Ryszard Kukliński

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Ryszard Kukliński en 1998[1]

Ryszard Jerzy Kukliński (13 juin 1930 à Varsovie, Pologne - 11 février 2004 à Tampa, Floride) est un colonel de l'armée de la République populaire de Pologne connu pour avoir passé des informations à la CIA sur les plans du Pacte de Varsovie envers l'OTAN[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de tradition catholique et socialiste. Son père a été arrêté pendant l'occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale et a péri dans le camp de Sachsenhausen. Après la guerre, Kukliński commença sa carrière dans l'armée polonaise. Il devint officier de l'état-major et travailla entre autres sur les plans d'invasion de la Tchécoslovaquie en 1968.

Au début des années 1970, il entre en contact avec la CIA. Kuklinski, qui était alors le chef du département de planification stratégique de l’état major de l’armée polonaise - en contact étroit avec les maréchaux et généraux soviétiques dont le ministre de la défense le maréchal Usitnov - savait que les plans soviétiques étaient offensifs.[réf. nécessaire] Ils prévoyaient l’engagement de l’armée polonaise dans l’opération contre l’OTAN dans 6 et 8 heures après le début des hostilités pour attaquer l’Allemagne fédérale, les Pays-Bas et le Danemark. L’estimation du taux de pertes de cette première vague de combattants était de 50 %. Les amis soviétiques ont réservé aux Polonais le rôle de chair à canon. Les plans prévoyaient l’occupation de toute l’Europe de l’Ouest en seulement deux ou trois semaines.

Selon son récit, il voulait préparer un complot contre l'URSS dans l'armée polonaise. La CIA lui déconseilla un tel plan, car irréaliste, et lui demanda plutôt d'espionner le Pacte de Varsovie. Entre 1972 et 1981, il fournit aux Américains plus de 35 000 pages des documents secrets concernant la Pologne et le Pacte de Varsovie. Les documents concernaient entre autres les plans d'usage des armes nucléaires dans le conflit entre l'Est et l'Ouest, les plans stratégiques d'invasion de l'Europe de l'Ouest (par les États du Pacte de Varsovie) planifiés pour décembre 1980[réf. nécessaire], les données techniques du char d'assaut T-72, les méthodes de camouflage antisatellite de l'Armée rouge et les plans préparatifs de la loi martiale en Pologne en 1981.

Grâce aux documents livrés par Kuklinski, les USA furent en mesure de dévoiler à l'URSS qu'ils voyaient clair dans son jeu, ce qui eut pour conséquence de dissuader cette dernière d'une attaque-surprise et de désamorcer la menace d'invasion. Les américains savaient que le but ultime de la doctrine militaire de l’URSS était l’attaque des USA. Les documents de l’état major soviétique communiqués par Kuklinski ne concernaient que l’invasion de l’Europe de l’Ouest, mais les commentaires manuscrits sur ces documents ne laissaient pas de doute sur les intentions à plus long terme, impliquant aussi les camarades des pays frères asiatiques. À ce titre, l'intervention énergique du président Ronald Reagan, à peine élu, lors des pourparlers Est-Ouest de 1981 fut déterminante pour mettre fin à l'état de Guerre froide. L’importance de ces informations n’était pas seulement militaire mais aussi politique. Quand Ronald Reagan a rencontré Mikhaïl Gorbatchev en octobre 1986 à Reykjavik, un incident a eu lieu : durant d'âpres discussions, Caspar Weinberger, le secrétaire de la défense, a transmis à Reagan un dossier que celui-là passa à Gorbatchev. Gorbatchev l’a regardé et montré au chef d’état major de l’Armée rouge qui est devenu blême : il avait entre les mains les plans de localisation et de construction des plus importants bunkers de commandement stratégique soviétique préparés pour conduire la guerre nucléaire avec l’Ouest. Les documents qui ont été transmis par Kuklinski. Selon Weinberger, après cet incident les pourparlers ont pris toute une autre direction...[réf. nécessaire]

Menacé d'être découvert, Kukliński est exfiltré de Pologne avec sa famille en décembre 1981 par la CIA, via l'ambassade du Canada[réf. nécessaire]. Le 23 mai 1984, la cour militaire polonaise le condamne à mort pour trahison. Cette condamnation sera annulée en 1995 (après le changement de régime en Pologne) et Kukliński réhabilité. Après sa réhabilitation, les villes de Gdańsk et Cracovie lui ont attribué le titre de citoyen d'honneur. Il est retourné en Pologne une fois en 1998.

Après le décès de Kukliński, son corps a été transféré avec la dépouille de son fils Waldemar, tué en août 1994, renversé par une voiture dont on n'a jamais retrouvé le conducteur. Son second fils, Bogdan, a également disparu la même année en mer, dans des circonstances non élucidées. La concomitance de la mort des deux fils nourrit les spéculations, certains spécialistes évoquant une possible vengeance des communistes à l'égard de la famille Kukliński.

Il a été nommé colonel de l'US Army. Aujourd'hui, de part et d'autre de l'Atlantique, nombre d'observateurs politiques et militaires considèrent que Kuklinski a permis de désarmorcer un conflit mondial imminent et dûment préparé.[réf. nécessaire]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Benjamin Weiser, A Secret Life: The Polish Officer, His Covert Mission, and the Price He Paid to Save His Country, PublicAffairs, New York, 2004 (ISBN 1-891620-54-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (pl) « Pułkownik Ryszard Kukliński z wizytę u marszałek senatu Alicji Grześkowiak (« Le colonel Ryszard Kukliński rend visite à la présidente du Sénat Alicji Grześkowiak ») », sur http://ww2.senat.pl/ (site d'archive du Sénat polonais),‎ 5 mai 1998 (consulté le 19 avril 2014)
  2. (en) Personnel de rédaction, « The spy who remained in the cold », The Economist,‎ 15 janvier 2009 (lire en ligne)