Sayat Nova (film)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Sayat Nova (Couleur de la grenade)

Réalisation Sergueï Paradjanov
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de l'URSS Union soviétique
Drapeau de l'Arménie Arménie
Sortie 1969
Durée 73 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Sayat Nova (en français : Couleur de la grenade / Tsvet granata) est un film soviétique réalisé par Sergueï Paradjanov. Distribué une première fois en 1969, le film est retiré des écrans puis, à nouveau, diffusé dans une version remontée et abrégée par le réalisateur Serguei Youtkevitch, sous le titre Couleur de la grenade en 1971.

Synopsis[modifier | modifier le code]

La vie de Sayat-Nova, poète arménien du XVIIIe siècle, en huit chapitres :

  • I : L'enfance du poète.
  • II : La jeunesse du poète.
  • III : Le poète à la cour du prince/Prière avant la chasse.
  • IV : Le poète se retire au monastère/Le sacrifice/La mort du katholikos.
  • V : Le songe du poète/Le poète retourne à son enfance et pleure la mort de ses parents.
  • VI : La vieillesse du poète/Il quitte le monastère.
  • VII : Rencontre avec l'Ange de la Résurrection/Le poète enterre son amour.
  • VIII : La mort du poète/Il meurt mais sa poésie est immortelle.

En ouverture du film, un carton précise les intentions de Paradjanov : « Aimable public, ne va pas chercher dans ce film la vie de Sayat-Nova, grand poète arménien du XVIIIe siècle. Nous n'avons que tenté de rendre par les moyens du cinéma l'univers imagé de cette poésie dont le chantre russe Valéri Brioussov disait : “La poésie arménienne du Moyen Âge est une des éclatantes victoires de l'esprit humain inscrites dans les annales de notre monde.” »

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre original : Sayat Nova
  • Titre alternatif : Couleur de la grenade (Tsvet granata)
  • Réalisation et scénario : Sergueï Paradjanov
  • Photographie : Souren Chakhbazian - 35 mm/Couleurs
  • Son : Iouri Sayadian
  • Musique : Tigran Mansourian
  • Décors : Stepan Andranikian
  • Costumes : E. Akhvlediani, I. Karalian, J. Sarabian
  • Maquillage : A. Astchian, V. Assatrian
  • Production : Armenfilm
  • Directeur de production : A. Mélik-Sarkissian
  • Durée : 73 minutes (dans la version remontée par Serguei Youtkevitch)
  • Pays d'origine : Drapeau de l'URSS Union soviétique/Drapeau de l'Arménie Arménie
  • Sortie : 1969
  • Sortie en France : 13/01/1982

Distribution[modifier | modifier le code]

  • Sofiko Tchiaoureli : le poète jeune/la bien-aimée du poète/la nonne aux dentelles blanches/l'Ange de la Résurrection/ le mime
  • Melqon Alekian : le poète enfant
  • Vilen Galestian : le poète au couvent
  • Gueorgui Gueguetchkori : le poète vieux
  • Hovhannes Minassian : le roi Irakli

Tournage[modifier | modifier le code]

Tourné du 17 août 1967 au 22 juillet 1968 aux Studios Armenfilm à Erevan (la séquence des teinturiers ou le colloque entre le poète et la princesse Anna, par exemple) et en décors naturels : les scènes de l'enfance du poète au monastère de Haghpat ; d'autres scènes en Géorgie et en Azerbaïdjan. L'épisode des bains fut tourné en studio à Kiev.

Il existe deux versions du film : l'une, distribuée en République soviétique d'Arménie, d'une durée de 78 minutes, estimée comme plus proche de la version souhaitée par Sergueï Paradjanov, désormais disponible en DVD ; la seconde, remontée par Youtkevitch, d'une durée de 73 minutes, distribuée à l'étranger à partir de 1977.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Avec Sayat Nova, le spectateur découvre une expérience unique. « L'envoûtement, l'hypnose même créés par ce poème visuel, procession de tableaux somptueux », s'expliquent, certes, par de multiples facteurs, mais d'abord par l'« utilisation différente de l'espace filmé, réduisant considérablement la profondeur de champ. En utilisant son cadre comme un miniaturiste, Sergueï Paradjanov lui accorde un crédit inhabituel. Les à-plats renforcent la symbolique des objets, accentuent leur baroque », écrit Patrick Cazals[1].

« Le film ressemble à un album mécanique d'images. À cet égard, la scène des grimoires sur les toits du monastère est fortement emblématique. Il s'agit bien pour le cinéaste d'offrir une manière de renaissance aux miniatures qui illustrent ces volumes », écrit, pour sa part, Érik Bullot[2].

Ainsi, bien que le film soit quasiment muet (« La peinture est muette, mes films aussi », dit Paradjanov), il s'ordonne « selon une métrique rigoureuse, une alchimie et une musique interne qui nourrissent chaque allégorie ou composition d'une tension extrême. »[3][réf. incomplète]

« Véritable labyrinthe de signes, d'objets et symboles », liés à la culture arménienne, le film n'est-il, pourtant, qu'offrande à la patrie aimée ? « Reprenant le message de paix et de fraternité que lançait le poète Sayat-Nova, écrivant ses œuvres dans les trois langues (arménien, géorgien, azéri), (...) la destinée du film rejoint celle de milliers d'exilés et de reclus et anticipe étrangement sur le sort du réalisateur brisé dans sa création. »[3]

Sayat Nova décrit par une personnalité intellectuelle d'origine arménienne[modifier | modifier le code]

« (...) Pour évoquer les épisodes de la vie et même les pensées et les poèmes de Sayat-Nova, Sergueï Paradjanov utilise “le langage conventionnel mais extrêmement précis des objets”. Ces objets somptueux ou humbles, ce sont des tapis, des vêtements, des étoffes, des ornements, des vases, des instruments de musique, des ustensiles, témoins concrets de la vie des hommes du passé, produits de leur travail et outils de leur travail : avec une passion d'ethnographe, une ferveur d'esthète, Paradjanov se lance avec ses amis à leur découverte. Il obtient du Catholicos Vazguen Ier les manuscrits d'Etchmiadzin qu'il fait palpiter sur les toits du monastère de Haghbat. Il arrache aux conservateurs de musées l'autorisation de sortir de leur vitrine tapis, costumes et vases. Et dans sa passion pour les chevaux de race, il amène même l'armée soviétique à lui prêter ses alezans. »[4][réf. incomplète]

De fait, « Sayat Nova peut se feuilleter comme un livre d'images, surgies de la mémoire collective arménienne. Le rythme statique et la frontalité de la composition, l'écran divisé en plans verticaux et horizontaux, l'éclat des couleurs, ces mouvements comme suspendus, ces yeux immenses où affleure l'âme des acteurs, renvoient aux enluminures et aux fresques des églises arméniennes, rappellent les hauts-reliefs du monastère d'Aghtamar dont les saints et les anges, aux paumes larges ouvertes, vous suivent de leur regard de pierre. »[4][réf. incomplète]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sayat Nova de Serguei Paradjanov, par Érik Bullot, Éditions Yellow Now, Côté films. Liège (Belgique), 2007.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Serguei Paradjanov », dans Cahiers du cinéma, « Collection auteurs », 1993.
  2. E. Bullot : Sayat Nova de S. Paradjanov, La face et le profil, Côté films, Éditions Yellow Now, 2007.
  3. a et b P. Cazals, op. cit.
  4. a et b Anahide Ter Minassian, Jeune Cinéma, décembre 1978.

Lien externe[modifier | modifier le code]