Sari Nusseibeh

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nusseibeh.
Sari Nusseibeh

Sari Nusseibeh (en arabe : ساري نسيبة, Sârii Noussyibah), né à Damas, est un universitaire palestinien et acteur important dans la résolution du conflit israélo-palestinien. Il a été chargé du dossier de Jérusalem pour l'OLP et au sein de l’Autorité palestinienne jusqu'en 2002.

Biographie[modifier | modifier le code]

Nusseibeh est né à Damas, en Syrie, fils de l'homme politique Anwar Nusseibeh, chef des relations diplomatiques palestiniennes avec la Jordanie après 1948, et de Nuzha Al-Ghussein, héritière de l'aristocratie foncière palestinienne et fille du leader politique palestinien Yaqub Al-Ghusayn. Nusseibeh a étudié la philosophie à Christ Church (Oxford) et obtient un doctorat en philosophie islamique, à l'université Harvard en 1978[1].

Il retourne en Cisjordanie en 1978 pour enseigner à l'Université de Beir Zeit, où il est resté comme professeur de philosophie jusqu'à ce que l'Université ferme de 1988 à 1990 durant la Première Intifada. Dans le même temps, il a enseigné des cours de philosophie islamique à l'université hébraïque de Jérusalem. Au début des années 1980, il a aidé à organiser le syndicat des enseignants à Bir-Zeit, et a rempli trois mandats en tant que président de l'Union des professeurs et du personnel. Nusseibeh est aussi cofondateur de la Fédération des employés dans le secteur de l'éducation pour toute la Cisjordanie.

La famille Nusseibeh est traditionnellement fiduciaire des clés de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Nusseibeh est marié à Lucie, née au Royaume-Uni, et ils ont quatre enfants, Jamal, Absal, Buraq et Nuzha.

Activisme politique[modifier | modifier le code]

Sari Nusseibeh a longtemps été considéré comme un nationaliste palestinien modéré. En juillet 1987, Nusseibeh et Fayçal Husseini se sont réunis avec Moshe Amirav, un membre du Likoud devenant ainsi le premier Palestinien éminent à rencontrer un membre de la droite israélienne. En raison de sa rencontre avec Amirav, Nusseibeh a été agressé par plusieurs étudiants palestiniens, après avoir donné une conférence à l'Université de Beir Zeit. Amirav, pour sa part, a été exclu du parti Likoud.

Première Intifada[modifier | modifier le code]

Nusseibeh a également été un chef militaire important durant la Première Intifada. Il est l'auteur de la Déclaration palestinienne de Principes[2] et s'emploie à renforcer le Fatah dans les territoires occupés. Nusseibeh contribue à rédiger la Déclaration interne d'autonomie palestinienne émise pendant la première Intifada, et à créer les 200 comités politiques et 28 comités techniques qui étaient destinés à former l'infrastructure embryonnaire d'une administration palestinienne à venir. L'objectif de Nusseibeh était de renforcer le Fatah dans les territoires occupés, en créant un lien entre la classe universitaire chargée des négociations et les militants dans les rues et dans les camps de réfugiés. Toutefois, la façon dont cela a été fait (comme un fait accompli, sans consultation externe) conduit à des accusations selon lesquelles il conspirait une prise de pouvoir et à la frustration de nombre de membres de l'OLP ainsi que des factions non-Fatah internes de l'OLP.

En mai 1989, il est nommé comme coconspirateur non accusé dans le procès de quatre militants palestiniens devant un tribunal militaire israélien. Il était allégué qu'il était membre du Front national uni de l'Insurrection (al-Qiyada al Muwhhada), le groupe underground qui a coordonné l'Intifada, et qu'il contribuait à canaliser les fonds de l'OLP en exil dans les territoires occupés palestiniens. Nusseibeh a nié, et aucune accusation n'a été prouvée. Le mois suivant, les Israéliens ont sévi contre son Service de presse de Terre Sainte, qui donnait des nouvelles de l'Intifada à des correspondants étrangers et à des diplomates; il est fermé pendant deux ans, au motif qu'il était soupçonné de passer de l'argent à l'Intifada. Le bulletin d'information de langue anglaise de Nusseibeh - Monday Report, qui analysait les événements de l'Intifada pour un public anglophone - a été interdit à la même époque.

Première guerre du Golfe[modifier | modifier le code]

À la suite des tirs de missiles Scud à Tel-Aviv, Nusseibeh a travaillé avec La Paix maintenant sur une approche commune avec Israël pour condamner le meurtre de civils dans la guerre. Mais il a été arrêté et placé en détention administrative le 29 janvier 1991, accusé d'être un agent irakien[3]. L'arrestation est remise en question par des officiels britanniques et américains, et l'administration américaine a demandé instamment qu'il soit inculpé ou le soupçon serait que l'arrestation était politique. Par la suite, Amnesty International le reconnaît comme un prisonnier d'opinion[4]. Les Palestiniens ont vu l'arrestation comme un avertissement politique montrant qu'Israël n'avait l'intention de négocier avec aucun dirigeant palestinien, quelle que soit sa modération. Le Professeur Saeb Erekat de l'An-Najah University affirme alors que: « Ceci est un message pour nous les Palestiniens modérés. Le message est: "Vous pouvez oublier les négociations après la guerre parce que nous allons faire en sorte qu'il n'y ait personne à qui parler" ». Nusseibeh est libéré sans inculpation peu après la fin de la guerre, après 90 jours dans la prison de Ramleh[5].

En 2002, Yasser Arafat a déposé Nusseibeh en tant que représentant de l'OLP à Jérusalem-Est, un poste qu'il a assumé après la mort soudaine de Fayçal Husseini[6].

Prises de position politiques[modifier | modifier le code]

Nusseibeh n'a pas été politiquement actif pendant une grande partie des accords d'Oslo, mais a été désigné comme le représentant de l'OLP à Jérusalem en 2001. Au cours de cette période Nusseibeh a commencé à suggérer fortement que les Palestiniens renoncent à leur droit de retour en échange d'un État palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Un certain nombre d'organisations palestiniennes ont condamné fermement son point de vue sur cette question.

Dans un article publié le 24 septembre 2001 par le quotidien israélien Haaretz, intitulé « La voix de la raison » et repris par la presse palestinienne, Sari Nusseibeh appelait de ses vœux « la conclusion d'une paix définitive entre les deux peuples » sur la base de la coexistence de « deux États voisins, mais distincts ». Il y appelait, en particulier, les Palestiniens à renoncer au « droit au retour ». En , il prend position contre la prise des armes au cours de la seconde Intifada, appelle au renoncement des attentats-suicides et se prononce pour un État palestinien démilitarisé dans l'intérêt des Palestiniens. Avec l’Israélien Ami Ayalon, Sari Nusseibeh est à l’initiative d’une déclaration fondée sur le principe « deux peuples, deux États » (en réaction à l'initiative de Genève jugée inapplicable) et lancée officiellement en . En 2002, il est démis de ses fonctions à Jérusalem, par Yasser Arafat[6].

En 2009, il rompt avec la plupart des positions officielles palestiniennes de son rang au cours d’un colloque international de chercheurs sur l’Histoire du Mont du Temple à l’École Biblique de Jérusalem, et admet un lien religieux et historique entre les Juifs et le Mont du Temple et évoque la promesse divine sur le pays de Canaan ainsi que l’existence passée du Temple sur le Mont Moriah. Début 2010, il renonce finalement au principe « deux peuples, deux États » en déclarant qu'« un État palestinien est devenu impossible », affirmant que l'État d'Israël n'aura bientôt d'autre choix que d'intégrer sa population arabe, montrant ainsi sa préférence pour la solution d'un État binational[7]. En , dans une interview accordée à l'hebdomadaire français Le Nouvel Observateur, il fait à nouveau évoluer sa position sur la question en se déclarant favorable à une troisième solution : la création d'un condominium, sorte d'État fédéral qui regrouperait deux États fédérés, palestinien et israélien, allant de la mer Méditerranée au Jourdain[8]. La mise en place de ce condominium serait le résultat d'un vaste plan de paix et de coopération entre Israéliens et Palestiniens, qu'il imagine ainsi : les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie seraient d'abord autorisés à circuler et travailler librement dans l'ensemble du futur condominium, sans obtenir de droits politiques et civiques supplémentaires pour ne pas braquer les Israéliens ; en parallèle, l'Autorité palestinienne se trouverait renforcée dans ses prérogatives[8]. Nusseibeh escompte ainsi, explique-t-il, que, avec le temps, les deux peuples, pouvant circuler librement sur l'ensemble du territoire, apprendraient à se connaître, favorisant à terme l'émergence de l'État fédéral. En outre, les Palestiens, grâce à ces libertés retrouvées, augmenteraient considérablement leur niveau de vie, faisant diminuer d'autant leurs colères et leurs rancœurs, ce qui, à terme, rendrait là aussi possible leur acceptation d'un État fédéral partagé avec Israël[8].

Nusseibeh est le chef et fondateur du Palestinian Consultancy Group, cofondateur et membre de plusieurs institutions palestiniennes, y compris le Conseil arabe pour les Affaires publiques et le Conseil arabe de Jérusalem. Il est également membre du conseil consultatif du Centre international pour l'éthique, la justice et la vie publique à l'université Brandeis.

Au niveau international, Nusseibeh est un membre du programme pour le Moyen-Orient de l'université McGill. En novembre 2007, suite à la publication de Once Upon a Country: A Palestinian Life (traduit en français sous le nom Il était un pays, Une vie en Palestine), il s'est rendu à Montréal, au Canada pour donner des conférences sur sa vision de la paix.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Entretien avec Sari Nusseibeh, Media Monitors Network, 9 janvier 2004. Consulté le 21 mars 2008.
  2. Journal of Palestine Studies, Vol. 17, No. 3, Printemps 1988, p. 63-65 pour le texte de la Déclaration de principes, également connu sous le nom Quatorze Demandes.
  3. Kenneth R. Timmerman, Proof that Saddam bankrolls terrorism: documents seized by Israel in raids against Palestinian Authority offices in the West Bank in recent months detail massive terror funding from the Iraqi dictator, 26 novembre 2002. Insight Magazine. Des documents saisis par Israël lors de raids contre les bureaux de l'Autorité palestinienne en Cisjordanie montrent en détail le financement de la terreur massive par le dictateur irakien Saddam Hussein. Consulté le 8 janvier 2010.
  4. a Palestinian optimist. Los Angeles Times. Consulté le 8 janvier 2010.
  5. Andrew I. Killgore, The True Crime of Palestinian Professor Sari Nusseibeh. Rapport publié en mars 1991. Washington report on Middle East Affairs. Consulté le 8 janvier 2010.
  6. a et b Akiva Eldar, Arafat deposes Sari Nusseibeh as Jerusalem chief. Haaretz. Consulté le 8 janvier 2010.
  7. « Un État palestinien est devenu impossible », Propos de Sari Nusseibeh recueillis à Jérusalem par Adrien Jaulmes. Le Figaro . Obtenu le 08-01-2010.
  8. a, b et c « Palestine : la troisième solution », interview, dans le cadre de la rubrique « Les débats de l'Obs », de Sari Nusseibeh par René Backmann, Le Nouvel Observateur, numéro 2474 daté du 5 avril 2012, pages 108 et 109.

Source[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]