SMS Goeben

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SMS Goeben
Image illustrative de l'article SMS Goeben
Le SMS Goeben a effectué toute sa très longue carrière en Méditerranée

Autres noms Yavuz Sultan Selim
Histoire
A servi dans War Ensign of Germany 1903-1918.svg Kaiserliche Marine (1912-1914)
Pavillon de la marine turque Marine turque (1914-1973)
Commanditaire Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Quille posée 12 août 1909
Lancement 28 mars 1911
Armé 2 juillet 1912
Statut Transféré à la Marine de l'Empire Ottoman, le 16 août 1914
rayé en 1950, ferraillé en 1973-1976
Caractéristiques techniques
Constructeur Blohm & Voss Hambourg
Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Type croiseur de bataille
Longueur 186,50 m
Maître-bau 29,50 m
Tirant d'eau 9,20 m à pleine charge
Déplacement 22 979 tonnes
25 400 tonnes (pleine charge)
Propulsion 24 chaudières à charbon
2 turbines, 4 hélices
Puissance 52 000 CV
86 000CV aux essais
Vitesse 25,5 nœuds
28 nœuds maxi
Caractéristiques militaires
Blindage pont = 25 à 76 mm
ceinture = 76 à 280 mm
cloison = 70 mm
tourelle = 230 mm
barbette = 230 mm
casemate = 150 mm
kiosque = 270 mm
Armement 10 (5 × II) x 28 cm SK L/50
12 × 150 mm (cal.45)
12 puis 10 × 88 mm (cal.45)
remplacés par 4 × 88 mm
(anti-aériens) après 1916
× 37 mm (DCA)
4 tubes lance-torpilles (500 mm)
Aéronefs non
Rayon d'action 4 120 nautiques à 14 nœuds (3 100 tonnes de charbon et 200 tonnes de mazout)
Autres caractéristiques
Équipage 1 050 hommes (1 350 en tenue de combat)

Le SMS Goeben est un croiseur de bataille construit pour la Marine Impériale allemande (Kaiserliche Marine). Avec le SMS Moltke, ils forment la classe Moltke. Il est baptisé du nom du général prussien August Karl von Goeben (1816-1880). Le SMS Goeben est construit par les chantiers Blohm & Voss. Il est mis à l'eau le 28 mars 1911. À sa mise en service, le SMS Goeben fut affecté à la Division de la Méditerranée (Mittelmeerdivision) de la Marine Impériale allemande. Début août 1914, profitant de l'absence de coordination entre les amirautés britannique et française, de la confusion de la situation internationale (neutralité de l'Italie, dates différentes de l'ouverture des hostilités des puissances concernées) et des erreurs de jugement des amiraux de la Mediterranean Fleet, le bâtiment, aux ordres du contre amiral Souchon réussit à gagner les Dardanelles, et fut, fictivement, rattaché à la marine de l'Empire ottoman sous le nom de Yavuz Sultan Selim. C'est le dreadnought à la carrière la plus longue de l'histoire navale, puisqu'il est en service dans la Marine turque jusqu'en 1971. Il est démoli en février 1976.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Par rapport au SMS Von der Tann, mis en service précédemment, les « grands croiseurs » allemands SMS Moltke et Goeben étaient légèrement plus grands, plus rapides et mieux armés. Ils portaient une cinquième tourelle double de canons de 280 millimètres, d'un modèle plus puissant (avec une longueur de canon de 50 calibres, au lieu de 45), ce qui leur donnait une portée supérieure à celle du SMS Von der Tann, surtout le SMS Goeben qui avait un angle maximal d'élévation des canons d'artillerie principale de 22° a lieu de 16° sur le SMS Moltke[1]. Leur protection était un peu supérieure, avec une ceinture blindée de 270 mm, au lieu de 250 mm[2].

Leurs machines, avec vingt-quatre chaudières au lieu de dix huit, développaient 52 000 CV, et la vitesse maximale s'en trouvait accrue d'un nœud[3].

Ils étaient moins rapides, moins puissants, et avaient un déplacement moindre que les croiseurs de bataille britanniques dont ils étaient contemporains, la classe Lion mais conformément au concept retenu par la Marine Impériale allemande, pour ses « grands croiseurs », qui devaient pouvoir être incorporés dans la ligne de bataille des cuirassés, l'épaisseur de la ceinture blindée, à hauteur des soutes d'artillerie principale et des machines, se trouvait portée à 270 mm soit une épaisseur de 120 mm supérieure à celle de la classe Indefatigable et 50 mm supérieure à la classe Lion.

Service[modifier | modifier le code]

À sa mise en service, le SMS Goeben a été affecté à la Division de la Méditerranée (Mittelmeerdivision) de la Marine Impériale allemande, et demeura en Méditerranée pendant les guerres balkaniques de 1912-1913. En 1914, ayant besoin d'une grande révision de son appareil propulsif, il avait gagné le port de Pola, alors le principal port de guerre de Hongrie, pour y effectuer ces réparations.

L'échappée du Goeben et du Breslau[4][modifier | modifier le code]

Le HMS Indomitable, un des trois croiseurs de bataille de la Flotte britannique de Méditerranée, en août 1914, aux ordres de l'amiral Milne
Les croiseurs cuirassés les plus puissants de l'amiral Troubridge (ici, le HMS Warrior) ont été annihilés au Jutland par les sister-ships du SMS Goeben

Fin juillet 1914, dès la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie, le contre-amiral Wilhelm Souchon commandant de la Division de la Méditerranée fit rapidement appareiller son navire-amiral, pour éviter d'être bloqué dans l'Adriatique. Rejoint par le croiseur léger SMS Breslau, il passa en Méditerranée et charbonna à Messine[5], ses instructions étant d'attaquer les convois de troupes entre l'Algérie et la France. Le 4 août, à l'aube, il bombardait Bône et Philippeville[6], puis mettait le cap à l'est ayant reçu ordre de gagner Istanbul, à la suite d'un accord conclu avec les autorités turques.

À Toulon, le vice-amiral Boué de Lapeyrère, Commandant-en-Chef de l'Armée Navale française, responsable de la sécurité des convois, disposait du « dreadnought » Courbet, de six pré-dreadnoughts de la classe Danton et d'une dizaine de pré-dreadnoughts plus anciens dont l'artillerie de 305 mm permettait d'engager le SMS Goeben, mais leur déficit de vitesse ne permettait pas de lui donner chasse. Averti par des interception de messages radio, dès le 2 août, que les navires allemands étaient à la mer, il avait annulé le départ des convois de troupes, mais persuadé que l'escadre allemande faisait route vers l'Atlantique, il ne s'était pas porté pas à leur rencontre[7].

La Flotte britannique de Méditerranée, quant à elle, comptait notamment trois croiseurs de bataille (HMS Inflexible, Indefatigable et Indomitable), aux ordres de l'amiral Milne, qui avait, depuis le 30 juillet, des ordres de l'Amirauté britannique de contribuer à la couverture des convois de troupes français, mais de ne pas engager, sans le soutien de cuirassés, des forces supérieures, ce qui, selon le Premier Lord de l'Amirauté, Winston Churchill, sous-entendait les dreadnoughts des Puissances alliées de l'Empire allemand dans la Triplice, Autriche-Hongrie et Italie[8].

Le 4 août dans la matinée, l'escadre allemande fut repérée par les navires britanniques, sans conséquences, car à ce moment, la guerre n'était pas déclarée entre le Royaume-Uni et l'Empire allemand[9]. L'escadre allemande, le 5 au matin, relâchait à Messine pour y charbonner. La guerre entre le Royaume-Uni et l'Empire allemand étant alors déclarée, à la suite de l'entrée des troupes allemandes en Belgique, l'amiral Milne reçut ordre de ne pas approcher à moins de 6 milles des côtes d'Italie demeurée neutre[10]. Persuadé que l'amiral Souchon comptait retourner en Méditerranée occidentale, l'amiral Milne plaça deux croiseurs de bataille au débouché nord du détroit de Messine, renvoya le troisième croiseur de bataille charbonner à Bizerte et laissa le croiseur léger HMS Gloucester (en), surveiller le débouché sud[11].

Informé que l'Empire ottoman demeurait neutre, ce qui annulait ses instructions précédentes de gagner Istanbul, l'amiral Souchon, estima que, s'il mettait le cap à l'ouest, il pouvait se trouver contraint à un combat aléatoire contre deux croiseurs de batailles anglais, et s'il se réfugiait en Adriatique, il prenait le risque d'y être bloqué pour la durée de la guerre. Il décida de poursuivre vers Istanbul, dans le but d'amener l'Empire ottoman, volens nolens, à étendre la guerre en Mer Noire contre la Russie[12].

L'ex-Goeben arrivé à bon port dans le Bosphore

Lorsque l'escadre allemande fut repérée par le HMS Gloucester, le 6 août au soir, faisant route vers l'est, l'amiral Milne pensait que l'escadre de l'amiral Troubridge se trouvait en position de l'intercepter. Cette force de quatre croiseurs cuirassés et de huit destroyers avait reçu ordre de l'amiral Milne de surveiller le débouché de l'Adriatique, dans l'hypothèse d'une jonction du SMS Goeben et de la flotte austro-hongroise. Mais les quatre croiseurs cuirassés de la 1re Escadre de Croiseurs, HMS Defence, de classe Minotaur, et HMS Black Prince, Warrior, Duke of Edinburgh (en), de classe Duke of Edinburgh, armés de canons de 234 mm et filant 24 nœuds, étaient largement surclassés par le SMS Goeben. L'amiral Troubridge, estimant que mener une attaque où il n'aurait ni l'avantage de la portée, ni celui de la vitesse, contre un bâtiment dont l'épaisseur de la cuirasse était supérieure au calibre des obus qu'il recevrait, le placerait dans la situation d'engager une force supérieure, ce que les instructions de l'Amirauté excluaient, résolut donc de rester en arrière afin de prévenir une jonction de l'escadre allemande avec la flotte austro-hongroise[13].

Le HMS Gloucester continuant d'appuyer chasse, après un bref engagement, sans résultat, avec le SMS Breslau[13], l'amiral Milne le rappela, alors que l'escadre allemande avait passé le cap Matapan et resta à surveiller le débouché de la Mer Adriatique, après avoir reçu l'annonce, erronée, de l'ouverture imminente des hostilités entre le Royaume-Uni et l'Autriche-Hongrie. L'amiral Souchon, après avoir charbonné auprès d'un navire allemand avec lequel il avait rendez-vous dans les Cyclades, à proximité de Naxos[14], se présentait, le 10 août, devant les Dardanelles. Pour respecter les obligations de la Turquie, puissance neutre, interdisant le passage des Détroits aux navires de guerre, il fut décidé de transférer les deux navires conservant leurs équipages allemands, à la Marine turque[14], le SMS Goeben prenant le nom de Yavuz Sultan Selim et le SMS Breslau celui de Midilli[15]. Wilhelm Souchon reçut le commandement-en-chef de la Marine de l'Empire Ottoman, le 27 septembre, jour où les Détroits ont été fermés (en) à tout trafic maritime : la Russie se trouvait alors privée de sa seule liaison maritime avec ses alliés praticable toute l'année. Les masques tombent, le 29 octobre 1914, lorsque sous pavillon turc, les deux navires ex-allemands bombardent les ports de Sébastopol et de Novorossiysk, et coulent un mouilleur de mines russe[16]. Le 2 décembre, la Russie se déclara en guerre avec l'Empire Ottoman, et dès le 3 novembre, les croiseurs de bataille HMS Indomitable et Indefatigable ont commencé le bombardement des forts turcs qui défendent les Dardanelles, avec le concours des pré-dreadnoughts français Suffren et Vérité[17]

Le Yavuz, ex-Goeben, échoué dans les Dardanelles, après le combat d'Imbros

Cette première « rencontre » entre un croiseur de bataille allemand et des croiseurs cuirassés britanniques se conclut indubitablement par une victoire allemande, aux grandes conséquences stratégiques, sans qu'il y ait eu combat. L'Amirauté britannique ne s'y trompa pas : auditionné par une commission d'enquête, l'amiral Troubridge fut traduit en cour martiale, début novembre 1914. Bien qu'il eût été acquitté, en raison de l'imprécision des instructions sur l'engagement contre une force supérieure, il ne reçut plus de commandement à la mer, et l'amiral Milne non plus. Quant aux croiseurs cuirassés de la 1re escadre de croiseurs, on observera que leur heure n'était pas venue au début d'août 1914 : trois d'entre eux seront coulés au Jutland, dont le navire-amiral d'Ernest Troubridge, le HMS Defence[13], portant cette fois la marque de l'amiral Arbuthnot (en)[18].

En Mer Noire[modifier | modifier le code]

Pendant la suite de la Première Guerre Mondiale, le Yavuz Sultan Selim, souvent désigné Yavuz, opéra en Mer Noire. Il souffrit de dégâts provoqués par des mines mouillées par les Russes devant le Bosphore, en décembre 1914. Il affronta les navires de la Marine Impériale de Russie, dans diverses escarmouches, qu'il s'agisse de cuirassés pré-dreadnoughts, comme le Panteleimon (l'ex-Potemkine) à la bataille du cap Sarytch, en novembre 1914[19], et en mars 1915, ou contre le récent cuirassé Impératrice Maria, en janvier 1916[20].

Lorsqu'après la Révolution de 1917, les hostilités cessèrent entre la Russie et l'Empire allemand, les deux navires de l'amiral Souchon, qui est rentré en Allemagne en septembre 1917, n'avaient plus d'adversaires en Mer Noire. Aussi, aux ordres de l'amiral Paschwitz eut lieu une sortie en Mer Égée, en janvier 1918, pour attaquer la base alliée de Moudros. Au cours d'un engagement devant l'île d'Imbros (en) le Yavuz réussit à couler deux monitors britanniques, mais ayant pénétré dans un champ de mines, où le Midilli fut coulé, le Yavuz subit des dégâts sérieux. Il a dû faire retraite et a réussi à regagner les Dardanelles, où il s'échoua, mais il a pu être remorqué jusqu'à Constantinople[21],[15], et a été admis en cale sèche en Russie en mai 1918.

Début novembre 1918, leYavuz fut formellement intégré dans la Marine turque, et à partir de 1924, à Izmir, dans un dock flottant construit par une société allemande, il a été remis en état par du personnel des Chantiers de Penhoët. Il est resté stationnaire à Izmir, à partir de 1948. Après près de cinquante-cinq ans passés sous pavillon turc, il a été ferraillé dans le courant des années 1970[22].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Siegfried Breyer, Battleships and battle cruisers 1905–1970, Londres, Macdonald and Jane's,‎ 1973 (ISBN 0356-04191-3)
  • Bernard Ireland, Cuirassés du XXe siècle, St-Sulpice (Suisse), Éditions Airelles,‎ 2004 (ISBN 2-88468-038-1)
  • Antony Preston, Histoire des Croiseurs, Paris, Fernand Nathan Éditeurs,‎ 1981 (ISBN 2-09-292027-8)
  • H. W. Wilson, Les Flottes de Guerre au combat Tome 2 La Grande Guerre 1914-1918, Paris, Payot,‎ 1928

Notes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. http://www.navweaps.com/Weapons/WNGER_11-50_skc09.htm
  2. Ireland 2004, p. 34
  3. Breyer 1973, p. 271
  4. Preston 1981, p. 36
  5. Wilson 1928, p. 320
  6. Wilson 1928, p. 327-328
  7. Wilson 1928, p. 324
  8. Wilson 1928, p. 322
  9. Wilson 1928, p. 329
  10. Wilson 1928, p. 330
  11. Wilson 1928, p. 331
  12. Wilson 1928, p. 332
  13. a, b et c Wilson 1928, p. 333
  14. a et b Wilson 1928, p. 334
  15. a et b Ireland 2004, p. 35
  16. Wilson 1928, p. 338-339
  17. Wilson 1928, p. 337
  18. Wilson 1928, p. 196
  19. Wilson 1928, p. 340
  20. Wilson 1928, p. 342
  21. Wilson 1928, p. 389
  22. Breyer 1973, p. 443