Savon au fiel

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Savon au fiel.

Le savon au fiel (ou « savon de fiel ») est un savon à détacher fait de savon de Marseille et de fiel de bœuf.

Propriétés dégraissantes du fiel[modifier | modifier le code]

La bile, ou fiel, est, dans certaines cultures, un substitut du savon[1]. Jouissant de la propriété de dissoudre les matières grasses, elle était traditionnellement préférée au savon pour le dégraissage de la laine[2] et considérée moins agressive pour les couleurs[3]. Le chimiste Cadet observe en 1767 que la bile est « un véritable savon »[4] et L'Encyclopédie note, à l'article « Bile », que « le fiel de bœuf fait tout ce que le meilleur savon pourrait faire »[5]. Encore faut-il préciser qu'il s'agit des vertus dégraissantes et non nettoyantes du savon[6]. On observait toutefois que, s'il offrait l'avantage de ne pas altérer les couleurs peu solides, le fiel présentait l'inconvénient de donner souvent aux tissus une odeur nauséabonde[7]. Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle qu'on trouva le moyen de le débarrasser de son odeur en le mélangeant à de l'éther[8]. Son usage contemporain est associé à l'écocitoyenneté[9].

Composition[modifier | modifier le code]

Le savon au fiel est traditionnellement composé de deux parties de savon de Marseille et d'une partie de fiel de bœuf, auxquelles on ajoute du miel, du sucre et de la térébenthine[10]. On remplace parfois le savon de Marseille par du savon de noix de coco[11] ou l'on ajoute de l'argile smectique à la composition[7].

Autres usages[modifier | modifier le code]

Publicité (1916).
Publicité (1937).

Le « savon vert de l'Amiral » fut mis au point à la fin du XIXe siècle[12] par le chimiste français Louis Encausse, qui s'était précédemment fait connaître pour son très contesté[13] générateur de vapeur, censé favoriser l'absorption de substances médicamenteuses par l'intermédiaire de la peau[14]. La publicité du savon, commercialisé par son fils Gérard[15], docteur, plus connu sous le nom de Papus, et sa fille Louise[16], promettait de faire maigrir les parties savonnées. De couleur verte, il contenait environ 5 % de fiel de bœuf[17] et présentait une odeur « aromatique très agréable »[18] . Selon le docteur Gérard Encausse, qui s'appuyait sur la thèse de son père sur l'absorption cutanée des médicaments[19], ce savon « favorisait l'absorption de la bile par la peau et son action pouvait s'excerser [sic] directement sur le tissu adipeux »[20].

Références[modifier | modifier le code]

  1. G. Schlegel, « Problèmes Géographiques. les peuples étrangers chez les historiens chinois », T'oung Pao, vol. 5, no 3,‎ 1894, p. 189 (lire en ligne)
  2. Nouveau manuel du teinturier, Librairie Encyclopédique de Roret,‎ 1837 (lire en ligne), p. 299
  3. Société chimique de Paris, Répertoire de chimie appliquée: compte rendu des applications de la chimie en France et à l'étranger, Pillet fils aîné,‎ 1858 (lire en ligne), p. 344
  4. « Expériences chymiques sur la Bile de l"homme & des animaux », Journal des Beaux-Arts et des Sciences, vol. 1,‎ 1768, p. 458 (lire en ligne)
  5. Denis Diderot et Jean Le Rond d'Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 2, Brasson,‎ 1751 (lire en ligne), p. 251
  6. (en) Alan Phenix, Chris Stavoudris, David Ehrardt et Judith Bischoff, « Correspondence », Studies in Conservation, vol. 40,‎ août 1995, p. 207 (lire en ligne)
  7. a et b Alexandre Baudrimont, Dictionnaire de l'industrie manufacturière, commerciale et agricole, vol. 4, J. B. Baillière,‎ 1833 (lire en ligne), p. 36
  8. Société d'encouragement pour l'industrie nationale, Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, vol. 58,‎ 1859 (lire en ligne), p. 269
  9. Jérôme Chaïb, Jean-Paul Thorez, Écocitoyen au quotidien: la maison, le jardin, le quartier, Editions Ellebore, 2007, p. 67
  10. Johannes Rudolf Wagner, Ferdinand Fischer et Léopold Gautier, Traité de chimie industrielle, vol. 2, F. Savy,‎ 1892, p. 692
  11. (en) Friedrich August Henglein, Chemical technology, Pergamon Press,‎ 1968, p. 711
  12. (en) Caroline Margaret Pond, The fats of life, Cambridge University Press,‎ 1998 (lire en ligne), p. 305
  13. O. du Mesnil, « Hygiène », Annales d'hygiène publique, industrielle et sociale,‎ 1870, p. 216-219 (lire en ligne)« En résumé, dans l'appareil Encausse, l'absorption cutanée des médicaments, quand elle se produit, s'exerce sur des quantités infiniment trop minimes pour avoir une action thérapeutique quelconque. »
  14. Louis Encausse, De l'Absorption cutanée des médicaments à l'aide du générateur Encausse,‎ 1869 (lire en ligne)
  15. Gérard Apfeldorfer, Maigrir c'est fou, OdileJacob,‎ 2000 (lire en ligne), p. 164
  16. Marie-Sophie André et Christophe beaufils, Papus:biographie : la Belle Epoque de l'occultisme, Berg International,‎ 1995 (lire en ligne), p. 165
  17. (en) British Medical Journal, 1907
  18. (en) Nursing Records & Hospital World, Aug. 10, 1899, p.157
  19. Gérard Encausse, L'Absorption cutanée des médicaments d'après le système de Louis Encausse, inventeur : expériences faites dans les hôpitaux de Paris et rapport officiel au ministre de l'Intérieur., Chamuel,‎ 1894 (lire en ligne)
  20. Gérard Encausse, Du traitement de l'obésité locale par le docteur Gérard Encausse,‎ 1915 (lire en ligne), p. 10

Voir aussi[modifier | modifier le code]