SIL International

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SIL International ou SIL ou Summer Institute of Linguistics (« institut linguistique d'été »[1]), est une organisation non gouvernementale[2] religieuse évangélique, dont le but principal est le prosélytisme à travers l'étude, le développement, la documentation des langues dites « minoritaires » et la traduction de la Bible.

La SIL se fait appeler « Instituto Lingüístico de Verano » (même signification) dans certaines contrées hispanophones, et « Société Internationale de Linguistique »[n. 1] (même acronyme) dans plusieurs pays francophones – en particulier en Afrique[3]. Du fait de ses diverses lectures possibles, on constate un flottement dans l’usage français entre l’article masculin (« le SIL ») et féminin (« la SIL »).

Historique[modifier | modifier le code]

Le SIL a été fondé en 1934[1] aux États-Unis par William Townsend (en), et est historiquement implanté dans le Middle West américain, et dès 1935 au Mexique[4].

Présente également en Amérique latine, en Afrique, en Océanie, elle se déclare être au service des milliers de communautés linguistiques du tiers-monde dont les langues ne sont pas écrites[5]. En demeurant parmi les membres de ces communautés pendant parfois plusieurs années, les missionnaires qui se présentent comme des « linguistes-chercheurs » du SIL s'efforcent d'étudier leur culture et leur langue. Les membres et les volontaires de cette organisation partagent un engagement chrétien évangélique. Un de leurs buts est la traduction et la mise à disposition des textes bibliques dans la langue locale des communautés parmi lesquelles ils travaillent[5].

Le personnel du SIL se compose d'environ 5 300 membres ou volontaires engagés dans des projets de développement au sein de communautés de langues minoritaires à travers le monde. Un des chercheurs[réf. nécessaire] les plus célèbres du SIL fut Kenneth Pike (en)[Pourquoi ?].

La SIL ne constitue pas une référence dans le domaine de la recherche en linguistique. En effet, la plupart de ses chercheurs ne bénéficient pas d'une formation académique suffisamment solide pour produire des descriptions qui puissent servir de référence aux linguistes. Les publications de la SIL n'ont d'ailleurs aucune prétention théorique, et ne visent généralement qu'à documenter les langues de façon la plus simple possible, pour pouvoir y traduire les Évangiles (les fiches d'Ethnologue indiquent systématiquement la date de première traduction de la Bible[6]), ce à quoi est explicitement consacré son organisation sœur Wycliffe Bible Translators (en).

L'apport du SIL à la science des langues se réduit essentiellement à deux points : d'une part, la constitution de la base de données Ethnologue recensant l'ensemble des langues du monde, classées géographiquement ; d'autre part, la constitution d'outils informatiques gratuits, utiles à tous les linguistes de terrain, qu'ils appartiennent ou non au SIL (Shoebox/Toolbox, logiciel aidant à la confection de dictionnaires bilingues ; diverses polices de caractères phonétiques ; etc.).[réf. nécessaire]

Par ailleurs, le SIL participe à des échanges entre bibliothèques et universités, fournit des bourses d'étude pour des chercheurs locaux, et aide à la conservation de documents rares menacés (sauvegarde d'archives, projets de financement d'équipements).[réf. nécessaire]

Ressources[modifier | modifier le code]

Le SIL met à disposition du public :

  • des ressources informatiques sur le développement linguistique ;
  • la majeure partie de son principal ouvrage de référence, dans ethnologue.com ;
  • des polices de caractères, par exemple la fonte « Gentium (en) » ou « Doulos SIL (en) », toutes deux compatibles Unicode.

Banque de données Ethnologue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ethnologue, Languages of the World.

Code SIL[modifier | modifier le code]

Article détaillé : code SIL.

Critiques des indigènes et des scientifiques[modifier | modifier le code]

Points de vue des associations indigènes[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970-80[Quand ?], la CONFENAIE (Confederación de las Nacionalidades Indígenas de la Amazonia Ecuatoriana - confédération des nationalités autochtones de l'Amazonie) considère que la SIL est une organisation colonialiste qui contribue à la destruction des cultures autochtones, et collabore avec les gouvernements répressifs, les multinationales et la CIA.

Lors de leur deuxième Congrès national, en février 1986, les organisations indiennes de Colombie dénoncent « les pratiques ethnocidaires des "Églises catholique et protestante" » et le Congrès «  répudie la présence du Summer Institute of Linguistics et demande la révocation complète de son contrat avec l'État. »[7].

Analyses et prises de positions des scientifiques (linguistes, ethnologues)[modifier | modifier le code]

En 1975, est publié au Mexique le Manifeste de Pátzcuaro (Denuncia de Pátzcuaro), signé par des anthropologues, sociologues, étudiants qui « travaillent dans les régions indigènes et dans les centres d'enseignement, de recherche et de développement »[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À ne pas confondre avec la Société de linguistique fonctionnelle (SILF), société savante fondée par André Martinet, qui publie la revue scientifique La Linguistique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Calvet 1987, p. 205
  2. Cf. liens sur le site de l’UNESCO: [1], [2], [3]
  3. Exemple au Burkina-Faso.
  4. Calvet 1984, p. 117
  5. a et b (en) Site officiel du SIL.
  6. Voir par exemple « Bible: 1997 » dans la (en) Fiche langue, dans la base de données linguistique Ethnologue du guarani paraguayen (13e, 14e[4], 15e[5], 16e et 17e éditions accessibles en ligne).
  7. François Queixalos, « Colombie », Journal de la Société des Américanistes, 72, 1986, p.242 Texte intégral en ligne - Persée, DOI:10.3406/jsa.1986.1017
  8. Andrés Medina, Carlos Mora (dirigé par), La quiebra política de la Antropología Social en México : : antología de una polémica, México, Universidad nacional autonoma, 1983, pp. 551-555.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Presse[modifier | modifier le code]

Les publications sont classées par date.

  • Louis-Jean Calvet, « Évangélisation et impérialisme culturel », Le Monde diplomatique,‎ mars 1981 (lire en ligne)
  • Johanna Lévy, « Au Venezuela, les peuples indigènes à la conquête de leurs droits », Risal Info,‎ septembre 2006 (lire en ligne)
  • Felipe Milanez, « Les dégâts du prosélytisme », Courrier international, no 976,‎ juillet 2009 (lire en ligne)
    publication originale : Carta Capital

Publications scientifiques[modifier | modifier le code]

Les publications sont classées par date.

  • Denis Turcotte, La Politique linguistique en Afrique francophone : une étude comparative de la Côte-d'Ivoire et de Madagascar, Québec, Presses de l'Université Laval,‎ 1981, p. 89-91
  • (en) Peter Aaby (dir.) et Søren Hvalkof, Is God an American? : An Anthropological Perspective on the Missionary Work of the Summer Institute of Linguistics, Copenhage/Londres, IWGIA (International Work Group for Indigenous Affairs) & Survival International,‎ 1981 (ISBN 87-980717-2-6, lire en ligne)
  • (es) Carmen Herrera, « Resistencia o imposición lingüística : Nota sobre el Instituto Lingüístico de Verano », Comunicación y Cultura en América Latina,‎ 10 octobre 1983, p. 189-194 (lire en ligne)
  • Dossier dans le numéro 27 de Langage et société :
  • Francisco Queixalos et Sybile Toumi, « L'éducation et l'ethnocide : à propos des Indiens d'Amérique Latine », Amerindia. Revue d'Ethnolinguistique amérindienne, no 10,‎ 1985 (lire en ligne)
  • Louis-Jean Calvet, La Guerre des langues, Paris, Payot,‎ 1987 (ISBN 978-2228142007, lire en ligne), « Politique linguistique et impérialisme : l'institut linguistique d'été », p. 204-217, chapitre 14 « Politique linguistique et impérialisme : l'institut linguistique d'été »
  • (en) Norman Lewis, The missionaries, Londres, Arena (Arrow Books),‎ 1989 (ISBN 0-09-959960-0)
  • (en) Gerard Colby et Charlotte Dennett, Thy will be done : Nelson Rockefeller and Evangelism in the age of oil, New York, Harper Collins,‎ 1995 (ISBN 978-0060167646)
  • Marion Aubrée, « La pénétration du "protestantisme évangélisateur" en Amérique latine », Tiers-Monde, no 32/126,‎ 1991, p. 439-449 (lire en ligne), DOI:10.3406/tiers.1991.4615
  • (de) Eni Pucinelli Orlandi, Sprache, Glaube, Macht : Ethik und Sprachenpolitik (Language, Faith, Power: Ethics and Language Policy), Université de Siegen / J.B. Metzler,‎ 1999, chap. 29/116, p. 116-142
  • (en) Edward L. Cleary et Timothy J. Steigenga, Resurgent Voice in Latin America : Indigenous Peoples, Political Mobilization, and Religious Change, Rutgers University Press,‎ 2004 (ISBN 0-8135-3461-5)

Lien externe[modifier | modifier le code]