Saint-Jean-Vianney

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Saint-Jean-Vianney
Administration
Pays Drapeau du Canada Canada
Province Drapeau : Québec Québec
Municipalité Saguenay
Statut Village Disparu
Arrondissement Jonquière
(voir Shipshaw)
Démographie
Gentilé Viannois, Viannoises
Géographie
Superficie 1 620 ha = 16,2 km2

Saint-Jean-Vianney (ainsi nommé en l'honneur du curé d'Ars) est une subdivision du secteur Shipshaw de la ville de Saguenay et un ancien village de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean au Québec (Canada). Le , un glissement de terrain majeur entraîne une partie de la municipalité et cause la fermeture définitive du village.

Situé à l'est de la rivière Shipshaw, au sud de la route 172 et à l'ouest de Canton Tremblay, le hameau compte 1 308 habitants lors de l'évacuation de mai 1971. On appelait ses résidents les Viannois et les Viannoises. Depuis décembre 1971, le territoire est inoccupé et un ordre d'évacuation permanent est en vigueur sur les terrains de l'ancienne municipalité ; le développement résidentiel y est proscrit.

Avant 1971[modifier | modifier le code]

La colonisation de Saint-Jean-Vianney remonte à la seconde moitié du XIXe siècle. C'est d'abord un hameau agricole qui se développe lentement puis devient, en 1935, une municipalité de paroisse. Il obtient le statut de village en 1952 et croît rapidement au cours des années 60, époque où la majeure partie des infrastructures sont installées et les routes d'accès au village sont améliorées. Le glissement de terrain[1] du fait 31 morts en emportant 41 résidences et freine toute occupation humaine permanente du territoire.

L'économie du village, qui, au début du XXe siècle, s'appuie sur l'agriculture et l'exploitation forestière, devient dépendante de l'économie d'Arvida, Kénogami et Jonquière à mesure que de plus en plus de travailleurs de ces villes y élisent domicile dans les années 60.

Le soir du 4 mai 1971[2][modifier | modifier le code]

Il était 22 h 50, en pleines séries éliminatoires au hockey. Les Canadiens de Montréal jouaient contre les Blackhawks de Chicago. Télédiffusée tard le soir, cette série a gardé plusieurs personnes éveillées, ce qui a sauvé quelques vies.

Tout à coup, un bruit bizarre se fit entendre et les gens sortirent de chez eux. Ils constatèrent que la terre bougeait[3] sous leurs pieds. Une partie du village de Saint-Jean-Vianney était en train de s'effondrer. La population, dans l'obscurité et ne sachant même pas ce qui se passait, fut prise de panique. Durant la nuit, une quarantaine de maisons et une trentaine d'autos furent engouffrées dans un énorme trou de boue.

Le cratère couvrait une superficie d'environ 32 hectares (quatre-vingts acres) et sa profondeur variait entre cinquante et cent pieds. Quinze millions de tonnes d'argile et de sable furent emportés jusqu'à la rivière Saguenay. Une seule victime du glissement fut retrouvée durant la nuit, sur le toit d'une automobile. Le torrent de boue alla même jusqu'à emporter le pont de la ville allant vers Chicoutimi-Nord. Cette nuit passa à l'histoire du Saguenay et du Québec.

Des signes annonciateurs ?[modifier | modifier le code]

Environ un an avant le glissement de terrain, plusieurs signes pouvaient laisser présager un problème. Un de ces problèmes concernait les camionneurs. Les conducteurs de poids lourds avaient remarqué un phénomène plutôt bizarre. Lorsqu'ils traversaient le village, et plus particulièrement le quartier résidentiel, ils avaient de la difficulté à maintenir la vitesse de leur camion même s'il n'y avait aucune pente apparente. Ils avaient de la difficulté à avancer comme s'ils montaient une côte. Après leur passage, le sol reprenait sa forme d'avant.

Le à 17 h, chez un citoyen du village, un premier glissement de terrain se produisit. Il avait une superficie de 1,8 ha (200 000 pieds carrés) et une profondeur de 91 m (300 pieds). Après ce premier glissement, il n'y eut pas de réaction de la part des dirigeants du village.

Les raisons de la catastrophe[modifier | modifier le code]

Le territoire de Saint-Jean-Vianney est composé de quatre cours d'eaux importants. Il y a la rivière aux Vases à l'est, à l'ouest, il y a la rivière Shipshaw. Elle se situe à cinq ou six kilomètres. Au sud, il y a la rivière Saguenay. Finalement, il y a le ruisseau Petit Bras. Selon la plupart des hypothèses, ce dernier serait à l'origine de tout le phénomène.

Première hypothèse[modifier | modifier le code]

Lauréat Lavoie, ancien maire de Saint-Jean-Vianney, croyait, comme la plupart des spécialistes, que le site était à l'origine un marécage. Des anciens disaient qu'on y trouvait plein d'étangs à castors et d'autres affirmaient même que, dans leur jeunesse, ils y allaient pêcher la truite. Puis, en voyant qu'on persistait à développer ce secteur, ces mêmes gens avaient prévenu en ces termes les nouveaux arrivants : « Vous allez vous perdre dans l'eau et la boue ! » Ces avertissements furent ignorés car, estimait-on, toutes 4 mai 1971 ait été provoqué par l'aménagement du quartier domiciliaire. Il est plutôt attribuable, selon eux, aux travaux exécutés quelques années plus tôt sur le ruisseau du Petit Bras, dont le rôle était surtout de drainer les terres avoisinantes. Il avait été creusé et élargi parce qu'on craignait qu'il ne suffise pas à la tâche. En creusant le cours d'eau pour en grossir le débit, on a enlevé la perméabilité de son lit, qui était constitué d'un matériau sablonneux. L'érosion du sol a ensuite eu raison du sable d'autant plus facilement que la pente du cours d'eau, non modifiée, n'était pas suffisante et que son lit n'était plus pourvu de cette membrane qui le rendait imperméable. Avec l'infiltration de l'eau, l'argile du sous-sol s'est désagrégée graduellement et il s'est formé un immense bassin souterrain qui s'étendant jusque sous le quartier résidentiel du village.

À force de vibrations causées par les activités du village, le sous-sol, qui n'avait plus de point d'appui, s'est affaissé complètement. Les débris ont été emportés par le Petit Bras, qui se déverse dans la rivière aux Vases, affluent du Saguenay.

Deuxième hypothèse[modifier | modifier le code]

Une autre théorie existe à propos du glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney. Elle est due à Camille Gagné, ingénieur. Il s'agirait d'un phénomène physique que l'on reproduit en laboratoire en vérifiant les sols. La terre glaise, avec l'eau et la vibration, se désagrège (voire se liquéfie) et la surface s'affaisse subitement, créant un raz-de-marée quand la nappe d'eau souterraine peut s'échapper dans un ruisseau ou une rivière avoisinante.

Ce phénomène est le même que dans la théorie précédente. La différence, c'est l'origine de l'expansion de la nappe d'eau souterraine. Dans la théorie précédente, l'eau viendrait de réparations effectuées sur le ruisseau Petit Bras. Dans cette nouvelle théorie, l'origine serait la fonte des neiges. Le glissement de terrain s'est passé le 4 mai 1971, soit moins d'un mois après la disparition de la dernière neige. Le sol n'aurait pas été assez imperméable, ce qui aurait augmenté la nappe d'eau souterraine et enlevé tout appui au sol. C'est ce manque d'appui qui serait la cause de la catastrophe.

Hypothèse des experts[modifier | modifier le code]

Le glissement de terrain survenu à Saint-Jean-Vianney est de type « coulée argileuse ». Ce type de glissement de terrain est commun pour l’ensemble du territoire québécois et il survient dans des argiles sensibles au remaniement (Cur< kPa et Il>1,2).

Un premier mouvement a été observé le long du ruisseau du Petit Bras quelques jours auparavant. L’évacuation des débris de ce glissement a laissé une paroi haute et raide à la limite de la stabilité. Lorsque ce type d’incident se produit, les pressions d’eau diminuent dans la paroi arrière du glissement.

Quelques jours plus tard, les pressions d’eau se sont ajustées dans la paroi créant ainsi une succession de ruptures dans le sol argileux.

Cette succession de glissements de terrain a laissé une cicatrice d'une superficie de 30 hectares pour une rétrogression de 580 mètres.

Relocalisation[modifier | modifier le code]

Dès le lendemain, et jusqu'en décembre, on procéda à la relocalisation des citoyens de Saint-Jean-Vianney. La plupart des gens sont partis vivre à Arvida sur des anciens terrains appartenant à Alcan[4]. On y transporta les maisons une par une jusqu'à leur futur emplacement. L'église de Saint-Jean-Vianney a été démolie par Renald Grenier, entrepreneur, et ses restes incendiés. L'église de Shipshaw a été construite sous les soins de l'abbé Égide Boulianne avec l'argent provenant de la Société d'habitation du Québec (SHQ). Environ 201 maisons furent relocalisées à Arvida par la SHQ, 2 relocalisées par leur propriétaire à Chicoutimi-Nord et 13 par leur propriétaire à Shipshaw. Les nouvelles rues de la ville d'Arvida ont été construites par la SHQ et terminées pour le 15 décembre 1971. L'essentiel du déménagement des maisons était terminé le 15 décembre 1971. L'hôpital d'Arvida n'a rien à voir avec les événements de Saint-Jean-Vianney. Tous les travaux de relocalisation de Saint-Jean-Vianney furent payés par le gouvernement du Québec, Division Société d'habitation du Québec. Ils ont coûté environ 8,6 M$ en 1971.

Mémoire[modifier | modifier le code]

Un monument dédié aux disparus de cette tragédie a été érigé en face du cimetière de Shipshaw.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://atlas.nrcan.gc.ca/auth/francais/maps/environment/naturalhazards/landslides/fig_21_land_vianney.jpg/image_view
  2. http://www.erudit.org/culture/cd1035538/cd1045506/7073ac.pdf
  3. http://www.lapresse.ca/le-quotidien/201105/04/01-4395979-les-souvenirs-de-la-tragedie-de-saint-jean-vianney-encore-en-memoire.php
  4. Soit sur la rue Deschênes, Fay, le boulevard Saguenay, la route du Pont et la rue du Roi-George.