Sœurs Dionne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Mitchell Hepburn et les quintuplées Dionne en 1935

Les sœurs Dionne ou les quintuplées Dionne, nées le 28 mai 1934, (les survivantes préfèrent qu'on les appelle les sœurs Dionne) sont les premiers quintuplés connus à avoir survécu au-delà de la petite enfance. Les sœurs sont nées tout près de Callander, Ontario, Canada, dans le village de Corbeil.

Les chances de donner naissance à des quintuplés identiques sont d'une sur 57 millions. Les sœurs Dionne sont nées prématurées de deux mois avec l'aide du docteur Allan Roy Dafoe et de deux sage-femmes, Mme Legros et Mme Lebel.

Les quintuplées[modifier | modifier le code]

Les cinq sœurs se nommaient :

  • Annette Lillianne Marie Dionne (Allard)
  • Cécile Marie Émilda Dionne (Langlois)
  • Émilie Marie Jeanne Dionne (morte à 20 ans au couvent le 6 août 1954, d'une asphyxie accidentelle pendant une crise d'épilepsie)
  • Marie Reima Alma Dionne (Houle) (morte le 27 février 1970, apparemment d'un caillot de sang dans le cerveau, à Montréal)
  • Yvonne Édouilda Marie Dionne (morte le 23 juin 2001 d'un cancer)

Dans leur livre Secrets de famille, Cécile, Yvonne et Annette Dionne révèlent qu'à la suite d'une attaque, Émilie était tombée sur le ventre, et, incapable de soulever son visage d'un coussin, est morte étouffée accidentellement.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance[modifier | modifier le code]

Bien qu'elles soient associées à la ville de Callander, les sœurs sont nées à l'extérieur de la ville, dans une ferme sur un territoire non enregistré, et leurs naissances furent déclarées au village de Corbeil. Le Musée des Quintuplées Dionne se trouve dans la grande ville la plus proche, North Bay, à l'intersection de l'autoroute 11 et de la Route transcanadienne, afin de mieux l'exposer au public.

Exploitation[modifier | modifier le code]

Leur père, Oliva Dionne, déjà père de cinq enfants (un sixième, Léo, mourut de pneumonie peu après sa naissance), fut contacté par des forains deux jours après la naissance des quintuplées, pour lui demander d'exposer ses enfants dans des tournées dès que leur santé le leur permettrait. À contrecœur, après s'être mis d'accord avec sa femme Elzire, il signa un contrat. Il s'engagea avec la Chicago Century of Progress Exposition, une foire internationale, pour utiliser l'argent pour nourrir et vêtir sa famille brutalement agrandie. Les bébés devaient vivre dans un aménagement spécialement créé pour eux sur les foires. (À cette époque, il était courant d'exposer dans des foires des prématurés dans leurs couveuses[1].) Il se rétracta cependant le lendemain et annula ce contrat.

Les sœurs Dionne à Toronto en 1939, où elles furent présentées à la future reine Elizabeth II.

Cependant, l'opinion publique fut alertée par cette exploitation des nouveau-nés, et condamna rapidement les parents, en particulier Oliva. Rapidement, le gouvernement de l'Ontario fut mêlé à l'affaire. La garde des cinq bébés fut retirée à leurs parents par Mitchell Hepburn, premier ministre de l'Ontario en 1935, initialement pour une tutelle de deux ans. Les bébés furent confiés au docteur Dafoe et trois autres tuteurs. Ironiquement, alors que les sœurs Dionne avaient été retirées à leurs parents pour empêcher qu'elles soient exploitées et les garder en bonne santé, le gouvernement comprit vite l'intérêt porté à Cécile, Annette, Marie, Yvonne et Émilie, et se mit à les exploiter financièrement à son tour. Les fillettes furent déclarées pupilles de la couronne de la province jusqu'à l'âge de 18 ans. En face de leur lieu de naissance, l'Hôpital et Nursery Dafoe fut construit spécialement pour les fillettes et ceux qui s'occupaient d'elles. La galerie d'observation, où des milliers de personnes venaient voir, à travers des grillages, les quintuplées jouer deux fois par jour, devint une partie de « Quintland », une sorte de parc d'attractions où on vendait aussi des marchandises liées aux quintuplées.

La galerie attirait environ 6000 personnes par jour pour voir les sœurs Dionne. Près de 3 millions de personnes la parcoururent entre 1936 et 1943[2]. En 1934, les quintuplées générèrent un revenu d'environ un million de dollars, et apportèrent au total 51 millions de dollars de revenu touristique à l'Ontario. Quintland devint l'attraction touristique la plus importante de l'époque, surpassant même les Chutes du Niagara et Shirley Temple.

De leur petite enfance à l'âge de neuf ans, Marie, Cécile, Yvonne, Émilie et Annette vécurent à l'hôpital, et n'étaient pas autorisées à sortir, avoir des amis, participer aux fêtes familiales, aller à l'école du village ou avoir des contacts avec leurs parents ou leurs frères et sœurs. Élevées par des infirmières, qu'elles considéraient parfois comme des figures maternelles, les cinq fillettes vivaient essentiellement comme une seule entité, ne sachant pratiquement rien du monde à l'extérieur de l'hôpital.

Les sœurs et leur image, ainsi que le docteur Dafoe, furent utilisées pour des publicités pour des produits comme Quaker Oats et des milliers d'autres marques populaires. Elles furent les vedettes de quatre films de Hollywood :

  • The Country Doctor (1936)
  • Reunion (1936)
  • Five of a Kind (1938)
  • Quintupland (1938)

Retour en famille[modifier | modifier le code]

Les quintuplées en 1947.

En novembre 1943, Oliva Dionne finit par gagner une longue bataille judiciaire. Les quintuplées, âgées alors de neuf ans, déménagèrent dans un manoir sur la route de Quintland, rejoignant leurs parents et leurs frères et sœurs, qui étaient pratiquement des inconnus pour elles, pour y vivre en famille. Le manoir de briques jaunes de 20 pièces était payé par les fonds des quintuplées, dont elles n'avaient pas connaissance à l'époque. Le manoir, surnommé « la Grande Maison », avait tous les luxes de l'époque, y compris l'électricité, le téléphone et l'eau chaude.

Les cinq sœurs se mirent à apparaître dans différentes circonstances. En particulier, leur représentation de There'll Always Be an England irrita certains Canadiens français. Un reportage de l'événement dans une vidéo du Film Board of Canada de 1978, commenté par Pierre Berton, montre les quintuplées âgées de 13 ans récitant leurs noms et chantant, semblant très malheureuses.

Âge adulte[modifier | modifier le code]

En 1965, les quatre sœurs survivantes, Annette, Cécile, Marie et Yvonne, publièrent un livre, Nous étions cinq. Cette autobiographie, ainsi qu'une biographie de Pierre Berton, servit de support à un téléfilm de 1994, Cinq bébés à la une (Million Dollar Babies), produit par CBS et la Canadian Broadcasting Corporation, avec Roy Dupuis et Céline Bonnier. L'année suivante, les trois sœurs encore vivantes affirmèrent avoir été victimes d'abus sexuels de la part de leur père. Elles accusèrent aussi leur mère de violences physiques et verbales, et décrivirent leurs frères et sœurs comme envieux et cruels, ces derniers affirmant que la famille aurait été plus heureuse si elles n'étaient pas nées.

En 1998, après plusieurs années de refus d'entendre les plaintes des sœurs, désormais dans la soixantaine, pauvres et épileptiques, le gouvernement de Mike Harris accorda à Cécile, Yvonne et Annette Dionne une compensation financière de quatre millions de dollars canadiens pour les années d'exploitation de Quintland.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) A Patron of the Preemies, A.J. Liebling
  2. (en) The Dionne quintuplets: A Depression-era freak show sur le site de CNN International

Source[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :