Salut fasciste

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Le salut nazi à l'école en 1934
Joachim von Ribbentrop, Joseph Goebbels et d'autres officiels nazis, saluant lors d'une séance au Reichstag, en 1941.

Le salut fasciste est un salut exécuté par le bras et la main droite tendus, qui serait semblable au salut romain[1]. Signe de ralliement du fascisme italien, il fut ensuite adopté par le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) d'Adolf Hitler, ce qui lui vaut d'être désormais fortement associé au nazisme. Il est, par conséquent, souvent désigné sous les noms restrictifs de salut nazi ou salut hitlérien. En Allemagne, l'usage du salut était fréquemment accompagné de la formule « Heil Hitler » (« Heil » signifiant « salut à » en allemand ; soit « Salut à Hitler », « Hommage à Hitler » ou, en substance, « Vive Hitler »). Le salut connaissait également, en Allemagne, une variante exécutée avec le bras replié et non tendu, d'ailleurs habituellement pratiquée par Hitler lui-même.

Le salut demeure utilisé par certains groupes néonazis ou, notamment en Italie, néofascistes.

Origines et usages[modifier | modifier le code]

Installation du Conseil d'État au palais du Petit-Luxembourg, le 25 décembre 1799

Napoléon Bonaparte, premier consul, installe le Conseil d'État au Petit Luxembourg le 25 décembre 1799. Les bras tendus sont pour le serment de fidélité, comme le représente Louis-Charles-Auguste Couder dans une huile sur toile intitulée Installation du Conseil d'État au palais du Petit-Luxembourg.

Le salut bras tendu fut aussi pratiqué par les Arditi de Gabriele D'Annunzio durant l'épisode de la Régence italienne du Carnaro, en référence à l'Empire romain. Il fut ensuite adopté par le Parti national fasciste de Benito Mussolini, puis repris par l'ensemble des mouvements européens d'inspiration fasciste, comme la Phalange espagnole, la Garde de fer et le NSDAP. Sous le Troisième Reich, il était l'un des signes les plus évidents du culte de la personnalité rendu au dictateur allemand. D'après l'encyclopédie Brockhaus, les historiens nazis estimaient que certains rois du Moyen Âge étaient salués avec des gestes similaires[2].

Le salut fasciste diffère du salut nazi : il est plus proche de son inspiration médiévale. Pour les fascistes italiens et les franquistes, le bras est levé plus haut et le pouce est écarté des autres doigts.

À compter de 1938, le régime de Mussolini tenta, sans grand succès, d'imposer le salut fasciste au-delà de la sphère étatique et militante, en rendant le salut bras tendu obligatoire pour tous les Italiens en lieu et place de la poignée de main[3].

En Espagne, sous le régime de Francisco Franco, le salut fut utilisé en tant que salut franquiste par les sympathisants du régime issus notamment de la Phalange espagnole, mais devint progressivement obsolète.

En France, sous le régime de Vichy, les membres de la légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) et les Waffen-SS français de la division Charlemagne utilisaient aussi ce salut[4]. Le salut fasciste a été utilisé aussi par des collaborationnistes dans certaines manifestations publiques du régime[5]. Il était également utilisé par les élèves des Chantiers de la jeunesse française (CJF)[6].

En Allemagne, le salut hitlérien est considéré par les nazis comme « le » salut allemand, et donc dans certaines villes, il sera interdit aux Juifs, comme à Gotha en 1933[7] :

« La direction du parti nazi de la ville et du district de Gotha a publié l'avis suivant : “Il a été soulevé à plusieurs reprises de savoir si les Juifs devaient aussi rendre le salut allemand [hitlérien]. Afin de faire cesser dans l'avenir tout malentendu, nous affirmons par la présente que le salut allemand est un salut des Allemands qui est non seulement pas exigé des Juifs, mais de plus non désiré d'eux. Aussi la population est sollicitée à laisser tranquilles les Juifs qui n'effectueraient pas le salut allemand”.  »

Origines de l'interjection « Heil Hitler »[modifier | modifier le code]

Adolf Hitler saluant avec le bras replié, en 1943.

Selon Ian Kershaw, dans sa biographie d'Hitler, le « Heil » du salut et le titre de « Führer » viendraient de Georg Ritter von Schönerer, violent antisémite viennois de la fin du XIXe siècle. Ce cri était utilisé par les partisans de ce nationaliste virulent qui inspira, en partie, l'idéologie du futur dirigeant nazi[8].

Le cri Sieg Heil (« Salut à la victoire », « Sieg » signifiant « victoire », et « Heil » signifiant « salut » dans le sens du salut de l’âme) accompagnait souvent le salut hitlérien. Après le complot du 20 juillet 1944, il est devenu obligatoire de le prononcer à tous les rassemblements militaires.

Écoliers aux États-Unis prêtant allégeance au drapeau, en 1941.

Autres emplois[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, le salut de Bellamy, adopté vers 1892 et nommé en l'honneur de Francis Bellamy, accompagnant le serment d'allégeance au drapeau, ressemblait beaucoup au salut nazi parce qu'il était pareillement dérivé du salut romain. À cause de ces similitudes, le geste fut officiellement remplacé par la main sur le cœur quand le Congrès américain amenda le Flag Code le 22 décembre 1942.

Utilisations satiriques du salut hitlérien[modifier | modifier le code]

L'emploi satirique de ce salut dans la lutte contre le nazisme est antérieure à 1933. L'artiste John Heartfield a réalisé un photomontage montrant Hitler en train de saluer les financiers internationaux. Dans Le Dictateur de Charlie Chaplin, le personnage hitlérien entraîne plusieurs fois le chaos en tentant de faire le salut. D'autres scènes satiriques sont incluses dans Stalag 17, Docteur Folamour et L'Hôtel en folie.

L'usage satirique le plus virulent de ce salut figure sans doute dans le film d'Ernst Lubitsch To Be or Not to Be, où le dictateur (qui n'est en fait pas le vrai, mais un acteur résistant qui se fait passer pour lui) répond aux ovations de ses partisans, sur un ton désabusé : « Heil moi-même. »

Interdictions[modifier | modifier le code]

Saluts fascistes lors d'un concert de rock anticommuniste en Espagne, en 2003.

Le salut nazi est interdit en Allemagne par la loi fondamentale, et en Autriche par la constitution et par le Verbotsgesetz (loi d'interdiction de 1947). Certains militants néonazis allemands utilisent le salut en écartant les doigts de la main, de manière à ne pas l'exécuter intégralement, et à ne pas tomber sous le coup de la loi[réf. nécessaire].

En France, le salut fasciste n'est pas directement interdit, à l'inverse des uniformes ou insignes nazi, qui le sont par l'article R645-1 du Code pénal. Dans les faits il peut être considéré comme une incitation à la haine raciale ou une apologie d'une organisation criminelle, suivant le contexte ; ce qui constitue là une infraction répréhensible[réf. nécessaire]. Par exception, il est interdit dans un stade, par l'article L332-7 du Code du Sport[9],[10].

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Ave (Nom de l'empereur) », soit « Salut Empereur »
  2. Brockhaus Enzyklopädie
  3. « La Storia del Ventennio : L ‘intervento in Spagna e l’alleanza con la Germania », sur Un Omaggio la Duce.
  4. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration : Sigmaringen, 1944-1945, Bruxelles, Complexe, coll. « Historiques » (no 13), diff. Paris, PUF, 1984, 441  p. (ISBN 2-87027-138-7).
  5. « Marcel Déat à l'Arc de triomphe et au palais de Chaillot », France Actualités, 5 mai 1944, sur le site de l'INA : « Applaudissements et salut fasciste » (à environ 3:35).
  6. « Le serment des chefs musulmans », France Actualités, 9 octobre 1942, sur le site de l'INA.
  7. (de) Revue Der Israelit du 26 octobre 1933
  8. Ian Kershaw, Hitler, Flammarion, 1999 et Brigitte Hamann, Hitlers Wien. Lehrjahre eines Diktators, Munich, 1996.
  9. "Un supporteur su PSG condamné pour un salut nazi", MetroNews
  10. « Guide juridique sur la prévention et la lutte contre les incivilités, les violences et les discriminations dans le sport » [PDF], Ministère des Sports,‎ Janvier 2013