Saints de glace

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Les saints de glace sont une période climatologique située, selon des croyances populaires européennes du Haut Moyen Âge, autour de saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais, traditionnellement fêtés les 11, 12 et 13 mai de chaque année. Ces saints sont invoqués par les agriculteurs pour éviter l'effet d'une baisse de la température sur les cultures, qui pouvait être observée à cette période et qui peut amener du gel (phénomène de la lune rousse). Une fois cette période passée, le gel ne serait plus à craindre.

Histoire[modifier | modifier le code]

Saint Mamert introduit la fête des Rogations à partir de 470, afin de mettre fin à une série de calamités naturelles. À cette occasion les paysans se retrouvaient et récitaient au cours de processions paroissiales des prières pour protéger les cultures durant ces jours critiques. Le patronage de ces saints ne se révélant pas toujours favorable, ils ont fini par incarner le retour du froid.

La plupart des calendriers mentionnent actuellement d'autres saints à fêter ou invoquer ces jours-là : Estelle, Achille et Rolande. Le changement date de 1960 : l'Église catholique a alors décidé de « remplacer » les saints associés aux inquiétudes agricoles (réminiscence de paganisme au regard du Vatican) par d'autres saints et saintes qui n'auraient aucun lien avec ces croyances populaires.

Liste des saints[modifier | modifier le code]

Saint Mamert, fêté le 11 mai, remplacé par Sainte Estelle.
Archevêque de Vienne en Gaule, mort en 474, a institué les Rogations, qui signifient prières de demande liturgique. Il ordonna trois jours de prières contre les calamités, juste avant l’Ascension.
Saint Pancrace, fêté le 12 mai, remplacé par Saint Achille.
Neveu de Saint-Denis martyr, mort en 304 à l'âge de 14 ans. C'est le patron des enfants.
Saint Servais, fêté le 13 mai, remplacé par Sainte Rolande.
Évêque de Tongres en Belgique (mort en 384), premier évêque attesté du Civitas Tungrorum. Il fut le premier à disparaître du calendrier, remplacé en 1811 par Saint Onésime et aujourd'hui par sainte Rolande. Saint Gervais est souvent cité en lieu et place de Saint Servais.

Aux trois premiers saints, les régions plus septentrionales (en Lorraine et Alsace, les gelées plus tardives peuvent aller jusqu'au 25 mai) ajoutent également :

Dans une région plus méridionale comme la Ligurie en Italie du Nord, ce sont les 12, 13 et 14 mai : San Pancrazio (saint Pancrace), San Servazio (saint Servais) et San Bonifazio (saint Boniface) (cf. Il Bugiardino 2013, lunario rurale e popolare delle terre liguri " - Genova)

Explication[modifier | modifier le code]

Avant la réforme de 1582, les dates du calendrier (calendrier grégorien) étaient données dans le calendrier julien, qui méconnaît les caractéristiques orbitales précises de la Terre. Ainsi, la fête d'un saint correspond, en 1582, à une date de dix jours plus tôt que celle de la réforme de 1582 (où le 5 octobre julien est devenu, le même jour, le 15 octobre grégorien). Il y avait donc à cette époque dix jours en trop dans l'ancien calendrier. La réforme consiste à enlever trois jours tous les quatre siècles, soit supprimer une année bissextile en 1700, 1800, 1900, mais pas en 1600 ni en 2000, années « séculaires » correspondant à un nombre de siècles divisible par quatre, et de nouveau en 2100, 2200, etc. Or, cette légende remontant probablement au début du deuxième millénaire, voire à la fin du premier, les 11, 12 et 13 mai du calendrier julien correspondent aujourd'hui aux 24, 25 et 26 mai de notre calendrier grégorien. De plus, cette mini-vague de froid annuelle semble se produire un mois à l'avance par rapport au milieu du siècle précédent, et certaines régions du globe ne la connaissent pas.

Certains expliqueraient la tradition des saints de glace par un phénomène astronomique coïncidant à cette période des 12 ou du 13 mai de chaque année. L'orbite de la Terre est amenée à traverser un disque de poussières extrêmement diffus (sorte de constellation gazeuse) dans le système solaire, formé aussi bien par des particules piégées que par des résidus provenant de la formation des planètes à l'aube de leur existence. Pendant quelques heures, la poussière fait très légèrement obstacle aux rayonnements solaires (effet de serre inversé). La diminution de leur intensité est inobservable sans instruments de mesure extrêmement sensibles, mais suffisante pour influencer les délicats mécanismes de la météorologie de notre globe. La Terre traverse à nouveau ce disque de poussière six mois plus tard, le 11 novembre, avec l'effet inverse (diffusion du rayonnement solaire sur la Terre en plus du rayonnement direct) qui amène « l’été de la Saint Denis » (9 octobre) ou « été de la Saint Martin » (11 novembre), appelé aussi l'été indien sur le continent américain.
Cette explication est infirmée par le fait que les astronomes ne connaissent aucun disque de poussière de ce type[2]. De plus, s'il en existait un diffus, il ne serait pas observable, et ce même avec des instruments très sensibles. Enfin la seule origine possible du disque serait une comète ou un astéroïde mais la terre ne pourrait pas traverser un tel disque deux fois par an.

La coïncidence (explication météorologique et astronomique) n'est troublante que si l'on ne connaît pas la météorologie. Elle est en fait seulement anecdotique car le phénomène astronomique est mondial alors que les dictons (voir ci-après) ont une pertinence très locale. Le mois de mai correspond, dans les latitudes moyennes de l'hémisphère nord, à la fin de la rapide circulation de systèmes météorologiques d'hiver. Le passage de fronts froids, amenant de l'air du nord, se produit donc encore de temps à autre. Quand le ciel se dégage ensuite sous un anticyclone, la perte de chaleur est encore importante, surtout la nuit. Il est donc normal d'avoir des périodes froides à cette époque même si la tendance des températures est à la hausse. D'ailleurs, les archives de Météo-France sur soixante-dix ans (1939-2009) montrent que le gel aux saints de glace ne s'est déroulé que quatre fois[3].

Croyance populaire infondée, les saints de glace restent tout de même utiles pour les jardiniers et agriculteurs. Ces dates aléatoires à cause des variations locales, du changement de calendrier ou du réchauffement climatique restent en effet un marqueur dans le monde paysan notamment pour se rappeler quand la période climatologique de gel se termine[4].

Leur popularité est encore vivace, comme en attestent les nombreux dictons qui lui sont consacrés.

Dictons[modifier | modifier le code]

  • « Saints Mamert, Pancrace et Servais sont toujours des saints de glace. »
  • « Attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace. »
  • « Saints Pancrace, Servais et Boniface apportent souvent la glace. »
  • « Avant Saint-Servais, point d'été ; après Saint-Servais, plus de gelée. »
  • « Quand il pleut à la Saint-Servais, pour le blé, signe mauvais. »
  • « Saint-Servais quand il est beau, tire Saint-Médard (8 juin) de l'eau. »
  • « Quand la Saint-Urbain[5] est passée, le vigneron est rassuré. »[6]
  • « À la saint Urbain, la fleur au grain » ou « Gelée le soir de saint Urbain, anéantit fruits, pain, vin. »[7]
  • « Le soleil de saint Urbain amène une année de grand bien. »[7]
  • « À la saint Urbain s’il fait beau, on le porte en procession. S’il gèle, les vignerons fâchés le jettent le cul dans les orties. »[8]
  • « Erbinet (ou Urbinet), le pire de tous quand il s'y met, car il casse le robinet » ou « S'il pleut à la saint Urbain, c'est quarante jours de pluie en chemin. »[7]
  • « Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint-Urbain les tient tous dans sa main. »[7]
  • « À la Saint-Georges sème ton orge, à la Saint-Marc c'est trop tard. »
  • « Saint-Servais, Saint-Pancrace et Saint-Mamert font à trois un petit hiver. »[9]
  • « Marquet, Georget et Philippet sont trois casseurs de gobelets » ou « Geourgeot, Marquot, Philippot, Crousot et Jeannot sont cinq malins gaichenots [garçonnets] qui cassent souvent nos goubelots [gobelets]. »


  1. Anne-Christine Beauviala, Météo et dictons régionaux, Éd. Christine Bonneton, 2010.
  2. Jay M. Pasachoff. Communication privée.
  3. Émission Votre jardin avec Patrick Mioulane sur RMC, le 15 mai 2010.
  4. Stéphane Marie, émission Silence, ça pousse !, 14 mai 2011
  5. Auparavant fêté le 5 mai, il est aujourd'hui fêté le 19 décembre
  6. Saints et dictons du jour
  7. a, b, c et d Gabrielle Cosson, Dictionnaire des dictons des terroirs de France, Paris, Larousse,‎ 2010, 380 p. (ISBN 978-2-03-585301-1, présentation en ligne), p. 219 et 354.
  8. Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, Le Pays lorrain, Volume 18, 1926, p. 158
  9. « Qui sont les Saints de glace ? », sur Météo France

Saints Cavaliers[modifier | modifier le code]

Dans les régions plus méridionales, les dernières gelées printanières ont lieu en avril, d'où les dictons d'autres saints météorologiques appelés déjà par Rabelais « saints gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons ».

Dans le Midi de la France, on invoque les Saints Cavaliers[1] ou Saints Chevaliers : saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril), saint Eutrope (30 avril), saint Philippe ou fête de la Sainte Croix (3 mai) et saint Jean Porte Latine (6 mai). Leurs noms ont des diminutifs en langue d'Oc : Jorget, Marquet, Tropet, Philippet, Crozet et Joanet. Le dicton « Marquet, Georget et Philippet sont trois casseurs de gobelets » signifie que la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc aux gobelets de vin.
À Béziers, on craint plus particulièrement saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril) et saint Aphrodise (28 avril). Un dicton concerne deux d'entre eux : « Saint-Georges et Saint-Marc sont réputés saints grêleurs ou saints vendangeurs. »
Dans les Landes, Marc, Vital (28 avril) et la sainte Croix sont appelés « les trois marchands de vin » car ils correspondent à une période critique pour la vigne.
Dans le Gard, les quatre cavaliers (correspondant au dicton dialectal « Jorget, Marquet, Croset e Tropet son de maissants garçonets ») sont souvent confondus avec les saints de glace.

La période des Saints cavaliers va généralement du 23 avril au 6 mai alors que la lune rousse va généralement du 5 avril au 6 mai.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Galtier, Météorologie populaire dans la France ancienne, Editions Horvath,‎ 1984, 238 p. (ISBN 2-7171-0305-8, présentation en ligne), p. 114