Basilique Saint-Martin de Tours

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Basilique Saint-Martin de Tours
Image illustrative de l'article Basilique Saint-Martin de Tours
Présentation
Culte catholique
Type Basilique
Rattachement Archidiocèse de Tours
Début de la construction 1886
Fin des travaux 1924
Architecte Victor Laloux
Style dominant néo-byzantin
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)[1]
Site web www.basiliquesaintmartin.com
Géographie
Pays France
Région Centre
Département Indre-et-Loire
Commune Tours
Coordonnées 47° 23′ 35″ N 0° 40′ 58″ E / 47.39306, 0.68278 ()47° 23′ 35″ Nord 0° 40′ 58″ Est / 47.39306, 0.68278 ()  

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Basilique Saint-Martin de Tours

La basilique Saint-Martin de Tours est un édifice religieux situé à Tours (Indre-et-Loire), dont la crypte abrite l tombeau de Martin de Tours. Aux dernières nouvelles, la statue de Saint Martin menaçait de tomber après les tempêtes qui ont touché la France début 2014.

L'ancienne église collégiale Saint-Martin de Tours, qui datait essentiellement du XIe siècle, fut désaffectée, vandalisée et transformée en écurie en 1793, puis démolie à la suite de l'effondrement des voûtes en 1797, seules deux tours étant conservées. Un nouvel édifice, la basilique actuelle, a été construit entre 1886 et 1902 dans le style néo-byzantin par l'architecte Victor Laloux (inauguration dès 1890). C'est un bâtiment en calcaire, granite et marbre, couvert d'ardoises. Pour les peintures murales, l'architecte s'adressa à Pierre Fritel, et les travaux de décoration furent exécutés avec l'aide de l'artiste-peintre et décorateur Adrien Lavieille, fils d'Eugène Lavieille. Une statue monumentale de saint Martin, en bronze[2], destinée à orner le dôme, fut commandée au sculpteur Jean-Baptiste Hugues (prix de Rome en 1875). L'édifice a été consacré comme basilique le .

Les vestiges de l'ancienne collégiale (la Tour Charlemagne, la Tour de l'Horloge et une galerie de cloître) avaient fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[1].

Histoire de l'édifice[modifier | modifier le code]

La basilique du Ve siècle[modifier | modifier le code]

Tombeau de saint Martin de Tours, dans la crypte de la basilique

Le corps de saint Martin, mort à Candes, fut transporté jusqu'à Tours et modestement inhumé le 11 novembre 397, trois jours après son décès, dans un cimetière chrétien à l'extérieur de la ville, au bord de la voie romaine partant vers l'ouest. L'évêque Brice (lat. Brictius) fit construire en 437 un édifice en bois pour abriter le tombeau et le manteau (chape) de Martin, appelé pour cette raison chapelle. Constatant le rayonnement de ce sanctuaire, l'évêque Perpétuus fit construire à la place la première basilique hébergeant le tombeau de Martin, dont la dédicace eut lieu le 4 juillet 470. Grégoire de Tours en donne la description suivante :

« L'évêque Perpétuus […] fit construire la grande basilique qui subsiste encore aujourd'hui, et qui est à cinq cent cinquante pas de la ville. Elle a cent soixante pieds de long et soixante de large. Elle a en hauteur, jusqu'à la voûte, quarante-cinq pieds. Elle a trente-deux fenêtres du côté de l'autel et vingt dans la nef qui est ornée de quarante-et-une colonnes. Dans tout l'édifice, il y a cinquante-deux fenêtres, cent vingt colonnes, huit portes, trois du côté de l'autel et cinq dans la nef […] Comme la boiserie de la première chapelle était d'une structure élégante, le pontife ne crut pas à propos de détruire cet ouvrage : il fit bâtir, en l'honneur des apôtres Pierre et Paul, une autre basilique dans laquelle il fit placer cette boiserie »[3].

Le corps de Martin fut inhumé dans un sarcophage derrière le maître-autel de la nouvelle basilique[4]. Un grand bloc de marbre surplombant le tombeau, don de l'évêque Euphronius d’Autun (472-475), en marquait l'emplacement aux fidèles assemblés derrière cet autel et, selon Werner Jacobsen[5] aux pèlerins installés sur l’atrium de la basilique qui, contre l’usage, se trouvait derrière l'église, c'est-à-dire du côté de l’abside, le bloc étant visible depuis une fenestrelle du mur d'abside.

En 508, c'est dans l'église de l'évêque saint Perpet que Clovis, au lendemain de sa victoire sur les Wisigoths à la bataille de Vouillé, reçut les insignes de consul des mains des ambassadeurs de l'empereur Anastase, à la suite de quoi il parcourut à cheval la distance entre la basilique et la cathédrale de Tours en jetant de l'argent au peuple[6]. L'église subit un grave incendie en 558. Elle était desservie par une communauté religieuse dirigée par un abbé dont parle déjà Grégoire de Tours et qui y pratiquait le rituel de la « laus perennis » (plus tard, deux cents religieux se relayant par groupes de vingt). Le statut de cette communauté, très enrichie par le pèlerinage, devint problématique à partir des réformes de Pépin le Bref, qui voulut imposer la règle de saint Benoît à tous les monastères du royaume franc (741). La communauté, forte de ses anciennes traditions, résista. Un établissement bénédictin fut fondé en 791 à Cormery par l'abbé Ithier pour ceux qui voulaient suivre la règle, et développé par son successeur Alcuin, abbé de Saint-Martin de 796 à 804. Finalement un concile tenu à Aix-la-Chapelle en 817 sous l'impulsion de Benoît d'Aniane imposa impérativement la règle bénédictine à toutes les communautés qui s'intitulaient « monastères » ; les « clercs » de Saint-Martin durent choisir entre le statut de « moines » et celui de « chanoines » et adoptèrent le second. À compter de cette date, le sanctuaire de Saint-Martin n'est plus considéré comme un monastère, mais comme une collégiale desservie par des chanoines. Le chef de la communauté s'appelle encore « abbé de Saint-Martin », mais à partir de 844 c'est un laïc (en 860, c'est le prince Louis, héritier de Charles le Chauve ; en 866, c'est Robert le Fort, comte de Tours et ancêtre des Capétiens).

C'était le principal lieu de pèlerinage chrétien au Ve siècle (saint Martin était en tout cas le saint protecteur de la Gaule). Le concile de Chalon(-sur-Saône) en 813 donne à ce pèlerinage la même importance qu'à celui de Rome[7].

Tour de l'horloge

La basilique médiévale (IXe siècle - 1802)[modifier | modifier le code]

Tour de l'horloge (vestige)

L'église fut incendiée par les Normands le 8 novembre 853, puis à nouveau le 30 juin 903, à la suite de quoi le sanctuaire fut entouré d'une enceinte fortifiée, distincte de celle de Tours, achevée en 918. Il y eut un grand incendie accidentel en 994, ce qui entraîna une reconstruction et une nouvelle consécration en 1014. Un sinistre eut encore lieu en 1096, et on procéda à un grand remaniement de l'édifice entre 1175 et 1180 : c'était alors une étape importante sur la Via Turonensis du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le sanctuaire était l'une des cinq églises de pèlerinage majeures (avec Sainte-Foy de Conques, Saint-Martial de Limoges, Saint-Sernin de Toulouse et Saint-Jacques-de-Compostelle). Plusieurs chantiers eurent encore lieu du XIIIe au XVe siècle (chœur et chapelles latérales ajoutées). La basilique était le centre d'une ville distincte de Tours, appelée Châteauneuf ou parfois « Martinopolis », qui fut réunie à Tours par une seule enceinte en 1356.

Au XVe siècle, la basilique bénéficia de la munificence du roi Louis XI, qui habitait au château royal du Plessis-du-Parc-lèz-Tours[8] et la soutint grandement [9],[10]. Aussi ses obsèques y eurent-elles lieu le 2 septembre 1483[11].

Pendant la guerre de religion de 1562, la châsse de saint Martin fut brûlée par les protestants et seuls furent conservés un morceau du crâne et un os du bras. L’ancien édifice survécut jusqu’à la Révolution, mais dans des conditions de grand délabrement dû au manque d'entretien depuis bien avant 1789. En 1793, on enleva le chaînage qui maintenait l'édifice et la nef s'effondra. L’orgue monumental de JBN Lefevre (5 claviers, double 32'), expertisé par le célèbre facteur Dom Bédos de Celles, disparut également à cette époque. De tout ceci, seules subsistent la Tour Charlemagne (à moitié effondrée en 1928, restaurée en 1963), la Tour de l'Horloge et une galerie du cloître Renaissance. Un pavage au sol permet de visualiser l'emplacement des piliers de la nef originelle.

L’édifice actuel[modifier | modifier le code]

Les deux tours subsistantes ayant été classées « Monument historique » en 1840, classement confirmé à l'Inventaire en 1858, puis 1862, le projet de reconstruction fut lancé en 1860 à l'instigation du militant catholique Léon Dupont (avec l'aide du comte Pèdre Moisant et de Stanislas Ratel[12]) qui annonça cette année-là la redécouverte du tombeau de Martin de Tours[13]. Le projet fit l'objet d'une longue et ardente controverse, ses partisans souhaitant un édifice à l'emplacement et avec les dimensions de l'ancien, ce qui supposait la suppression de la rue des halles, importante artère commerciale de la ville percée après la démolition de 1802. Finalement un compromis fut trouvé en 1884 entre la municipalité et l'archevêché : le nouveau bâtiment, plus petit que l'ancien, lui serait perpendiculaire (orienté nord-sud) et ne partagerait avec lui que l'emplacement de l'ancien chevet, au-dessus du tombeau de saint Martin. Les travaux commencèrent en 1886, la crypte avec le tombeau fut inaugurée en 1889, l'église en 1890, et l'ensemble de la maçonnerie fut achevé en 1902. Une consécration de l'édifice comme basilique eut lieu en 1925, et l'aménagement du parvis fut terminé en 1928.

Le 17 février 2014, la statue de saint Martin située au sommet du dôme de la basilique est déposée en raison d'un risque de chute. À cette occasion, des reliques du saint, placées en 1889 dans le bras droit de la statue, y sont découvertes[14].

Compléments[modifier | modifier le code]

Une institution religieuse, Les Petits Clercs de Saint-Martin de Tours, fut fondée dans les années 1920 par le chanoine Rutard, prêtre diocésain. Séminaristes venant des autres régions françaises "riches" en vocation pour le diocèse de Tours, ils assuraient également le service religieux quotidien à la Basilique Saint-Martin. Pensionnaires, les Petits Clercs de Saint-Martin suivaient leur formation scolaire sur place, puis suivirent leurs cours dans divers collèges de Tours (collège Saint Grégoire, collège Notre-Dame La Riche). L'institution, vivant en particulier de la générosité des tourangeaux, s'installa à l'ombre de la Basilique (3 rue Baleschoux) jusqu'en 1970, date de sa disparition. Les Petits Clercs de Saint-Martin donnèrent environ 300 prêtres au diocèse de Tours.

Abbés connus de Saint-Martin de Tours[15][modifier | modifier le code]

Après lui, le titre d'abbé laïc de Saint-Martin se transmet de père en fils chez les Robertiens, puis Capétiens, et est porté par les rois de France depuis Hugues Capet jusqu'en 1789.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Basilique Saint-Martin », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Elle mesure 4,25 m et pèse 1 592 kg ; voir à ce sujet : Un regard sur Tours.
  3. Histoire des Francs, livre II, chap. 14. Cf. également Grégoire de Tours, Libri historiarum 10.31 : « Hic aedificavit basilicam parvulam super corpus beati Martini, in qua et ipse sepultus est. »
  4. Cf. May Vieillard-Troiëkouroff, La basilique de Saint-Martin de Tours de Perpetuus (470) d'après les fouilles archéologiques, Budapest,‎ 1972, vol. 2, p. 839-46 ; Charles Lelong, La basilique de Saint-Martin de Tours (Chambray-lès-Tours 1986).
  5. Cf. Werner Jacobsen, « Saints' Tombs in Frankish Church Architecture », Speculum, no 72.4,‎ octobre 1997, p. 1108 et suiv.
  6. Grégoire de Tours, Historiæ, II, 37-38.
  7. Alain Dessertenne, La Bourgogne de saint Martin, Éditions Cabedita,‎ 2007, p. 61
  8. Louis XI éxpédia une lettre au parlement de Paris le 17 janvier 1478 : "De par le roy. Noz amez et feaulx, nostre ame et feal conseillier l'arcevesque de Tours nous a dit et remonstre ... Donne au Plessis du Parc, le XVIIe jour de janvier. (De la main du roi:) Reserve le proces de monsr St Martin, dont je suis abbe. LOYS. L.TINDO. A noz amez et feaulx conseilliers les gens tenans nostre court de Parlement. // Recepte xxvjta januarii M° CCCC° LXXVII° (avant Pâques)" (Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI tome VI p.299-300, Librairie Renouard, Paris 1898
  9. Voir Persee.fr.
  10. Cf. Lettres patentes de Louis XI, Montilz-lèz-Tours, mars 1472 (1471 avant Pâques).
  11. Jean Favier, Louis XI p.902, Fayard, Paris 2001
  12. Memorial de L'annee Martinienne 1960-61
  13. May Vieillard-Troiekouroff, « Le tombeau de Saint M. retrouvé en 1860 », RHÉF, no 47,‎ 1961, p. 151-183
  14. « Des reliques trouvées dans le bras de la statue de Saint Martin à Tours », La République,‎ 17 février 2014 (lire en ligne)
  15. Source : Edgard-Raphaël Vaucelle, La collégiale Saint-Martin de Tours des origines à l'avènement des Valois (397-1328), Tours, 1907.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Site consacré à la Basilique
  • Lettres patentes de Louis XI : Fondation royale et perpétuelle en faveur d'un Pauvre, à Saint-Martin de Tours ; amortissement des sommes données par le Roy à cet effet., Plessis-du-Parc-lèz-Tours, mars 1473 (1472 avant Pâques) [1]
  • Lettres patentes de Louis XI : Lettres adressées à la Chambre des comptes, relativement au don de sel fait au chapitre de Saint-Martin de Tours, Cambray, le 1er juin 1477 [2]
  • Historique de l'abbaye Saint-Martin de Tours