Sénat de la Monarchie romaine

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Politique sous la Rome antique
Image illustrative de l'article Sénat de la Monarchie romaine

Sous la Monarchie romaine, le Sénat n’est guère plus qu’une assemblée qui conseille le roi. Le dernier roi de Rome, le tyran Tarquin le Superbe, est renversé suite à un coup d’État planifié par le Sénat[1].

Introduction[modifier | modifier le code]

Le mot « Sénat » dérive du mot latin « senex », qui signifie « vieil homme »[2]. En fait, « Sénat » signifie littéralement « conseil des doyens ». Les populations indo-européennes ayant fondé Rome des siècles avant la légendaire fondation de Rome en 753 av. J.-C.[3] sont structurées en communautés tribales[4]. Ces communautés incluent souvent une assemblée de doyens issus de l’aristocratie, qui est investie de l'autorité suprême sur la tribu[5]. Les premières tribus qui se sont installées le long des berges du Tibre se sont finalement regroupées dans une confédération peu liée. Les tribus ont probablement formé une alliance pour se protéger des envahisseurs.

Les premières sociétés romaines, comme tous les Indo-Européens, sont profondément patriarcales. Les premières familles romaines sont appelées gentes[4]. Chaque gens constitue un agrégat de familles regroupées derrière un patriarche, appelé pater (le mot latin pour « père »). Il est le chef incontesté de la gens[6]. Quand les premières gens romaines se sont regroupées pour former une unique communauté, les patres des gentes dirigeantes ont été choisis[7] pour former l’assemblée des doyens (ce qui deviendra le Sénat romain)[6].

Tite-Live (entre autres) mentionne l'existence et le rôle du Sénat déjà à l'époque de la royauté et affirme[8] que le Sénat a été créé par Romulus lui-même. Les cent membres qui le composent à l'origine sont appelés « pères » et leurs descendants « patriciens ». Le roi nomme ces membres. En 616 av. J.-C., Tarquin l'Ancien y nomme cent nouveaux membres (tous acquis à sa cause) qu'on appellera les « sénateurs de second rang »[9]. La tradition fait état d'une division des 300 sénateurs en trois blocs de 100 sénateurs, qui se sont ajoutées au fil du temps[7].

Il est probable cependant que c'est une agrégation graduelle de patres, qui atteignent un haut prestige[7]. Le premier Sénat tire sa souveraineté ultime du fait qu'il est composé des chefs patriarcaux des principales familles. Comme chaque pater mène sa famille, le conseil des patres mène la confédération qui se crée. Les patres en sont venus à reconnaître la nécessité d’un dirigeant unique. Ils ont alors élu un roi (rex)[6], investi de leur pouvoir souverain[10]. Quand le roi meurt, son pouvoir revient naturellement aux patres[6].

Pouvoirs du Sénat[modifier | modifier le code]

Le Sénat de la Monarchie romaine ne peut être convoqué que par le roi[11]. Ainsi, le roi joue le rôle de seul président de l'assemblée. Les séances du Sénat se déroulent généralement dans un templum (un espace consacré). Cependant, il peut aussi se réunir dans un espace consacré par un augure pour l'occasion[11].

Le Sénat a trois principales responsabilités : Il détient un pouvoir exécutif[12], fonctionne comme un corps législatif de concert avec le peuple de Rome, et sert de conseiller au roi[11].

Rôle comme pouvoir souverain[modifier | modifier le code]

Les patres qui remplissent les rangs du premier Sénat tiennent une position de pouvoir absolu sur leurs familles respectives[6]. Comme le Sénat est l'assemblée des patres des principales familles, leur pouvoir individuel sur leur famille est consolidé en un pouvoir sur toutes les familles la première communauté romaine. Ce sont l'origine des familles patriciennes.

Pendant cette période, chaque famille non-patricienne existe comme étant dépendant d'une des familles patriciennes[13]. Finalement, cette dépendance sera rompue et le résultat est la création de la classe plébéienne[13]. Cependant, pendant les premières décennies de la monarchie, cette dépendance n'est pas rompue. Ainsi, chaque pater a autorité absolue sur sa famille patricienne ainsi que sur toutes les familles qui en dépendent[14].

Le roi est théoriquement élu par le peuple. En fait, cependant, le Sénat choisit chaque nouveau roi. Comme c'est par l'autorité absolue des patres que le Sénat choisit le roi, celui-ci devient l'incarnation de cette autorité. Ainsi, comme chaque pater a autorité absolue sur sa famille (et les personnes qui en dépendent)[6], le roi se voit conféré cette autorité absolue sur toutes les familles de Rome et donc sur l'état romain. Comme le roi tire son autorité des patres, il ne peut la transmettre à un héritier à sa mort. Ainsi, c'est au Sénat que revient naturellement l'autorité absolue à la mort du roi.

Rôle dans l'élection d'un nouveau roi[modifier | modifier le code]

Alors que le roi est techniquement élu par le peuple, c’est en fait le Sénat qui choisit chaque nouveau roi. La période séparant la mort du roi et l’élection de son successeur est appelé l’interregnum[12]. L’interregnum est la seule période pendant laquelle le Sénat use de son pouvoir souverain. Quand le roi meurt, c’est un membre du Sénat patricien (l’interrex) qui nomme un candidat à la succession[15]. Après que le Sénat a donné son approbation au prétendant par un vote, celui-ci est officiellement élu par le peuple[16] par l’intermédiaire des comices curiates (assemblée populaire)[15]. L'élection officielle du roi par le peuple sert à confirmer au Sénat que le peuple (qui combat dans les armées) trouve le nouveau commandant-en-chef acceptable[15]. Le Sénat donne ensuite son accord final usant de son auctoritas patrum (« autorité des pères » ou « autorité du Sénat »)[15]. Les autres étapes (telle que l'octroi de l’imperium par le peuple) sont purement cérémonials.

Le Sénat a le plus grand rôle dans l'élection. En effet, le Sénat choisit le roi, le peuple ratifie ce choix, et le Sénat finalise la décision.

Rôle dans le processus législatif[modifier | modifier le code]

Techniquement, le Sénat peut aussi promulguer des lois, mais il serait incorrect de considérer les décrets du Sénat comme une « législation » au sens moderne. Seul le roi peut décréter de nouvelles lois, bien qu’il implique souvent le Sénat et les comices curiates (l’assemblée populaire) dans le processus[3]. Ainsi, ces « lois » sont donc plutôt des décrets du roi, qui a un pouvoir absolu en matière législative. Le rôle premier du Sénat dans ce processus est d'assister le roi, ou d'ajouter une légitimité supplémentaire à un décret du roi en lui apportant son soutien. Parfois, cela implique un débat au Sénat sur la loi proposée, et même un vote. Cependant, le roi reste libre d'ignorer la décision du Sénat et de promulguer la loi[3].

Rôle comme conseiller du roi[modifier | modifier le code]

La tâche la plus significative du Sénat (hormis les élections royales) est son rôle en tant que conseiller du roi. Sous la monarchie, le territoire romain est confiné à la ville de Rome elle-même. Comme Rome n'a pas de vaste empire à défendre, et ainsi moins de guerres, le besoin d'un Sénat d'anciens magistrats expérimentés n'existe pas, contrairement aux besoins de la République. Comme les sénateurs sont des chefs des principales familles (plutôt que d'anciens magistrats expérimentés), le prestige du Sénat monarchique n'est pas aussi grand qu'il le sera plus tard. Comme le prestige du Sénat est limité, on ne considère que c'est normal que le roi puisse ignorer les conseils de l'assemblée patriarcale. Cependant, le Sénat devient un conseil consultatif très influent auprès du roi, et son prestige allant croissant, le rend de plus en plus difficile à être ignorer. Cette tradition d'assemblée consultative et non souveraine se maintient sous la République romaine, bien qu'en pratique les magistrats républicains agissent rarement contre les vœux du Sénat, d'autant plus les années passant[11].

Transition de la Monarchie à la République[modifier | modifier le code]

Quand le dernier roi semi-légendaire, Tarquin le Superbe, est banni[17] en 509 av. J.-C., le Sénat décide de ne pas nommer un nouveau roi[16]. Les pouvoirs de ce dernier sont transmis au Sénat, et ce dernier élit deux chefs, appelés « préteurs » (qui seront finalement connus sous le nom de consuls). C'est à ce moment-là que la République romaine est née[3].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques
Sources modernes utilisées
Autres ouvrages francophones
Autres ouvrages anglophones

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. F.F. Abbott, A History and Description of Roman Political Institutions, p.25
  2. Gaffiot 2000, art. « Sénat »
  3. a, b, c et d F.F. Abbott, op. cit., p.3
  4. a et b F.F. Abbott, op. cit., p.1
  5. F.F. Abbott, op. cit., p.12
  6. a, b, c, d, e et f F.F. Abbott, op. cit., p.6
  7. a, b et c F.F. Abbott, op. cit., p.16
  8. Tite-Live, Histoire romaine, I, 8
  9. Tite-Live, Histoire romaine, I, 35
  10. R. Byrd, The Senate of the Roman Republic, p.42
  11. a, b, c et d F.F. Abbott, op. cit., p.17
  12. a et b F.F. Abbott, op. cit., p.10
  13. a et b F.F. Abbott, op. cit., p.7
  14. F.F. Abbott, op. cit., p.2
  15. a, b, c et d F.F. Abbott, op. cit., p.14
  16. a et b R. Byrd, op. cit., p.20
  17. F.F. Abbott, op. cit., p.4

Liens externes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

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