Samatha

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Samatha (pali), śamatha (शमथsanscrit), chiné (tibétain) désigne dans le bouddhisme la « tranquillité de l'esprit » ou « quiétude »[1], et par extension l'ensemble des pratiques méditatives qui permettent de développer cet état.

Article détaillé : méditation bouddhique.

Bouddhisme tibétain[modifier | modifier le code]

La pratique de chiné, la pacification mentale, consiste à se mettre en position du lotus ; puis à « placer l'esprit [qui] reste dans un état de vigilance, sans distraction, ouvert à lui-même tel qu'il se présente, sans tension » ; « L'esprit ainsi posé, on s'applique à la concentration sur l'objet choisi (...). De multiples méthodes son possibles [avec ou sans support] ». L'objectif n'est pas de s'établir dans un état sans pensées : « craindre les pensées, s'irriter ou s'inquiéter de leur apparition, croire que l'absence de pensées est une bonne chose en soi, sont des erreurs conduisant à un état de frustration et de culpabilisation inutiles. (...) Lorsqu'on médite, le plus grand empêchement vient sans doute des productions mentales surajoutées, des commentaires sur soi-même et des préconceptions. »[2]

Cette étape est suivie de la pratique de vipassanā, « la vision profonde ».

Bouddhisme theravada[modifier | modifier le code]

Dans le bouddhisme theravâda, la méditation formelle est composée de deux pratiques distinctes : samatha bhavana et vipassana bhavana.

« Samatha » signifie tranquillité et « bhāvanā » (littéralement : existence) est traduit par développement.

Le « développement de la tranquillité » consiste à méditer en se concentrant sur un point fixe, tel que la respiration. Samatha bhāvanā peut être pratiquée avec d'autres objets, et le bouddhisme theravada en mentionne quarante différents.

La concentration, samadhi, est une concentration très profonde et différente de la concentration utilisée pour réaliser une tâche intellectuelle. Cette concentration devient telle à l'entrée dans le premier jhāna.

Le développement de samatha permet de purifier l’esprit des cinq souillures mentales ou empêchements (nīvaraṇa)[3].

Cinq empêchements[modifier | modifier le code]

  • le désir sensuel (kāmacchanda)
  • la colère (vyāpāda)
  • la torpeur (thīna-middha)
  • l'agitation (uddhacca-kukkucca)
  • le doute (vicikicchā)

Quarante objets[modifier | modifier le code]

Avant de les énumérer, précisons que les méditants considèrent un signe réfléchi, c'est-à-dire que l'objet de la concentration est perçu très différemment : « cent fois plus beau ». Il est dit que ce signe réfléchi émerge au moment de la concentration de proximité. Mais certaines des pratiques énumérées plus bas permettent d'atteindre les jhānas, des états de conscience supérieure permettant notamment d'atteindre la vision pénétrante de la réalité (incidemment, ces jhanas sont décrits dans l'hindouisme comme une fusion avec une essence divine : l’ātman).
Les quarante pratiques sont :

  • dix « globalités », ou kasiṇa ;
  • dix « laideurs » ;
  • dix « remémorations » ;
  • quatre « illimités » ;
  • quatre arupajhanas.

Dix globalités[modifier | modifier le code]

Le méditant considère par exemple un disque bleu, le visualise jusqu'à ne plus avoir besoin de l'objet matériel, puis s'isole.

  1. Globalité de la terre ;
  2. de l'eau ;
  3. du feu ;
  4. du vent ;
  5. du bleu ;
  6. du jaune ;
  7. du rouge ;
  8. du blanc ;
  9. de la lumière ;
  10. de l'espace (espace délimité par opposition à l'objet du premier arupajhana).

Dix laideurs[modifier | modifier le code]

Il s'agit de contempler un cadavre dans un état de décomposition plus ou moins avancé. Il va sans dire que cette pratique est liée à la spécificité de la conception bouddhiste. Voir : Anicca, l'impermanence.

Dix remémorations[modifier | modifier le code]

  1. Citons en premier anapanasati, l'attention sur le souffle, qui est la méthode largement la plus pratiquée, et pas seulement dans le bouddhisme theravâda.
  2. La vigilance au corps est cependant toujours pratiquée, par exemple par les disciples d’Ajahn Chah : il s'agit de considérer les organes non pas pour pratiquer vipassana mais pour se concentrer. Voir Rupa à propos des organes. Les autres remémorations utilisent comme objet des images mentales, des représentations qui sont :
  3. le Bouddha ;
  4. le Dharma ;
  5. le Sangha ;
  6. la discipline (vinaya) ;
  7. la générosité ;
  8. le divin ;
  9. l'apaisement.

Quatre attitudes vertueuses[modifier | modifier le code]

Ou les quatre incommensurables. Il s'agit donc de se concentrer sur un état d'esprit, sur une émotion que l'on souhaite développer. Après la concentration sur le souffle et sur les organes, ce sont sans doute les dernières pratiques vraiment utilisées : la raison en est qu'il ne s'agit pas seulement de se concentrer, mais de développer d'autres qualités. Parmi ces quatre, metta bhavana, le développement de la bienveillance universelle, est la plus commune et est souvent utilisée lors de retraites de méditation.

À leur sujet, voir aussi la section correspondante de la page bouddhisme.

  1. La bienveillance, maitrī ;
  2. la compassion, karuna ;
  3. la joie sympathique, mudita ;
  4. l'équanimité, upekkha.

Quatre arupajhanas[modifier | modifier le code]

Ces objets sont en fait ce que perçoit le méditant qui a dépassé le stade des quatre premiers jhanas (ou du domaine « physique pur » et qui a donc atteint le domaine non physique. Voir : Arupajhanas.

Perception de l'aliment[modifier | modifier le code]

Il s'agit de réfléchir au désagréable dans l'alimentation.

Détermination des quatre éléments[modifier | modifier le code]

Les quatre éléments mentionnés ici sont la terre, l'eau, le feu et le vent. Voir les éléments : dhātu.

Concentrations et objets[modifier | modifier le code]

Pratiquées avec régularité, ces pratiques mènent à des états de concentration plus ou moins avancés. Les pratiques qui mènent au dhyana sont les dix globalités et anapanasati (l'attention sur le souffle). Les trois premières attitudes vertueuses sont associées chacune aux trois premiers jhanas, et l'équanimité au quatrième. Les dix laideurs et la vigilance au corps mènent au premier jhana.

Autres pratiques[modifier | modifier le code]

11 Concentrations[modifier | modifier le code]

La pratique de Samatha bhavana est enseignée selon une progression dans la capacité de concentration.

Vient d'abord la concentration préparatoire, parikamma samadhi. Cette concentration est encore très faible et peut être dérangée facilement ; quand la concentration s'établit de nouveau, que le méditant s'efforce, de nouveau, d'être attentif au « signe appris », elle sera bientôt perturbée.

La concentration de proximité, ou de voisinage, upacara samadhi, est atteinte quand apparaît le « signe réfléchi », patibhaga-nimitta : l'objet de la méditation est remplacé par une image mentale, hallucination spontanée mais dans le cadre de la pratique.
Selon Buddhaghosa, l'esprit quitte alors le monde sensoriel, kamaloka, mais y retombe immédiatement, car la concentration n'est pas encore assez forte.

La concentration d'atteinte, ou d'insertion, apana-samadhi, correspond à l'atteinte du dhyana. L'esprit quitte le monde sensoriel, atteignant le monde de la forme, rupaloka, et jouit des facteurs du dhyana ; la concentration peut être maintenue à souhait ; le méditant n'a plus conscience de son environnement. Pour les quatre (ou cinq) « en-stases » de ce « monde physique pur », voir l'article dhyana.

Le méditant qui a réalisé, l'un après l'autre, tous les dhyana du monde de la forme, accèdera peut-être au monde sans forme, arupaloka. Il atteint alors les dhyana sans forme ; pour ces quatre insertions, voir l'article arupajhanas.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. The Sanskrit Heritage Dictionary
  2. Bokar RimpochéLa méditation, conseil aux débutants, Editions Claire lumière, 2007
  3. Nyanatiloka, Vocabulaire pali-français des termes bouddhiques, Adyar,‎ 1995