Lesbienne
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Le mot lesbienne est souvent utilisé pour décrire l'attirance romantique et sexuelle entre deux femmes. On parle de lesbianisme pour qualifier cette attirance, ou parfois de saphisme, voire de tribadisme (terme désuet et généralement péjoratif).
Les termes « lesbienne » et « saphisme » font référence à la poétesse grecque Sappho, de l’île de Lesbos. Le mot « lesbienne » peut être utilisé comme substantif pour désigner une femme qui s'identifie elle-même ou est caractérisée par d'autres comme étant homosexuelle, ou comme adjectif, pour décrire un objet ou une activité reliée à l'amour entre femmes[Zimmerman 1].
Le lesbianisme, en tant que concept utilisé pour différencier les femmes selon leur orientation sexuelle, est une construction du vingtième siècle. Bien que l'homosexualité féminine soit apparue dans de nombreuses cultures, ce n'est que depuis très récemment que "lesbiennes" désigne un groupe de personnes. À la fin du dix-neuvième siècle, plusieurs sexologues publient sur le désir et la sexualité entre personnes de même sexes et désignent les lesbiennes d'Occident comme une entité distincte. À cause de cela, les femmes qui prirent conscience de leur nouveau statut médical formèrent différentes sous-cultures en Europe et en Amérique du Nord. Avec la seconde vague féministe, la signification du terme s'est encore étendue. Les historiens ont depuis réexaminé la question des relations entre femmes à travers l'histoire et ont interrogé ce qui qualifie une personne ou une relation de « lesbienne »[réf. nécessaire] et ont trouvé trois éléments servant à l'identification des lesbiennes : le désir sexuel, le comportement sexuel et l'identité sexuelle[réf. nécessaire].
La sexualité des femmes a, au cours de l'histoire, largement été construite par des hommes[réf. nécessaire] qui ont reconnu de manière limitée le lesbianisme comme une sexualité possible ou valide[réf. nécessaire], en raison de l'absence de mâle dans une relation lesbienne. Les historiens féministes[Qui ?] affirment que la motivation principale des sexologues, lorsqu'ils décrivent les relations lesbiennes, est leur méfiance envers l'émancipation grandissante des femmes par rapport aux hommes[réf. nécessaire]. Les femmes qui ne respectaient pas scrupuleusement les normes de genre qui leur étaient assignées étaient considérées comme des malades mentales. Les différentes manières dont les lesbiennes ont été représentées dans les médias suggèrent que la société occidentale a été à la fois intriguée et effrayée par les femmes qui ne respectaient pas les normes de genre, tout en étant au même moment fascinée et scandalisée par les femmes ayant des relations entre elles[réf. nécessaire]. Certaines femmes qui ont eu des relations avec d'autres femmes ne se définissent ni comme lesbiennes, ni comme bisexuelles}. Par contre, les femmes qui se définissent comme lesbiennes partagent une forme d'identité comparable à une ethnie : en tant qu'homosexuelles, elles font face à la discrimination et aux risques de rejet; en tant que femmes, elles n'ont pas le même vécu que des hommes. Le contexte politique et social continuent d'affecter la manière dont les relations et les familles lesbiennes se forment.
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[modifier] Origine et transformation du terme
Le mot "lesbienne" est dérivée du nom de l'île grecque de Lesbos, terre natale de la poétesse Sappho[1]. En s'appuyant sur des textes anciens, les historiens ont conclu qu'un groupe de jeunes femmes ont été instruites par Sappho[Foster 1]. Peu de poèmes de Sappho sont parvenus à notre époque, mais ceux qui le sont parlent de la vie quotidienne des femmes, de leurs relations et leurs rituels. Elle s'est focalisée sur la beauté des femmes et a proclamé son amour des filles[Aldrich 1].
Avant la fin du XIXe siècle, le mot "Lesbien" désignait tout ce qui se rapportait à l'île de Lesbos, notamment un vin. Les habitants de l'île, ont essayé, en 2008, d'obtenir de la justice grecque que le terme "lesbienne" ne se réfère qu'aux habitantes de l'île, sans succès. Ils considéraient que l'emploi du mot "lesbienne" pour parler de l'homosexualité féminine « violait leurs droits et les disgraciaient de part le monde »[2].
L'utilisation du terme "lesbianisme" pour décrire les relations érotiques entre femmes remonte au moins à 1870. En 1890, le mot apparaît dans un dictionnaire médical, comme adjectif désignant le tribadisme comme "l'amour lesbien". Ces termes étaient utilisés indifféremment avec "sapphisme" au tournant du XXe siècle. Dès 1925, "lesbienne" est utilisé comme féminin de "sodomite"[1].
Au milieu du XIXe siècle, la littérature médicale s'efforçait de trouver des manières d'identifier l'homosexualité masculine, considérée à l'époque comme un problème social dans de nombreuses sociétés occidentales[réf. nécessaire]. En catégorisant les comportements associés à ce qui était appelé à l'époque l'« inversion sexuelle » par le sexologue allemand Magnus Hirschfeld, les chercheurs ont défini le comportement sexuel normal pour les hommes et les femmes, et donc à quel point les hommes et les femmes diffèrent des modèles-types de comportements sexuels, masculin comme féminin[Aldrich 2]. Comme l'homosexualité féminine n'était pas considérée comme un problème significatif, beaucoup moins de littérature s'attache à son étude. Dans certains cas[Lesquels ?], elle n'était même pas considérée comme existante[Par qui ?]. Les sexologues Richard von Krafft-Ebbing et Havelock Ellis sont les premiers à avoir catégorisé l'attraction des femmes pour leur sexe. Ils l'ont fait de l'une des manières les plus dures, la considérant comme une forme de démence[Faderman 1]. Pour Ellis, il y avait les « vraies inverties », qui passeraient leurs vies à la recherche de relations érotiques avec des femmes. Celles-ci faisaient partie du « troisième sexe », rejetant le rôle des femmes qui se devaient d'être féminines, soumises et « domestiques »[Faderman 2]. "Invertie" signifie « jouant le rôle de l'autre genre »; comme à l'époque victorienne, les femmes étaient considérées comme incapables d'initier des relations sexuelles, on pensait de celles qui le faisaient avec d'autres femmes qu'elles possédaient des désirs sexuels masculins[Jennings 1]. Les travaux de Krafft-Ebbing et Ellis eurent beaucoup de succès et contribuèrent à faire connaître l'homosexualité féminine du grand public. Par exemple, en Allemagne, plus d'un millier d'articles concernant l'homosexualité furent publiés entre 1898 et 1908[Faderman 3]. Entre 1896 et 1916, 566 articles concernant la « perversion » des femmes le furent aux États-Unis[FadermanL 1]. L'affirmation des sexologues comme quoi l'homosexualité était une anomalie congénitale était généralement bien acceptée par les hommes homosexuels, puisque cela signifiait que leur comportement ne pouvait pas être considéré comme un crime, comme c'était considéré à l'époque. En absence d'autres points de vue pour décrire leurs émotions, les homosexuels acceptèrent d'être désignés comme « différents » ou « pervers » et utilisèrent leur statut d'hors-la-loi pour former des groupes sociaux à Paris et Berlin. Le mot « lesbienne » commença à être utilisé pour décrire des éléments de sous-culture[Aldrich 3].
[modifier] Genre et identité
Les lesbiennes occidentales considèrent souvent qu'elles ont une identité définissant à la fois leur sexualité individuelle et leur appartenance à un groupe de personnes partageant des traits communs. La catégorisation du « type » homosexuel commença au milieu du XIXe siècle et elle intégra progressivement les femmes[3]. Bien que, dans de nombeuses cultures au cours de l'histoire, des femmes ont eu des relations sexuelles avec d'autres femmes, elles étaient rarement désignées comme faisant partie d'un groupe défini par avec qui ils avaient des relations sexuelles. Comme les femmes ont généralement été en position minoritaire politiquement, la médicalisation de l'homosexualité a permis le développement d'une identité sous-culturelle[Aldrich 4].
[modifier] Construction de l'identité lesbienne
Pour certaines femmes, la prise de conscience que leurs comportements ou leurs relations pouvaient être catégorisés comme « lesbiens » les a poussé au déni ou à la dissimulation, comme la professeure Jeannette Marks du Mount Holyoke College qui a vécu avec la présidente de l'université, Mary Woolley, pendant 36 ans. Marks mettaient les jeunes femmes en garde contre les amitiés « anormales » et insistait sur le fait que le bonheur ne pouvait être atteint qu'avec un homme[Aldrich 5]. D'autres personnes refusèrent de se décrire comme lesbiennes malgré leur comportement : Djuna Barnes, auteure de Nightwood, un roman à propos d'une aventure que Barnes avait eu avec Thelma Wood, fut désignée comme « écrivaine lesbienne », qu'elle refusa en disant qu'elle « n'est pas lesbienne, [elle] a juste aimé Thelma »[Castle 1]. D'autres femmes, en revanche, embrassèrent la distinction et utilisèrent leur différence pour se débarquer des femmes hétérosexuelles et des hommes gays[Zimmerman 2]. Entre les années 1890 et 1930, l'héritière américaine Natalie Clifford Barney tenait un salon hebdomadaire à Paris où des célébrités majeures du monde des arts étaient invitées pour discuter de sujets lesbiens[Zimmerman 3]. Elle essaya de créer une version actualisée et idéalisée de Lesbos dans son salon[Edsall 1]. Parmi les membres de son salon, on peut compter l'artiste Romaine Brooks, les écrivaines Colette, Djuna Barnes et Gertrude Stein ainsi que la romancière Radclyffe Hall. Berlin avait une culture homosexuelle vibrante dans les années 1920, avec notamment des cabarets, le magazine Die Freundin (La Petite Amie) et un autre nommé Garçonne qui visait spécifiquement les travestis et les lesbiennes[Aldrich 6]. Le comité scientifique humanitaire de Magnus Hirschfeld, qui faisait la promotion de la tolérance envers les homosexuels en Allemagne, avait une activité lesbienne et on assista à une montée d'écrits et d'activisme politique lesbien parmi le mouvement féministe allemand[Edsall 2]. Au Japon, le terme « rezubienne » a été utilisé comme équivalent de lesbienne. L'Occidentalisation apporta une indépendance accrue des femmes japonaises, et certaines furent alors autorisées à porter des pantalons[Aldrich 7].
En 1928, Radclyffe Hall, une aristocrate britannique, publie le roman Le Puits de solitude, dont l'intrigue est centrée sur Stephen Gordon, une femme qui se définit comme invertie après avoir lu Psychopathia Sexualis de Richard von Krafft-Ebing et vit parmi la sous-culture homosexuelle de Paris. Le roman inclus une préface écrite par Havelock Ellis qui constituait un appel à la tolérance envers les invertis en explicitant en quoi le fait d'être nés invertis les désavantageait[Faderman 4]. Hall souscrivait aux théories d'Ellis et Krafft-Ebbings et rejetait la théorie freudienne comme quoi l'attirance pour le même sexe était causée par des traumatismes durant l'enfance et était donc soignable. Le roman est célèbre car il a été jugé pour obscénité à Londres, événement qui fit scandale et fut décrit par la professeure Laura Doan comme « LE moment de cristallisation dans le processus de construction d'une sous-culture lesbienne visible dans l'Angleterre moderne ». Les journaux divulguèrent franchement que le livre contenait des relations sexuelles entre lesbiennes et les photographies d'Hall étaient souvent accompagnées d'informations à propos des lesbiennes dans la majorité des publications lors des six mois suivants[Doan 1]. Hall avait l'apparence d'une femme « masculine » suivant les critères e 1920 : coupe au carré, tailleurs accompagnés de pantalons et monocle. Quand les femmes britanniques participèrent à l'effort de guerre de la première guerre mondiale, elles se mirent à porter des vêtements masculins et il était considéré comme patriotique de porter des uniformes et des pantalons. Pourtant, après la guerre, les vêtements masculins pour des femmes furent associés au lesbianisme[Doan 2].
Aux États-Unis, les années 1920 étaient marqué par une expérimentation sociale, en particulier dans le domaine sexuel. Comme il était connu que les relations sexuelles faisaient partie intégrante des lesbiennes et de leurs relations, l'expérimentation sexuelle se répandit. Les villes à la vie nocturne marquée devinrent extrêmement populaires et les femmes se mirent à rechercher des aventures sexuelles. La bisexualité devint chic, et plus particulièrement dans les premiers quartiers gays américains[FadermanL 2]. Le lilu le plus réputé pour sa vie nocturne homosexuelle était Harlem, le quartier à majorité afro-américaine de la ville de New York. Les artistes de blues Ma Rainey, Bessie Smith, Ethel Waters et Gladys Bentley chantaient à propose de leurs aventures avec des femmes à un public composé notamment de Tallulah Bankhead, Beatrice Lillie et Joan Crawford[FadermanL 3],[Zimmerman 4]. Les homosexuels commencèrent à comparer leur nouvellement reconnu statut de minorité avec celui des Afro-Américains[FadermanL 4]. Parmi les résidents afro-américains d'Harlem, les relations lesbiennes étaient fréquentes et tolérées mais pas ouvertement acceptées. Des femmes simulèrent de somptueuses cérémonies de mariages et signèrent même des contrats en utilisant des prénoms masculins[FadermanL 5]. La majorité était pourtant mariée à des hommes et avaient des aventures régulières avec des femmes; la bisexualité était largement plus acceptée que le lesbianisme[Zimmerman 5].
À travers la ville, le quartier de Greenwich Village fut aussi l'hôte d'une communauté homosexuelle grandissante, bien que l'ambiance y était différente. La majorité était composée d'hommes homosexuels, même si des personnalités comme la poétesse Edna St. Vincent Millay ou la mécène Mabel Dodge étaient connues pour leurs aventures avec des femmes et leur promotion de la tolérance de l'homosexualité[Faderman 5]. Selon l'historienne Lillian Faderman, l'existence de lieux publics de socialisation pour les femmes, réputés accueillir des lesbiennes, était « la plus importante manifestation public de la sous-culture pendant plusieurs décennies »[Faderman 6].
[modifier] Crise de 1929
Pour que des lesbiennes puissent s'affirmer et chercher d'autres femmes, elles ont besoin d'avoir l'indépendance économique, qui disparût pendant la crise de 1929. La plupart des lesbiennes américaines jugèrent nécessaire de se marier, ou à un « prétexte » avec un homme gay où tous deux pourraient avoir des relations homosexuelles sans pour autant devoir s'afficher, ou à un homme qui recherchait une épouse traditionnelle. Dans les années 30, les femmes indépendantes étaient considérées comme volant des emplois qui auraient dû revenir à des hommes[FadermanL 6]. La pression sociale isola les femmes dans la plupart des lieux, si ce n'est les grandes villes où de très petites communautés subsistèrent autour de bars. L'homosexualité était devenue tabou et les femmes parlaient rarement de lesbianisme, même entre elles; elles parlaient des personnes ouvertement gaies comme "dans la Vie"[FadermanL 7]. La sous-culture homosexuelle disparût d'Allemagne avec la montée du nazisme en 1933[Aldrich 8].
[modifier] Seconde guerre mondiale
Le début de la seconde guerre mondiale causa un bouleversement massif de la vie des gens et des millions d'hommes furent mobilisés. Des femmes furent aussi intégrées dans l'armée américaine, au sein du Women's Army Corps (WACs) et du Women Accepted for Volunteer Emergency Service (WAVES). Alors qu'il y avait des méthodes pour éviter l'intégration des hommes homosexuels depuis la création de l'armée américaine, aucune n'existait pour les lesbiennes : elles y étaient progressivement intégrées pendant la seconde guerre mondiale. Malgré les rôles traditionnels que devaient jouer les femmes dans les années 30, les femmes indépendantes et masculines étaient recrutées par l'armée dans les années 40 et la fragilité était découragée.[Berube 1]. L'activité sexuelle était cependant prohibée et toute personne qui s'identifiait comme lesbienne gagnait quasi-certainement un ticket bleu. Les lesbiennes formèrent de petits groupes et utilisèrent des mots de code. L'historien Allan Bérubé montra que les homosexuels dans l'armée refusaient, de manière consciente ou inconsciente, de se définir comme homosexuel ou lesbienne et ne parlaient jamais de l'orientation sexuelle des autres[Berube 2].
Les femmes les plus masculines n'étaient pas forcément nombreuses, mais leur visibilité faisait qu'elles attiraient les femmes qui recherchaient d'autres lesbiennes. Elles devaient parler de leur attirance pour d'autres femmes prudemment, parfois en prenant des jours pour se faire comprendre, sans jamais dire ou demander quoi que ce soit de catégorique[Berube 3]. Les femmes qui n'entrèrent pas dans l'armée furent incitées à effectiver les travaux laissés par les hommes afin de maintenir la productivité nationale. L'accroissement de la mobilité, de la sophistication et de l'indépendance de nombreuses femmes durant et après la guerre rendit possible pour elles de vivre sans mari, une chose qui n'aurait pas été possible dans d'autres circonstances économiques et sociales, permettant un essor des réseaux et environnements lesbiens[FadermanL 8].
[modifier] Années d'après guerre
Après la seconde guerre mondiale, la population des États-Unis désirait revenir à la société d'avant guerre aussi vite que possible[Adam 1]. Combiné avec la paranoïa croissante concernant le communisme et l'utilisation de la théorie psychanalytique dans la culture médicale, l'homosexualité devint, dans les années 50, une caractéristique indésirable des fonctionnaires américains. Les homosexuels étaient considérés comme plus sensibles au chantage et le gouvernement commença à virer ses employés ouvertement homosexuels, démarrant ainsi une politique étendue de collecte d'information sur la vie privée des employés[Edsall 3]. Les gouvernements locaux et fédéraux se mirent à arrêter des personnes se réunissant dans des bars et des parcs et à rédiger des lois interdisant le travestissement des hommes et des femmes[Adam 2]. L'armée américaine conduisit de nombreux interrogatoires, demandant si les femmes avaient déjà eu des relations avec une autre femme et considéraient que même une seule expérience au cours de la vie constituait une identité criminelle. Ainsi, la séparation entre homosexuels et hétérosexuels était sévèrement marquée[FadermanL 9]. En 1952, l'homosexualité est listée comme une perturbation pathologique des émotions par le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'association américaine de psychiatrie[Edsall 4]. Considérer l'homosexualité comme une maladie curable était répandu parmi la communauté médicale, la population générale et de nombreuses lesbiennes elles-mêmes[4]. L'Australie[Willett 1] et le Canada[Warner 1] bannirent l'homosexualité dans les services publics et le lesbianisme devint illégal au Royaume-Uni[Jennings 2].
Les lieux de rencontre de la communauté, généralement des bars, faisaient souvent l'objet de raids mensuels de la part de la police. Les personnes arrêtées étaient montrées dans les journaux. En réponse à cela, huit femmes de San Francisco décidèrent de se rencontrer dans leurs salons en 1955. Elles devinrent la première organisation dédiée aux lesbiennes des Etats-Unis et se nommèrent les Daughters of Bilitis (DoB). Les DoB commencèrent en 1956 la publication du magazine The Ladder. Chaque édition était accompagnée d'un communiqué de mission; le premier était l'« éducation des déviantes »[note 1], ce qui signifiait fournir aux femmes des connaissances sur l'homosexualité féminine et les lesbiennes célèbres del 'histoire. Le terme « lesbienne » était tellement connoté négativement en 1956 que les DoB refusèrent de l'utiliser, choisissant à la place le terme de « déviante »[Gallo 1]. Les DoB trouvèrent de nouvelles membres à Chicago, New York et Los Angeles et The Ladder fut envoyé à des centaines, voir des milliers d'entre ces femmes. Les membres y discutaient de la nature de l'homosexualité, remettant parfois en cause l'idée que c'était une maladie. Les lectrices racontaient pourquoi elles étaient lesbiennes et donnaient des manières de le gérer en société[4]. Les lesbiennes britanniques leurs emboîtèrent le pas en 1964 avec la publication d’Arena Three[Jennings 3].
La sous-culture lesbienne, et plus particulièrement la classe ouvrière nord-américaine, développa des rôles genrés extrêmement rigides dans les relations entre femmes, reflétant ainsi la catégorisation des sexualités si tranchée de la société. Bien que de nombreuses municipalités avaient édictées des lois interdisant le travestissement, des femmes socialisaient dans des bars en tant que butches: habillées en hommes et se comportant de manière masculine. Les autres portaient des vêtements féminins et prenaient le rôle de fem. Le modèle buth&fem était tellement imposé dans les bars lesbiens que les femmes qui refusaient de se positionner étaient au pire ignorées, au mieux toujours célibataires; il était inacceptable pour une butch d'être avec une autre buth ou pour une fem d'être avec une fem[FadermanL 10]. Des années 40 à 70, le modèle butch/fem fleurit en Grande-Betagne, mais avec moins de distinction de classe[Jennings 4]. Les butchs et les fems étaient considérées comme vulgaires par les lesbiennes américaines de classes supérieures pendant cette période et beaucoup de femmes plus riches se marièrent afin de respecter la pression familiale ou s'enfuir en Europe[FadermanL 11].
En 1950 est publié le roman Women's Barracks, qui raconte l'expérience d'une femme dans les Forces françaises libres où elle a été témoin d'une relation lesbienne. Vendu à 4,5 millions d'exemplaires, le livre est nommé au House Select Committee on Current Pornographic Materials en1952.[Stryker 1].Gold Medal Books édita, en 1952 le roman Spring Fire, dont il écoula 1,5 million de copies. Gold Medal Books reçu de nombreux courriers de femmes et poursuivit sa publication de livres sur le même thème, créant ainsi le genre des pulp fictions lesbiennes[Stryker 2]. Entre 1955 et 1969, plus de 2 000 livres sur le saphisme furent publiés. Ils étaient vendus dans les magazines de proximité, les gares, aux arrêts de bus et dans les kiosques à journaux à travers les États-Unis et le Canada. La majorité était écrite et destiné à un public d'homme hétérosexuels. Des mots codés étaient utilisés sur la couverture, tels que « bizarre », « déviant », « troisième sexe » et les couvertures étaient souvent salaces.[Zimet 1]. Parmi les écrivaines de pulp fiction lesbienne, on peut citer Ann Bannon, Valerie Taylo, Paula Christian et Vin Packer/Ann Aldrich. Les livres utilisaient des références culturelles, nommant des lieux, des expressions, des vêtements propres à la sous-culture lesbienne, participant ainsi à la connaissance de cette identité aux lecteurs hétérosexuels et lectrices lesbiennes.[5].
[modifier] Seconde vague féministe
La rigidité sociale des années 50 et 60 aux États-Unis provoqua des réactions violentes et des mouvements de défense des Afro-Américains, des pauvres, des femmes et des gays commencèrent à jouer un rôle de premier plan. Les mouvements gay et féministe commencèrent à se connecter après les émeutes de Stonewall, en 1969[Aldrich 9]. La montrée de l'activisme gay et de la conscience féministe contribua à la transformation du sens de « lesbienne ».
La révolution sexuelle des années 70 introduisit la notion entre l'identité et le comportement sexuel. Beaucoup de femmes profitèrent de leur liberté nouvelle pour tenter de nouvelles expériences et certaines qui s'identifiaient comme hétérosexuelles eurent des rapports sexuels avec d'autres femmes, même si la majorité d'entre elles continuèrent à se définir hétéros[FadermanL 12]. Toutefois, avec la seconde vague féministe, les femmes se définissaient de plus en plus comme « lesbienne » pour parler d'une identité politique et moins pour parler de leur orientation sexuelle. Le groupe féminisme Radicalesbians publia en 1970 un manifeste, The Woman-Identified Woman affirmant qu'« une lesbienne est la rage de toutes les femmes condensée au point d'exploser » [Schlager 1]. Une affirmation similaire apparut à Leeds, où un pamphlet féministe affirma que « [leur] définition d'une lesbienne politique est une femme qui ne baise pas avec les hommes. Cela n'implique pas qu'elle ait une activité sexuelle compulsive avec les femmes »[Jennings 5]. Ces militantes exprimaient leur dédain d'une société patriarcale et sexiste par nature et en avait conclu que le moyen le plus efficace de vaincre le sexisme et d'obtenir l'égalité pour les femmes serait de refuser tout pouvoir ou plaisir que les hommes tiraient des femmes, notamment la sexualité. Pour les femmes qui souscrivaient à cette philosophie, lançant ainsi le mouvement du féminisme lesbien, « lesbienne » était un terme choisit par les femmes pour décrire n'importe quelle femme pour qui le bien-être des femmes était sa priorité sociale et politique. Le désir sexuel n'était pas la caractéristique essentielle d'une lesbienne-féministe, mais plutôt son idéal politique. L'indépendance par rapport aux hommes dans leurs rôles d'oppresseurs était une doctrine centrale du féminisme lesbien et beaucoup de celles qui y adhéraient s'efforcèrent de se séparer, physiquement et économiquement, de la culture traditionnelle et andro-centrée. Dans la société idéale, nommée la Nation Lesbienne, « femme » et « lesbienne » était des synonymes[FadermanL 13].
En 1980, Adrienne Rich enrichit le sens politique de « lesbienne » en proposant un continuum de l'existence lesbienne basée sur l'« expérience des femmes »[6]. Pour Rich, toutes les relations entre femmes, telles que mère-fille ou entre collègues de travail, avaient un aspect lesbien, peu importe si les femmes impliquées se considéraient lesbiennes ou pas. Pour Rich, l'hétérosexualité avait été imposée aux femmes par les hommes[6]. Plusieurs années plus tard, Del Martin et Phyllis Lyon, les fondatrices des Daughters of Bilitis donnèrent à lesbienne le sens d'« une femme dont l'intérêt social, émotionnel, psychologique et érotique est primordiablement pour un membre de son propre sexe, même si cet intérêt ne s'exprime pas excessivement »[Martin et Lyon 1].
Bien que le féminisme lesbien ait constitué un changement significatif, toutes les lesbiennes n'y adhéraient pas. Le féminisme lesbien était un mouvement essentiellement jeune; ses membres étaient diplômées de l'université et militaient au sein de la Nouvelle gauche, mais n'ayant pas réussi à donner aux mouvements radicaux auxquels elles participaient une dimension féministe[Schlager 2]. Beaucoup de lesbiennes plus âgées qui assumèrent leur sexualité à une époque plus conservatrice considérèrent que leur manière d'être était plus adaptée à l'homophobie ambiante. Les Daughters of Bilitis ne survécurent pas à la question de savoir s'il fallait privilégier le féminisme ou l'activisme gay et lesbien[7]. Comme l'égalité était la priorité des lesbiennes féministes, la disparité des rôles homme/femme ou butch/fem étaient considérés comme relevant du patriarcat. Les féministes lesbiennes fuyaient les rôles genrés qui étaient pratiqués dans les bars ainsi que ce qu'elles considéraient comme du chauvisme de la part des hommes gays et beaucoup d'entre elles refusèrent de militer avec eux[FadermanL 14]. Toutefois, les lesbiennes ayant une position plus essentialiste, c'est-à-dire celles qui considéraient qu'elles étaient nées homosexuelles et qui utilisait « lesbienne » pour qualifier uniquement une orientation sexuelle, considéraient souvent que la position séparatiste des féministes lesbiennes nuisaient à la cause[FadermanL 15].
[modifier] Notes
- ↑ Education of the variant
[modifier] Sources
[modifier] Références
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[modifier] Voir aussi