Saint-Aunès

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Saint-Aunès
L'église de Saint-Aunès
L'église de Saint-Aunès
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Languedoc-Roussillon
Département Hérault
Arrondissement Montpellier
Canton Mauguio
Intercommunalité Communauté d'agglomération du Pays de l'Or
Maire
Mandat
Marie-Thérèse Bruguière
2014-2020
Code postal 34130
Code commune 34240
Démographie
Population
municipale
3 047 hab. (2011)
Densité 247 hab./km2
Géographie
Coordonnées 43° 38′ 27″ N 3° 57′ 57″ E / 43.6408333333, 3.9658333333343° 38′ 27″ Nord 3° 57′ 57″ Est / 43.6408333333, 3.96583333333  
Altitude Min. 13 m – Max. 60 m
Superficie 12,32 km2
Localisation

Géolocalisation sur la carte : France

Voir la carte administrative de France
City locator 14.svg
Saint-Aunès

Géolocalisation sur la carte : France

Voir la carte topographique de France
City locator 14.svg
Saint-Aunès
Liens
Site web http://www.saint-aunes.fr/

Saint-Aunès est une commune française située dans le département de l'Hérault en région Languedoc-Roussillon.

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte

Le territoire communal est limitrophe du Crès au nord-ouest, Vendargues au nord, Baillargues à l'est, Mauguio au sud et Montpellier à l'ouest.

La commune est située au nord de la plaine de Mauguio, sur les premiers reliefs de collines annonçant les garrigues du nord-est du département. Le village a été ainsi construit en hauteur, et les nouveaux lotissements se sont étendus sur les pentes.

La plaine et une partie des collines sont plantées de vignes et de vergers.

L'autoroute A9 au sud-est de Saint-Aunès.

Le village est séparé du sud agricole de la commune par la voie ferrée Montpellier-Nîmes qui passe en tranchée au pied du vieux village, avec un arrêt, et par l'autoroute A9. La partie ouest, isolée par la voie ferrée et l'autoroute comprend des vignobles et le bois de Doscares, proche du domaine de Grammont, à Montpellier.

Au nord-est, dans un coin du territoire communal, près de l'échangeur autoroutier de Baillargues-Vendargues, a été développée une zone d'activités avec pour centre un hypermarché.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Armes de Saint-Aunès

Les armes de Saint-Aunès se blasonnent ainsi :

d'argent, à un croissant de gueules surmonté d'un chêne arraché de sinople, accosté des lettres S et A de sable[1]

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire de ce village a été reconstituée grâce aux travaux de l'historien Pierre Burlats-Brun, descendant des seigneurs du village. C'est l'époque de la domination romaine en Gaule narbonnaise que l'on vit s'ériger deux ou trois beaux domaines situés le long du parcours de la grande voie Domitienne, ainsi nommée du nom du gouverneur romain Domitius, qui épousait depuis Castelnau-le-Lez, ancien camp romain, le tracé de l'actuelle route nationale 113 jusqu'au pont du Salaison, de "salicis ron" rivière des Saules. La présence d'une source d'eau chaude attirait les offrandes des passants pour se concilier la bienveillance du Dieu du commerce Mercure, pour lequel un petit temple fut édifié sur l'actuelle butte du cimetière.

De cette voie demeure la borne milliaire placée contre l'église depuis le XVIIIe siècle, dont le texte rappelle la réfection de la route en l'an 30 après J.-C., sous l'empereur Tibère, fils d'Auguste. Plantées au bord de la route chaque 1 481 mètres, ces bornes servaient tout à la fois d'indicateur de distance par leur numéro et de piédestal aux cavaliers voulant se mettre en selle.

Les principaux domaines étaient tenus par d'anciens officiers romains récompensés de leur bravoure, il s'agit de l'Auroux, un important domaine attribué au centurion Honorius et regroupant vers le IVe siècle une petite colonie chrétienne dont nombre de sarcophages en simple terre cuite marqués de la palme subsistent sous les vignes avec des restes de cuves vinaires en granite rouge… vers 1890 fut découvert un magnifique sarcophage de pierre sculptée avec des personnages, qui fut rapidement transféré au Musée du Louvre. Dans ces mêmes années on découvrit aussi divers vestiges de la vie courante comme un beau Dolium pour conserver l'huile ou les grains, un moulin à sel et des restes de colonnes de diverses dimensions. Existait aussi Doscares dont le nom semble venir tout à la fois du croisement de deux voies annexes à la Domitienne et de la présence d'un marbre antique placé autrefois sur la façade et figurant deux chars, antiquement dénommé Puech Sant Peyre mais qui vient en fait du nom occitan "dos casas" qui veut dire deux maisons en français. le s s'est transformé en r au fil des ans comme pour Auroux qui s'appelait "sancte maria d'Ozou" ou "Ozon" en 1200, et tout proche le domaine de Marius : Meyrargues. (sancti Sebastian de Meiranicis en 1103)

Mezouls, l'Auroux et Doscares eurent ensuite une histoire particulière, l'Auroux demeurant avec son église de Sainte-Marie le centre de la vie religieuse du village jusqu'au XVIIIe siècle alors que Mezouls devait longtemps appartenir à l'Ordre du Saint Esprit, et Doscarres, dévolu sous les Carolingiens à une famille privée devait demeurer ensuite propriété des Roquefeuil dont les descendants par les femmes la possèdent toujours. L'architecture de cet ancien château avec sa tourelle centrale carrée, est d'ailleurs typiquement carolingienne tout comme celle de l'ancien mas du Salaison, dite "propriété Rauzy".

Une vie agraire gallo-romaine s'écoula durant quelques siècles avec les hauts et les bas de l'histoire générale de cette province, notamment le passage et l'implantation des Goths et Wisigoths au Ve siècles, puis le passage des guerriers arabes au VIIIe-IXe siècle siècles souvent fixés sur place, et dont les descendances donneront les noms de famille : Maure, Maurel, Maury…

En cette dernière période, bien qu'habité et cultivé, le terroir n'avait pas de nom collectif et relevait de la pleine souveraineté des comtes de Mauguio, wisigoths établis, dont grande était la puissance de par les mines d'argent locales permettant de battre monnaie, le fameux besant melgorien figurant douze fois sur le blason de cette cité, monnaie employée pour le grand commerce sur tout le bassin méditerranéen.

En ce monde médiéval hautement hiérarchisé, les seigneurs comtes étaient entourés de vassaux leur servant de gestionnaire en temps de paix et de rudes guerriers lors des nombreux cas de guerres locales ou même pour se rendre aux croisades en Terre Sainte.

Vers 1060 un certain chevalier Arnaud détenait la paroisse de Saint-Sébastien de Mareuil, en latin Marojol, près d'Aniane. Son fils cadet Pierre reçut en avril 1086 du comte Pierre de Mauguio, la seigneurie des terres de Sainte-Agnès, le Salaison, Notre-Dame d'Auroux ainsi que Restinclières. La terre était donnée, suivant la formule de l'époque "avec les hommes femmes y résidant".

Remarquons que le cartulaire de Maguelone, en 1100, rappellera l'existence de ces deux églises de Sainte-Agnès et Notre-Dame d'Auroux dont les revenus étaient affectés à des chanoines de cette cathédrale, et en plus celle du Saint-Sépulcre du Salaison qui deviendra plus tard léproserie, et lieu de quarantaine avant Montpellier pour tous les malades, avec sa petite succursale Saint-Simon de l'autre côté de la route.

La donation du terrain de Sainte-Agnès fut approuvée par l'évêque de Maguelone Godefroid car le comte de Mauguio s'était placé sous l'autorité du Saint-Siège qu'il représentait en 1085.

Dès l'an 1089, le nouveau seigneur des lieux commença la construction de son château sur la butte principale du village. Les travaux devaient durer jusqu'en 1095 alors interrompus par son départ pour la croisade. Les fortifications d'origine se composaient de remparts de 6 mètres de haut et 2 mètres 40 de large surmontés d'un parapet, renforcés de six tours de défense, la partie principale étant constituée du donjon de trois étages avec corps de logis voisin face à une tour de guet surmontée d'une lanterne à signaux. Ce donjon et le logis seigneurial attenant sont aujourd'hui en grande partie "la maison de la famille Prat", et actuellement propriété de Marie Josée et Vincent Carbonell, en haut de la rue Francèse-de-Cezelli avec suite du bâtiment jusqu'à "l'ancienne maison de Mademoiselle Laurens", au tournant de la rue du Puits.

De même cette petite porte romane donnant à l'arrière du donjon et s'ouvrant sur un passage secret dans la cheminée des gardes. Seules les fenêtres latérales actuelles du donjon ne datent que du XVIIIe, il n'était à l'origine éclairé que de rares meurtrières et deux baies romaines au dernier étage.

Revenu de Terre Sainte en 1099, Pierre de Sainte-Agnès de Mareuil reprit les travaux d'aménagement ainsi que la construction d'une chapelle privée située au fond de l'enceinte du château, aujourd'hui incluse dans "la maison Burlats-Brun". Mais ce n'est qu'en 1102 que l'Évêque de Maguelone vint consacrer l'autel de cet édifice modeste dont la table, aisément reconnaissable à ses bords relevés au cas de renversement du calice et à la cavité pour les Saintes reliques, se trouve depuis fort longtemps dans la cour du donjon. La très vieille chapelle à l'emplacement de l'actuelle église devait être réduite à néant puisque le vocable de Sainte-Agnès fut attribué à cette nouvelle chapelle.

Sainte-Agnès, jeune martyre romaine décapitée en l'an 304 après avoir subi mille tourments à l'âge de 14 ans parce qu'elle se refusait aux avances d'un Sénateur romain païen dénommé Carolus Pasqua, avait sans aucun doute été vénérée par les premiers chrétiens de l'Auroux dès le Ve siècle ou VIe siècle pour que son nom ait été ainsi donné à une église locale au XIe siècle.

Le serment de fidélité prêté par Pierre en 1102 à l'évêque est intéressant car l'on y indique les cultures alors en vigueur vignes et jardins, prés et vergers, forêts et les moulins sur le Salaison dont le Molinas cité dès 1146 est toujours debout.

Dès son élection le pape Calixte II, Guy de Bourgogne, avant de gagner le trône pontifical, séjourna en avril et mai 1119 dans son comté de Mauguio, son prédécesseur Gélase II y ayant d'ailleurs séjourné en 1118. Il résida notamment au château de Sainte-Agnès du 4 au 20 juin, logeant bien sûr dans le donjon. L'exiguïté des lieux d'accueil pour une cour pontificale fit cependant que quelques prélats et chanoines durent coucher dans les écuries, ce dont ils se plaignirent amèrement.

À cette occasion, le souverain pontife donna par une bulle solennelle 200 sols melgoriens à la chapelle pour y fonder diverses messes et permit d'y bâtir une cheminée, chose habituellement interdite par le droit canon.

En 1148, Arnaud de Sainte-Agnès épousa le 6 octobre, Tiburgette de Mauguio, fille du comte Raymond. Célébré en la petite chapelle de Sainte-Agnès, le mariage fut béni par le curé chanoine de Maguelone desservant alors le lieu, un certain Nicolas Breakspear, clerc anglais faisant ses études canoniques à Maguelone qui, après une fulgurante carrière, devait accéder en 1154 au trône pontifical sous le nom d'Adrien IV…

En 1165 un autre souverain Pontife, Alexandre III, séjournera durant l'hiver à Mauguio et Saint-Aunès.

Il serait fastidieux de retracer toute la filiation des anciens seigneurs, sachons simplement qu'ils furent tous inhumés dans l'ancienne chapelle féodale. Fait marquant, Bermond de Mareuil de Sainte-Agnès racheta en son entier la seigneurie marquisale au pape en 1248 pour 18 400 sols melgoriens et l'impôt annuel de trois kilos d'or et équipement de deux chevaliers, en cas de conflit armé local.

Fin XIIIe et début XIVe siècles la vigne était déjà bien présente dans la culture locale, pour preuve un très beau parchemin portant le règlement des vendanges en novembre 1320 pour tous les terroirs voisins de Montpellier. Il interdisait la rentrée du produit des vendanges en ville sauf pour les habitants y possédant un immeuble. Et c'était au seigneur local de donner le départ des vendanges appelé "ban" c'est-à-dire Cri, puisqu'il lançait devant la petite foule des travailleurs déjà armés de la serpette et munis des paniers le fameux "SUS AUX CEPS" au jour estimé bon pour le parfait mûrissement des raisins.

Au XIVe siècle, la vie fut rude en bas Languedoc, surtout entre 1348 et 1380 : mauvaises récoltes de grains et raisins, neige, pluies torrentielles puis arrivée de bandes de pillards qui incendiaient les villages après avoir pillé les maigres provisions. Les vieux remparts s'écroulèrent en partie et ce n'est qu'en 1392 que Pierre-Jean de Sainte-Agnès put les reconstruire, de manière plus modeste, comme la tour de la maison du prieur contenant la chapelle.

Entre-temps des maisons s'étaient édifiées, les unes contre les autres, entre le donjon et la chapelle, formant l'actuel cœur du vieux village. La vie continua tranquillement jusqu'à ce que le dernier seigneur du nom de Sainte-Agnès de Mareuils, Pierre Bernard totalement ruiné, dut vendre l'essentiel de la seigneurie en 1470 au chevalier Arnaud de Saint Félix déjà propriétaire du Verteil. Le 12 juin 1471 cependant, malgré une bien pauvre dot de quelques vignes et de l'ancienne chapellerie où il résidait, il maria sa fille unique Françoise de Sainte-Agnès avec maître Guillaume Brun, conseiller et médecin du roi Louis XI. Pour ses services Guillaume Brun fut anobli en 1479, après une ambassade à Rome assez réussie auprès du pape, et reçut du roi les armoiries devenues ensuite celles du village, figurant actuellement sur toutes les plaques de rues. Simplement les initiales S et A différencient le blason des Brun et celui du village.

Riche marchand d'épices de Montpellier, sire Étienne Cezelli acheta en 1475 la seigneurie de Sainte-Agnès à Arnaud de Saint-Félix, seigneur du Verteil. Il avait déjà acheté en 1474 le mas de "Joyeuse Garde d'Auroux" aux Trinitaires, et sa sœur Françoise épousa en 1476 Guillaume de la Croix de Castries ancêtre direct de l'actuel duc. En accord avec Guillaume Brun, il fit rapidement restaurer le logis seigneurial, construire des écuries dans l'enceinte avec logis pour les palefreniers, apportant ainsi quelque modernisme à l'ensemble…

En décembre 1481, il acquit le Verteil lui-même, avec ses terres et moulins puis en 1500, du chapitre du Saint-Esprit, le fief contigu du Moulinas et son grand moulin à roues. Ayant donc reconstitué un beau domaine d'un seul tenant il eut l'heureuse idée afin de mieux faire irriguer ses terres, de créer un détournement partiel de la rivière du Salaison par une "quau". Le supérieur de l'ordre du Saint Esprit ayant accepté à condition qu'une réserve de poissons soit créée à la base de la retenue d'eau, et le Pape Alexandre VI, toujours comme souverain du comté, ayant donné son plein accord, le barrage de la "Piscière" fut créé en juin 1501 avec le fameux réservoir à poissons bien connu de certains pêcheurs et qui fit autrefois les délices du maréchal Caucat spécialiste des brochets de belle envergure.

Héritier de la seigneurie à la suite de son père, Jean de Cezelli, président de la chambre des comptes de Montpellier, acheta d'autres terres sur Mauguio. Il fit encore aménager l'habitation ancienne pour ses brefs séjours à Sainte-Agnès notamment avec la percée de fenêtres "à l'italienne" donnant plus de jour. En août 1557 il épousa à Montpellier la petite-nièce du pape Urbain V, Marguerite de Beauvoir du Roure Grimoard et le 22 mai 1558 naquit Françoise de Cezelli dont l'éducation devait se passer en grande partie à Saint-Aunès, Montpellier étant alors en révolution de par les guerres entre catholiques et protestants en 1563, pour le préserver et le rendre à l'évêché en 1566. Le 4 avril 1577 Françoise de Cezelli épousait Jean de Boursiez sieur de Pantnaut de Barri, gouverneur de la forteresse de Leucate à la frontière de la France et de l'Espagne. En 1588, les Espagnols attaquèrent afin de s'annexer le Languedoc. Le 22 juillet 1589 Jean de Boursiez de Barri, mari de Françoise, fut pris par les Espagnols lors d'une reconnaissance à l'extérieur et emprisonné à Narbonne. Peu de jours après, il lui fut amené sous les remparts de Leucate et lui proposa le marché de rendre la forteresse contre la vie sauve de son époux. Elle refusa bien sûr et son mari fut égorgé sous ses yeux. Elle conserva à ce prix notre région à la Couronne. Au courant de l'héroïque conduite de cette femme de roi, Henri IV lui confia le gouvernement de la forteresse jusqu'à la majorité de son fils aîné. Dès 1609, elle fit donation de Saint-Aunès à son fils cadet Antoine Claude qui demeurait au Verteil. Françoise de Cezelli mourut à Montpellier le 16 octobre 1615. Son fils cadet lui succéda dès 1616 et la seigneurie passa ensuite au petit-fils de Françoise : Henri, qui fit une curieuse carrière militaire, ayant même un régiment au nom de Saint-Aunès et dont les fils Charles et Claude vendirent les terres locales, eux-mêmes demeurant dans l'Aude, à Puichéric, aux Sidobre, Brueys et Barbeyrac…

L'église mère du village était à Auroux d'où la dénomination de Notre-Dame comme en font foi diverses visites pastorales des XVII et XVIII siècles, avec les éternelles plaintes des habitants pour la toiture percée, les cloches mal entendues, le curé ne venant que lorsqu'il le veut bien. Dès 1698 les paroissiens demandèrent que l'église soit transférée au "hameau" de Saint-Aunès. Mais bien que l'on sache que dès 1704 une école pour apprendre l'alphabet, la grammaire et le calcul ait été créée au hameau, sous le vicariat d'un certain Louis Dieulefit et sous la férule de Guillaume Pinède, ce n'est qu'en 1725 que l'évêque, monseigneur de Colbert de Croissy, permit la destruction de Notre-Dame d'Auroux et la construction d'une église paroissiale à Saint-Aunes même avec les matériaux des deux précédentes. La construction eut lieu en 1725-26 avec un beau clocher carré, une nef de 12 m sur 6 et un autel majeur identique à celui de Notre-Dame-des-Tables de Montpellier, portant la statue XVIIIe dorée de Notre-Dame d'Auroux. Le presbytère fut alors convenablement aménagé, avec sur la ruelle arrière une salle de classe destinée à l'escolette où apprirent alors les rudiments du savoir les ancêtres du village.

Lors de la visite épiscopale de 1737, les habitants du lieu se plaignirent du curé Mercier qui, pour arrondir son traitement reliait en cachette des ouvrages jansénistes interdits même pour les libraires d'Amsterdam ! Le curé Théodorit Mercier, natif de Vendargues, fut un bien curieux personnage. Dès 1736, alors curé du village depuis déjà dix ans, il se mit en tête d'obtenir la béatification d'un certain Jean Quintin, protestant converti sur le tard puisque baptisé en 1691 presque octogénaire, cathéchisé et confirmé par l'évêque lors de sa visite pastorale, lequel, ayant vécu jusqu'à 107 ans, aurait passé toute la fin de sa vie en perpétuelles prières pour les âmes des protestants non repentis. Il fit même graver une image pieuse à 1'effigie du futur saint. Son dossier fut transmis jusqu'à Rome en 1737 mais une chape de silence retomba ensuite sur lui… C'est alors que peu content ce curé Mercier se mit à fréquenter les milieux jansénistes et fit quelques incartades qui lui valurent tout simplement l'emprisonnement et l'excommunication. Libéré après quelques années il devint colporteur en rubans et tissus puis épousa à Avignon la fille d'un négociant juif dont il tint ensuite la boutique. Pour en revenir au "Saint", nous avons retrouvé dans les archives une note du curé de 1692 à l'Évêque le mentionnant parmi ceux qui n'ont pas fait le devoir pascal : "Jean Quintin habitant de Sainte-Agnès, nouveau catholique âgé de 80 ans ou environ "imbécile et demi fol !"

Divers prêtres devaient se succéder ensuite jusqu'à Pacifique Dumont qui prêta le serment à la Constitution en 1791. Vers 1730 à 1760, le régent des écoles fut François Moynier, aïeul maternel de monsieur Ginouvès, qui contresignait avec Jean Brun les actes d'état civil de la paroisse. Jusqu'en 1837, l'église ne subit pas de modification, voyant alors l'édification d'une chapelle latérale dédiée à la Vierge mais dès 1880, elle s'avéra trop petite pour la population passée alors à 370 habitants. Lors de la vente des biens du Clergé en 1792, elle avait été rachetée par Pierre Milhe, ancêtre commun aux familles Brun et Plagnes, pour éviter sa profanation. Le plan de la nouvelle église, conservant l'ancien clocher et la chapelle de la sainte Vierge, récente, fut tracé avec l'assentiment de Monseigneur de Cabrières, évêque de Montpellier dont la famille possédait alors le Verteil et aida grandement de ses deniers la reconstruction ; la première pierre fut posée le 9 août 1887, l'abside étant bâtie sur l'ancien cimetière que le maire venait de faire transférer à l'écart ; c'est alors que fut récupéré un angelot de terre cuite du XVIIIe placé dans le mur d'une façade voisine.

Ces dernières années, les façades et le clocher ont été entièrement remis en état, après la toiture, et l'église a depuis bien fière allure…

Beau-frère du sieur Tristan Brueys, acquéreur d'une part des biens seigneuriaux des Cezelli en 1650, le médecin Charles de Barbeyrac acquit dans les années 1680-95 diverses terres à Saint-Aunes, son fils Henri complétant ces acquisitions avec l'ancien donjon en 1711. Le petit-fils, Charles Marie de Barbeyrac, marquis de Saint-Maurice (de Navacelles) et Saint-Aunès se trouvant quelque peu à l'étroit en sa demeure du village fit bâtir selon le goût de l'époque, une maison moderne avec jardins faisant pour cela raser partie du bois qui venait presque jusqu'à l'ancien donjon. La marque de son habitation réelle en la vieille demeure subsiste de par ses initiales en ferronnerie sur la porte de la cour. Mais le marquis de Barbeyrac voulant être agréable à ses sujets, fit bâtir à ses frais une belle fontaine publique à coquille, au-dessus d'un abreuvoir, dans la rue contournant alors encore le presbytère, faisant aussi restaurer le four banal auquel tous les habitants, contre quelques kilos de blé l'an, apportaient leur pain et plats divers à cuire comme cela se pratiquait depuis le Moyen Âge.

Il fallut en effet attendre 1812 pour voir apparaître à Saint-Aunès une boulangerie vendant le pain tout prêt. Jusqu'alors chacun faisait la préparation des siens puisque les céréales étaient couramment cultivées et moulues sur le terroir.

Très cultivé, docteur en Droit, Charles Marie de Barbeyrac fut choisi par ses Pairs lors de l'assemblée générale de 1789 pour les représenter aux États Généraux de Paris où il devait jouer un rôle certain. C'est d'ailleurs à Paris qu'il devait épouser Louise Marie Colheux de Longpré. Sa sœur Pauline avait épousé Jean Jacques Louis Durand, seigneur de Saint-Just et Lunel-Viel, président de la Cour des comptes de Montpellier et maire de cette ville, guillotiné pour « fédéralisme »; elle est enterrée dans le cimetière de Vendargues avec son fils (chapelle Durand). En 1793, le marquis passa comme tant d'autres nobles à l'étranger avec sa famille, et ses biens furent vendus aux enchères au profit de la Nation c'est-à-dire aux riches négociants protestants Bazille pour quelques poignées d'assignats. Nous ne pouvons passer sous silence le séjour en ces lieux du peintre Frédéric Bazille, ici représenté avec des amis en son atelier. Par héritage ce domaine devint ensuite propriété des Leenhardt, et, pour ce qui concerne le parc, et la demeure ô combien restaurée, est actuellement le fief de Monsieur Barran.

C'est par son alliance en 1769 avec Antoinette de Roquefeuil que Joseph de Melon, seigneur de Capion et la Motte (de nos jours devenue la Grande-Motte) fut attiré à Saint-Aunes puisque son beau-père possédait Doscarres. Le petit village encore totalement entouré de bois lui plût à tel point qu'il acquit des Barbeyrac un assez vaste terrain jouxtant l'ancien village où il fit bâtir dans les années 1770 une belle demeure. La façade de cette demeure seigneuriale est typique des constructions de l'époque et ce nouveau coseigneur du village, car son acquisition comprenait aussi de belles vignes possédant des droits féodaux, n'oublia pas de bien marquer son pouvoir féodal, bien que fort récent, par l'édification de magnifiques pigeonniers au toit de tuiles vernissées, l'un des plus beaux de la province, ainsi que d'une girouette à angelot trompetteur, deux éléments seulement réservés aux nobles sous l'ancien régime. Il est bien sûr dommage que le parc ait été en partie coupé au siècle dernier par la voie ferrée mais cela donna lieu à la mise en place d'une belle balustrade qui le clôt agréablement à l'œil.

Comme pour les Barbeyrac, à la Révolution, les biens des Melon furent vendus avec ceux des religieux de la Saint- Trinité à divers particuliers : Mezouls aux Poitevin, Auroux à Accariès etc.

La vie quotidienne des habitants du hameau était quotidiennement rythmée par les travaux agricoles saisonniers différents de ce qu'ils devinrent essentiellement au XIXe siècle avec la quasi implantation de la vigne dans les années 1830 reprise vers 1870 après la grande crise due au phylloxéra qui nous obligea parfois à se reconvertir momentanément soit sur place soit chez des parents à l'abri de la calamité, en Provence. Mais avant la Révolution de 1789 et depuis le Moyen Âge les cultures et activités de la campagne en bas Languedoc étaient fort variées : élevage avec donc nécessité de fourrage et de pré, cultures céréalières multiples pour fournir aux divers besoins de la communauté, jardins maraîchers et fruitiers, oliviers aussi pour fabriquer sur place l'huile d'olive, l'utilisation de pierre du mas du Salaison. La vigne était aussi bien sûr présente. En fait l'on produisait sur le terroir même tout ce qui était nécessaire à la vie courante, obtenant même des pêcheurs de Balestra (aujourd'hui Palavas) et Carnon, deux hameaux dépendant aussi de Mauguio, les poissons échangés contre les grains, volailles…

Contrairement à d'autres seigneurs locaux, le marquis de Barbeyrac autorisa même au XVIIIe siècle, quelques mois par an, la chasse libre pour tous, ce qui était normalement uniquement réservé aux nobles, les autres ne pouvant être que braconniers. En ce qui concerne le costume local il était bien plus proche de celui des provençaux, Lunel étant considérée comme porte de la Camargue, et les femmes arboraient le bonnet blanc et le fichu de vives couleurs. Les hommes portant le bonnet de coton sur une veste évasée. Le patois local ainsi que les chants et musiques lors des fêtes et mariages, avec galoubets et tambourins, se rapprochant aussi beaucoup plus des manières provençales que du Haut Languedoc ou du Narbonnais Espagnol. Le XIXe siècle vit bien sûr une généralisation des costumes à la mode de la ville, seules les personnes âgées portant encore la grande robe noire et bonnet tuyauté à l'ancienne, encore en 1920 cette mode des longues robes noires subsistait…

Lieu de rassemblement à la veillée, cette bonne cheminée servait aussi à faire chauffer les briques ou approvisionner le "moine" pour réchauffer quelque peu le fond des couches glacées.

Quant aux moyens de locomotion pour se rendre aux villages à l'entour, il s'agissait bien sûr de chevaux et mules avec diverses sortes de charrettes encore bien connues il y a à peine 30 ans. Pour les voyages plus longs, assez rares, la diligence était le seul moyen. Elle transportait aussi le courrier et le mas de la Poste est un jalon de ce passage sur notre commune, alors que l'auberge relais du mas de Salaison dans l'ancienne maladrerie appartenant à M.Desandrieux en 1766 et devenue l'hôtel Saint-Simon de M. Yrieux de Lansade sous le 1er empire, servait aux voyageurs allant vers ou venant de Nîmes par la grand route. Le pont du Salaison fut d'ailleurs refait en 1820 pour faciliter le passage de ce cours d'eau.

Le train ne devait apparaître qu'en 1856 entraînant nombre d'expropriations et de morcellements de terres comme devaient le faire plus tard le canal du bas Rhône et l'autoroute. Il paraît qu'à l'arrivée de la première locomotive sur notre ligne, le futur maire Prat, qui l'avait guettée du haut du pont au-dessus du Salaison, voyant arriver ce monstre crachant feu, flammes et fumées, tomba à la renverse dans la rivière tant fut grande sa surprise…

Saint-Aunès était restée englobée par Mauguio à la Révolution, ayant alors perdu ses deux consuls qui la représentaient autrefois auprès du pouvoir seigneurial. Il fallut attendre les efforts et la persévérance de monsieur Prat, courtier en vins, originaire d'Assas mais allié aux Milhe, pour voir Saint-Aunès être promu au rang de commune en 1872.

Politique et administration[modifier | modifier le code]

Tendances politiques et résultats[modifier | modifier le code]

Liste des maires[modifier | modifier le code]

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
1873 1874 Jean-Jacques Calage   Propriétaire
1874 1878 Antoine Prat   propriétaire
1878 1886 Louis Bazille   Propriétaire - négociant
1887 1908 Paul Reboul   Propriétaire
1908 1913 André Castan   Propriétaire - docteur
1913 1951 Louis Tribles   Propriétaire
1951 1971 Marcel Majurel    
1971 1983 Robert Bassaget    
1983 1995 André Willaime    
1995 en cours Marie-Thérèse Bruguière UMP Sénatrice de l'Hérault 2008 - 2014
Les données manquantes sont à compléter.

Du 1er août 2001 au 31 décembre 2003, la commune a appartenu à la communauté d'agglomération de Montpellier à laquelle le conseil municipal n'avait jamais voulu appartenir.

Démographie[modifier | modifier le code]

En 2011, la commune comptait 3 047 habitants. L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1876. À partir du XXIe siècle, les recensements réels des communes de moins de 10 000 habitants ont lieu tous les cinq ans, contrairement aux autres communes qui ont une enquête par sondage chaque année[Note 1],[Note 2].

           Évolution de la population  [modifier]
1876 1881 1886 1891 1896 1901 1906 1911 1921
363 335 335 407 424 443 442 459 477
1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975 1982
471 487 473 405 422 473 525 536 1 162
1990 1999 2006 2008 2011 - - - -
2 027 2 825 2 990 3 037 3 047 - - - -
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[2] puis Insee à partir de 2004[3].)
Histogramme de l'évolution démographique

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Les cyprès de Pioch-Palat
  • La colline de Pioch-Palat, élément du paysage visible depuis Vendargues et surtout depuis l'Autoroute A9, surmontée de deux cyprès "jumeaux" ( à l'origine sur un monticule érodé mais aujourd'hui, colline hélas entourée d'une zone industrielle…) souvent peints par les artistes locaux et visibles dans leur environnement d'origine fort pittoresque dans le film "Sans toit ni loi" d'Agnès Varda sorti en 1985. Du sommet de la colline, on peut voir un panorama qui s'étend du Pic Saint Loup à l'étang de l'Or ou la mer Méditerranée.
  • Les Deux-Cyprès "jumeaux", plantés au XVIIIème par Mr Pagès au coeur de sa vigne, les deux cyprès du Pioch-Palat ont depuis vécu une vie mouvementée. Ils ont ainsi résisté aux plus froids hivers, à l’armée allemande (qui pensait qu’ils étaient un lieu de rendez-vous de la résistance et surtout un point géodésique sur les cartes d'état major de l'armée alliée) et plus récemment aux autoroutes du sud (qui ont utilisées leur terre comme remblais).

Le couple de cyprès enlacés se dresse ainsi toujours sur la butte du Pioch Palat, et leur silhouette est régulièrement utilisée par les artistes de la région. Le romantique site de Pioch-Palat est naturellement devenus un lieu prisé par les amoureux de tout âge, n’hésitez pas à aller voir ces vieux résistants ! Plus récemment, les cyprès ont connus une exposition médiatique internationale en Asie et dans le métro new-yorkais. Ils trônent sur les bouteilles des caves coopératives du département. La propriétaire Mme Renée Pagès-Blaquière défend à son tour et depuis plusieurs décennies cet héritage régional contre les assauts des promoteurs et des agressions du temps. Cette vendarguoise née en 1928 est intarissable sur l'histoire de St Aunès et les "Jumeaux". (interview de Mme Rénée Blaquière en Août 2014)

  • église
  • Une des plus grandes centrale solaire photovoltaïque de France métropolitaine (8 000 m2, 1,15 MWc) a été inaugurée le 12 juin 2008 sur le parking d’un hypermarché situé sur la commune de Saint-Aunès. Le concept d’ombrières de parking photovoltaïques permet de couvrir 814 places de stationnement, tout en produisant 1,4 GWh par an[4]. La deuxième de la région après celle de Lunel.

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

  • Albert Dubout (Marseille, 1905 - Saint-Aunès, 1976), dessinateur, est inhumé au cimetière Saint-Fulcrand de Saint-Aunès, où il a été rejoint dans la tombe par sa seconde épouse Suzanne Ballivet.
  • Suzanne Ballivet (Paris, 1904 – Saint-Aunès, 1985), artiste peintre, est inhumée au cimetière de Saint-Fulcrand de Saint-Aunès, où elle repose auprès d'Albert Dubout, son second mari.
  • Yves Daunès, compositeur-interprète, né à Saint-Aunès

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au début du XXIe siècle, les modalités de recensement ont été modifiées par la loi no 2002-276 du 27 février 2002, dite « loi de démocratie de proximité » relative à la démocratie de proximité et notamment le titre V « des opérations de recensement », afin de permettre, après une période transitoire courant de 2004 à 2008, la publication annuelle de la population légale des différentes circonscriptions administratives françaises. Pour les communes dont la population est supérieure à 10 000 habitants, une enquête par sondage est effectuée chaque année, la totalité du territoire de ces communes est prise en compte au terme de la même période de cinq ans. La première population légale postérieure à celle de 1999 et s’inscrivant dans ce nouveau dispositif est entrée en vigueur au 1er janvier 2009 et correspond au recensement de l’année 2006.
  2. Dans le tableau des recensements et le graphique, par convention dans Wikipédia, et afin de permettre une comparaison correcte entre des recensements espacés d’une période de cinq ans, le principe a été retenu, pour les populations légales postérieures à 1999 de n’afficher dans le tableau des recensements et le graphique que les populations correspondant aux années 2006, 2011, 2016, etc., ainsi que la dernière population légale publiée par l’Insee.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Armorial des communes de l'Hérault, Didier Catarina, Jean-Paul Fernon, avec le concours de Jacky David, éd. Artistes en Languedoc, 2004, (ISSN 1264-5354), p. 60.
  2. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui sur le site de l'École des hautes études en sciences sociales.
  3. Fiches Insee - Populations légales de la commune pour les années 2006, 2008, 2011
  4. La plus grand centrale solaire photovoltaïque française… signée Sunvie sur sunvie.eu.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]