Ruben Um Nyobe

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Ruben Um Nyobè
Fonctions
Secrétaire Général de L'Union des populations du Cameroun
Successeur Félix-Roland Moumié
Biographie
Date de naissance 10 avril 1913
Lieu de naissance Eog Makon, près de Éséka, département du Nyong-et-Kéllé
Date de décès 13 septembre 1958 (âge 45)
Lieu de décès Libél Li Ngoï, (Boumnyébel)
Nationalité Camerounaise
Parti politique Union des populations du Cameroun (UPC)
Conjoint Marthe Françoise Ngo Mayack (1944), Marie Ngo Njock Yébga
Enfant(s) Daniel
Profession Greffier,
syndicaliste

Ruben Um Nyobe

Ruben Um Nyobe, surnommé Mpodol (le sauveur[1]), est un dirigeant camerounais et précurseur des indépendances en Afrique francophone. Il est né en 1913 à Eog Makon et mort assassiné par l'armée française le 13 septembre 1958 en pays Bassa.

Um Nyobe est l'une des figures emblématiques de la lutte pour l'indépendance du Cameroun, comme Félix-Roland Moumié et Ernest Ouandié, avec qui il partage la même fin dramatique. Il est officiellement proclamé Héros national par l'assemblée nationale du Cameroun le 27 juin 1991.

Enfance[modifier | modifier le code]

Ruben Um Nyobe est né à Eog Makon non-loin de Boumnyébel, ville du Cameroun située dans l'arrondissement d'Eséka, à environ 70 km de Yaoundé, de l'union de Nyobé Nsounga et de Ngo Um Nonos, tous deux paysans Bassa. Il a fait ses études primaires dans les écoles presbytériennes locales.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Marié à Marthe Françoise Ngo Mayack, Badjôb[2], en 1944, Um s'en serait séparé pour le maquis en 1955. Sa compagne de clandestinité est, jusqu'à sa mort, Marie Ngo Njock Yébga, de laquelle il eut un fils en 1957[3].

Vie politique[modifier | modifier le code]

Il ne participe pas à la création de l'Union des populations du Cameroun la nuit du 10 avril 1948 dans un café-bar de Douala-Bassa dénommé « Chez Sierra »[4]. Toutefois, malgré son absence cette nuit-là, la majorité des membres fondateurs de l'UPC (qui sont aussi membres du bureau directeur de l'Union des syndicats confédérés du Cameroun USCC), dont Ruben Um Nyobè, le secrétaire général, suggère qu'il en fut informé. Connu pour sa véhémence, Ruben Um Nyobè est propulsé à la tête du parti au mois de novembre 1948. Il s'y caractérisera par son franc-parler et ses nombreux écrits. Il s'opposera au pouvoir colonial français et réclamera selon ses termes « une indépendance totale et immédiate »[réf. nécessaire] suscitant alors une prise de conscience nationale et provoquant la décolonisation qui allait suivre en 1960, après lui. Il se rendra deux fois aux Nations unies grâce aux cotisations de paysans camerounais afin de plaider la cause du Cameroun.

Pour certains, lorsque l’on évoque le nom de Ruben Um Nyobè, ils pensent à deux choses : indépendance immédiate, et réunification'. Or en procédant ainsi à une telle énumération, ils se trompent totalement. Cette confusion, ou, plus précisément, cette erreur, provient purement et simplement des adversaires de Ruben Um Nyobè qui, après avoir procédé à son élimination physique, ont entrepris de déformer, à dessein, sa pensée politique, dans le but de démontrer à la population qu’ils ont réalisé son programme, sans recourir, comme lui, à des meurtres, des assassinats, du brigandage, en un mot, au terrorisme[5].

Ruben Um Nyobè plaçait la réunification en dehors de l’indépendance. Il estimait que l'unification, étant un prérequis à l’indépendance, devait se produire bien avant cette dernière. Il déclara ainsi dans son discours devant la 4e Commission de tutelle de l'Assemblée générale de l'ONU au mois de décembre 1952 : « il est question de demander à l'organisation des Nations Unies de trouver de véritables solutions qui permettront aux Camerounais d'accéder à leur indépendance dans un avenir raisonnable, c'est- à-dire le plus proche possible. Et nous sommes modérés dans notre action. Nous ne demandons pas d'indépendance immédiate. Nous demandons l'unification immédiate de notre pays et la fixation d'un délai pour l'indépendance »[6].

C'est ainsi qu'il proposa également à l'ONU « (...) un programme-école, c'est-à-dire, un programme dont l’exécution permettrait aux Camerounais de recevoir une formation adéquate, pour pouvoir assumer les charges d’État découlant du recouvrement de notre souveraineté »[7]. D'après son allocution, c’était « (...) pour permettre aux citoyens de notre pays d’apprendre, pendant un laps de temps, à diriger, sous l’égide d’un haut-commissaire de l’ONU, le gouvernement de leur pays »[8]. Quant à la durée du programme-école, il proposa une période « de dix ans préparatoire à l’indépendance »[9].

Deux mois avant les émeutes de mai 1955, qui coûtèrent la vie d'après le bilan officiel à 25 personnes (2 européens et 23 camerounais dont un policier) et 62 policiers blessés[10], il gagne le maquis et refuse de se présenter au tribunal le jour de l’audience de l’« affaire De Gelis contre Um »[11],[12]. Depuis le maquis, il crée, le 2 décembre 1956, au cours d’une réunion de responsables de l’Upc, une armée dénommée Comité national d’organisation (CNO). Le chef militaire en est Isaac Nyobè Pandjok, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale[13]. En outre, il entreprend de mettre aussi en place une administration parallèle à l'administration coloniale. Cette administration entreprit d’établir des actes officiels tels que les actes de naissance, les actes de mariage, les cartes d’identité « kamerunaises », les titres fonciers, etc.[14].

Pierre Messmer, le nouveau Haut Commissaire est alors favorable à une reprise du dialogue avec Ruben Um Nyobè. Paul Soppo Priso crée le 9 juin 1956, en collaboration avec Ruben Um Nyobè, un mouvement politique dénommé Courant d’union nationale. Le 23 décembre 1956, l’Assemblée législative du Cameroun remplace l’Assemblée territoriale du Cameroun et des élections législatives sont prévues. Les candidats peuvent se présenter en leur propre nom. Le 28 novembre 1956, se tint à 10 km de la ville d’Ebolowa, un congrès du Courant d’union nationale pour trancher de la participation de ses membres au dit scrutin. À l’issue des débats, les partisans du boycott du scrutin par les upécistes l’emportèrent sur ceux de la participation à celui-ci[15]. À l'issue de ces élections, André-Marie Mbida, député du groupe parlementaire des Démocrates camerounais qui deviendra plus tard le Parti des Démocrates Camerounais, est désigné chef de l'État et Premier ministre de l'État autonome du Cameroun sous tutelle des Nations unies par 56 voix contre 10[16].

Toutefois, en raison des troubles, le scrutin ne s'est pas déroulé dans la région de Ruben Um Nyobè. Au lendemain des élections du 23 décembre 1956, Pierre Messmer suggère alors l’organisation d’une élection partielle, tout spécialement pour Ruben Um Nyobè, afin de l’intégrer à l’Assemblée législative du Cameroun[17]. Il envoie de ce fait l'evêque de Douala, Mgr Thomas Mongo, à la rencontre de Um Nyobè pour des pourparlers. Celui-ci déclare que les « institutions mises en place sont fantoches car l’UPC n’en a pas le contrôle »[18] et exige d'être « désigné Premier ministre à la place d’André-Marie Mbida »[18]. Il demande « que Pierre Messmer accepte une rencontre publique avec lui »[18] et « que l’UPC forme un gouvernement d’union nationale »[18]. Lors de la deuxième rencontre avec le prélat, il lui fait savoir que « le Comité Central de l’UPC a siégé, et qu’il a conclu que Ruben Um Nyobè ne peut accepter qu’une seule et unique chose : le poste de Premier ministre et rien d’autre »[19].

Or, c'est la coalition parlementaire Paysans indépendants, Union camerounaise (UC) et Démocrates camerounais (DC) qui gouverne. De plus ces groupes parlementaires forment à eux seuls la quasi-totalité des députés à l'Assemblée législative. Une élection dans la région de Ruben Um Nyobè n'aurait pas changé le rapport de force. De plus, Pierre Messmer ne peut juridiquement révoquer le Premier ministre André-Marie Mbida. En effet d'après les statut de l’État autonome du Cameroun, un haut-commissaire ne peut en aucun cas démettre un Premier ministre de ses fonctions[20].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Ruben Um Nyobè fut abattu par l'armée française le 13 septembre 1958 dans la forêt où il se cachait, après que les troupes coloniales françaises l'eurent localisé, grâce à des indiscrétions de quelques « ralliés ». Après de longs mois de traque contre tous ses partisans, tous tués ou capturés les uns après les autres, son campement fut localisé début septembre 1958 par le capitaine Agostini, officier des renseignements et par M. Conan, inspecteur de la sûreté. Um Nyobe fut tué de plusieurs balles, tombant sur le bord d'un tronc d'arbre qu'il s'efforçait d'enjamber ; c'était près de son village natal, Boumnyebel, dans le département du Nyong-et-Kéllé dans une zone occupée par l'ethnie Bassa dont il était par ailleurs natif. Après l'avoir tué, les militaires traînèrent son cadavre dans la boue, jusqu'au village Liyong. Cela le défigura, sa peau, sa tête et son visage étant profondément déchirés. En travestissant à ce point sa dépouille, la force coloniale voulut « détruire l'individualité de son corps et le ramener à la masse informe et méconnaissable », affirme J.-A. Mbembe. C'est dans le même esprit, poursuit-il, qu'« on ne lui accorda qu'une tombe anonyme ». Aucune épitaphe, aucun signalement particulier n'y furent inscrits. Les autorités coloniales le firent enterrer sans cérémonie, immergé dans un bloc massif de béton.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Patrick Pesnot, Les dessous de la Françafrique, Nouveau Monde éditions, 2011 (ISBN 978-2-84736-515-3) p. 63.
  2. Badjôb est le nom d'une des familles du peuple Bassa http://adina-bassa.com/index.php?option=com_content&view=article&id=72:les-grandes-familles-bassa&catid=11&Itemid=105
  3. Le Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971
  4. Abel Eyinga, L’Upc : une révolution manquée ?, Chaka, 1991, p. 23-24
  5. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 25
  6. Bouopda Pierre Kamé, Cameroun, Du protectorat vers la démocratie - 1884-1992, p. 84
  7. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 35-36
  8. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 36
  9. Abel Eyinga, L’Upc : une révolution manquée ?, Chaka, 1991
  10. Les Émeutes de mai 1955, Service de l'information, Cameroun, 1955
  11. Abel Eyinga, L’Upc : une révolution manquée ?, Chaka, 1991, p. 89
  12. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 39
  13. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 40
  14. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 41
  15. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 47
  16. La Presse du Cameroun n°2113 du jeudi 16 mai 1957
  17. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 48
  18. a, b, c et d Enoh Meyomesse, le carnet Politique de Ruben Um Nyobè, p.50
  19. Enoh Meyomesse, Le Carnet politique de Ruben Um Nyobè, p. 51
  20. Article 19-4 du Décret no 57-501 du 16 avril 1957 portant Statut du Cameroun, Cf. JP Guiffo Moppo, ibid, p. 15

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Achille Mbembe, Écrits sous maquis, L'Harmattan, 1989
  • Achille Mbembe, Naissance du maquis dans le sud-Cameroun, Khartala, 1996
  • Achille Mbembe, « Pouvoir des morts et langage des vivants. Les errances de la mémoire nationaliste au Cameroun » in Politique africaine, no 22
  • Stéphane Prévitali, Je me souviens de Ruben, Khartala, 1999

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]