Matthieu (apôtre)

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Matthieu, ou Matthieu-Lévi ou saint Matthieu (Grec Matthaios, transcrit de l'Hébreu mattai, mattay, abréviation de mattithyahû, mattith = don et Yâhû = Yavhé), est l'un des douze apôtres cités par les Évangiles. Dans la tradition chrétienne, il est souvent symbolisé par un homme (souvent ailé) parce que son évangile commence par la généalogie du Christ. Les chrétiens le fêtent le 21 septembre en Occident et le 16 novembre en Orient.

Saint Matthieu, miniature extraite des Grandes Heures d'Anne de Bretagne (1503-1508)
Saint Mathieu et l'Ange, de Rembrandt (1661), musée du Louvre
Saint Mathieu, icône.

Tradition et éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Né en Galilée, appelé aussi Lévi (probablement un lévite), il était publicain (percepteur des impôts) à Capharnaüm ou Bethsaïde, responsable du péage d'Hérode. Il suivit Jésus. Dans l'Évangile selon Matthieu : « Appel de Matthieu.

Étant sorti, Jésus vit en passant, un homme assis au bureau de la douane ; son nom était Matthieu. Il lui dit : Suis-moi ! Et, se levant, il le suivit[1]. »

L'évangile attribué à Marc l'appelle Lévi-Alphée[2]. Il devint l'un des douze apôtres. Selon la Tradition chrétienne, il est celui qui occupe le rang social le plus élevé, comparé aux pêcheurs du lac, tels Pierre et André ou Jacques et Jean, fils de Zébédée[3]. Cultivé, parlant par nécessité professionnelle aussi bien l'araméen que le grec, lisant l'hébreu, c'était un homme de lettres et de chiffres[4].

Selon Irénée de Lyon, à l'époque où Pierre et Paul affermissaient la communauté chrétienne de Rome (vers l'an 60 ou 61), Matthieu qui évangélisait les « Hébreux » de Palestine et de Syrie, fut prié de rédiger une version synthétique de la vie et de l'enseignement de Jésus, « une forme écrite de l'évangile »[5]. Ainsi, Eusèbe de Césarée affirme : « Matthieu prêcha d'abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d'autres, il confia à l'écriture, dans sa langue maternelle, son évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l'écriture, pour ceux dont il s'éloignait[6]. » C'est donc la perspective de son départ qui déclencha le processus. Pour ce travail, l'intervention d'un témoin de la première heure avait paru indispensable. Le premier évangile, condensé de la catéchèse apostolique, était plus réduit que l'évangile selon Matthieu actuel. Philippe Rolland en a donné une reconstitution vraisemblable[7]. Pantène (v. 240-v. 306), docteur chrétien qui dirigea l'Académie d'Alexandrie, trouva à son arrivée aux Indes cet évangile en caractères hébreux. Il aurait été apporté par l'apôtre Barthélémy aux populations locales, qui l'avaient depuis précieusement conservé[8].

Cependant, cette catéchèse hiérosolymitaine ne pouvait être exportée telle quelle. Sans en trahir l'esprit général, il fallait l'adapter aux besoins des nouveaux auditoires non juifs. « Chacun, écrit Papias vers 120, les traduisit comme il en était capable. » Il y eut au moins deux traductions, avec des retouches et des additions. L'une d'elles fut conçue à Antioche, l'un des lieux d'évangélisation les plus importants du Proche-Orient[4].

Après le départ de Matthieu, un de ses disciples, scribe, appartenant à un milieu juif hellénophone, vivant probablement en Syrie, très attaché à la Bible hébraïque, compléta le préévangile grec d'Antioche et lui donna sa touche finale[9]. Il insista sur les paroles à résonance universaliste et les traditions antipharisiennes. Il se servit également de la source Q, remontant probablement aux années 50. Il s'adressait aux craignant-Dieu, ces païens séduits par la religion de Moïse mais non circoncis[10]. Très universaliste de ton, peut-être rédigé en grec[11], il insistait sur les paroles ou les exemples de Jésus, appelant au dépassement de l'horizon juif, conformément à la prophétie d'Isaïe[12].

Il mourut martyr en Éthiopie, en 61. Son corps fut transféré à Salerne.

Saint patron des percepteurs, des comptables, des fiscalistes, des agents des douanes et des banquiers, il est fêté le 21 septembre en Occident, le 16 novembre en Orient. Il est toujours fêté en Basse-Sambre (Province de Namur en Belgique) par les comptables le 4e vendredi de septembre[13].

Représentation[modifier | modifier le code]

On lui attribue comme symbole l'homme ailé (parfois qualifié à tort d'ange) parce que son évangile commence par la généalogie de Jésus, ou, plus exactement, celle de Joseph, père légal de Jésus. Selon qu’il apparaît comme collecteur d’impôts, apôtre ou évangéliste, Matthieu est représenté avec des balances de peseur d’or, l’épée du martyre ou le livre de l’Évangile qui, finalement, est son attribut le plus ordinaire.

Occurrences[modifier | modifier le code]

  • Matthieu.

Le plan de l'évangile[modifier | modifier le code]

  1. Le discours sur la montagne
  2. La mission des disciples
  3. Les paraboles du royaume
  4. Les conseils communautaires
  5. Le discours eschatologique

Film[modifier | modifier le code]

Pier Paolo Pasolini a tiré un film noir et blanc d'un grand dépouillement (à l'opposé du Roi des rois hollywoodien) nommé L'Évangile selon Saint Matthieu. Ce film est par ailleurs parfaitement conforme au texte d'origine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Matthieu 9.9.
  2. Marc 2.14.
  3. Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 513-514.
  4. a et b Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 514.
  5. Irénée, Adversus haereses, III, 1, 1, trad. Rousseau, coll. « Sources chrétiennes », Cerf.
  6. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. Bardy, Le Cerf, 2003, livre V, chap. VIII, no 2-4.
  7. Philippe Rolland, Jésus et les historiens, p. 59-78.
  8. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. Bardy, Le Cerf, 2003, livre V, chap. X, no 3, p. 40.
  9. Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 515.
  10. Philippe Rolland, L'origine et la date des évangiles. Les témoins oculaires de Jésus, Paris, 1994, p. 33-34.
  11. Graham Stanton, Parole d'évangile ? Un éclairage nouveau sur Jésus et les évangiles, Paris-Montréal, Cerf-Novalis, p. 86.
  12. Isaïe 49, 6
  13. Saint Matthieu sur nominis.cef.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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