Sans l'ombre d'un témoin

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Sans l'ombre d'un témoin
Auteur Elizabeth George
Genre Policier
Version originale
Titre original With No One as Witness
Langue originale Anglais
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Date de parution originale 2005
ISBN original 9780060798451
Version française
Éditeur Presses de la Cité
Date de parution 2005
Série Inspecteur Lynley
Chronologie
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Sans l'ombre d'un témoin est un roman policier d'Elizabeth George publié en 2005. Il a pour cadre la ville de Londres. Son titre original est With no one as witness. C'est le treizième roman ayant pour héros l'inspecteur Thomas Lynley et son adjointe, Barbara Havers.

Ces derniers sont sur les traces d'un tueur en série qui opère dans les quartiers populaires de Londres. Les premières victimes sont des adolescents noirs ou métis. Mais l'enquête ne débute véritablement que lorsqu'un jeune blanc est assassiné et que son corps mutilé est découvert dans un parc londonien.

Résumé[modifier | modifier le code]

Sans l'ombre d'un témoin raconte l'enquête minutieuse menée par l'équipe de Lynley pour retrouver un tueur un série qui sévit au Sud de la Tamise. Elizabeth George décrit le travail des policiers : la recherche d'indices, la vérification des hypothèses, les interrogatoires d'un grand nombre de témoins et de suspects potentiels. La narration se met dans la position des enquêteurs qui découvrent avec Lynley le corps d'un adolescent blanc, maquillé, le thorax ouvert, les mains brûlées, le nombril découpé. Le meurtre est relié à celui de trois autres adolescents noirs ou métis dont la police n'a pas établi l'identité. L'adjoint au préfet Hillier est sur les charbons ardents. Les trois précédents crimes n'ont fait l'objet d'aucune enquête, pas même pour identifier les mineurs décédés. Les détectives travaillent sous la pression de leur supérieur qui veut à tout prix éviter l'accusation de racisme institutionnel. La quatrième victime est rapidement identifiée. Il s'agit de Kimmo Thorne, un adolescent à la dérive qui avait été confié par la justice à Colossus, un centre d'éducation en milieu ouvert pour jeunes délinquants situé dans le quartier d'Elephant and Castle. La découverte du corps d'une cinquième victime, Sean Lavery, un jeune noir fréquentant lui aussi Colossus pousse les enquêteurs à interroger les adultes travaillant dans ce centre. Le cinquième crime introduit les problématiques suivantes: comment arrêter le meurtrier avant que les crimes ne s'accumulent. Comment éviter le déchainement de l'opinion publique face à l'indifférence de la police dans les trois premiers crimes ?

C'est alors qu'un sixième cadavre est découvert dans un parc sauvage de Londres. Bien que présentant de grandes similitudes avec les autres crimes, ce meurtre présente des différences par rapport au modus operandi du tueur en série. Les enquêteurs pensent que celui-ci a cessé de chercher ses proies au sein de Colossus, car il se sait surveiller. Il les choisit à présent dans un réseau pédophile, MABIL. L'enquête plonge alors le lecteur dans les milieux interlopes de la capitale anglaise: un hôtel crasseux tenu par un émigré turc où un magicien albinos livre ses jeunes victimes aux membres du réseau, ledit réseau se réunissant dans une église désaffectée... Pour éviter que la presse n'entrave l'enquête par des révélations intempestives sur celle-ci ou ne déstabilise ses subordonnés en livrant public leur vie privée, Lynley s'offre en pâture aux tabloïds. Le meurtrier le contacte après la publication de photos de sa maison et de son couple. Helen, sa femme, est victime d'un fait divers tragique. Le récit d'Elizabeth George quitte l'enquête pour suivre l'épreuve que subit Lynley.

Quand le constable Barbara Havers parvient enfin à mettre le coupable hors d'état de nuire, il n'est nulle place pour un épilogue heureux. Sauf peut-être pour celle que retrouve son grade de sergent et, qui sait, peut-être un appui aimant pour avancer dans la vie.

La narration[modifier | modifier le code]

Comme dans tous les romans d'Elizabeth George, Sans l'ombre d'un témoin adopte plusieurs points de vue. Il y a d'abord le point de vue extérieur qui permet de suivre les péripéties de l'intrigue. C'est ce point de vue qui domine le roman. Comme souvent chez l'auteur, l'intrigue est émaillée par des chapitres permettant de comprendre la mentalité de l'assassin, ses obsessions, ses stratégies; tout cela sans que le lecteur y puise une aide pour démasquer le coupable avant les policiers de New Scotland Yard. Bien que les courts chapitres concernant le psychisme de l'assassin, Fu, soient rédigés à la troisième personne du singulier, c'est bien son univers intérieur qui est décrit. Le lecteur ne comprend pas qui peut être cet "asticot"que Fu voit appaitre et qui conditionne son passage à l'acte. Le point de vue des personnages récurrents de l'œuvre d'Elizabeth George est moins mis en valeur que dans les autres opus. Par contre, celui de la directrice de Colossus, Ulrike Ellis permet à l'auteure d'esquisser un portrait d'une femme prise en tenaille entre le désir charnel et leur devoir professionnel, qu'elle réussit avec son brio habituel.

Le lecteur assidu retrouve quelques recettes typiques d'Elizabeth George. Le premier chapitre n'a pas de lien immédiats avec les chapitres suivants. Il faut lire plus avant pour pouvoir situer ce premier chapitre dans son contexte général. Fidèle à l'esprit des romans policiers anglais classiques, l'auteur déroule une abondance de paragraphes descriptifs et d'études psychologiques. Elizabeth George utilise aussi à intervalles réguliers des ruptures dans la continuité du récit. Alors que ce dernier commence à livrer au lecteur un rebondissement haletant, le chapitre s'arrête net. Certes, il n'y pas de coupure publicitaire, mais ce procédé rend le lecteur impatient de connaitre la suite comme c'est le cas dans certaines séries télévisées américaines. Comme chacun de ses romans, Sans l'ombre d'un témoin comprend une scène de sexe explicite.

La construction narrative des romans d'Elizabeth George est donc toujours à peu près la même: ruptures de rythmes, point de vue de narrations multiples, études psychologiques des personnages principaux et secondaires. La vie personnelle des protagonistes est racontée en pointillés de livre en livre: la vie amoureuse et familiale de Lynley, les difficultés de Barbara Havers avec sa mère atteinte d'une maladie d'Alzheimer, son idylle avec son voisin pakistanais Azhar, la stérilité de Deborah Saint-James, l'accident qui a rendu Saint-James infirme et dont Lynley porte toujours la culpabilité sont autant d'éléments qui donnent au lecteur un sentiment de familiarité. Par contre au fil des lectures, la rigidité de la structure narrative finit par donner un sentiment de répétition, de déjà-vu. Il ne faut pas oublier que l'écriture romanesque est une discipline enseignée dans les universités américaines. Elizabeth George, elle-même, a enseigné cette matière au Trinity college et continue de conseiller des écrivains débutants. Cette pratique a l'avantage de rendre les auteurs américains extrêmement performants dans leur construction narrative, mais a pour inconvénient de formater de plus en plus les récits destinés au grand public, comme les romans policiers.

Les thèmes sociaux abordés[modifier | modifier le code]

  • le racisme institutionnel
  • la place des médias dans une enquête
  • les réseaux pédophiles.

Les personnages[modifier | modifier le code]

  • Thomas Lynley, huitième comte d'Asherton est inspecteur de police au New Scotland Yard. Il occupe dans ce tome le poste de commissaire adjoint intérimaire suite à la tentative d'assassinat dont a été victime son supérieur, le commissaire Webberly. Blond, distingué, possédant une autorité naturelle, il conduit une Bentley et vit dans le quartier huppé de Belgravia avec son épouse Helen.
  • Barbara Havers est constable au New Scotland Yard. Elle est issue de la classe populaire. Elle est grosse, mal habillée, mal coiffée, a des dents ébréchées, se nourrit fort mal de produits bas de gamme. Têtue et peu disciplinée, elle a le sens de l'à-propos, de l'initiative et de l'humour. Elle conduit une mini.
  • Wilson Nkata a été promu sergent au début du roman. C'est le seul policier noir de l'équipe de Lynley. De parents originaires des Antilles et d'Afrique et ancien membre d'un gang, il continue à habiter les quartiers populaires de Londres.
  • Helen Lynley est l'épouse de Thomas Lynley et l'assistante de Saint-James après avoir été sa fiancée. Née Helen Clyde, elle est aussi issue de la noblesse anglaise. Le début du roman la présente enceinte de plusieurs mois. Pendant une bonne partie de l'intrigue son rôle se borne à chercher la tenue de baptême adéquate pour ne heurter aucune des deux traditions familiales.
  • Simon Saint-James est consultant en expertise judiciaire. C'est l'ami d'enfance de Lynley. Il est handicapé à la suite d'un accident de voiture provoqué par l'ivresse de Linley durant leur jeunesse. Il est marié à Deborah, la fille de son majordome. Il est peu présent dans cet épisode.
  • Deborah Saint-James est l'épouse de Simon dont elle était amoureuse depuis l'adolescence et l'ancienne maitresse de Thomas Lynley. Elle a beaucoup souffert de sa stérilité et s'en console avec son métier, la photographie.

La place du livre dans l'univers du roman policier[modifier | modifier le code]

Le livre d'Elizabeth George est très volumineux, 920 pages dans l'édition de poche. La tendance actuelle dans la littérature anglo-saxonne à succès est à l'inflation des pages. Il suffit de se référer aux derniers Harry Potter et au Da Vinci Code. Cette mode semble avoir épargné les poids lourds du polar américain, Harlan Coben et Patricia Cornwell. Le style analytique et pointilliste de la reine américaine du polar anglais semble convenir à l'écriture d'un pavé. Elizabeth George glisse de l'intrigue policière à la description d'une Angleterre qu'elle considère en pleine déliquescence morale. Le thème d'une jeunesse déboussolée, livrée à elle-même, survivant dans la débrouille ou/et la petite délinquance est présent dans presque tous ses romans. Par contre, la fascination que l'auteure montrait pour les rites de la noblesse se fait plus discrète, sauf à la fin du roman. Elizabeth George s'est parfois vue reprocher les stéréotypes dont elle use dans son œuvre: le noble blond et mince, la prolétaire grosse et peu séduisante... Le traitement du psychiatre, profiler pour le Yard, est de la même veine. Le docteur Hamish Robson se révèle être un pédophile longtemps refoulé, ancienne victime d'abus sexuels. Il passe à l'acte au beau milieu de l'enquête dont il est pourtant le conseil. Il en profite pour utiliser les informations auxquelles il a accès pour incriminer le tueur en série qui sévit tout au long du roman.

Elisabeth George reconnait, dans la postface, s'être inspirée de deux livres américains sur les tueurs en série: Agent spécial du FBI: j'ai traqué des tueurs en série de John Douglas et Mark Olshaker et The gates of Janus de Ian Brady. De ce fait le lecteur reconnait facilement la nomenclature utilisée par l'auteur, nomenclature qu'il a déjà rencontré dans bon nombre de séries télévisées américaines comme The Inside : Dans la tête des tueurs ou Esprits criminels.

Enfin le livre Sans l'ombre d'un témoin occupe une place particulière dans le cycle consacré au duo d'enquêteurs Lynley-Havers. En effet à la fin du roman, Lynley donne sa démission de la police. S'agit-il de la fin d'une série ou l'amorce d'un rebondissement vers des romans libérés de la fascination de l'aristocratie britannique?

La presse et le livre[modifier | modifier le code]

« La peinture sociale confine à l'hyper-réalisme, braquant ses phares sur un centre de rééducation pour jeunes délinquants londoniens dont la description vaut le détour. Et le lecteur se voit en prime gratifié d'une surprise finale dont les fans les plus assidus des faits et gestes de l'inénarrable Barbara et du très chic Sir Lynley auront du mal à se remettre. »

— Frédérique Roussel, Libération

« Elizabeth George nous bluffe une fois de plus par la manière dont elle nous implique dans son récit, par les revirements dont Lynley et ses acolytes sont capables, et par son habileté à faire progresser un récit au point que, chez elle, un pavé de 550 pages ne nous paraît pas plus long qu'une nouvelle ! »

— Pascale Frey, Lire

Sources[modifier | modifier le code]

  • Elisabeth George, Sans l'ombre d'un témoin, les Presses de la Cité, 2005
  • Les romans de Coben et de Cornwell dans des éditions de poche
  • La série des Harry potter de J.K. Rowling et le Da Vinci Code de Dan Brown en édition de poche
  • [1] Des critiques du roman
  • [2]Lire le premier chapitre sur le site de Presse Pocket