Sango

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Sango
Sängö
Parlée en République centrafricaine, République démocratique du Congo
Nombre de locuteurs 5 millions, dont 400 000 comme première langue
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle de la Drapeau de la République centrafricaine République centrafricaine
Codes de langue
ISO 639-1 sg
ISO 639-2 sag
ISO 639-3 sag
IETF sg
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Sura 1

Adü âzo kûê yamba, ngâ âla lîngbi terê na lêgë tî nëngö-terê na tî ângangü. Ala kûê awara ndarä na börö-li sï âla lîngbi tî dutï na âmbâ tî âla gï na lêngö söngö.

Le sango est la langue véhiculaire de la République centrafricaine. Certains linguistes le considèrent comme un créole à base lexicale ngbandi, d'autres rejettent cette vision et le considèrent tout simplement comme une langue du groupe oubanguien (voir section Classification).

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Le sango (également appelé sangho) est la principale langue parlée en République centrafricaine.

Dans les années 1970, elle était parlée comme seconde langue par 1,6 à 5 millions de locuteurs mais seulement 400.000 locuteurs natifs, principalement dans les villes.

Aujourd'hui, le sango est à la fois une langue nationale et officielle : elle a fait de la République centrafricaine un des rares pays d'Afrique noire à avoir une langue officielle autre que les langues coloniales (arabe, anglais, français, portugais et espagnol).

Classification[modifier | modifier le code]

À l'origine utilisée par les opérateurs fluviaux, c'est une langue véhiculaire sur la base de la langue de la tribu Sango appartenant au groupe ngbandi (y compris les Ngbandi et Yakoma), avec de nombreux mots français. Certains linguistes, à la suite de William J. Samarin, la classent comme un créole ngbandi à base d'autres langues. Toutefois d'autres linguistes, comme par exemple Marcel Diki-Kidiri ou H. Charles Morrill, rejettent cette classification en disant que les changements dans les structures sango (à la fois internes et externes) peuvent être expliqués sans le processus de créolisation.

Une étude de Taber (1964) indique que certains des 490 mots sango représentent environ 90 % des conversations usuelles. Cependant, alors que les mots empruntés au français sont moins utilisés, ils représentent la majorité du vocabulaire en particulier dans le discours des intellectuels. La situation pourrait être comparée à l'anglais, où la plus grande partie du vocabulaire — en particulier les mots « appris » — est dérivée du latin, du grec, et surtout du français, tandis que le vocabulaire de base reste germanique. Toutefois des études plus récentes suggèrent que ce résultat est spécifique à un sociolecte : la prétendue variété « fonctionnaire ». Le travail de Morrill, achevé en 1997, a révélé qu'il y a sociologiquement trois normes distinctes émergentes en sango : une variété urbaine « radio » qui est la mieux classée par 80 % de ses interlocuteurs et a le moins de mots d'emprunt français, une variété « pasteur » qui est marquée de 60 %, et une variété « fonctionnaire » parlée par des gens qui utilisent le plus les emprunts à la langue française.

La croissance rapide de la ville de Bangui depuis les années 1960 a eu des implications importantes pour le sango avec le développement, pour la première fois, d'une population utilisant de préférence le sango. Considérant que les habitants de la ville qui proviennent des campagnes parlent des langues différentes, ils n'utilisent le sango que comme une lingua franca destinée à se comprendre, et leurs enfants parlent automatiquement le sango comme langue principale (et parfois uniquement cette langue). Cela a conduit à une expansion rapide du lexique, y compris chez les officiels, et la naissance de termes et expressions d'argot. En outre, sa nouvelle position de langue quotidienne dans la capitale a conduit à donner au sango une plus grande importance. Aussi est-il de plus en plus utilisé dans les domaines où il était normal d'employer uniquement le français. Ce dernier reste toutefois la langue de référence dans la majorité des échanges officiels, commerciaux et intellectuels.

Écriture[modifier | modifier le code]

L'orthographe officielle du sango contient les consonnes: p, b, t, d, k, g, kp, gb, mb, mv, nd, ng, ngb, nz, f, v, s, z, h, l, r, y, w (à laquelle certains ajoutent implosif » b.) Le sango contient 7 voyelles orales ‒ /a, e, ɛ, i, o, ɔ, u/‒ dont cinq, /i, a, ɛ, ɔ, u/, peuvent se produire nasalisées. Dans l'orthographe officielle, E correspond à la fois /e/ et /ɛ/ et O est à la fois pour /o/ et /ɔ/. Voyelles nasales sont écrites : en, en, un, on, un. Le sango a trois tons : faible, moyen et haut. Dans l'orthographe standard, faible tonalité est banalisée (e), ton milieu est marqué avec tréma (ë), et élevé le ton avec circonflexe (ê). Alors Do-Re-Mi serait écrit Do-Rë-Mî. Si l'on se réfère à l'orthographe officielle du sängö, il faut préciser que le B implosif n'est pas retenu, ni les voyelles ouvertes ɛ et ɔ dont le rendement phonologique est très faible. L'orthographe officielle privilégie la notation des tons, bien plus importants dans la langue que ne le sont les oppositions vocaliques voyelles ouvertes / voyelles fermées. Les tons sont notés dans cette orthographe comme suit :

  • ton haut = noté par un accent circonflexe: exemple là-bas
  • ton moyen = noté par un tréma : exemple plaie
  • ton bas = noté par absence de toute marque: exemple ka et, quant à.

Les tons modulés du sängö sont toujours une combinaison de tons ponctuels: haut-bas, bas-haut, haut-moyen, bas-moyen, moyen-ba, moyen-haut. Ils sont donc notés par dédoublement de la voyelle, comme suit :

  • ton modulé haut-bas = noté âa comme dans le mot : bâa voir.
  • ton modulé bas-haut = noté comme dans le mot taâ vraie
  • ton modulé moyen-bas = noté äa comme dans le mot bulëe banane douce
  • ton modulé haut-moyen = noté âä comme dans le mot ngâäkô canne à sucre (autres variantes : ngbâäkôo, ngâakô)

Source: Décret n° 84/025 du 28 janvier 1984 fixant l'orthographe officielle du sängö.

Il faut noter que cette orthographe officielle a du mal à être acceptée par la majorité des Centrafricains, car elle utilise des signes dont elle n'a pas l'habitude et qu'il est impossible de reproduire avec une machine à écrire. C'est pourquoi, il y a une résistance de la part de simples lecteurs et d'auteurs, qui ne souhaitent pas l'adopter et continuent à utiliser l'orthographe de toujours, déjà employée dès la fin du XIXe siècle par les missions. On peut citer à ce sujet Sango, langue véhiculaire de Centrafrique, dictionnaire de sango-français et lexique français-sango, de Georges-Antoine Chaduteau (éd. Dictionnaires d'aujourd'hui), qui a préféré pour être parfaitement compréhensible y employer l'écriture ancienne plutôt que l'écriture « officielle ».

Grammaire[modifier | modifier le code]

L'ordre des mots est sujet-verbe-complément. Les pronoms sont : Mbi « Je », Mo « Tu », Lo « Il, elle », E ou i « Nous », Ala « Vous », Ala « Ils ». Les verbes prennent un préfixe « a » s'ils ne sont pas précédés d'un pronom ; ainsi Mo yeke « Vous êtes », mais Bêafrîka ayeke « C'est l'Afrique centrale ». Les verbes particulièrement utiles sont notamment Yeke « Être », Bara « Saluer » (Barao « Salut ! »), Hinga « Savoir ». Possessifs et appositions sont formés avec la particule Ti « De » : Ködörö ti mbi « Mon pays » (« Pays de moi »), Yângâ ti sangho « Langue sango » (« Langue de Sangho »). Une autre particule importante est la préposition Na, couvrant beaucoup d'emplois, le locatif, le datif, l'instrumental et d'autres fonctions.

En tant que langue véhiculaire, le sango est exceptionnellement facile à apprendre, selon Samarin : « Avec un peu d'application un étudiant doit être capable de parler la langue en trois mois environ. »

Pour les non-locuteurs, il existe deux difficultés principales. Premièrement, il faut se souvenir de ne pas couper les consonnes doubles. Le nom de Bambari, par exemple, doit être prononcé ba-mba-ri et pas bam-ba-ri. Deuxièmement, comme tout langage tonal, on doit apprendre à ne pas modifier la tonalité en fonction du contexte. Par exemple, le mot Ngo selon la tonalité voudra dire pirogue, tambour, grossesse ou fœtus.

Prononciation[modifier | modifier le code]

Voyelles orales[modifier | modifier le code]

  • a comme dans les mots français « car » et « natte »
  • ò comme dans les mots français « morte » et « sotte » même s'il est en fin de mot
  • ô comme dans les mots français « pot », « ragot », « mot »
  • è comme dans les mots français « près », « sert », « mer »
  • é comme dans les mots français « basé », « carré »
  • i comme dans les mots français « pli », « nid », « ici »
  • u comme dans les mots français « pou », « sous »

Voyelles nasales[modifier | modifier le code]

  • ã comme le son « an » français prononcé dans le sud de la France
  • õ comme le son « on » français prononcé dans le sud de la France
  • ẽ ressemble au « in » de « faim » mais avec un « n » résiduel légèrement estompé
  • ĩ comme dans les mots anglais « sing », « king », « jogging »
  • ũ se prononce comme le « um » portugais ainsi « fun » (sentir mauvais) se prononcera à peu près « foung »

Consonnes[modifier | modifier le code]

  • b comme dans les mots français « bourg », « bébé »
  • d comme dans les mots français « danger », « redondant »
  • f comme dans les mots français « figue », « feutre »
  • g comme dans les mots français « guide », « gangrène »
  • k comme dans les mots français « koala », « kiwi »
  • l comme dans les mots français « loutre », « longer »
  • m comme dans les mots français « maman », « miroir »
  • n comme dans les mots français « nu », ananas »
  • p comme dans les mots français « parquet », « pipe »
  • r roulé comme dans les mots italiens « signor », « ancora »
  • s comme dans les mots français « susurrer », « souris »
  • t comme dans les mots français « tintinnabuler », « tout »
  • v comme dans les mots français « valet », « virevolter »
  • w comme dans les mots anglais « whisky », « we »
  • y comme dans les mots français « yeux », « yack »
  • z comme dans les mots français « zinzolin », « zozoter »
  • ny comme dans les mots français « gnon », « gnôle » (n mouillé)
  • ng comme dans les mots français « dring » ou les mots anglais « jumping », « ring », même en début de mot le « n » et le « g » ne sont pas séparé »

NOTA : de façon générale, il est à observer qu'il est parfaitement absurde de tenter d'illustrer les sons d'une langue avec les mots d'une autre. La preuve en est qu'il est impossible de trouver en français (et même dans aucune langue européenne) les mots qui conviennent pour illustrer les sons /ngb, kp, gb/ du sango. Une autre approche devra être développée instamment pour remplacer celle actuellement présentée ici. Nous nous y attelons.

Exemples[modifier | modifier le code]

Mot Traduction Prononciation standard
terre sêse
bonjour bara a la bara a la
ça va mo yeke sêngê
ciel ndüzü
eau ngû
feu
homme kôlï
femme wâlï
manger te
boire nyön
grand kötä
petit kêtê
nuit
jour kötä-lâ
tout kûê
aimer
sourire ngîâ
antilope bëtä
brebis wâlï täba
buffle ngbä
cheval mbârâtâ
cigale mokerelo
grenouille bianga
léopard zen

Dans l'histoire[modifier | modifier le code]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • Dans Les mots étrangers (2002), Vassilis Alexakis, « Grec par ses parents, Français par ses enfants » et habitué à se promener depuis bientôt trente ans d'une langue et d'un pays à l'autre, raconte son choix tardif d'apprendre une troisième langue très différente, le sango, et son apprentissage sur place, en Centrafrique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Taber, 1964, French Loanwords in Sango: A Statistical Analysis, MA thesis, Hartford Seminary Foundation.
  • William Samarin, 1967, Lessons in Sango.
  • Marcel Diki-Kidiri, 1977, Le sango s'écrit aussi...
  • Marcel Diki-Kidiri, 1978, Grammaire sango, phonologie et syntaxe
  • Luc Buquiaux, Jean-Marie Kobozo et Marcel Diki-Kidiri, 1978, Dictionnaire sango-français...
  • Charles Henry Morrill, 1997, Language, Culture and Sociology in the Central African Republic, The Emergence and Development of Sango
  • Pierre Saulnier, 1994, Lexique orthographique sango
  • SIL Centrafrique, 1995, Kêtê Bakarî tî Sängö : Farânzi, Anglëe na Yângâ tî Zâmani. Petit Dictionaire Sango, Mini Sango Dictionary, Kleines Sango Wörterbuch
  • Christina Thornell, 1997, The Sango Language and Its Lexicon (Sêndâ-yângâ tî Sängö)
  • Marcel Diki-Kidiri, 1998, Dictionnaire orthographique du sängö
  • Georges-Antoine Chaduteau, Sango langue nationale de Centrafrique, éd. Dictionnaires d'aujourd'hui, ISBN 9782913110236, décembre 2011, diffusion GE29

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]