Royaume des Beni Abbes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Royaume des Béni Abbès
Tagelda n Ait Abbas (ber)

1520 – 1871

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de la Régence d'Alger, du Royaume de Aït-Abbas et du Royaume de Koukou au XVIIIe siècle, avec la route Alger-Constantine ponctuée par le passage stratégique des Portes de Fer (Tiggoura) où la Régence d'Alger payait un droit de passage aux sultans locaux.
Le fondateur du Royaume d'Ait Abbas fut prince de Béjaïa et un allié des Hafsides avant de s'en émanciper en 1510 date de leur défaite face aux Espagnols. Il reprendra les symboles et l'administration locale à son compte avant de fonder son propre sultanat.

Informations générales
Statut Monarchique et tribus fédérées
Capitale Kalâa des Beni Abbès, Medjana
Langue Kabyle
Religion Islam, Chrisianisme
Histoire et événements
1510 Abderahmane, sultan de Béjaïa pour le compte des Hafsides puis fondateur de la Kalâa.
1547 Abdelaziz prend le pouvoir; sous son règne la Kalâa prend de l'importance et son royaume s'oppose aux Ottomans pour s'allier au royaume de Koukou.
1559 Abdelaziz meurt au cours d'une bataille contre les Turcs.
1609 Les Kabyles entrent en guerre contre la régence d'Alger et dévastent la Mitidja.
1824 Dernière révolte et dernier traité de paix avec la régence d'Alger.
1870 Révolte des Mokrani et chute de la dynastie des Amokranes face à la France.

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Royaume ou Sultanat des Béni Abbès est un État dont l'autorité s'étendait sur la petite Kabylie et au-delà du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle. Sa capitale était la Kalâa des Beni Abbès une citadelle dans les Bibans. Ce fut un bastion de résistance aux Espagnols puis aux Ottomans. À la fin du XVIIIe siècle suite aux divisions de la famille Mokrani le royaume s'émiettera en divers clans dont la plupart seront vassalisés par la Régence d'Alger. À l'arrivée des Français, certains Mokrani prirent le parti de la colonisation, d'autres de la résistance. Les Français pour favoriser leur implantation dans la région s’appuient sur les seigneurs locaux, maintenant une apparence d'autonomie de la région sous ses chefs traditionnels jusqu'en 1871. Ses souverains prirent divers titres, successivement Amokrane, sultan, cheikh de la Medjana, puis s'alliant temporairement aux autorités françaises avant la révolte de 1871, Khalifa et Bachagha[1].

Fondation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de Béjaïa.
Arbre généalogique des Amokrane du Royaume des Ait Abbas.

En 1510, sur la lancée de la Reconquista, les Espagnols s'emparent de Béjaïa aux mains des Berbères hafsides. Ils organisent à partir de cette position des razzias dans l'arrière-pays. Les Berbères de la région cherchent protection à l'intérieur des terres et prennent pour nouvelle capitale la Kalâa des Beni Abbès, au cœur de la chaîne des Bibans. Cette ville était une ancienne place fortifiée de l'époque hammadide et une étape du triq sultan la route commerciale allant des Hauts Plateaux à Béjaïa, c'est le sultan Abderahmane qui choisira le site pour des raisons sécuritaires. Le règne de son petit-fils Abelaziz fera sortir le nom de la Kalâa de l'anonymat, à son apogée la cité comptait 70 000 habitants et rivalisait alors avec Tunis, il prendra alors le titre d'Amokrane. C’est durant son règne que la Kalâa se dotera de fabriques d’armes avec l’aide des renégats chrétiens ainsi qu'une partie des habitants de Bougie chassés par l'occupation espagnole, dont des andalous, musulmans, ainsi qu'une communauté juive qu’elle accueille en grand nombre et qui apportent leur savoir-faire[2].

Relation au Royaume de Koukou[modifier | modifier le code]

Le royaume de Koukou implanté en Kabylie de l'autre côté de la vallée de la Soummam, sera un rival dans la région. Les Ait Abbas durant le XVe siècle entreront plusieurs fois en guerre avec lui, s'alliant parfois avec les Ottomans qui jouaient sur la rivalité entre les deux royaumes pour espérer s'implanter en Kabylie. Cependant les relations se détériorant avec la Régence d'Alger et à l'occasion de mariages entre les grandes familles des deux royaumes, il deviendront progressivement alliés[3].

Résistance aux Ottomans[modifier | modifier le code]

Vieux quartier de la Kalâa des Beni Abbès ancienne capitale du Royaume. Les constructions resserrés permettaient avec le relief escarpé la défense du site.

Entre le XVIIe siècle et le XIXe siècle il y aura plusieurs conflits entre les royaumes kabyles d'Aït Abbas et de Koukou et la Régence d'Alger dont les principaux ont eu lieu en 1609 où les Kabyles ont dévasté la Mitidja et menacé Alger, entre 1758 et 1770 dans toute la Kabylie et entre 1805 et 1813 dans la vallée de la Soummam[2]. Enfin en 1823 ils entrent en révolte contre l'autorité de la Régence et coupent les voies de communications entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'après plusieurs mois de combats que l'agha Yahia parvient à négocier la soumission des tribus et en 1824 est signé le dernier traité de paix[4]. Globalement le royaume, qui bénéficie d'une certaine reconnaissance internationale (représentations diplomatiques en Espagne, notamment), contribue à préserver une relative autonomie de la région par rapport au reste de la régence d'Alger[5].

Après une période de rivalité où alternent phases de paix et de guerre entre Ottomans et Kabyles pour le contrôle d'Alger, leurs relations se stabilisent à l'époque des deys. Son autonomie fait l'objet d'une reconnaissance tacite qui marque une étape importante dans la constitution de l'identité régionale.

Le royaume contrôle le passage stratégique des Portes de Fer appelés Tiggoura par les Kabyles et Demir kapou par les Turcs qui est un point de passage obligatoire sur la route reliant Alger à Constantine. La Régence d'Alger devait payer un tribut pour le passage de ses troupes, dignitaires et commerçants. C'est d'ailleurs dans l'Algérie de l'époque le seul endroit où le pouvoir Makhzen de la régence payait un tribut à des populations locales insoumises[6].

Le voyageur français Peyssonnel écrivit en 1725 :

« Ces troupes (la milice, turque) si redoutables dans tout le royaume, sont obligées de baisser leurs étendards et leurs armes, en passant par un détroit fâcheux appelé la Porte de fer, entre des montagnes escarpées. La nation dite Benia-Beïd (Beni-Abbas), qui habite ces montagnes, les force à la soumission. […] et ils s'estiment encore heureux d'être en paix avec eux, sans quoi il faudrait aller passer dans le Sahara pour aller d'Alger à Constantine[6]. »

Chute du Royaume[modifier | modifier le code]

Avec l'arrivée progressive des Français dans la région le royaume des Ait-Abbas aura une position changeante, soutenant la Régence d'Alger face à l'invasion française puis les révoltes de Lalla Fatma N'Soumer, mais signant plus tard la paix avec la France qui nommera Bachagha son chef Mohamed Amokrane. Mais face aux tentatives d'expropriation, Mohamed Amokrane, dernier Amokrane (chef) du royaume, entrera en guerre en 1871 avec la « révolte des Mokrani », où la confrérie de la Rahmaniya joue un grand rôle. La répression se solde par de nombreuses arrestations, des spoliations et des déportations en Nouvelle-Calédonie (c'est l'origine des « Kabyles du Pacifique »)[7].


Listes des chefs du Sultanat[modifier | modifier le code]

Légende (Titre principal)
  •      Émir de Béjaïa
  •      Sultan de la Kalâa.
  •      Cheikh de la Medjana.







Portrait Nom
(Naissance-Mort)
Dates du règne

Gouvernement Régime politique Autres titres et fonctions occupées
pendant le règne
Notes, faits marquants Réf.
1 Hafsids Bougie Algeria 1249 1276 ornemental Kufic.JPG Emir Abderrahmane
- 1500 - Émirs de Béjaïa vassaux des Hafsides. Émir de Béjaïa.
Émir Hafside de Béjaïa. [8]
-
2 Hafsid Flag - Tunisia.svg Ahmed I
(-1510)
1500 1510 - Émirs de Béjaïa vassaux des Hafsides
Sultanat des Aït-Abbas
Sultan de la Kalâa.
Dernier émir Hafside de Béjaïa. Suite à la prise de Béjaïa par le Royaume d'Espagne, il se repliera sur l'arrière pays et choisira une ancienne place forte de l'époque hammadide comme fief. Il sera le premier sultan de la Kalâa des Beni Abbès. [8]
-
3 Sultan Abdelaziz dit « La Abbès »
(-1559)
1510 1559 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Sultan de la Kalâa.
Il succède a son père Ahmed I. Au départ allié des Ottomans, il participera à leurs expéditions dans l'Oranais et le Sahara. Il mènera face à l'avancée et la convoitise des Ottomans sur son sultanat, une politique d'alliance avec les Espagnols. Il épousera la fille du souverain du Sultanat de Koukou voisin dont le père a été assassiné par la Régence d'Alger. Évitant d'affronter les troupes ottomanes mieux armées dans un premier temps, il s'alliera à eux temporairement, profitant du répit pour fortifier la Kalâa et étendre son influence jusqu'au Sahara. Il recrutera des andalous et renégats chrétiens pour développer une industrie, notamment une fabrique d'arme à feu. Une foi son armée structurée il repoussera les troupes ottomanes par 2 fois, et continuera à les harceler continuellement. Il meurt dans une bataille face aux troupes du Pacha d'Alger en 1559. [8]
-
4 2 - Kalâ Beni Abbès La véranda du mausolée.jpg Sultan Ahmed Amokrane
(-1596)
1559 1600 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Sultan de la Kalâa.
Il succèdera à son frère Abdelaziz. Il donnera son titre d' Amokrane (« Chef ») comme nom à la dynastie. Il continuera la politique d'hostilité à l'établissement de la Régence d'Alger. Son règne est prospère, il s'emparera de Tolga, Biskra et de la région des Ouled Naïl, de Bou Saâda à Djelfa. Il tombera aussi au combat en 1596. [8]
-
5 Sultan Sidi Naceur El Mokrani
(-1600)
1600 1600 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Sultan de la Kalâa.
Fils de Ahmed Amokrane, il sera porté sur la religion et laissera péricliter les affaires de l’État. Provoquant le mécontentement des chefs militaires et des commerçants, il sera assassiné par ses sujets de la tribu des Aït-Abbas. [8]
-
6 Cheikh Si Betka Mokrani
(-1680)
1600 1680 - Sultan de la Medjana Amokrane.
Cheikh de la Médjana.
Premier Cheikh de la Medjana. Recueilli par le clan des Hachem, fidèle a son père, il est conduit à la Medjana où à partir du borj il établit sa capitale. Il organise un blocus contre la tribu des Aït-Abbas responsable de l'assassinat de son père. Après la soumission de cette tribu il renonce à retourner s'installer dans le fief de la Kalâa des Beni Abbès et donc de facto au titre de Sultan de la Kalâa. Il sera désigné comme « Cheikh de la Medjana » et conservera son nom et titre d'Amokrane. Il participera à la bataille de Jijel (1664) contre le Royaume de France. Il régna en maitre absolu sur son territoire et a probablement participé en 1638 aux soulèvement qui ont fait ébranlé l'autorité de la Régence d'Alger dans le Constantinois. [8]
-
7 Sultan Bouzid Mokrani
(-1735)
1680 1735 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Cheikh de la Médjana.
Sultan de la « nation des Beni-Abbas »[9].
Il fit respecter vigoureusement le droit de passage (Ouadia) des Portes de Fer payé par la Régence d'Alger en massacrant des colonnes de soldats ottomans allant de Constantine à Alger. Son influence s'étend du Hodna à la Kabylie, il réussi à maintenir les différentes factions de la famille Mokrani sous son autorité. [8]
-
8 El Hadj Ben Bouzid Mokrani
(-1783)
1735 1783 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Cheikh de la Médjana.
Sultan de la Kalâa.
Fils cadet du Sultan Bouzid il prend le pouvoir suite au renoncement de son frère ainé Abderrebou. Il n'arrive pas à accorder ses frères Bourenane et Abdesselem et leurs çof (partisans) respectifs. Son cousin Aziz Ben Gendouz Mokrani fonde son propre parti avec l'appui de la Régence d'Alger qui cherche à étendre son influence sur la région. Ces divisions auront pour conséquence de multiples défaites militaires et politiques de El Hadj Bouzid Mokrani face à la Régence d'Alger. Il se repliera sur la Kalâa des Beni Abbès pour assurer sa sécurité laissant la Régence prendre pied dans les environs. Cependant, grâce à la médiation du moqaddem de Chadelya, il se réconcilie avec ses frères et chasse les armées du bey de Constantine de la région et reprend le contrôle de la Medjana. Il enverra une lettre au Dey lui réaffirmant son indépendance, que ce dernier reconnaitra implicitement et l’exigence du paiement de l'Ouadia (droit de passage) qui sera acquittée jusqu'en 1830. [8]
-
9 Abdesselem Mokrani
(-1784)
1783 1784 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Cheikh de la Médjana.
Sultan de la Kalâa.
Il succède à son frère El Hadj Bouzid Mokrani, dont il était le khalifa (représentant), en s'appuyant sur son çof. À partir de son règne les divisions entre les factions de la famille Mokrani vont affaiblir le Sultanat. [8]
-
10 Bouzid Ben El Hadj Mokrani
(-1800)
1784 1800 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Cheikh de la Médjana.
Sultan de la Kalâa.
Fils de El Hadj Bouzid Mokrani, il prend le pouvoir à la suite du décès de son oncle. Son autorité est réduite par les luttes entre faction. Soutenues par la Régence d'Alger contre paiement d'un impôt, la lutte entre les factions sera exacerbée. Le Bey de Constantine y trouve un moyen de contrôler la région, par le biais de personnalité et sans intervention directe. Il parvient même à faire reconnaitre son autorité nominale sur certaines factions. Cependant l'Ouadia payé par la Régence d'Alger aux Mokrani, ainsi que le pouvoir administratif et judiciaire du Cheikh sur la Medjana restent effectif et reconnu. [8]
-
11 Ben Abdallah Ben Bouzid Mokrani
(-1830)
1800 1830 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Cheikh de la Médjana.
Sultan de la Kalâa.
La division entre les branches de la famille Mokrani continue sous son règne. En 1806, Abdallah Ben Bouzid Mokrani doit réprimer, une révolte paysanne dirigée par le Cheikh Ben el Harche, qui ayant vaincu et tuer le bey Othmane en 1803 se constitue un fief indépendant dans le Djebel Megriss au nord de Sétif. Cette intervention sauvera par la même occasion le beylick de Constantine de cette révolte. La montée en puissance de son cousin Ahmed Bey puis sa nomination en 1826 à la tête du beylick de Constantine font que les Mokranis interviendront dans les affaire du Beylick par le jeu des intrigues familiales. Réciproquement certains chefs de çof cherchant avantage de la position de leur cousin Ahmed Bey pour s'affranchir de l'autorité du Cheikh de la Medjana vont devenir tributaire ou allié du bey émiettant un peu plus l'autorité locale. Il enverra des troupes en renfort pour la Régence d'Alger qui participeront à la bataille de Staoueli, puis avec son khalifa et lieutenant Abdesslam Mokrani profitera de la situation pour déclencher la guerre contre le bey de Constantine. [8]
-
12 Abdesslam Mokrani (contesté)
(-1847)
1830 1831 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Khalifa de la Médjana.
Sultan de la Kalâa.
C'est l'ancien khalifa (représentant) de Ben Abdallah Ben Bouzid Mokrani dont il est un lointain cousin. Il est en rivalité et contesté par Ahmed Mokrani fidèle au bey de Constantine. Défait par Ahmed Mokrani et repoussé vers le sud en 1831, il cherchera à former une alliance avec le Royaume de France, puis la Régence de Tunis contre Ahmed Bey. Il sera capturé par le bey Ahmed et emprisonné, ce qui marquera la fin de son premier règne. [10]
-
13 Ahmed El Mokrani (contesté)
(-1847)
1831 1838 - Sultanat des Aït-Abbas Amokrane.
Cheikh de la Médjana.
Sultan de la Kalâa.
C'est le neveu de Ben Abdallah Ben Bouzid Mokrani, pour contrer l'influence de son lointain cousin et rival Abdesslam Mokrani il va s'allier au bey de Constantine qui le chargera de prendre le titre de Cheikh de la Medjana après l'emprisonnement de Abdesalam Mokrani. Il participera à la victoire de Ahmed Bey au siège de Constantine (1836), mais la défaite au deuxième siège de Constantine (1837) durant laquelle son rival Abdesalam Mokrani s'échappe, entrainera sa perte d'influence dans la Medjana mais il garde la Kalâa des Beni Abbès sous son contrôle. [10]
-
12 Abdesslam Mokrani (2e fois)
(-1847)
1837 1841 - Sultanat des Aït-Abbas
Khalifalik de la Medjana
Amokrane.
Cheikh de la Médjana.
Khalifa de la Medjana pour le compte de Abd El Kader.
Profitant de son évasion lors du deuxième siège de Constantine (1837), il regagne la Medjana et reprend le pouvoir avant que son rival Ahmed Mokrani soit de retour de Constantine. Cependant Ahmed Mokrani gardera sous son contrôle la Kalâa des Beni Abbès. Il fera reconnaitre son autorité par l'Emir Abd El Kader qui désirant établir sa présence dans la région le reconnait comme son Khalifa (représentant) de la Medjana. Il subira une défaite en 1841, face aux armées de Ahmed Mokrani Khalifa (représentant) de la France. [10]
-
13 Ahmed El Mokrani (2e fois)
(-1853)
1838 1853 - Sultanat des Aït-Abbas
Khalifalik de la Medjana
Amokrane.
Khalifa de la Medjana pour le compte du Monarchie de Juillet.
Sultan de la Kalâa.
En 1838, capturé par Abdesslam Mokrani il s'exile dans le Hodna. Il deviendra Khalifa (représentant) de la Medjana, allié de la France, en prêtant serment lors d'une cérémonie à Constantine contre la reconnaissance de l'autorité française. Il sera à l'origine du passage des Portes de Fer par les troupes française en 1839 leur donnant l'autorisation de passage pour contrer l'influence de Abdesslam allié à l'Emir Abd El Kader, ce qui entrainera la reprise des hostilité entre ce dernier et les français. Il reconstitue son fief et triomphera sur Abdesslam Mokrani en 1841. L’ordonnance royale du 15 avril 1845

fit de son poste de khalifa, non plus un seigneur allié mais un haut-fonctionnaire français, qui l'ampute de son contrôle sur les tribus des Ouled-Naïls ce qui alimentera un certain ressentiment contre la France. Il sera soupçonné de complicité avec le Cherif Boubaghla qui fédéra les tribus kabyle encore insoumise dont une partie des Aït-Abbas théoriquement sous le commandement de Ahmed Mokrani contre la France. Il meurt à Paris en 1853 lors d'une invitation faite par Napoléon III .

[10]
-
14 El Mokrani.JPG Mohand Mokrani
(1815- 5 mai 1871)
1853 1871 - Sultanat des Aït-Abbas
Khalifalik de la Medjana
Amokrane.
Khalifa de la Medjana pour le compte du Monarchie de Juillet puis Bachagha.
Sultan de la Kalâa.
À ses débuts il est considéré avec son frère Lakhdar Mokrani comme plus maniable. C'est d'ailleurs Lakhdar qui permettra l'arrestation de Boubaghla. Il sera de plus en plus vassalisé jusqu'à rétrogradé au rang de Bachagha par l'armée française, et soumis à une autorité civile implantée sur ses terres à Bordj Bou Arreridj et Sétif. Refusant cette posture de vassalité qu'il juge humiliante il lancera la révolte des Mokrani, avec Cheikh Aheddad en 1870. Il tombera au combat contre l'armée française en 1871. [10]
-
15 Bou Mezrag.JPG Boumezrag Mokrani
1871 1872 - Sultanat des Aït-Abbas
Amokrane.
Sultan de la Kalâa.
Après la mort de son frère, il poursuit la révolte dans le sud où il est capturé près de Ouargla à la fin du mois de janvier 1872. Il est condamné à mort en 1873 et sa peine est commuée en déportation à vie en Nouvelle-Calédonie. Il est gracié « sur place » en 1878 pour sa participation à la répression d'une révolte des Canaques. La région est dès lors divisée en caïdats intégrés à l'administration coloniale centralisée. [10]

Frise chronologique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laurent-Charles Feraud, Histoire des villes de la province de Constantine : Sétif-Bordj-Bou-Arréridj, L’Harmattan,‎ mars 2011, 248 p. (ISBN 978-2-296-54115-3), p. 207.
  2. a et b Youcef Allioui, Les Archs, tribus berbères de Kabylie : histoire, résistance, culture et démocratie, L'Harmattan, 2006, (ISBN 2-296-01363-5), p. 205
  3. Tahar Oussedik, Le royaume de Koukou
  4. Ernest Mercier, Histoire de la Berbérie, tome III, p. 515-516.
  5. Henri Aucapitaine, Les confins militaires de la Grande Kabylie sous la domination turque (Province d'Alger), Moquet, 1857.
  6. a et b Société archéologique coloniale, Notices et Mémoires de la Société archéologique de la province de Constantine, volume 5 de la deuxième série, 1871-1872, BnF, p. 249
  7. Alain Mahé, Histoire de la Grande Kabylie XIXe XXe siècles : Anthropologie historique du lien social dans les communautés villageoises, Bouchêne, Paris, 2001 (ISBN 2-912946-12-3).
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Rinn 1891, introduction
  9. Tel que décrit par Jean-André Peyssonnel
  10. a, b, c, d, e et f Rinn 1891, introduction, partie 2

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Louis Rinn, Histoire de l’Insurrection de 1871 en Algérie, Librairie Adolphe Jourdan Alger,‎ 1891 Document utilisé pour la rédaction de l’article