Rue des Écouffes
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Rue des Écouffes
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| Situation | |||
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| Arrondissement | 4 | ||
| Quartier(s) | Saint-Gervais (Pletzl) |
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| Morphologie | |||
| Longueur | 164 m | ||
| Largeur | 12 m | ||
| Historique | |||
| Création | XIIIe siècle | ||
| Ancien(s) nom(s) | rue de l'Écofle, de l'Escoufle, des Escoufles, des Escoffles | ||
| Géocodification | |||
| Ville de Paris | 3136 | ||
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Géolocalisation sur la carte : Paris |
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La rue des Écouffes est une petite rue du 4e arrondissement de Paris, qui va de la rue de Rivoli au sud à la rue des Rosiers au nord. C'est une rue étroite et sombre à l'alignement irrégulier.
Ce site est desservi par la station de métro Saint-Paul.
Sommaire |
Histoire [modifier]
Le creusement de la rue des Écouffes date du XIIIe siècle. Son nom a varié: rue de l'Écofle au XIIIe siècle; rue de l'Escoufle ou des Escoufles au XIVe siècle; rue des Escoffles au XVIe siècle, puis rue des Écouffes. Son nom provient sans doute d'une enseigne représentant un milan, appelé autrefois escofles; or escoufle était le nom communément donné aux prêteurs sur gages; « Un Milan ? Mais oui, bon sang, c'est bien sûr! Milan, avec une majuscule fautive mais ô combien révélatrice, Milan, la capitale de la Lombardie, d'où venaient les prêteurs sur gages installés à Paris dès le règne de Philippe-Auguste. », dit un fin linguiste[1]. La rue a pu être ainsi dénommée parce que des prêteurs sur gages y faisaient affaire.
Au début du XXe siècle, « Assez nombreuses y sont encore les maisons [du passé]: elles se distinguent par l'étroitesse de leurs façades, par les arcades massives de leurs portes cochères, par les fers forgés de leurs fenêtres. Ce qui a le plus changé, ce sont les habitants. Au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, des personnes de qualité ou de simples bourgeois, gens de robe ou de finance, l'occupaient presque seuls, en marge de l'aristocratique Marais. Mais, au cours du [XIXe siècle], le ghetto parisien, jadis confiné dans la toute voisine rue des Juifs (aujourd'hui rue Ferdinand-Duval), l'a peu à peu conquise. », remarque l'historien Charles Samaran[2].
La présence de la culture juive est aujourd'hui importante. Au no 18 se trouvent ainsi la synagogue Beit Yossef (בית יוסף) et l'oratoire Fleischman[3]. L'oratoire a été créé en 1930 par Armand Fleischman (1886-1973) en souvenir de son fils Roger, étudiant en médecine, mort à l'âge de 19 ans (1911-1930). Il a été inauguré en 1931 et avait pour objectif d'apporter des cours d'instruction religieuse et d'hébreu à la population yiddishophone du quartier, en particulier les enfants (une photo émouvante le rappelle[4]). À l'origine et jusque dans les années 1950, l'oratoire était indépendant et de rite ashkénaze; il est actuellement de rite séfarade et est devenu consistorial. Lorsqu'on passe la porte, on longe un couloir qui donne sur une minuscule arrière-cour pavée. C'est là que se trouve l'oratoire. L'école de Talmud Torah ne fonctionna pleinement qu'une dizaine d'années, car ensuite un très grand nombre des enfants du quartier partirent pour Pitchipoï. Cependant, après la Libération, les cours de Talmud Thora reprirent pour quelques années encore.
Au no 21, la rue vit naître Jacob Kaplan (1895-1994), Grand Rabbin de France de 1955 à 1980.
Au no 23 se trouve la plus ancienne librairie juive du quartier (elle existe depuis le début du XXe siècle). La rue héberge également plusieurs restaurants typiques (au no 16, 17, 27). La Seconde guerre mondiale fit ici des ravages: « Ici vécurent avec leur mère torturée à mort par la gestapo, les patriotes Marcel, Lucien et André Engros fusillés par les occupants hitlériens. », lit-on sur une plaque commémorative au no 18; le no 22 fut le lieu où 44 personnes, adultes et enfants, furent arrêtés lors de la rafle du vel' d'Hiv' du 16 juillet 1942 et déportés. « Tous les étages retentissaient des pleurs des enfants. », rapportent les historiens de cette période noire[5].
Au no 27 était installée une bibliothèque ouvrière russo-juive (une première bibliothèque avait été créée en 1892 rue Vieille-du-Temple). En 1900 y fut formé le premier groupe bundiste.
Faits marquants [modifier]
L'historien, linguiste et philologue français Charles du Fresne, sieur du Cange (1610-1688), habita dès 1673 au no 3, qu'il louait pour 500 livres par an à François Benoise, aumônier du roi, abbé de Montreuil et chanoine d'Amiens[6].
Au no 14 se trouvait la rédaction du Naturien, journal épisodique (4 numéros en 1898) « revendiquant l’indépendance absolue par le retour à la Nature (et non à l’état primitif) » proche du mouvement anarchiste.
Au no 20 vécut et mourut le peintre Philippe de Champaigne (1602-1674). Bien que l'édifice d'origine ait disparu, on sait ce qu'il advint de son bien: hérité de sa belle-famille, il revint à son neveu[7], Jean-Baptiste de Champaigne, peintre lui-même et valet de chambre du Roi, qui légua la maison à la belle-mère d'un conseiller au Châtelet, Amelin; celui-ci la revendit à Lallemand, homme d'affaires du Roi qui possédait déjà la propriété contiguë.
Au no 23 a habité le géographe Philippe Buache (1700-1773)[8].
Au no 25 se trouve un hôtel particulier du XVIIe siècle, l'Hôtel Brulart, inscrit à l'inventaire des Monuments historiques pour sa « façade sur rue et le versant de toiture correspondant ; la façade et la toiture du bâtiment du 18s au fond de la cour, y compris la cage et la rampe d'escalier ».
C'est également dans la rue des Écouffes que fut élevé le futur maréchal de France Achille Baraguey d'Hilliers. Sa mère avait eu en première noces pour époux Nicolas Husson, conseiller du Roi[9].
L'une des aventures de Nestor Burma, dans la série Les nouveaux mystères de Paris, s'intitule Du rébecca rue des Rosiers. Léo Malet y décrit le quartier tel qu'il apparaissait à l'époque, en 1958[10]. Il a été porté au petit écran en 1992 par Maurice Frydland (voir Nestor Burma (série télévisée)). L'une des scènes a été tournée devant l'oratoire Fleischman. Cf. Laurent Bourdelas, Le Paris de Nestor Burma, L'Harmattan.
Enfin, le photographe Eugène Atget a laissé de très beaux clichés de la rue telle qu'elle était au début du XXe siècle[11].
Lieux [modifier]
Voir aussi [modifier]
Notes et références [modifier]
- leveto, 07.08.2011. « Rue des Écouffes ». Vous voyez le topo | Langue française, mots et toponymes Blog
- Charles Samaran, Du Cange à Paris, Paris, 1922. Disponible sur [1]
- Le fondateur de l'oratoire est le père de l'écrivain Cyrille Fleischman; sa mère avait un magasin de linoléum non loin de la station de métro « Saint-Paul ».
- Cf. Katy Hazan « Du heder aux écoles actuelles : l'éducation juive, reflet d'un destin collectif », Archives juives 2/2002 (Vol. 35), p. 4-25.
- Claude Lévy et Paul Tillard, La Grande rafle du Vel' d'hiv', Paris, Robert Laffont, 1967, p. 47.
- Charles Samaran, Du Cange à Paris, Paris, 1922. Disponible sur [2]
- [3], p.224
- Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875. Disponible sur [4]
- Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875. Disponible sur [5]
- Laurent Bourdelas & Patrick Le Louarn, Le Paris de Nestor Burma, l'Occupation et les "Trente glorieuses" de Léo Malet, Paris : L'Harmattan, 2007 (ISBN 2296024629), 189 p.
- Par exemple, l'angle du Roi-de-Sicile et de la rue des Écouffes ou [6], et la rue elle-même.
- Michel Taubes, 2007. Né en 1930 rue des Écouffes. À compte d'auteur. Témoignage pour la période 1930-1938.
- Henri Le Verdier, 1893. « Le crime de la rue des Écouffes, ou le mari malgré lui ». Le littoral illustré. Nº 12 mars