers sont modifiés essentiellement ceux de Oreste et d'Hermione

2001 Hitler qui prie Maurizio Cattelan

2005 La Cène (Girbaud) de Marithé et François Girbaud ; il s'agit d'une publicité détournant la célèbre fresque La Cène de Léonard de Vinci.

2006 Sculpture de la Pop Star américaine Britney Spears accouchant à genoux sur une peau d'ours, Daniel Edwards

2007 Portrait de Georges W Bush réalisé avec des collages de journaux pornographiques, Jonathan Yeo

2008 Jeff Koons au château de Versailles : importante rétrospective dans les pièces et appartements royaux du 10 septembre au 13 décembre 2008 (prolongée jusqu'au 4 janvier 2009). « Le château de Versailles est unique. Nous ne voulons pas que Jeff Koons utilise l’environnement et la beauté de l’art classique du château de Versailles pour vendre son non-art », indiquent les membres du Collectif de défense du patrimoine de Versailles.

La peau tatouée de Tim Steiner à partir d'une œuvre de l'artiste conceptuel Wim Delvoye a été vendue 150 000 euros en septembre 2008. Ses cochons tatoués s'étaient vendus 100 000 euros.

2010 Exposition de 22 sculptures de l’artiste japonais Takashi Murakami dans les Grands Appartements du roi à Versailles.

L.O.V.E., sculpture de Maurizio Cattelan représentant un doigt d’honneur en marbre haut de 11 mètres face à la Bourse de Milan.

2011 Piss Christ, photographie de l'artiste américain Andres Serrano, réalisée en 1987, représentant un crucifix immergé dans l'urine et le sang de l'artiste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Karim Ressouni-Demigneux 2008, p. 19
  2. Karim Ressouni-Demigneux 2008, p. 25
  3. Karim Ressouni-Demigneux 2008, p. 28
  4. Pierre Cabanne 2007, p. 58
  5. Pierre Cabanne 2007, p. 59
  6. Pierre Cabanne 2007, p. 60
  7. Pierre Cabanne 2007, p. 66
  8. [1]
  9. [2]
  10. Pierre Cabanne, Monsieur Degas, p. 184
  11. Pierre Cabanne, Monsieur Degas, p. 185
  12. [3]
  13. [4]
  14. [5]
  15. [6]

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Karim Ressouni-Demigneux (dir.), Les grands scandales de l'histoire de l'art, Paris, Beaux-Arts éditions,‎ 2008 (ISBN 2-84278-624-3[à vérifier : isbn invalide])
  • Pierre Cabanne, Le scandale dans l'art, Paris, la Différence, coll. « Matière d'image »,‎ 2007 (ISBN 978-2-7291-1660-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]