Lesbianisme

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Deux symboles de Vénus entrelacés, représentant ainsi un couple de femmes.

Le mot lesbianisme est souvent utilisé pour décrire l'attirance sentimentale et sexuelle entre deux femmes. On parle aussi d’homosexualité féminine pour qualifier cette attirance, ou parfois de saphisme, voire de tribadisme (terme désuet et généralement péjoratif).

Les termes « lesbianisme » et « saphisme » font référence à la poétesse grecque Sappho, originaire de l’île de Lesbos. Le mot « lesbienne » peut être utilisé comme substantif pour désigner une femme qui s'identifie elle-même ou est caractérisée par d'autres comme étant homosexuelle, ou comme adjectif, pour décrire un objet ou une activité reliée à l'amour entre femmes[e 1].

Le lesbianisme, en tant que concept utilisé pour différencier les femmes selon leur orientation sexuelle, est une construction du XXe siècle. Bien que l'homosexualité féminine soit apparue dans de nombreuses cultures, ce n'est que depuis très récemment que « lesbiennes » désigne un groupe de personnes. À la fin du XIXe siècle, plusieurs sexologues publient sur le désir et la sexualité entre personnes de même sexes et désignent les lesbiennes d'Occident comme une entité distincte. À cause de cela, les femmes qui prirent conscience de leur nouveau statut médical formèrent différentes sous-cultures en Europe et en Amérique du Nord. Avec la seconde vague féministe, la signification du terme s'est encore étendue. Les historiens ont depuis réexaminé la question des relations entre femmes à travers l'histoire et ont interrogé ce qui qualifie une personne ou une relation de « lesbienne » et ont trouvé trois éléments servant à l'identification des lesbiennes : le désir sexuel, le comportement sexuel et l'identité ressentie.

La sexualité des femmes a largement été construite, au cours de l'histoire, par des hommes qui ont reconnu de manière limitée le lesbianisme comme une sexualité possible ou valide, en raison de l'absence de mâle dans une relation lesbienne. Les historiens féministes affirment que la motivation principale des sexologues, lorsqu'ils décrivent les relations lesbiennes, est leur méfiance envers l'émancipation grandissante des femmes par rapport aux hommes. Les femmes qui ne respectaient pas scrupuleusement les normes de genre qui leur étaient assignées étaient considérées comme des malades mentales. Les différentes manières dont les lesbiennes ont été représentées dans les médias suggèrent que la société occidentale a été à la fois intriguée et effrayée par les femmes qui ne respectaient pas les normes de genre, tout en étant au même moment fascinée et scandalisée par les femmes ayant des relations entre elles. Certaines femmes qui ont eu des relations avec d'autres femmes ne se définissent ni comme lesbiennes, ni comme bisexuelles. En revanche, les femmes qui se définissent comme lesbiennes partagent une forme d'identité comparable à une ethnie : en tant qu'homosexuelles, elles font face à la discrimination et aux risques de rejet ; en tant que femmes, elles n'ont pas le même vécu que des hommes. Le contexte politique et social continue d'influencer la manière dont les relations et les familles lesbiennes se forment.

Origine et transformation du terme[modifier | modifier le code]

Sappho de Lesbos, d'après une peinture de 1904 par John William Godward. Elle est à l'origine de l'emploi des termes « lesbienne » et « saphisme » pour parler du désir entre femmes.

Le mot « lesbienne » est dérivée du nom de l'île grecque de Lesbos, terre natale de la poétesse Sappho[1]. En s'appuyant sur des textes anciens, les historiens ont conclu qu'un groupe de jeunes femmes ont été instruites par Sappho[2]. Peu de poèmes de Sappho sont parvenus jusqu'à nous, mais ceux qui le sont parlent de la vie quotidienne des femmes, de leurs relations et leurs rituels. Sappho insiste sur la beauté des femmes et proclame son amour des jeunes filles[a 1].

Avant la fin du XIXe siècle, le mot « Lesbien » désignait tout ce qui se rapportait à l'île de Lesbos, notamment un vin. Les habitants de l'île, ont essayé, en 2008, d'obtenir de la justice grecque que le terme « lesbienne » ne se réfère qu'aux habitantes de l'île, sans succès. Ils considéraient que l'emploi du mot « lesbienne » pour parler de l'homosexualité féminine « violait leurs droits et les disgraciait de par le monde »[3].

L'utilisation du terme « lesbianisme » pour décrire les relations érotiques entre femmes remonte au moins à 1870. En 1890, le mot apparaît dans un dictionnaire médical, comme adjectif désignant le tribadisme comme l'« amour lesbien ». Ces termes étaient utilisés indifféremment avec « saphisme » au tournant du XXe siècle. Dès 1925, « lesbienne » est utilisé comme féminin de « sodomite »[1].

Havelock Ellis, un sexologue qui considérait que le lesbianisme était une forme de démence.

Au milieu du XIXe siècle, la littérature médicale s'efforçait de trouver des manières d'identifier l'homosexualité masculine, considérée à l'époque comme un problème social dans de nombreuses sociétés occidentales. En catégorisant les comportements associés à ce qui était appelé à l'époque l'« inversion sexuelle » par le sexologue allemand Magnus Hirschfeld, les chercheurs ont défini le comportement sexuel normal pour les hommes et les femmes, et ont donc montré à quel point les hommes et les femmes différaient des modèles-types de comportements sexuels, masculin comme féminin[a 2]. Comme l'homosexualité féminine n'était pas considérée comme un problème significatif, beaucoup moins d'écrivains se sont attachés à son étude. Dans certains cas[Lesquels ?], elle n'était même pas considérée comme existante[Par qui ?]. Les sexologues Richard von Krafft-Ebing et Havelock Ellis sont les premiers à avoir catégorisé l'attraction des femmes pour leur sexe. Ils l'ont fait de la manière la plus dure, la considérant comme une forme de démence[b 1]. Pour Ellis, il y avait les « vraies inverties », qui passeraient leurs vies à la recherche de relations érotiques avec des femmes. Celles-ci faisaient partie du « troisième sexe », rejetant le rôle des femmes qui se devaient d'être féminines, soumises et « domestiques »[b 2]. « Invertie » signifie « jouant le rôle de l'autre genre » ; comme à l'époque victorienne, les femmes étaient considérées comme incapables d'initier des relations sexuelles, on pensait de celles qui le faisaient avec d'autres femmes qu'elles possédaient des désirs sexuels masculins[d 1], introduisant de ce fait la négation d'une sexualité intrinsèquement féminine. Les travaux de Krafft-Ebbing et Ellis eurent beaucoup de succès et contribuèrent à faire connaître l'homosexualité féminine au grand public. Par exemple, en Allemagne, plus d'un millier d'articles concernant l'homosexualité furent publiés entre 1898 et 1908[b 3]. Entre 1896 et 1916, 566 articles concernant la « perversion » des femmes le furent aux États-Unis[c 1]. L'affirmation des sexologues selon laquelle l'homosexualité serait une anomalie congénitale était généralement bien acceptée par les hommes homosexuels, puisque cela signifiait que leur comportement ne pouvait pas être considéré comme un crime, comme c'était considéré à l'époque, logique qui se renversera dans notre époque contemporaine. En absence d'autres points de vue pour décrire leurs émotions, les homosexuels acceptèrent d'être désignés comme « différents » ou « pervers » et utilisèrent leur statut de hors-la-loi pour former des groupes sociaux à Paris et Berlin. Le mot « lesbienne » commença à être utilisé pour décrire des éléments de sous-culture[a 3].

Genre et identité[modifier | modifier le code]

La prospère communauté lesbienne de Berlin des années 1920 publia ce magazine entre 1924 et 1933.

Les lesbiennes occidentales se déclarant comme telles, considèrent le plus souvent que leur identité se réfère de manière privilégiée à leur sexualité individuelle ou leur appartenance à un groupe de personnes partageant des traits communs, ou les deux. La caractérisation d'une « typologie » homosexuelle commença au milieu du XIXe siècle et elle intégra progressivement l'opinion de ces femmes[4]. Bien que, dans de nombreuses cultures au cours de l'histoire, des femmes ont eu des relations sexuelles avec d'autres femmes, elles ont rarement été désignées avant le XXe siècle comme faisant possiblement partie d'un groupe défini et autonomiste, sur le plan culturel et social, et nouvellement sur le plan sexuel.

Ce dernier constituant un argument sociologique et comportemental inédit, est présenté comme le point d'orgue de l'antagonisme à une constitution normative persévérante des schémas moraux au sein de la société (à partir du schéma sexuel), doublement aliénante pour elles, compte tenu de la position peu influente de l'ensemble des femmes sur le plan politique jusqu'à la fin de celui-ci. Plus largement, le réflexe de médicalisation du statut de l'homosexualité et sa stigmatisation progressive au sein de la société, a permis le développement d'une communauté de mœurs consciente dès le début du XXe siècle et ainsi la naissance d'une identité sous-culturelle[a 4].

Construction de l'identité lesbienne[modifier | modifier le code]

Aux alentours de 1905, la réflexion de certaines femmes homosexuelles sur le fait que leurs comportements, leurs relations ou leur manière de vivre pouvaient être labellisés comme « lesbiens » et provoquer un clivage social défavorisant pour elles, les a poussées au déni ou à la dissimulation, comme la professeure Jeannette Marks du Mount Holyoke College qui vécut pendant 36 ans avec la présidente de l'université Mary Woolley. Marks, en totale contradiction avec ses choix personnels, mit les jeunes femmes en garde contre les amitiés« anormales » et insista sur le fait que le bonheur ne pouvait être atteint qu'avec un homme[a 4].

D'autres femmes refusèrent de se dépeindre comme lesbiennes malgré leur comportement : Djuna Barnes, auteure de Nightwood, un roman à propos d'une aventure que Barnes avait eu avec Thelma Woods, fut désignée comme « écrivaine lesbienne », qu'elle réfuta en arguant qu'elle « n'était pas lesbienne, [elle] a juste aimé Thelma »[5].

D'autres femmes, en revanche, embrassèrent la distinction et utilisèrent leur « différence » pour se démarquer intellectuellement des femmes hétérosexuelles et des hommes gays[e 2]. Entre les années 1890 et 1930, l'héritière américaine Natalie Clifford Barney tenait un salon hebdomadaire à Paris où des célébrités majeures du monde des arts étaient invitées pour discuter de sujets lesbiens[e 3]. Excentrique, elle tenta de créer une version actualisée et idéalisée de Lesbos dans son salon[6]. Parmi ses membres, l'artiste Romaine Brooks, les écrivaines Colette, Djuna Barnes et Gertrude Stein ainsi que la romancière Radclyffe Hall.

Berlin avait une culture homosexuelle vibrante dans les années 1920, avec notamment des cabarets, le magazine Die Freundin (La Petite Amie) et un autre nommé Garçonne qui visait spécifiquement les travestis et les lesbiennes[a 5]. Le comité scientifique humanitaire de Magnus Hirschfeld, qui faisait la promotion de la tolérance envers les homosexuels en Allemagne, avait une activité lesbienne et on assista à une montée d'écrits et d'activisme politique lesbien parmi le mouvement féministe allemand[7]. Au Japon, le terme « rezubienne » a été utilisé comme équivalent de lesbienne. L'occidentalisation apporta une indépendance accrue des femmes japonaises, et certaines furent alors autorisées à porter des pantalons[a 6].

En 1928, Radclyffe Hall, une aristocrate britannique, publie le roman Le Puits de solitude, dont l'intrigue est centrée sur Stephen Gordon, une femme qui se définit comme invertie après avoir lu Psychopathia Sexualis de Richard von Krafft-Ebing et vit parmi les acteurs de la sous-culture homosexuelle de Paris. Le roman inclut une préface écrite par Havelock Ellis qui constituait un appel à la tolérance envers les invertis en explicitant en quoi le fait d'être nés invertis les désavantageait[b 4]. Hall souscrivait aux théories d'Ellis et Krafft-Ebbings et rejetait la théorie freudienne qui supputait que l'attirance pour le même sexe était causée par des traumatismes survenus durant l'enfance, donc curable. Le roman doit sa célébrité à un jugement pour obscénité à Londres, événement qui fit scandale et fut décrit par la professeure Laura Doan comme « Le moment de cristallisation dans le processus de construction d'une sous-culture lesbienne visible dans l'Angleterre moderne ». Les journaux divulguèrent franchement que le livre contenait des descriptions de relations sexuelles entre lesbiennes et les photographies d'Hall étaient souvent accompagnées d'informations à propos des lesbiennes dans la majorité des publications lors des six mois suivants, révélant l'aspect essentiellement documentaire de son projet[8].

Hall avait l'apparence d'une femme « masculine » suivant les critères de 1920 : coupe au carré, tailleurs accompagnés de pantalons et monocle. Quand les femmes britanniques participèrent à l'effort de guerre de la Première Guerre mondiale, aux alentours de 1916, elles commencèrent à porter des vêtements masculins. Il était considéré comme patriotique de porter des uniformes et des pantalons : la réalité étant qu'un état de siège (spécifiquement au XXe siècle) requiert la participation de toutes les ressources civiles pour le soutenir et gomme exceptionnellement les frontières sexuelles et sociales pour faire resurgir l'appartenance première à la nation dont elles sont issues, en galvanisant, fédérant tous ses ressortissants autour de la restauration de sa sécurité et sa stabilité politique. Dans l'entre-deux-guerres, jusque dans les années 1960 qui virent naître l'émergence du féminisme comme véritable enjeu démocratique, et pendant lesquelles la mode banalisa son usage et fit apparaître son aspect pratique, le port de vêtements masculins par des femmes fut soit très peu souscrit, soit associé au lesbianisme[9].

Gladys Bentley, habitante d'Harlem, était célèbre pour ses chansons de blues qui parlaient de ses aventures avec des femmes.

Aux États-Unis, leurs années 1920 furent marquées par une expérimentation sociale du désir de l'objet sexuel, jusque là intériorisé, voire caché (puisque non différencié de soi et considéré comme socialement improductif), sous la forme :

  • d'une réappropriation identitaire, sur le plan d'une sexualité échappant soudainement et totalement au contrôle symbolique du masculin (le père, le frère, le mari) et par extension de la structure sociétale établie, religieuse, morale et politique qu'il continue d'incarner malgré lui et par lequel il transmet aussi son héritage et son système de valeurs.

Où l'interchangeabilité des rôles masculins, la « passation » d'un homme à l'autre, devient impossible pour elle, niée dans un désir spécifique qui reflète également le refus d'une gestion masculine de la position féminine au sein de l'architecture familiale, et donc vouée à l'absence d'existence, sociale et intime ;

  • d'une prise de conscience de sa propre corporalité, délimitée dans son expansion mais du fait de sa propre volonté, et d'un désir, certes plus discret, d'occupation inédite de l'espace public, donc de pouvoir.

D'abord « aveuglée » par son éducation normée, la femme homosexuelle devient « visible » par ses propres moyens.

La revendication sexuelle, non dénuée de provocation et de dangers, fut partie intégrante des mœurs lesbiennes en construction, l'expérimentation sexuelle se répandit. Les villes à la vie nocturne marquée devinrent extrêmement populaires et les femmes commencèrent à rechercher des aventures sexuelles. La bisexualité devint chic, et plus particulièrement dans les premiers quartiers gays américains[c 2]. Le lieu le plus réputé pour sa vie nocturne homosexuelle était Harlem, le quartier à majorité afro-américaine de la ville de New York. Les artistes de blues Ma Rainey, Bessie Smith, Ethel Waters et Gladys Bentley chantaient à propos de leurs aventures avec des femmes à un public composé notamment de Tallulah Bankhead, Beatrice Lillie et Joan Crawford[c 3],[e 4]. Les homosexuels commencèrent à comparer leur nouvellement reconnu statut de minorité avec celui des Afro-Américains[c 4]. Parmi les résidents afro-américains d'Harlem, les relations lesbiennes étaient fréquentes et tolérées mais pas ouvertement acceptées. Des femmes simulèrent de somptueuses cérémonies de mariages et signèrent même des contrats en utilisant des prénoms masculins[c 5]. La majorité était pourtant mariée à des hommes et avaient des aventures régulières avec des femmes ; la bisexualité était largement plus acceptée que le lesbianisme[e 5].

À travers la ville, le quartier de Greenwich Village fut aussi l'hôte d'une communauté homosexuelle grandissante, bien que l'ambiance y était différente. La majorité était composée d'hommes homosexuels, parsemée de personnalités comme la poétesse Edna St. Vincent Millay ou la mécène Mabel Dodge, connues pour leurs aventures avec des femmes et leur promotion de la tolérance envers l'homosexualité[b 5].

Selon l'historienne Lillian Faderman, l'existence à New York pendant les années folles, de lieux publics de socialisation pour les femmes, réputés accueillir des lesbiennes, était « la plus importante manifestation publique de la sous-culture pendant plusieurs décennies »[b 6].

Crise de 1929[modifier | modifier le code]

Pour que les lesbiennes puissent affirmer une existence sociale et une plus grande visibilité, l'indépendance économique fut perçue comme un élément indispensable. La crise de 1929 aux États-Unis précarisa fortement toute la population, et particulièrement ce qui était encore un microcosme sexuel. La plupart des lesbiennes américaines jugèrent nécessaire quoique compliqué, de se marier, soit selon un « prétexte », à un homme gay pour conserver aux yeux du plus grand nombre l'image d'un couple hétérosexuel « classique », au sein duquel chacun pourrait continuer à entretenir ses préférences sexuelles comme il l'entend, soit à un homme en recherche d'une épouse traditionnelle, mais sans surveillance accrue. Dans les années 1930, les lesbiennes sur le chemin de l'affranchissement, indépendantes et en conséquence dans l'obligation de travailler pour subvenir à leurs besoins, étaient considérées comme prenant la place des hommes dans des emplois qui auraient dû leur revenir selon « toute logique »[c 6]. La pression sociale isola les femmes sur l'ensemble du territoire américain, exception faite des grandes villes où de petites communautés subsistèrent autour de bars. L'homosexualité était redevenue un tabou et l'autocensure largement pratiquée où leur sexualité s'évoquait uniquement de manière allusive ou codée[c 7]. La sous-culture homosexuelle disparut d'Allemagne avec la montée du nazisme en 1933[a 7].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'expérience du travail et de l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale donna aux femmes des possibilités sociales et économiques qui leur permirent de construire la sous-culture lesbienne.

Le début de la Seconde Guerre mondiale causa un bouleversement humain massif et des millions d'hommes furent mobilisés. Des femmes furent aussi intégrées dans l'armée américaine, au sein du Women's Army Corps (WACs) et du Women Accepted for Volunteer Emergency Service (WAVES). Alors que des méthodes avaient été mises au point depuis la création de l'armée américaine, pour l'éviction des hommes homosexuels désirant s'enrôler, aucune n'existait pour les lesbiennes : elles y étaient progressivement intégrées.

Dans un climat de suspicion où les homosexuelles des années 1930 devaient déjouer de nombreuses apparences, certaines étaient néanmoins recrutées sans réserve par l'armée qui, comptant sur des notions d'obéissance, la toute-puissance de son commandement et son organisation humaine stricte, toutes inhérentes à son fonctionnement, ne devisait pas sur la charpente d'une femme et pouvait même encourager chez elle une grande résistance physique, à l'instar de ses confrères masculins[10]. L'activité sexuelle étant prohibée, toute personne qui s'identifiait comme lesbienne était pénalisée d'un ticket bleu. Les lesbiennes formèrent de petits groupes et utilisèrent des codes pour communiquer. L'historien Allan Bérubé montra que les homosexuels dans l'armée refusaient, de manière consciente ou inconsciente, de se définir comme homosexuels ou lesbiennes et ne parlaient jamais de l'orientation sexuelle des autres[11].

Les femmes les plus masculines n'étaient pas forcément nombreuses, mais leur visibilité particulière les rendait attirantes aux yeux des femmes qui recherchaient d'autres lesbiennes. Elles devaient évoquer prudemment leurs intentions, parfois en prenant des jours pour se faire comprendre, sans jamais parler ouvertement de la nature de leurs désirs[12]. Les femmes qui n'entrèrent pas dans l'armée furent incitées à effectuer les métiers délaissés par les hommes, afin de maintenir la productivité nationale.

Années d'après guerre[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis reviennent à une politique protectionniste, couplée à un conservatisme social et politique généralisé[13]. Dans le contexte politique tendu du Maccarthisme, et avec l'utilisation systématique de la théorie psychanalytique dans la culture médicale, l'homosexualité devint, dans les années 1950, une caractéristique indésirable pour des fonctionnaires américains. Les homosexuels étaient considérés comme plus sensibles au chantage et le gouvernement commença à licencier ses employés ouvertement homosexuels, instiguant ainsi une politique étendue de collecte d'informations sur leur vie privée[14]. Les gouvernements locaux et fédéraux arrêtèrent des personnes se réunissant dans des bars et des parcs et rédigèrent des lois interdisant le travestissement des hommes et des femmes[15]. L'armée américaine conduisit de nombreux interrogatoires, demandant aux femmes interpellées si elles avaient déjà eu des relations avec des personnes de même sexe et considérait qu’une seule expérience d'une telle nature au cours de la vie constituait une attitude infractionnelle. Ainsi, la séparation entre homosexuels et hétérosexuels fut sévèrement marquée[c 8], s’appuyant sur un ressort essentiel du harcèlement psychologique : l’isolement par la division.

En 1952, l'homosexualité est listée comme une perturbation pathologique des émotions par le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'association américaine de psychiatrie[16]. Considérer l'homosexualité comme une maladie curable était répandu parmi la communauté médicale, la population générale et de nombreuses lesbiennes elles-mêmes[17]. L'Australie[18] et le Canada[19] bannirent l'homosexualité dans les services publics et le lesbianisme devint illégal au Royaume-Uni[d 2].

Les lieux de rencontre de la communauté, généralement des bars, faisaient souvent l'objet de raids mensuels de la part de la police. Les personnes arrêtées étaient stigmatisées dans la presse. En 1955, en réaction à ce harcèlement, Del Martin et Phyllis Lyon et six autres femmes de San Francisco décidèrent d'ouvrir leurs salons à des rencontres privées. Ainsi naquit la première organisation dédiée aux lesbiennes des États-Unis qui prit le nom de Daughters of Bilitis ou DoB. En 1956, l'organisation lança le magazine The Ladder. Chaque édition était accompagnée d'un communiqué de mission ; le premier était l'« éducation des déviantes »[note 1], dont l'objectif était d'informer les femmes sur l'homosexualité féminine et leur faire connaître le nom des lesbiennes célèbres de l'histoire. Le terme « lesbienne » était tellement connoté négativement en 1956 que les DoB évitèrent de l'utiliser, préférant celui de « déviante »[20]. Les DoB firent de nouvelles recrues à Chicago, New York et Los Angeles et The Ladder fut diffusé auprès de centaines, voire des milliers de lectrices. Les groupes se réunissaient pour discuter de la nature de l'homosexualité, remettant parfois en cause la théorie d'une pathologie sexuelle. Les lectrices racontaient pourquoi elles étaient lesbiennes et donnaient des conseils sur la manière de gérer leur orientation sexuelle vis-à-vis de la société[17]. Les lesbiennes britanniques leurs emboîtèrent le pas en 1964 avec la publication d’Arena Three[d 3].

La sous-culture lesbienne, et plus particulièrement la classe ouvrière nord-américaine, développa des rôles genrés extrêmement stéréotypés dans les relations entre femmes, reflétant ainsi la rigidité des catégorisations sexuelles de la société américaine. Bien que de nombreuses municipalités aient interdit le travestissement, des femmes, (les butches), fréquentaient des bars habillées en hommes et se comportant de manière masculine. D'autres portaient des vêtements féminins et jouaient le rôle de fem. Le modèle butch/ fem était tellement de rigueur dans les bars lesbiens que les femmes qui refusaient de se positionner étaient au pire ignorées, au mieux restaient célibataires ; il était inacceptable pour une butch de sortir avec une autre butch ou pour une fem d'être avec une fem[c 9]. Des années 1940 à 1970, le modèle butch/fem essaima en Grande-Bretagne, mais avec moins de distinction de classe[d 4] qu'en Amérique du Nord où, dans les classes supérieures, les femmes refusèrent d'adopter ces comportements qu'elles jugeaient vulgaires. Dans les milieux aisés, de nombreuses femmes firent des mariages de convenance; d'autres se réfugièrent en Europe[c 10].

En 1950 parut le roman Women's Barracks, qui raconte l'expérience d'une femme dans les Forces françaises libres où elle a été témoin d'une relation lesbienne. Vendu à 4,5 millions d'exemplaires, le livre fut cité devant le House Select Committee on Current Pornographic Materials en 1952[21]. Gold Medal Books édita, en 1952 le roman Spring Fire, dont il écoula 1,5 million de copies. Gold Medal Books reçut de nombreux courriers de femmes et poursuivit sa publication de livres sur le même thème, créant ainsi le genre des pulp fictions lesbiennes[22]. Entre 1955 et 1969, parurent d'autres 2 000 ouvrages sur le saphisme. Ils se vendaient dans les magasins de proximité, les gares, aux arrêts de bus et dans les kiosques à journaux à travers les États-Unis et le Canada. La majorité était destinée à un public d'hommes hétérosexuels. Des mots codés étaient utilisés sur la couverture, tels que « bizarre », « déviant », « troisième sexe » et les couvertures étaient souvent salaces[23]. Parmi les écrivaines de pulp lesbiens, on peut citer Ann Bannon, Valerie Taylo, Paula Christian et Vin Packer/Ann Aldrich. Les livres utilisaient des références culturelles, nommant des lieux, des expressions, des vêtements propres à la sous-culture lesbienne, donnant ainsi matière à sa découverte pour les lecteurs hétérosexuels et lectrices lesbiennes[24].

L'après-guerre vit renaître un extraordinaire essor économique aux États-Unis, l'explosion du plein-emploi, l'individualisation accrue des comportements de consommation et la montée d'un nouvel hédonisme. Ces changements s'étendirent progressivement à l'ensemble de la société, rendant possible des actions amorcées pendant la guerre, désormais facilitées par l'évolution mondiale du droit des femmes à disposer d'elles-mêmes, et notamment de leur corps : l'indépendance financière et économique, l'accroissement de la mobilité, une plus grande sophistication des moyens de communication contribuèrent à l'évolution positive, quoique lente et compliquée, de la condition féminine, permettant de mettre en place des réseaux, de les renforcer et enfin d'asseoir progressivement au sein de la société industrielle une image moins transgressive, plus normalisée, des femmes homosexuelles[c 11].

Deuxième vague féministe[modifier | modifier le code]

Audre Lorde et Adrienne Rich, deux figures de la seconde vague féministe, entourent Meridel Lesueur lors d'un atelier d'écriture en 1980.

Les mentalités encore rigides dans le climat des années 1950 et 1960 aux États-Unis provoquèrent l'émergence de réactions violentes et des mouvements de défense des gays, alors martyrisés par les instances policières de la ville de New York, suivis de près par des femmes de tous horizons et des ouvriers de condition modeste ou précaire, et commencèrent à jouer un rôle de premier plan, après le choc des évènements liés au mouvement des droits civiques emmené par Martin Luther King et le NAACP.

Les mouvements gay et féministe commencèrent à se connecter après les émeutes de Stonewall, en 1969[a 8]. La montée de l'activisme gay et de la conscience féministe contribua à la transformation du sens du mot « lesbienne ».

La révolution sexuelle des années 1970 introduisit une différenciation entre identité et comportement sexuel. Beaucoup de femmes profitèrent de leur liberté nouvelle pour tenter de nouvelles expériences : les hétérosexuelles consommèrent des rapports saphiques sans toutefois se redéfinir en faveur de leurs nouveaux goûts[c 12]. La banalisation progressive du phénomène bisexuel (perçu comme une frivolité par les lesbiennes), compte tenu de ses variantes, combiné avec une réaction de masse, cessa de porter le message subversif des lesbiennes investies dans la lutte pour le droit des femmes.

Celles-ci, avec la deuxième vague féministe, fin des années 1960, affermirent leur dénomination dans une acception nettement plus politique que strictement sexuelle du terme lesbienne. Le groupe féministe Radicalesbians publia en 1970 un manifeste, The Woman-Identified Woman affirmant qu'« une lesbienne est la rage de toutes les femmes condensée au point d'exploser » [25].

Une affirmation similaire du mouvement apparut à Leeds, Royaume-Uni, où un pamphlet féministe affirma que « [leur] définition d'une lesbienne politique est une femme qui ne baise pas avec les hommes. Cela n'implique pas qu'elle ait une activité sexuelle compulsive avec les femmes »[d 5]. Ces militantes exprimèrent leur dédain « d'une société patriarcale et sexiste par nature », et en avaient conclu que le moyen le plus efficace pour l'ensemble des femmes de vaincre l'ostracisme sexuel, et d'obtenir l'égalité des droits et traitements avec les hommes, serait de leur refuser tout pouvoir ou plaisir qu'ils s'attendraient à recevoir d'elles, notamment à travers la sexualité.

Pour celles qui souscrivirent à cette philosophie, lançant ainsi le mouvement du féminisme lesbien, « lesbienne » devint un terme choisi pour décrire « n'importe quelle femme pour qui le bien-être des femmes constituait sa priorité sociale et politique. » À partir de cet instant, le désir sexuel ne devait plus être la caractéristique essentielle d'une lesbienne-féministe, mais plutôt son idéal politique, son monde.

L'indépendance farouche de ces femmes par rapport aux hommes, qu'elles considéraient comme des oppresseurs, fut une doctrine centrale du féminisme-lesbien et beaucoup de celles qui y adhéraient s'efforcèrent de faire sécession, sur le plan physique et économique, avec l'institution traditionnelle androcentrique. Ainsi, Monique Wittig écrit, dans La Pensée straight que :

« [une lesbienne] N'EST PAS une femme, ni économiquement, ni politiquement, ni idéologiquement. En effet ce qui fait une femme, c'est une relation sociale particulière à un homme, relation que nous avons autrefois appelée de servage, relation qui implique des obligations personnelles et physiques aussi bien que des obligations économiques (« assignation à résidence », corvée domestique, devoir conjugal, production d'enfants illimitée, etc.), relation à laquelle les lesbiennes échappent en refusant de devenir ou de rester hétérosexuelles. Nous sommes transfuges à notre classe de la même façon que les esclaves « marrons » américains l'étaient en échappant à l'esclavage et en devenant des hommes et des femmes libres, c'est-à-dire que c'est pour nous une nécessité absolue, et comme pour eux et pour elles, notre survie exige de contribuer de toutes nos forces à la destruction de la classe – les femmes – dans laquelle les hommes s'approprient les femmes et cela ne peut s'accomplir que par la destruction de l'hétérosexualité comme système social fondé sur l'oppression et l'appropriation des femmes par les hommes[26]. »

En 1980, Adrienne Rich enrichit le sens politique de « lesbienne » en proposant un continuum de l'existence lesbienne fondée sur l'« expérience des femmes »[27]. Pour Rich, toutes les relations entre femmes, telles que mère-fille ou entre collègues de travail, avaient un aspect lesbien, peu importe si les femmes impliquées se considéraient lesbiennes ou pas. Pour Rich, l'hétérosexualité avait été imposée aux femmes par les hommes[27]. Plusieurs années plus tard, Del Martin et Phyllis Lyon, les fondatrices des Daughters of Bilitis donnèrent au mot « lesbienne » le sens d'« une femme dont l'intérêt social, émotionnel, psychologique et érotique est primordialement tourné vers un membre de son propre sexe, même si cet intérêt ne s'exprime pas excessivement »[28].

Bien que le féminisme lesbien ait constitué un changement significatif, toutes les lesbiennes n'y adhérèrent pas. Le féminisme lesbien était un mouvement essentiellement jeune ; ses membres d'origine étaient diplômées de l'université et militaient au sein de la Nouvelle gauche, mais ne parvinrent pas à donner la mesure d'intransigeance attendue par les mouvements radicaux auxquels elles participaient[29]. Beaucoup de lesbiennes plus âgées qui assumèrent leur sexualité à une époque plus conservatrice considérèrent que leur manière d'être était plus adaptée à l'homophobie ambiante.

Les Daughters of Bilitis ne survécurent pas au dilemme qui s'imposa à elles entre féminisme et activisme gay et lesbien[30]. L'égalité des droits ayant dès lors constitué la priorité politique des lesbiennes féministes, la disparité des rôles homme/femme ou butch/fem fut alors considérée comme relevant du patriarcat. Les féministes lesbiennes fuirent alors les rôles genrés qu'elles s'étaient autrefois attribués dans les lieux sociaux, ainsi que ce qu'elles considéraient comme un machisme rémanent de la part des hommes gays : beaucoup d'entre elles refusèrent dès lors de militer à leurs côtés[c 13]. Toutefois, les lesbiennes ayant une position plus essentialiste, à savoir celles qui se vivaient homosexuelles depuis la naissance, et qui n'avaient que faire de critères martiaux pour les définir, considérèrent que la position séparatiste des féministes lesbiennes (qui utilisaient le terme de « lesbienne » pour qualifier exclusivement une orientation sexuelle) nuisaient à la cause[c 14].

Homosexualité féminine dans l'histoire occidentale[modifier | modifier le code]

Femmes de Gönnersdorf, Neuwied, époque paléolithique.

Les significations variées qu'a pris le mot « lesbienne » depuis le début du XXe siècle a provoqué une réévaluation historique des relations entre femmes avant que ce terme ne désigne des inclinations érotiques. Des débats suivirent sur ce qui définit une relation comme « lesbienne ». Pour les lesbiennes féministes, l'activité sexuelle n'était pas nécessaire pour qu'une personne se déclare lesbienne, tant que ses relations principales étaient avec des femmes ; de plus, à certaines époques, les notions d'« amour » et de « sexe » n'étaient pas corrélées[31]. En 1989, un groupe d'universitaires, le Lesbian History Group, écrit :

« En raison de la réticence de la société à admettre l'existence des lesbiennes, un haut degré de certitude est attendu avant que les historiens ou les biographes soient autorisés à utiliser l'étiquette [« lesbienne »]. Des indications qui auraient été suffisantes dans d'autres situations sont jugées inadéquates… Une femme qui ne s'est jamais mariée, qui vivait avec une autre femme, dont les amis étaient en grande majorité d'autres femmes ou qui évoluait parmi la communauté gay et lesbienne, aurait très bien pu être une lesbienne, même si ces indications ne sont pas des « preuves ». Ce que nos contradicteurs veulent, c'est une preuve irréfutable d'activité sexuelle entre femmes, et c'est pratiquement impossible d'en trouver[32]. »

Antiquité grecque et romaine[modifier | modifier le code]

La poétesse Sappho, assise, lit un de ses poèmes dans un recueil à trois amies-élèves qui l'entourent. Vari, œuvre du groupe de Polygnote, vers 440-430 a. C. Musée archéologique national, Athènes, no 1260.

L'Antiquité grecque était un sujet populaire parmi les classes élevées britanniques au XIXe siècle. Se focalisant sur leurs priorités sociales, les premiers historiens de la Grèce antique l'interprétèrent comme une société blanche, masculine et occidentale et nièrent toute importance historique aux femmes[33]. Les femmes en Grèce restaient entre elles, de même que les hommes. Dans cet environnement homosocial, les relations sexuelles et érotiques entre hommes étaient monnaie courante et représentées dans la littérature, l'art et la philosophie.

Pratiquement rien ne documente une activité homosexuelle entre femmes. Le poète Alcman utilisait le terme « aitis » comme forme féminine de « aites », qui désigne le plus jeune participant d'une relation pédéraste[34]. Aristophane, dans Le Banquet de Platon, mentionne des femmes qui aiment les femmes, mais utilise le terme « trepesthai » (être intéressé) et non pas « eros », qui était réservé aux relations où un homme était impliqué[a 9]. Toutefois, rien ne prouve que les femmes étaient autorisées ou encouragées à avoir des relations homosexuelles avant ou après le mariage, tant qu'elles obéissaient à leurs devoirs maritaux.

Pour l'historienne Nancy Rabinowitz, dans la céramique grecque antique les images d'une femme en tenant une autre par la taille ou s'appuyant sur son épaule peuvent être interprétées comme des expressions d'une relation romantique[35]. Les femmes apparaissant sur la poterie grecque sont représentées avec affection et lorsqu'il n'y a que des femmes, leur image est érotisée : elles prennent des bains, se touchent entre elles, avec parfois la présence de godemichets dans ces scènes ; la manière de les représenter rappelle celle des mariages et de la séduction pédéraste. Par contre, on ignore si ces images représentent la réalité quotidienne ou pas[34],[36].

Les femmes de la Rome antique étaient elles aussi assujetties à la définition masculine de la sexualité. Les universitaires actuels pensent que les hommes voyaient d'un œil hostile l'homosexualité féminine. Ils pensaient que les femmes qui avaient des relations sexuelles entre elles comme des bizarreries de la nature qui essayeraient de pénétrer les femmes et parfois les hommes avec des clitoris « monstrueusement élargis »[37]. Pour l'universitaire James Butrica, le lesbianisme « non seulement mettait en cause la manière dont l'homme romain se voyait en tant que seul pourvoyeur du plaisir sexuel, mais aussi les fondations mêmes de la culture romaine andro-centrique ».

Moyen Âge et Renaissance[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge en Europe, l'homosexualité était réprimandée et cachée. Il est donc difficile de trouver des références historiques à des relations érotiques et amoureuses entre femmes. Les sources principales sont les archives ecclésiastiques (sermons, encycliques, conciles, catéchisme) et juridiques (procès, dénonciations, sentences). Les conciles de Paris (1212) et de Rouen interdirent aux nonnes de dormir ensemble afin d'éviter la tentation et qu'une lampe éclaire en permanence les dortoirs la nuit[38]. 40 jours de pénitence étaient requis contre les nonnes qui se « chevauchaient » ou qui s'étaient touché mutuellement les seins.

Jusqu'à récemment, on pensait que le lesbianisme avait été ignoré par les lois médiévales. Des études récentes montrent que ce n'est pas le cas. La première loi condamnant le lesbianisme est le code d'Orléans, Li Livres de jostice et de plet (1260) :

« Feme qui le fet doit à chescune foiz perdre membre, et la tierce doit estre arsse.
Une femme qui le fait doit à chaque fois perdre un membre et la troisième fois, doit être brûlée. »

— Li Livres de jostice et de plet (1260)[39].

Représentation de l'hermaphrodisme sur une gravure de 1690. À la renaissance, l'hermaphrodisme et le lesbianisme étaient deux concepts similaires

C'est sans doute le jurisconsulte et poète italien Cino da Pistoia qui, lors de la publication de son Commentaire sur le code, interpréta pour la première fois le droit romain pour y trouver une condamnation du lesbianisme. Da Pistoia interpréta une loi de Dioclétien et Maximien, la Lex foedissimana de 287 ap. J.-C., qui condamnait la prostitution et les femmes libertines pour rendre illégales les relations entre femmes. En 1400, Bartolomeo de Saliceto réutilisa cette interprétation de la Lex foedissimana pour condamner le lesbianisme avec la peine de mort. Les Lecturas de Saliceto devinrent une référence pour toute l'Europe, dont la législation se fondait sur le droit romain jusqu'au XVIIIe siècle[40]. En Espagne, en Italie et dans le Saint-Empire romain germanique, la sodomie[note 2] entre femmes était considérée comme contre nature et étaient punie du bûcher, bien que peu de cas soient référencés[a 10]. Le plus vieux cas date de 1477, à Spire. Une nonne italienne, Sœur Benedetta Carlini, avait séduit de nombreuses nonnes de son couvent. Afin de faire cesser ses relations avec d'autres femmes, elle a été confinée pendant quarante ans[41].

Le lesbianisme apparaît dans la littérature et est notamment présent dans le Cancionero de la Biblioteca Vaticana[note 3] et est très présent dans le théâtre et la littérature anglaise, si bien que les historiens considèrent que c'était un sujet à la mode pendant la Renaissance[d 6].

La conception de la sexualité féminine était liée à la manière dont le corps des femmes était compris à l'époque. Le vagin était vu comme un pénis intérieur ; comme l'homme représentait la perfection naturelle, on pensait que la nature essayait de se corriger elle-même par prolapsus génital, transformant le vagin de certaines femmes en pénis[d 7]. Ces changements étaient ensuite considérés comme des cas d'hermaphrodisme, qui devint synonyme de désir homosexuel féminin. L'hermaphrodisme était diagnostiqué par mesure du clitoris ; on pensait que les femmes se pénétraient entre elles à l'aide d'un clitoris plus long et gorgé de sang. On pensait que les femmes avec de tels clitoris, qu'on nommait tribades[note 4], avaient des désirs incontrôlables[d 8]. Non seulement on pensait que les gros clitoris provoquaient la luxure chez les femmes qui les conduisait à se masturber, mais des pamphlets prévenaient les femmes que la masturbation provoquaient de telles hypertrophies. Pendant un temps, la masturbation et la sexualité lesbienne signifiaient la même chose[a 11].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Des distictions de classe commencèrent à apparaître une fois que l'homoérotisme féminin passa de mode. Les tribades furent considérées tantôt comme des femmes de la basse société tentant de corrompre les femmes vertueuses, tantôt comme les représentantes d'une aristocratie corrompue par la débauche.

Les auteurs de satires se mirent à suggérer que leurs rivaux politiques ou leurs épouses s'adonnaient au tribadisme afin de ternir leurs réputations. Une rumeur rapporta qu'Anne de Grande-Bretagne avait eu une relation passionnée avec Sarah Churchill, duchesse de Marlborough, sa plus proche conseillère et confidente. Quand Churchill fut évincée du rôle de favorite de la Reine, elle répandit des rumeurs selon lesquelles la Reine avait eu des relations intimes avec ses femmes de chambre[a 12] Marie Antoinette a été aussi l'objet de ce genre de spéculations entre 1795 et 1796[d 9].

Travestissement[modifier | modifier le code]

L'utilisation du travestissement était un ressort narratif aux XVIe et XVIIe siècles, comme en témoigne cette scène de La Nuit des rois peinte par Frederick Pickersgill.

L'utilisation du travestissement pour séduire une femme apparaît dans La Reine des fées d'Edmund Spenser en 1590, La Nuit des rois de Shakespeare en 1601 et The Bird in a Cage de James Shirley en 1633[d 10]. Des cas de femmes se faisant passer pour des hommes pendant des années ont été référencées[note 5]. Les sanctions si le subterfuge était découvert allaient de l'interdiction à s'habiller en homme à la mort en passant par le pilori. Henry Fielding écrivit en 1746 un pamphlet intitulé The Female Husband inspiré de la vie de Mary Hamilton qui épousa à trois reprises des femmes et a été condamnée à la flagellation dans quatre villes et passa six mois en prison. Catharine Linck, de Prusse, se maria avec une femme en 1717 et fut exécutée en 1721 ; la Suissesse Anne Grandjean se maria elle-aussi avec une femme, mais fut dénoncée par une femme avec qui elle avait eu une relation ; elle a été condamnée au pilori et à la prison[b 7]. La tendance de la reine Christine de Suède à s'habiller comme un homme était connue à son époque et excusé en raison de sa noblesse ; elle a été élevée comme un garçon et on pensait à l'époque qu'elle pouvait être hermaphrodite. Bien qu'elle ait abdiqué du trône en 1654 pour éviter de se marier, il était connu qu'elle continuait à avoir des relations particulières avec des femmes[b 8].

Des historiens voient dans les cas de travestissement féminins une manière pour les femmes de se saisir du pouvoir qu'elles ne pourraient pas avoir en restant habillées en femme ou comme un moyen de donner du sens à leur attirance pour les femmes. Pour Lillian Faderman, la société occidentale était effrayée par les femmes qui rejetaient les rôles féminins traditionnels. Les femmes accusées d'utiliser des godemichés, comme Catharine Linck ou deux nonnes espagnoles du XVIe siècle exécutées pour utilisation d'« instruments matériels », étaient plus sévèrement punies que celles qui s'en passaient[b 7],[42]. Deux mariages entre femmes ont été célébrés dans le comté de Chester, en Angleterre, en 1707 pour Hannah Wright et Anne Gaskill et en 1708 entre Ane Norton et Alice Pickford, sans que le fait qu'il s'agisse d'un mariage entre personne de même sexe soit relevé[d 11],[a 13]. Durant tout le siècle suivant, des prêtres ont continué à célébrer ce genre de mariages.

Hors de l'Europe, les femmes pouvaient se vêtir en hommes sans que cela se remarque. Deborah Sampson se battit lors de la Révolution américaine sous le nom de Robert Shurtleff et eu des relations avec d'autres femmes[43]. Edward De Lacy Evans naît femme en Irlande, mais prend un nom masculin lors de son voyage en Australie, vécut pendant vingt-trois ans comme un homme et se maria trois fois[a 14]. Percy Redwood provoqua un scandale en Nouvelle-Zélande en 1909 quand il fut révélé qu'il était en fait Amy Bock et qu'elle était mariée à une femme ; les journaux débattaient pour savoir si c'était un signe d'insanité ou un défaut de caractère[44].

Les amitiés romantiques[modifier | modifier le code]

Des relations intimes entre femmes étaient à la mode entre le XVIIe et le XIXe siècle, même si l'aspect sexuel était rarement mis en avant.

Du XVIIe au XIXe siècle, l'expression d'un amour passionné d'une femme pour une autre était accepté, encouragé et même à la mode[a 13]. Ces relations étaient appelées des « amitiés romantiques » ou des mariages de Boston et étaient répandus aux États-Unis et en Europe, et plus particulièrement en Angleterre. Ces relations sont documentées par de nombreuses lettres. En revanche, il n'est pas possible de savoir si ces relations avaient un aspect sexuel. Les femmes pouvaient former des liens très forts et exclusifs entre elles tout en étant toujours considérées comme vertueuses, innocentes et chastes ; si elles avaient eu le même genre de relation mais avec un homme, cela aurait ruiné leurs réputations. En fait, ces relations étaient promues comme des alternatives et un entraînement au mariage entre une femme et un homme[c 15]. Un rare cas où la sexualité au sein d'une amitié romantique est discutée est le cas de deux professeures écossaises du début du XIXe siècle, accusées par un élève de dormir dans le même lit, de s'embrasser et de « faire secouer le lit ». La grand-mère de l'élève rapporta l'affaire aux autorités, qui demeurèrent sceptiques sur l'aspect sexuel de la relation : « Sommes-nous en train de dire que toute femme ayant une amitié intime et ayant dormi dans le même lit qu'une autre est coupable ? Où sont les femmes innocentes d'Écosse ? »[a 15]. Parmi les couples les plus connus, Eleanor Butler et Sarah Ponsonby étaient surnommées les dames de Llangollen. Leur histoire était considéré comme l'exemple des amitiés romantiques vertueuses. La diariste Anne Lister décrivait aussi dans son journal ses aventures avec des femmes, en utilisant un code pour mentionner ses relations sexuelles.

Dans le monde hispanique, ces relations se rencontrent dès le XVIIe siècle. On peut citer celle de María de Zayas, écrivaine, avec Ana Caro de Mallén, dramaturge et essayiste. Elles vivaient ensemble à Madrid, gagnant de l'argent comme écrivaines et vivant en parfaite indépendance de tout homme[45]. Mais sans doute que l'amitié romantique la plus connue est celle formée par Juana Inés de la Cruz, Leonor Carreto de Toledo, et María Luisa Manrique de Lara y Gonzaga, auxquelles Juana dédie des poèmes[46]. En France, l'amitié romantique la plus connue est celle que madame de Staël, qui se maria plusieurs fois, avait maintenue avec Juliette Récamier[47].

Les amitiés romantiques étaient aussi populaires aux États-Unis. La poétesse Emily Dickinson écrivit plus de 300 lettres et poèmes à Susan Gilbert, qui devint plus tard sa belle-sœur, et eut une autre correspondance romantique avec Kate Scott Anthon[48]. Les Afro-Américaines, nées libres, Addie Brown et Rebecca Primus parlaient de leur passion dans leurs lettres[a 16].

Au début du XXe siècle, le développement de l'éducation apporta de nouvelles opportunités pour les femmes. Dans un environnement non-mixte, une culture du romantisme se développa dans les collèges pour femmes. Les étudiantes plus âgées servaient de tutrices aux plus jeunes, leur rendaient visites, les emmenaient à des bals exclusivement féminins, leur envoyaient des fleurs, cartes et poèmes qui exprimaient leur amour éternel[c 16]. Elles étaient appelées des smashes ou spoons[note 6], et elles étaient évoquées franchement dans les histoires destinées aux filles aspirant à entrer au collège, comme dans le Ladies' Home Journal, le St. Nicholas Magazine ou au sein de la collection Smith College Stories, sans que cet état de fait soit critiqué[49]. La loyauté, la dévotion et l'amour étaient les éléments-clés de ces histoires et aucun acte n'allant au-delà de baisers n'était évoqué[c 16].

Les femmes qui pouvaient avoir une carrière à elles sans avoir à se marier prirent le nom de New Women. La First Lady Eleanor Roosevelt échangea des anneaux et écrivit des lettres à la journaliste Lorena A. Hickok dans lesquelles elle parle de son amour pour elle et de son désir de l'embrasser, dans un style qui rappelle celui des amitiés amoureuses. Le fait que la relation entre Roosevelt et Hickok ait pu être sexuelle, et donc puisse être qualifiée de lesbienne, est un sujet de controverse parmi les biographes de Roosevelt[c 17]. Faderman appelle cette époque « la dernière bouffée d'innocence » qui précède 1920 où les expressions d'affection de la part des femmes commencèrent à être reliées à la sexualité, marquant les lesbiennes comme un groupe unique et souvent déprécié[c 16]. Plus particulièrement, Faderman relie l'indépendance croissante des femmes et leur rejet des rôles prescrits à l'époque victorienne à la qualification du lesbianisme comme comportement sexuel aberrant[c 18].

Hors de l'Occident[modifier | modifier le code]

Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

La cour du calife de Bagdad était notamment composée de femmes qui s'habillaient en hommes, y compris en portant des barbes postiches, mais elles cherchaient à avoir l'attention des hommes[50]. Selon les écrits de Sharif al-Idrisi au XIIe siècle, les femmes très intelligentes étaient plus souvent lesbiennes ; leurs prouesses intellectuelles les mettaient au même niveau que les hommes[50]. Les relations entre les femmes qui vivaient dans des harems et la peur que les femmes aient des relations sexuelles lors des bains turcs étaient exprimés dans des écrits d'hommes ; toutefois, les femmes ne s'exprimaient majoritairement pas et les hommes ont rarement écrit sur des relations lesbiennes. Pour les historiens, il n'est pas tranché si les rares cas de lesbianisme mentionnés dans la littérature sont vrais sur le plan historique ou sont juste des fantasmes d'hommes. Un traité de 1978 sur la représentation du lesbianisme en Iran affirme que les femmes étaient totalement condamnées au silence : « dans toute l'histoire iranienne, [aucune femme] n'a été autorisée à parler de telles tendances… Affirmer avoir des désirs lesbiens serait un crime impardonnable[50] ». Bien que les auteurs d’Islamic Homosexualities affirment que cela ne signifie pas qu'aucune femme n'avait réellement de relation lesbienne, une anthropologue lesbienne qui visita le Yémen en 1991 affirma que les femmes yéménites qu'elle avait rencontrées étaient incapables de comprendre la relation qu'elle entretenait avec sa conjointe.

Au Pakistan, les femmes doivent épouser un homme, et celles qui ne le font pas sont ostracisées ; toutefois, elles peuvent avoir des relations entre elles tant que leurs devoirs conjugaux sont remplis et qu'elles gardent le silence sur leurs relations[51].

Amérique précolombienne[modifier | modifier le code]

Les peuples indigènes d'Amérique du Sud et d'Amérique du Nord avaient un concept de troisième sexe pour les femmes-hommes et les hommes-femmes. Ces rôles sont toujours transmis parmi les Indiens Coahuiltecan au Texas, Timucua en Floride, et Cueva au Panama. En langue cri, le mot pour désigner un homme qui endosse le rôle d'une femme était ayekkwew, et le mot Zuñi pour une femme qui endosse le rôle d'un homme était katsotse (garçon-fille)[a 17], et les Mojaves donnent aux femmes le nom de hwame[a 18]. Ces rôles de genre ont moins à voir avec la sexualité qu'avec la spiritualité et les activités journalières. Une femme deux-esprits qui avait une relation avec une femme non travestie entrait dans une relation conçue comme hétérosexuelle[a 19].

Afrique[modifier | modifier le code]

Les femmes qui jouent le rôle d'homme ou les mariages entre femmes ont aussi été observés dans plus de trente sociétés africaines[a 20]. Des femmes peuvent épouser d'autres femmes, élever leurs enfants, et être considérées comme des hommes dans des sociétés du Nigeria, du Cameroun, et du Kenya. Les Haoussa du Soudan possèdent un terme équivalent à lesbien, kifi, qui peut aussi s'appliquer aux hommes[a 21]. Au bord du fleuve Congo, une femme qui a une importante relation sentimentale ou sexuelle avec une autre femme chez les Nkundo est appelée yaikya bonsángo (une femme qui se serre contre une autre femme). Les relations lesbiennes sont aussi connues dans les sociétés matrilinéraires du Ghana chez les Akans. Au Lesotho, les femmes ont entre elles un comportement considéré comme sexuel par les Occidentaux : elles s'embrassent, elles dorment ensemble, frottent leur sexe, pratiquent le cunnilingus, et maintiennent avec vigilance leurs relations avec d'autres femmes. Dans la mesure où le peuple du Lesotho croit que la sexualité requiert un pénis, cependant, leur comportement n'est pas considéré comme sexuel, et elles ne s'identifient pas comme lesbiennes[a 22]. La colonisation de l'Afrique a provoqué un changement culturel. Les sexualités aborigènes sont devenues rigidement binaires et avec pour seul but de donner la vie. Des femmes qui s'identifiaient comme lesbiennes ont été soumises à des viols censés les guérir, dans l'idée qu'un rapport sexuel avec un homme pouvait soigner le lesbianisme[52]. Malgré ce changement de paradigme, le gouvernement d'Afrique du Sud a été le premier du monde à bannir la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle [53]

Asie[modifier | modifier le code]

La Chine avant les invasions occidentales était une autre société qui séparait les femmes des hommes. La culture chinoise ancienne ne comportait pas de concept d'orientation sexuelle, ou un cadre pour classer les personnes en fonction de leurs attirances pour le sexe opposé ou le même sexe[54]. Bien qu'une culture importante existe concernant les hommes homosexuels, il n'y en a aucune concernant les femmes. En dehors de leur devoir de porter des fils pour leur mari, les femmes étaient perçues comme n'ayant pas de sexualité du tout[a 23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Education of the variant
  2. Au Moyen Âge, le terme « sodomie » désigne tout rapport sexuel non reproductif
  3. Texte complet : Mari'Mateu, ir-me quer'eu d'aquén sur Wikisource en portugais.
  4. Ce qui signifie « une qui se frotte »
  5. Le fait de savoir si ces cas relèvent du concept sociologique moderne de transgenrisme fait débat.
  6. Le Grand Dictionnaire d'américanismes donne comme traduction au verbe to spoon « Faire le galant, faire du plat. »

Traductions[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert Aldrich, Gay Life and Culture: A World History, Thames & Hudson, Ltd.,‎ 2006 (ISBN 0-7893-1511-4)
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  • (en) Lillian Faderman, Surpassing the Love of Men: Romantic Friendship and Love Between Women from the Renaissance to the Present, Quill,‎ 1981 (ISBN 0-688-00396-6)
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  • (es) Francis Mark Mondimore, Una historia natural de la homosexualidad, Paidós,‎ 1998, 296 p. (ISBN 84-493-0527-6)
  • (es) João Silvério Trevisan, Devassos no Paraíso: Homossexualidade no Brasil Colônia a Atualidade, Editora Record,‎ 2000, 588 p. (ISBN 85-01-05066-0)
  • (en) Bonnie Zimmerman, Lesbian Histories and Cultures: An Encyclopedia, Garland Publishers,‎ 2003 (ISBN 0-203-48788-5)
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Divers[modifier | modifier le code]

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  2. (en) Jeannette H. Foster, Sex Variant Women in Literature, Naiad Press,‎ 1985 (ISBN 0-930044-65-7), p. 18
  3. Lesbos locals lose lesbian appeal, BBC News Europe [22 juillet 2008]. Consulté le février 2009
  4. Rust, Paula C. (novembre 1992). « The Politics of Sexual Identity: Sexual Attraction and Behavior Among Lesbian and Bisexual Women », Social Problems, 39 (4), p. 366–386.
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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie complémentaire[modifier | modifier le code]

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  • Dorothy Allison, Peau : sexe, classe et littérature (1994), Balland « rayon gay », 1999.
  • Stéphanie Arc, Les Lesbiennes, éd. Le Cavalier bleu, coll. Idées Reçues , 2006, rééd. 2010.
  • Ti-Grace Atkinson, Odyssée d’une amazone, (Amazon Odyssey, Londres, 1974), Paris, des femmes, 1975.
  • Evelyn Blackwood et Saskia Wieringa (dir.), Female Desires : Same-Sex Relations and Transgender Practices Across Cultures, New York, Columbia University Press, 1999.
  • Sandra Boehringer, L'Homosexualité féminine dans l'Antiquité grecque et romaine, Les Belles Lettres, 2007.
  • Marie-Jo Bonnet :
    • Les Relations amoureuses entre les femmes du XVIe au XXe siècle, Paris, Odile Jacob, 1995.
    • Les Deux Amies : essai sur le couple de femmes dans l'art, Paris, éditions Blanche, 2000. ISBN 2-911621-94-8
  • Marie-Hélène Bourcier, Queer Zones, Politique des identités sexuelles, des représentations et des savoirs, Paris, Balland, 2001.
  • Judith Butler, Trouble dans le genre (Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity, Londres, Routledge, 1990), La Découverte, 2005.
  • Terry Castle, The Apparitional Lesbian. Female Homosexuality and Modern Culture, New York, Columbia University Press, 1993.
  • Line Chamberland, Mémoires lesbiennes, 1950-1972, Montréal, Remue-Ménage, 1996.
  • Natacha Chetcuti et Claire Michard (dir.), Lesbianisme et féminisme, histoires politiques, Paris, L’Harmattan « Bibliothèque du féminisme », 2003.
  • Natacha Chetcuti, Se dire lesbienne. Vie de couple, sexualité, représentation de soi, Paris, Payot, 2010, ISBN 978-2-228-90583-1.
  • Teresa de Lauretis, The Practice of Love, Lesbian Sexuality and Perverse Desire, Indianapolis, Indiana University Press, 1994.
  • Irène Demczuk (dir.), Des Droits à reconnaître, les lesbiennes face à la discrimination, Montréal, Remue-ménage, 1998.
  • Laura Doan (dir.), The Lesbian Postmodern, New York, Columbia University Press, 1994.
  • Didier Eribon (dir.), Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, Larousse, 2003.
  • Eli Flory, Ces femmes qui aiment les femmes, enquête, L’Archipel, 2007.
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  • Genre, sexualité & société, no 1 : "Lesbiennes", printemps 2009.
  • Colette Guillaumin, Sexe, race et pratique du pouvoir : l’idée de nature, Paris, Côté-femmes, 1992.
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  • Karla Jay et Joanne Glasgow (dir.), Lesbian Texts and Contexts : Radical Revisions, New York, New York University Press, 1990.
  • Élisabeth Lapovsky Kennedy et Madeleine D. Davis, Boots of Leather, Slippers of Gold. The History of a Lesbian Community, New York, Penguin, 1993.
  • Christine Lemoine et Ingrid Renard (dir.), Attirances. Lesbiennes fems, lesbiennes butchs, Paris, éditions gaies et lesbiennes, 2001, 416 p.
  • Pauline Londeix, Le Manifeste lesbien, édition L'Altiplano, 2008.
  • Joan Nestle, (dir.), The Persistent Desire : A Femme-Butch Reader, Los Angeles, Alyson Publications, 1992.
  • Geneviève Pastre, De l’amour lesbien, Paris, Horay, 1980.
  • Anne Rambach et Marine Rambach, La Culture gay et lesbienne, Paris, Fayard, 2003.
  • Adrienne Rich, Blood, Bread and Poetry. Selected Prose, 1978-1985, New York, W. W. Norton, 1986.
  • Axelle Stéphane, Les filles ont la peau douce, Paris, Au Diable Vauvert, 2010
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  • Suzette Triton et Marie-Hélène Bourcier (dir.), Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes, autour de l’œuvre de Monique Wittig, Paris, éditions gaies et lesbiennes, 2002.
  • Monique Wittig, La Pensée straight (The Straight Mind and Other Essays, Boston, Beacon Press, 1992), Paris, Balland, 2001.
  • Bonnie Zimmerman et Toni A. McNaron (dir.), The New Lesbian Studies : Into the Twenty-First Century, New York, Feminist Press at the City University of New York, 1996.
  • Lesbian Dames: Sapphism in the Long Eighteenth Century, (dir) John Beynon and Caroline Gonda, Ashgate Publishing Limited, coll. Queer Interventions, août 2010 (à paraître), 224 p. (ISBN 978-0754673354)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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