Saul Alinsky

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Saul David Alinsky (né à Chicago le 30 juin 1909 - décédé le 12 juin 1972 à Carmel, Californie) est un écrivain et sociologue américain, considéré comme le fondateur du groupement d’organisateurs de communauté (community organizing) et le maître à penser de la gauche radicale américaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il a étudié au département de sociologie de Chicago dans les années 20 avec des professeurs comme Robert Ezra Park et Ernest Burgess, fondateur de l'École de Chicago. L'une des originalités de la sociologie de cette école est de plonger dans la vie des groupes étudiés. Parmi ses travaux d'études, Saul Alinsky réalise un travail sur la mafia où il rencontre Frank Nitti, l'un des bras droit d'Al Capone. Jeune professionnel, il participe au Chicago Area Project sous la direction de Clifford Shaw, l'une des premières expériences de sociologie appliquée qui s'attaque à la désorganisation sociale par l'amélioration de la vie sociale du quartier.

Organisation communautaire[modifier | modifier le code]

Saul Alinsky quitte rapidement le Chicago Area Project pour se consacrer à l'organisation des habitants dans les quartiers les plus pauvres de Chicago. Pour faire face à la désorganisation sociale, il est nécessaire d'organiser les habitants comme à Back of the Yards (le quartier où se déroule La Jungle d'Upton Sinclair), ce qui le rendra célèbre. La propriétaire du Washington Post, Agnes E. Meyer, signera des articles en juin 1945 sur la « BackYard Revolution » qui assurèrent la notoriété d'Alinsky dans tout le pays. Il introduit ainsi la notion de pouvoir, ce qui le rend précurseur des méthodes d'empowerment.

Il participe à la fondation d'un grand nombre d'organisations aux États-Unis. Il s'inspire du syndicalisme grâce à sa proximité avec le célèbre syndicaliste américain John L. Lewis, président du Congress of Industrial Organizations. Il est également proche de l’Église catholique américaine et soutenu par des évêques de Chicago, Mgr. Sheil et Mgr. Egan. Il entretiendra une amitié avec le philosophe français Jacques Maritain.

Sa méthode inspira de nombreuses formations d'organisateurs communautaires aux États-Unis. Il forma nombre d'entre eux dans l'IAF (Industrials Areas Foundation) qui enseigne la manière dont le conflit peut être source d’empowerment. Sa doctrine révolutionnaire appliquée à l'homme politique peut être résumée dans cette formule extraite de son ouvrage Rules for Radicals : « Il importe de ne pas briser d'un seul coup les traits de l'existence quotidienne, mais de créer le désenchantement, la désillusion vis-à-vis des valeurs régnantes, de susciter un climat qu'il va utiliser sans jamais énoncer clairement ses intentions, et de produire, sinon une passion pour le changement, au moins un climat de résignation, de passivité, d'acceptation. »

Accueil en France[modifier | modifier le code]

Saul Alinsky entretiendra une longue correspondance avec le philosophe français Jacques Maritain du début des années 40 jusqu'au début des années 70. Saul Alinsky est alors inconnu en France. Toutefois, la réception au sein des milieux catholiques perdure puisqu'en 1989, un séminariste de la Mission de France, Thierry Quinqueton écrit un ouvrage sur Alinsky.

En 1966, Jean François Médart réalise une « thèse de doctorat ès Sciences-Politiques » sur L’organisation communautaire aux États-Unis : des techniques d’animation et de participation civique dans les communautés locales. Un ouvrage est publié en 1969 chez Armand Colin, dans la collection des Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques : Communauté locale et organisation communautaire aux États-Unis.

L'ouvrage Rules for radicals (en) sera traduit en 1971 Manuel de l'animateur social. Le livre circule dans les instituts de formation des travailleurs sociaux mais il est rapidement épuisé. Au début des années 2000, il redevient d'actualité dans les centres sociaux de la région Rhône Alpes qui s'interroge sur le métier d'animateur socioculturel.

En 1989, la Régie des 3R, à Chartres, met en œuvre une Régie de quartier, structure d'insertion par l'économique destinée à accompagner l'évolution d'une ancienne cité de transit construite en 1954, derrière le cimetière municipal. La démarche, inspirée d'Alinsky, Deligny, Tosquelles pose la question de la reconnaissance à partir de la figure historique de Picassiette, balayeur du cimetière, artiste singulier, qui couvre sa maison de morceaux d'assiettes, d'éclats glanés dans les décharges. Les 3R poursuivent cette démarche jusqu'à la création des Rencontres Internationales de Mosaïque et développent ensuite leur action sur les quartiers d'habitat social de la ville. Une expérience de développement social sur un quartier ghetto rapportée par son organisateur , Patrick Macquaire, Le quartier Picassiette, un essai de transformation sociale à Chartres, Éd. L'Harmattan, Paris 2009.

Au printemps 2010, une nouvelle expérimentation des méthodes Alinsky est réalisée en France dans l'agglomération de Grenoble avec le projet ECHO. En janvier 2012, une nouvelle traduction de Rules for radicals (en) est publiée : Être Radical, Manuel pragmatique pour radicaux réalistes. En mars 2012, un colloque sur le « community organizing » est organisé à Vaulx-en-Velin à l'ENTPE. Il rassemble 400 activistes, chercheurs et professionnels parmi lesquels Marrion Orr, Mark Warren, Joan Minieri, Eric Shragge, Jane Wills, Marion Carrel, Robert Fisher, Maurice Glasman, Marie-Hélène Bacqué, Luke Bretherton, Joseph Kling, Prudence Posner, Pierre Hamel, Jacques Donzelot, Harry Boyte, Peter Dreier et Yves Sintomer.

Influence politique[modifier | modifier le code]

Lorsqu'elle était étudiante, Hillary Clinton a écrit une thèse sur Saul Alinsky intitulée Une analyse du modèle Alinsky[1]. Elle refusa un travail proposé par le sociologue. Barack Obama, actuel président des États-Unis, s'inspire des idées d'Alinsky en utilisant le concept de « démocratie participative[1],[2]».

Les étudiants d'Alinsky[modifier | modifier le code]

Beaucoup de ses étudiants devinrent célèbres, notamment :

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • (en) Reveille for Radicals (1946). 2e édition 1969, Vintage Books paperback (ISBN 0-679-72112-6)
  • (en) John L. Lewis: An Unauthorized Biography (1949), (ISBN 0-394-70882-2)
  • (en) Rules for Radicals: A Pragmatic Primer for Realistic Radicals (1971), Random House (ISBN 0-394-44341-1), Vintage books paperback (ISBN 0-679-72113-4). Traduit en Manuel de l'animateur social (Points Politique 1976) puis en Pour une action directe non violente (Points Seuil, 1980)
  • Être Radical (2011), Aden, Bruxelles. Réédition française de Rules for Radicals)

Ouvrages sur Saul Alinsky[modifier | modifier le code]

  • Thierry Quinqueton, Saul Alinsky, organisateur et agitateur, éditions Desclée de Brouwer, 1989 (ISBN 2-220-03062-8)
  • Thierry Quinqueton, Que ferait Saul Alinsky ?, éditions Desclée de Brouwer, 2011 (ISBN 978-2-220-06315-7)
  • (en) Jerome Corsi, Saul Alinski : The Evil genius behind Obama, Paperless Publishing, 2012
  • (en) Nicholas von Hoffman, Radical : A portrait of Saul Alinski, Nation Books, 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (fr) Michael C. Behrent, « Saul Alinsky, la campagne présidentielle et l’histoire de la gauche américaine », La Vie des idées, mis en ligne 10-06-08, [lire en ligne]
  • (fr) Nic Gortz et Daniel Zamora, «Être radical. Réflexions made in USA pour radicaux pragmatiques», Revue des Livres, n°5, mai-juin 2012, [lire en ligne]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Corine Lesnes, « Barack Obama : la leçon des ghettos », dans Le Monde du 06/10/2007, mis en ligne le 05/10/2007, [lire en ligne]
  2. (fr) Barack Obama, « Difficultés et perspectives dans les quartiers déhérités », 1988, revue Illinois Issue, traduction sur Rue89, mis en ligne le 18/05/11, [lire en ligne]