San Lazzaro degli Armeni

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
San Lazzaro degli Armeni
Vue du monastère à la tombée de la nuit.
Vue du monastère à la tombée de la nuit.
Présentation
Culte Catholique arménien
Type Monastère
Rattachement Congrégation des pères mékhitaristes
Début de la construction XIIe siècle / XVIIIe siècle
Géographie
Pays Italie
Région Vénétie
Commune Venise
Coordonnées 45° 24′ 43″ N 12° 21′ 41″ E / 45.411979, 12.361422 ()45° 24′ 43″ Nord 12° 21′ 41″ Est / 45.411979, 12.361422 ()  

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
San Lazzaro degli Armeni

San Lazzaro degli Armeni (en arménien Սուրբ Ղազարոս Կղզի, « île Saint-Lazare » ; en français Saint-Lazare des Arméniens) est une île de la lagune de Venise. Elle est située à une centaine de mètres à l'ouest de l'île du Lido.

Elle est entièrement occupée par un monastère arménien, siège de la congrégation des pères mékhitaristes.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 810, la Sérenissime décide d'octroyer la garde de cette île à l'abbé du monastère bénédictin de Saint-Hilaire de Fusina. En 1182, le lazaret de San Trovaso est transféré ici sur initiative du noble Leon Paolini. L'île adopte alors son nom actuel. C'est aussi alors qu'est construite la première église, dédiée à Saint Léon le Grand. Au XIVe siècle est construite l'église actuelle de San Lazzaro.

La diminution des cas de lèpre à la fin du XVIe siècle fait que l'île sera désertée après le transfert des actifs vers San Giovanni et Paolo à Venise en 1601. En 1651, quelques pères dominicains, réfugiés de Crète s'installent sur l'île pendant environ vingt ans.

En 1678, c'est au tour des Jésuites, qui y restent peu de temps, car le Sénat décide de la transformation en une usine d'armes pour sa guerre de Morea.

En 1717, l'île alors abandonnée depuis le XVIe siècle est offerte par la Sérenissime république à un moine arménien, le père Mékhitar, fuyant la persécution turque à Istanbul. Aidé de plusieurs moines, Mékhitar restaure l'église du XIIe siècle et fonde un monastère. En 1805, Napoléon Bonaparte incorpore Venise à son nouveau royaume italien. Prenant connaissance du travail scientifique et littéraire pratiqué au sein du monastère (alors dirigé par l'abbé Akonts), il décide de lui laisser une totale indépendance. Le manuscrit signé par l'empereur est aujourd'hui gardé au monastère.

Depuis cette époque, l'île a été plusieurs fois agrandie et atteint aujourd'hui quatre fois sa taille initiale et fait trois hectares.

Géographie et situation[modifier | modifier le code]

L'île est située dans la lagune de Venise, à 3 kilomètres au sud-est de la place Saint-Marc et à 200 mètres à l'ouest de l'île du Lido. L'unique moyen d'accès à l'île est le bateau et notamment la ligne numéro 20 du vaporetto qui relie la place Saint-Marc à San Servolo puis Saint-Lazarre.

Le monastère[modifier | modifier le code]

Le monastère est aujourd'hui habité en permanence par une dizaine de personnes (moines, gardien et jardinier). Contrairement à la plupart des monastères catholiques, les moines mékhitaristes ne vouent pas leur existence au travail agricole ou manuel, mais au travail intellectuel et scientifique.

En plus de la messe dominicale, des visites guidées sont organisées quotidiennement à 15h30 en plusieurs langues : italien, français, anglais, arménien, allemand...

Le musée du monastère propose des milliers d'œuvres dont des statues, des armes anciennes, des tableaux et des écrits. La momie égyptienne de Mekhmeket ayant environ 4000 ans d'âge et son sarcophage sont le clou de l'exposition.

La bibliothèque abrite 200 000 volumes dont certaines des toutes premières bibles, les premières bandes dessinées et livres de poche, ainsi que d'anciens manuscrits arabes, indiens ou égyptiens. Certains de ces manuscrits ont été prêtés au musée du Louvre en février 2006 pour l'exposition Armenia Sacra dans le cadre de l'année de l'Arménie en France.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Œuvres peintes de Zugno[modifier | modifier le code]

Le plafond de la bibliothèque, ainsi que quelques tableaux de l'église sont l'œuvre du peintre vénitien Francesco Zugno (1709-1787), dans le style de Giambattista Tiepolo[1]. En ce qui concerne les fresques de Zugno, certaines sont très abimées par un incendie, comme le Jugement de sainte Catherine d'Alexandrie (fresque centrale du plafond de la bibliothèque), mais d'autres sont encore visibles comme les Pères de l'Église occidentale, qui faisait pendant aux Pères de l'Église orientale aujourd'hui disparue[2]. Une Allégorie de la Foi se distingue, fresque en camaïeu de sépia, au-dessus de la porte d'entrée, côté intérieur de la bibliothèque, de même que quatre dessus de fenêtre en camaïeu de vert, représentant les quatre Évangélistes[3]. Enfin, dans l'escalier dit « de l'abbé Mékhitar » (qui conduit à la même bibliothèque), également une fresque de Zugno au plafond dont l'iconographie fut longtemps erronée dans la bibliographie sous le nom de l'Ange réconfortant Daniel. En fait après étude elle se révèle plutôt être Habacuc et saint Michel Archange, une allégorie de l'histoire personnelle de l'abbé Mékhitar de Sébaste, qui comme Habacuc a affronté mille tempêtes avant de trouver l'asile qui lui a permis de se consacrer à l'étude et à l'écriture[4].

"Allégorie de la Foi", fresque en camaïeu de sépia, 120cm x 120cm ca, de Francesco Zugno (1709-1787), Venise, bibliothèque du couvent de "San Lazzaro degli Armeni", 1740-1741
Allégorie de la Foi, fresque en camaïeu de sépia, 120cm x 120cm ca, de Francesco Zugno (1709-1787), Venise, bibliothèque du couvent de San Lazzaro degli Armeni, 1740-1741.
"Les Pères de l'Eglise occidentale", fresque 200cm x200cm ca, de Francesco Zugno (1709-1787), plafond de la bibliothèque du couvent "San Lazzaro degli Armeni" à Venise, 1740-41.
Les Pères de l'Eglise occidentale, fresque 200cm x200cm ca, de Francesco Zugno (1709-1787), plafond de la bibliothèque du couvent San Lazzaro degli Armeni à Venise, 1740-1741.

À l'intérieur de l'église ainsi que dans les appartements des pères, se trouvent des œuvres de Francesco Zugno. L'une des plus remarquable est Saint Antoine abbé résistant à la Tentation (il s'agit de saint Antoine le Grand), une grande Pala à droite de l'autel majeur. Elle fut peinte en 1737 et représente le saint en extase dans un paysage rude et montagneux, où s'enfuient des figures démoniaques. Dans la partie supérieure, apparait le Christ accompagné d'un ange et de chérubins. Le tableau, riche de significations et de symboles, est très expressif. L'influence de Jérôme Bosch se fait sentir dans la représentation des figures démoniaques, de même que celles de Giambattista Tiepolo et de Paul Véronèse dans la façon de faire les ombres et le rendu de la figure extatique[5]. On souligne également la partie supérieure du tableau, qui n'est pas étrangère au style de Sebastiano Ricci. Le jeu des couleurs est remarquable[6], de même que l'opposition entre l'élégance des figures célestes comme l'ange et la rudesse du personnage de saint Antoine, représenté avec les traits du fondateur du couvent, l'abbé Mékhitar de Sébaste[7].

"Saint Antoine abbé résistant à la Tentation", huile sur toile de Francesco Zugno (1709-1787), 280cm x 144cm, Venise, église du couvent "San Lazzaro degli Armeni", 1737
Saint Antoine abbé résistant à la Tentation, huile sur toile de Francesco Zugno (1709-1787), 280cm x 144cm, Venise, église du couvent San Lazzaro degli Armeni, 1737.

Un intéressant triptyque de Zugno se trouve au premier étage des appartements des pères : Saint Grégoire baptisant le roi d'Arménie, toujours dans les années 1737-1740[8], un tableau d'autel à trois volets sous la forme du retable, ce qui est plutôt rare au XVIIIe siècle. Il représente un des évènements majeurs de la culture chrétienne arménienne, le baptême du roi Tiridate III (287-330) par saint Grégoire l'Illuminateur (Surb Grigor Lusavoritch)[9]. L'influence de Véronèse pour la composition est évidente[10]. Les traits stylistiques de Zugno sont déjà présents dans cette œuvre de jeunesse, comme l'allongement des figures ou encore les formes arrondies des visages. À noter que la tête de saint Grégoire reprend les traits du visage de l'abbé Mékhitar de Sébaste, commanditaire du tableau. Les deux panneaux latéraux représentent, quant à eux, les scènes du Martyre de Saint Grégoire l'Arménien, disposées sur un fond d'éléments très décoratifs dont la douceur tranche avec la cruauté des moments représentés[11]. On retrouve le style propre au peintre dans l'allongement des petites figures minces et élégantes dans une formule néo-maniériste, qui deviennent plus tard un leitmotiv du peintre, surtout quand il collabore avec le quadraturista Francesco Battaglioli[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (it) Rodolfo Pallucchini, La pittura nel Veneto, Il Settecento, II, Milan, 1996, p.202 et p.203, fig.296.
  2. Éric Humbert-Zugno, Recherches sur Francesco Zugno (1709-1787), peintre de l'entourage de Tiepolo, Institut d'Histoire de l'Art, Université de Strasbourg, 1998, tome I p.129 et tome II, fiche 18 et suivantes.
  3. (it) G.M. Pilo, Francesco Zugno, Saggi e Memorie di Storia del Arte, II, 1959, p. 237 et 360
  4. Éric Humbert-Zugno, op. cit., fiche 26.
  5. (it) G.M. Pilo, op. cit., p. 326 et 361
  6. (it) Rodolfo Pallucchini, op. cit., p. 201 et 202, fig. 292.
  7. communication orale du père Vertanès, 1997.
  8. (it) G.M. Pilo, op. cit., II, p. 326, fig.2 et 361.
  9. (it) B.L. Zekian et Sartor Yardemian, Dall'Ararat a San Lazzaro, Venise, 1991, p. 17.
  10. Voir La Consécration de saint Nicolas par l'évêque de Mira de Paolo Véronèse, National Gallery de Londres.
  11. Éric Humbert-Zugno, op. cit., tome II, fiches 9 et 10.
  12. (it) Rodolfo Pallucchini, op. cit., p. 201, fig. 293-294.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]