Samuel Schwartzbard

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Sholom Schwartzbard
Reḥov Hanoqem (Rue du Vengeur) à Beer-Sheva, en Israël, rendant hommage à Sholem Schwarzbard

Samuel Schwartzbard ou Sholem Schwartzbard, né le 18 août 1886 à Izmaïl (Bessarabie[1]) et mort le 3 mars 1938 en Afrique du Sud est un militant révolutionnaire, à l'origine sujet russe[2], naturalisé français en 1925, particulièrement connu pour avoir assassiné le leader nationaliste ukrainien Simon Petlioura à Paris en 1926, à cause des pogroms dont il le jugeait responsable.

Il a aussi laissé une oeuvre poétique en yiddish, composée après son acquittement en 1927.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Samuel Schwartzbard est issu d'une famille juive installée en Bessarabie, alors province de l'Empire russe. Ses parents partent ensuite à Smolensk puis à Balta où il passe son enfance.

En 1900, il devient apprenti horloger sous la conduite d'Israel Dreck. Au cours de cette période, il rejoint un groupe communiste juif relié au journal de Lénine, l'Iskra.

Le militant révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Schwartzbard prend part à la révolution russe de 1905. Il participe aussi à l'auto-défense des Juifs de Balta, ce qui lui vaudra trois mois de prison[3]. Il quitte la Bessarabie en 1906 pour Chernivtsi, Lviv puis arrive à Vienne.

En 1909, il prend part aux côtés d'anarchistes au braquage d'une banque à Vienne. Arrêté, il est condamné aux travaux forcés, mais s'évade après quatre mois de détention et prend part à un autre braquage, dans un restaurant de Budapest. Arrêté, il est expulsé de l'Empire austro-hongrois et arrive en France en 1910, à l'âge de 24 ans ; il travaille ensuite comme horloger.

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Il s'engage dans la Légion étrangère, ainsi que son frère, le 24 août 1914, peu après le début de la Première Guerre mondiale. Au sein du 363e régiment d'infanterie, il est blessé et décoré à ce titre de la Croix de guerre. Il participe à la bataille de Carency, en Artois, et est de nouveau blessé lors d'une patrouille, par un souffle de grenade (mars 1916). Il est démobilisé en août 1917.

Le retour en Russie (1917-1920)[modifier | modifier le code]

Le mois suivant, il repart en Russie avec sa femme. Sur le navire français Melbourne, il est arrêté pour agitation communiste et livré aux autorités russes d'Arkhangelsk.

Il parvient ensuite à gagner Pétrograd, où il sert dans la Garde rouge puis dans un bataillon spécial de la Tchéka envoyé en Ukraine[4].

En 1919, Schwartzbard est responsable d'une brigade spéciale de cavalerie juive avec 90 hommes dans le sud de l'Ukraine sous les ordres de Grigori Kotovski (RIAU)[5], un commandant et leader communiste. Durant la guerre civile russe, Schwartzbard perd 15 membres de sa famille dans des pogroms tandis que son frère est arrêté en France pour agitation communiste.

Le retour en France[modifier | modifier le code]

En 1920, déçu par le comportement de ses camarades révolutionnaires dans la guerre civile[5] il retourne à Paris et reprend ses activités d'horloger boulevard de Ménilmontant. Il devient par ailleurs un membre actif du mouvement ouvrier français et juif. Plus tard, il rejoint un groupe d'anarchistes et fait la connaissance de militants qui avaient émigré de Russie et d'Ukraine, tels Voline, Alexander Berkman, Emma Goldman ou encore Piotr Archinov et son disciple Nestor Makhno. Schwartzbard devient aussi un membre de l'Union des citoyens ukrainiens[6]. Il obtient la nationalité française en 1925.

L'affaire Petlioura (1926-1927)[modifier | modifier le code]

Ayant appris que le dirigeant socialiste et indépendantiste ukrainien Simon Petlioura, dont les troupes s'étaient rendues coupables de nombreux pogroms pendant la guerre civile, vivait à Paris, il l'assassina le 25 mai 1926 rue Racine, à proximité du boulevard Saint-Michel[7],[8]. Dans ses mémoires (El eco de los pasos, pp. 89-90, Édition Ruedo ibérico, 1978) l'anarchiste espagnol Garcia Oliver indique que son groupe d'exilés lui fournit l'arme qui servit à tuer le dirigeant ukrainien antisémite.

Sholem Schwartzbard est défendu par l'avocat Henry Torrès. Le procès est suivi par le journaliste Bernard Lecache, qui créa pour soutenir l'accusé la Ligue contre les pogroms, à laquelle adhèrent plusieurs personnalités, dont Albert Einstein. La Ligue contre les pogroms devint la LICA, puis la LICRA. À l'issue de son procès, qui commence le 18 octobre 1927, Sholem Schwartzbard est déclaré non coupable par le jury populaire, bien qu'il ait clairement revendiqué l'assassinat de Petlioura.

Au cours du procès, les services spéciaux allemands informent leur confrères français que Sholem Schwartzbard aurait assassiné Petlioura sur ordre de Galip, un émissaire de l'Union des citoyens ukrainiens, Galip ayant lui même reçu ses ordres de Christian Rakovsky, un ancien premier ministre de la RSS d'Ukraine. L'acte enfin, aurait été appuyé par Mikhaïl Volodine, un agent du Guépéou arrivé en France le 8 août 1925[9]. Selon l'ancien directeur de la CIA, Allen Dulles, Sholem Schwartzbard était un agent au service des Soviétiques[10].

Après le procès[modifier | modifier le code]

Sholem Schwartzbard consacre le reste de sa vie à la poésie (Troymen un Virklikhkayt (Rêves et réalités), 1920 ; In Krig - Mit Zikh Aleyn (A la guerre - avec soi-même), 1933 ; et à son autobiographie, In’m Loyd Fun Yorn (Au fil des ans, 1934) ; toutes ses œuvres sont rédigées en yiddish).

Après s'être vu refuser l'entrée en Palestine mandataire par les autorités britanniques, il se rend en Afrique du Sud, où il décède d'une crise cardiaque le 3 mars 1938, un mois après son arrivée.

Sa dépouille sera transférée en Israël pour y être ensevelie un peu moins de trente ans plus tard.

Michel Herman, un de ses descendants, a rassemblé et traduit une partie de ses mémoires publiées sous le titre Mémoires d'un anarchiste juif (Syllepse, 2010, collection « Yiddishland »).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives Juives, n° 33/2, 2e semestre 2000, p. 128-129 : né en Bessarabie le 18 août 1886, Schwartzbard émigre à Smolensk puis à Balta
  2. Etant né dans l'Empire russe, il est sur le plan international un sujet russe, indépendamment de la judéité de sa famille ou de son lieu de naissance hors de la Russie ethnique.
  3. Saul Friedman, Pogromchik, New York, 1976, p. 58
  4. Кульчицький Юr Симон Петлюра і погроми — С. 139.
  5. a et b Saul Friedman, Pogromchik, New York, 1976, p. 62.
  6. http://www.sbu.gov.ua/sbu/doccatalog%5Cdocument?id=42156
  7. Paroles et silences. L'affaire Schwartzbard et la presse juive parisienne (1926-1927), par Boris Czerny dans Archives juives 2/2001, vol. 34, p.57-71.
  8. « Les faits rapportés dans l'Ouest-Éclair du 27 mai 1926 »
  9. Makhno did not allow Schwartzbard to Shoot Petlura (en ukrainien)
  10. Article d'Andrew Gregorovich