Santorin (ancienne île)

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article traite de l'île antique. Pour l'archipel actuel, voir Archipel de Santorin, pour l'île actuelle, voir Santorin.
Santorin
Géographie
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Archipel Cyclades
Localisation Mer Égée (mer Méditerranée)
Coordonnées 36° 25′ 11″ N 25° 24′ 11″ E / 36.419625, 25.40313736° 25′ 11″ N 25° 24′ 11″ E / 36.419625, 25.403137  
Géologie Île volcanique
Administration
Période Civilisation minoenne
Autres informations
Découverte Préhistoire

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
Santorin
Santorin
Îles de Grèce

Santorin était une île antique d'origine volcanique baignée par la mer Égée. L'activité volcanique débutée il y a environ 2 millions d'années a donné naissance à de nombreuses éruptions volcaniques dont une douzaine majeures. La dernière, appelée éruption minoenne et s'étant déroulée vers 1600 av. J.-C., a entraîné la destruction partielle de l'ancienne Santorin dont les îles actuelles de Santorin, Thirassía et Aspronissi constituent les vestiges.

L'île accueillait des cités portuaires apparentées à la civilisation minoenne, dont une partie des vestiges a été conservée grâce à l'éruption.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom de l'ancienne île de Santorin n'est pas connu, en l'absence de documentation écrite, la langue de ses habitants restant elle-même hypothétique. Divers toponymes ont cependant parfois été adoptés, pour des raisons pratiques, afin de faire la différence entre l'île avant et après l'explosion, leur origine, leur ancienneté et leur usage n'étant cependant pas établis.

L'île est donc parfois nommée « Théra »[1] tout comme l'île actuelle de Santorin qui constitue un de ses fragments.

On utilise aussi parfois le nom de Καλλίστη / Kallístê, translittéré en « Kallisté » ou « Calliste », littéralement « la très belle »[2], attesté dans la littérature antique[3] comme un ancien nom de l'île avant sa colonisation par les Grecs, sans que la notion d'île pré-existante à une éruption soit évoquée par les auteurs anciens.

Enfin, le toponyme de « Strongylè », en grec ancien Στρογγύλη, littéralement « ronde », est parfois utilisé dans des ouvrages sur la volcanologie[4]. Il serait issu d'une tradition locale rapportée par les voyageurs occidentaux à partir du milieu du XIXe siècle[réf. nécessaire] mais n'aurait aucun rapport direct avec l'île antique de Santorin[2].

Géographie[modifier | modifier le code]

Santorin était située en mer Méditerranée orientale, dans le sud de la mer Égée, entre la Crète au sud et le reste des Cyclades, auxquelles elle appartient d'un point de vue géographique, au nord.

Jusqu'au début des années 1980, on pensait que l'île était de forme circulaire, avec un cône central ou un système de plusieurs boucliers volcaniques. Actuellement il est admis que la conformation de cette île était en partie semblable à celle des îles actuelles : un anneau insulaire entourant une caldeira, comportant une île volcanique centrale[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Santorin est déjà émergée lorsqu'une première caldeira se forme dans le sud de l'île il y a 180 000 ans[6]. D'autres suivront il y a 70 000 ans pour la caldeira de Skaros et, il y a 21 000 ans, pour la caldeira de Cape Riva[6]. Ces trois dépressions se chevauchent partiellement et correspondent à la croissance de plusieurs stratovolcans imbriqués qui forment l'île dans son ensemble[6].

Civilisation minoenne[modifier | modifier le code]

Les ruines d'une cité importante ont été retrouvées à Akrotiri, au sud de l'île. Ces vestiges indiquent que l'île était alors sous l'influence de la civilisation minoenne, basée en Crète; il est cependant difficile de déterminer de quel type était la présence minoenne dans les Cyclades : colonies de peuplement, protectorats ou comptoirs. On n'a ainsi pas mis au jour de quartier minoen ni de bâtiment pouvant correspondre de façon formelle à des palais de «gouverneurs»[7].

L'île constituait un poste avancé du commerce avec d'autres civilisations et cultures, notamment pré-helléniques. Plusieurs ports pouvaient alors se répartir sur le pourtour de l'île. Les denrées échangées étaient notamment représentées par le vin et l'huile qui devaient constituer une bonne partie de l'économie de l'île[8]. Des vestiges de presses viticoles et de fresques montrant des grappes de raisin ont été retrouvés à Akrotiri ce qui laisse penser que des vignes étaient plantées sur les flancs du volcan pour la production de vin[8]. Santorin a aussi été un centre de production d'amphores d'un type particulier dont l'ouverture se situe non pas au sommet du récipient mais sur son côté[8]. Servant à stocker du vin et de l'huile, la moitié de ce type d'amphore retrouvées en mer Égée et en Crète ont été fabriquées à Santorin[8].

L'apiculture était répandue sur Santorin comme en atteste la plus ancienne ruche de l'aire de la civilisation grecque retrouvée sur l'île[9]. Le safran était aussi cultivé sur l'île et représenté sur différentes fresques[10],[11],[12].

Destruction[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Éruption minoenne.

Les cités de Santorin étaient sûrement florissantes malgré l'activité volcanique qui s'est probablement manifestée à de nombreuses reprises[6]. Vers 1600 av. J.-C., une éruption beaucoup plus puissante que les précédentes se déclare[13]. Elle est très certainement précédée d'une activité volcanique suffisamment intense pour constituer une menace pour la population mais suffisamment faible pour lui laisser le temps d'évacuer l'île[6],[13] en vidant maisons et entrepôts dans des navires en partance pour d'autres cités. Cette hypothèse est soutenue par le fait que peu de denrées mais aussi peu de victimes furent retrouvées dans les décombres au XXe siècle.

Au paroxysme de l'éruption, la chambre magmatique se vide rapidement au cours d'une explosion de type plinienne d'indice d'explosivité volcanique de 7[13]. Cette brutale baisse de pression provoque l'effondrement du volcan sur lui-même si l'explosion ne l'a pas pulvérisé. La dépression formée est ouverte sur la mer qui s'engouffre dans la caldeira et entre en contact avec le magma porté à plus de 1 000 °C. Le choc thermique engendre un tsunami[13] qui ravagera les côtes environnantes, notamment celles du nord de la Crète et celles du delta du Nil. Le reste de l'île qui n'est pas détruit par l'explosion formant la caldeira est constitué de quelques fragments de côtes sous la forme d'îles en croissant. Ces îles subissent les effets des nuées ardentes, qui ont pu se muer en une surge volcanique, des retombées de cendres volcaniques et de téphras, des tsunamis ainsi que des séismes volcaniques consécutifs aux explosions et à l'effondrement du volcan[13]. La majeure partie de l'île est détruite et le peu restant, dont les anciennes villes, recouvert sous d'épaisses couches de cendres et de téphras ne permettant pas l'établissement humain. L'archipel de Santorin qui vient de naître reste inhabité pendant plusieurs siècles, les premières traces de réoccupation datant de l'helladique récent IIIB.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Patrick Barois, Aventures au cœur des volcans, Éditions BRGM et Romain Pages Éditions,‎ septembre 1999, 160 p. (ISBN 2-84350-028-1), p. 24 à 27
  2. a et b (fr) François Girault, Philippe Bouysse et Jean-Philippe Rançon, Volcans vus de l'espace, Paris, Éditions Nathan,‎ septembre 1998, 192 p. (ISBN 2092608290), p. 157 et 158
  3. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne](VIII, 6, 7) ; Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne] (IV,23) ; Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] « Livre VII, 2.1 »
  4. (fr) Jacques-Marie Bardintzeff, Le grand livre des volcans du monde, séismes et tsunamis, Éditions Orphie,‎ 2010, 155 p. (ISBN 978-2-87763-551-6), p. 133
  5. Dr T.Pfeiffer, Models of the pre-minoan island
  6. a, b, c, d et e (en) « Global Volcanism Program - Santorini », sur http://www.volcano.si.edu/ (consulté le 1er février 2010)
  7. R.Treuil, Les Civilisations égéennes
  8. a, b, c et d (en) « Kathimerini - Discovery of a press confirms wine-making on site », sur http://www.ekathimerini.com/ (consulté le 1er février 2010)
  9. (en) Andrew Dalby, Siren Feasts, Routledge,‎ 1996, p. 47
  10. (en) P Willard, Secrets of Saffron: The Vagabond Life of the World's Most Seductive Spice, Beacon Press,‎ 2001 (ISBN 0-8070-5008-3, présentation en ligne), p. 37
  11. (en) SC Ferrence, « Therapy with saffron and the Goddess at Thera », Perspectives in Biology and Medicine, vol. 47, no 2,‎ 2004
  12. (en) WH Honan, « Researchers Rewrite First Chapter for the History of Medicine », The New York Times,‎ 2004 (lire en ligne)
  13. a, b, c, d et e (en) « Global Volcanism Program - Synonymes », sur http://www.volcano.si.edu/ (consulté le 1er février 2010)

Articles connexes[modifier | modifier le code]