Royaume d'Italie (1805-1814)

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Royaume d’Italie
Regno Italico (it)

1805 – 1814

Drapeau
Drapeau
Blason
Armoiries
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Carte politique de l'Italie en 1812

Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle et état satellite de l'Empire français
Capitale Milan
Histoire et événements
17 mars 1805 Création
20 avril 1814 Fin
Roi
(1e-De) 1805-1814 Napoléon Ier
Vice-Roi
(1e-De) 1805-1814 Eugène de Beauharnais

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le royaume d’Italie, connu aussi en langue italienne comme Regno Italico, est un État pré-unitaire italien créé par Napoléon Ier qui comprend l'Italie centre-orientale et une bonne partie du Nord avec pour capitale Milan.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Naissance[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte qui s'est fait proclamer empereur des Français par le sénat et couronné par Pie VII, transforme la République italienne en royaume d'Italie, se nommant roi d'Italie le 17 mars 1805, le couronnement a lieu le 26 mai 1805 dans le « Duomo » de Milan.

Eugène de Beauharnais, fils du premier mariage de la femme de Napoléon, Joséphine de Beauharnais, à qui Napoléon se fie aveuglément et dont il est sûr de ne pas avoir à craindre les ambitions politiques, est nommé vice-roi d'Italie.

Royaume d'Italie (1807)
Napoléon se fait couronner roi d’Italie le 26 mai 1805 à Milan.
Couronne de fer de Lombardie,
utilisée pour le couronnement de Napoléon
roi d'Italie.
Cette couronne se trouve au dôme de Monza.
Régalia utilisée pour le couronnement de Napoléon roi d'Italie. Cette main de Justice et le sceptre se trouvent au musée du Risorgimento à Milan[1].

À la suite des défaites autrichiennes à Ulm (16-19 octobre) et Austerlitz le 2 décembre, par le traité de Presbourg (26 décembre 1805), l'Autriche renonce à Gorizia et à la province vénitienne.

La Vénétie est unie au royaume d'Italie, avec l'Istrie et la Dalmatie. Au sud, les pays de Massa, Carrare et la Garfagnana sont perdus par cession à la Principauté de Lucques et Piombino.

Par la suite, on voit l'annexion de parties du Frioul oriental (région de l’Isonzo, novembre 1807), l'annexion de la république de Raguse (janvier 1808), des Marches enlevées au pape (mai 1808) et du Trentin perdu par la Bavière (juin 1810).

Mais la création des provinces illyriennes avec pour capitale Ljubljana en octobre 1809 rattachées à l'Empire, scellent la perte de l'Istrie, de la Dalmatie et des villes de Gorizia et Trieste, tandis que la Toscane, Parme et Plaisance (mai 1808) et surtout le reste des États pontificaux (mai 1809) sont eux aussi réunis à la France. Le royaume est divisé en vingt-quatre départements.

L’Autriche reprend la guerre contre Napoléon[modifier | modifier le code]

Période napoléonienne
monnaie de 40 lires

En décembre 1812 Napoléon rentre de Russie avec une armée considérablement réduite et épuisée. Au cours de ce mois, la Prusse se déclare neutre puis s'allie le 28 février 1813 à la Russie et au Royaume-Uni. L’Autriche adhère seulement le 20 août 1813 et participera à la victoire de Leipzig du 16 au 19 octobre.

Napoléon s'en retire en ordre et traverse le Rhin, laissant derrière lui plusieurs places-fortes pour ralentir l'avancée ennemie.

En août l’Autriche a organisé une armée pour envahir l'Italie, la confiant au feld-maréchal Hiller. Il a face à lui, une armée franco-italienne dirigée par Eugène de Beauharnais, vice-roi du royaume d'Italie. Ce dernier sur instruction de l'Empereur est rentré à Milan le 18 mai 1813 et s'est employé à reconstituer l'armée en prévision de la probable adhésion de l'Autriche à la coalition anti-française.

Malgré les fortes pertes subies pendant la campagne de Russie, Eugène de Beauharnais réussit à mettre sur pied une armée bien organisée qui se compose de presque 45 000 hommes.

Eugène de Beauharnais peint par Andrea Appiani

Le 8 août 1813 Eugène de Beauharnais sort de Milan pour rejoindre les unités déployées contre l'Autriche qui entrera en guerre quinze jours plus tard.

Le gros de l'armée franco-italienne est encore en préparation et le vice-roi ne peut empêcher que l'armée autrichienne commandée par le feld-maréchal Radiovijevich, s'avance en Dalmatie assiégeant la place-forte de Raguse. Le vice-roi se retire derrière le fleuve Isonzo.

À la suite de la bataille de Leipzig et de la défection du Royaume de Bavière, un second petit corps autrichien commandé par le feld-maréchal von Fenneberg pénètre, en novembre, le Haut-Adige sans être inquiété et menace Eugène. Une fois encore, le vice-roi recule, se repliant sur la ligne de l'Adige.

Les deux replis ont permis à Eugène de gagner du temps pour absorber les soutiens qui arrivent petit à petit. Il attend de plus, l'arrivée de l'armée du royaume de Naples commandée par Murat, peut-être le meilleur commandant de cavalerie de l'époque. Ce dernier a été envoyé à Naples par Napoléon au lendemain de la bataille de Leipzig pour réorganiser l'armée napolitaine et l'emmener se joindre à celle d'Eugène sur l’Adige.

Au cours de la campagne de Russie, les divisions du royaume d'Italie et du royaume de Naples se sont comportées valeureusement ainsi qu'à la bataille de Leipzig. Pendant que les troupes des armées allemandes désertent, à commencer par celles de Bavière, les troupes italiennes se montrent solides. La division Fontanelli se met en évidence, elle réussit lors de la bataille de Leipzig à conserver Lindenau (de), maintenant ouverte l'unique voie de retraite à ce qui reste de la Grande Armée.

Napoléon informé de ce comportement sait que seules l'Italie et naturellement la France n'ont pas déserté. Son unique espoir est de recréer une grande armée en France et une seconde en Italie plus modeste mais proportionnée à la hauteur de la menace autrichienne.

Les plans doivent permettre l'union à l'armée d'Eugène des 25 000 hommes de Murat en s'appuyant sur les forteresses de Peschiera et Mantoue, ainsi qu'aux 14 000 hommes laissés à l'arrière en garnison à Venise-Mestre, Legnago, Palmanova et Osoppo : Napoléon a la possibilité de tenir l'Italie du nord.

Les deux généraux sont en place depuis dix ans dans les deux royaumes qui se reconnaissent en eux. Ce sont deux fidèles de Napoléon, respectivement beau-frère et fils adoptif de l'empereur des Français et de plus ils font preuve d'excellentes qualités militaires.

Les intentions de l'empereur deviennent explicites quand, le 1er novembre 1813, depuis l'Allemagne, il envoie la division Fontanelli avec d'autres divisions italiennes subsistantes de la Grande Armée pour rejoindre Eugène, il les congédie avec les mots suivants :

« leur fidélité sans crainte … leur intrépide conduite, la persévérance démontrée face aux revers et les mésaventures de tous types m'ont grandement ému. Tout ceci m'a confirmé que bout toujours dans vos veines le sang des dominateurs du monde … J'ai participé au jugement de mésestimation envers les troupes napolitaines : elles m'ont émerveillé à Lützen, à Bautzen, à Gdańsk, à Leipzig et à Hanau. Les fameux Samnites, leurs ancêtres, n'auraient pas mieux combattu. »

De toute évidence, il a besoin d'eux.

Gaetano Monti, Napoleon couronné Roi d'Italie (1807).

Quant à l'état d'âme de l'armée du royaume d'Italie et du royaume de Sicile, une phrase de Cesare Balbo la résume : « ce n'est pas l'indépendance, c'est vrai, mais nous n'en avons jamais été aussi près ».

Le dispositif conçu par Napoléon et mis en place par Eugène est important et s'appuie sur les forteresses de Peschiera au nord, Mantoue au centre et Legnago au sud-est, qui barrent la route de Milan : il s'agit des futures forteresses du quadrilatère bien que Vérone dispose de peu de fortifications vers le nord/nord-est, largement détruites en 1801.

Au-delà de l’Adige, les franco-italiens sont retranchés dans les forteresses de Palmanova, Osoppo et surtout Venise-Mestre, avec une forte garnison et une petite flotte (les Autrichiens en sont privés) qui s'appuie sur arsenal que Napoléon avait fait aménager dans les années précédentes.

Il s'agit de positions extrêmement puissantes, comme les évènements qui vont suivre vont le montrer : Venise résistera plus d'un an au siège autrichien de 1848-49; Palmanova et Osoppo sont les dernières à céder avant le siège de Venise; autour des forteresses du quadrilatère qui seront aux mains des Autrichiens, se déroulera la première, la seconde et aussi la troisième guerre d'indépendance italienne. Sans compter que Mantoue, en 1797, avait résisté pendant neuf mois au siège de jeune général Bonaparte.

La conséquence de tout ceci est qu'une fois rejoint l’Adige, les Autrichiens ne cherchent même pas à affronter l'armée franco-italienne. Les événements se succèdent rapidement sur le front français où se prépare une offensive massive du Prussien Blücher et de l'Autrichien Schwarzenberg, qui le 1er janvier passe le Rhin : les Autrichiens ne peuvent risquer d'échouer l'occupation du royaume d'Italie avant la reddition de Napoléon en France. Dans le cas contraire, au terme des hostilités, Eugène aurait pu négocier des conditions qui auraient empêché l'annexion de Milan et Venise à l'Autriche.

Le comte Heinrich de Bellegarde (1757–1845)

Mi-décembre 1813, Vienne remplace le commandant de l'armée d'Italie, le feld-maréchal Hiller, par le feld-maréchal Bellegarde lequel se trouve en excellente position pour obtenir le commandement puisqu'il est depuis août, président du conseil aulique de la guerre.

Parallèlement Vienne cherche à obtenir des soutiens en Italie, avec des proclamations comme celle du général Nugent, du 10 décembre 1813, à Ravenne :

« Aux peuples d'Italie
Vous avez été suffisamment opprimés … Nos armées sont venues en Italie pour votre libération ! Un nouvel ordre va naitre qui va vous restituer le bonheur public … Là où nous ne sommes pas encore, c'est à vous, francs et courageux Italiens, d'œuvrer les armes à la main pour la restauration de votre prospérité et de votre patrie. Vous le ferez d'autant mieux que vous serez aidé à repousser ceux qui s'opposent à ce résultat.
Vous devez devenir une nation indépendante. Montrez votre zèle pour le bien public et votre bonheur dépendra de votre fidélité à ceux qui vous aiment et vous défendent. En peu de temps, votre sort sera l'objet d'envie, votre nouvel État suscitera l'admiration. »

Mais les gens ne sont pas dupes de ces fausses promesses et l'effet est inverse, Eugène se renforce de jour en jour avec des recrues italiennes et il attend l'arrivée des troupes napolitaines de Murat alors que Vienne ne peut envoyer toutes les troupes souhaitées car elle doit soutenir l'effort de guerre en France

La défection du royaume de Naples de Joachim Murat[modifier | modifier le code]

Le roi Murat.
Par Heinrich Schmidt (1814)

Vienne décide d'obtenir par la trahison ce qu'elle ne peut obtenir par les armes, en achetant les deux généraux de Napoléon en Italie.

Les émissaires promettent à Joachim Murat qu'il pourrait conserver le royaume de Naples, Eugène le royaume d'Italie avec la Lombardie, l'Émilie-Romagne et les Marches (mais sans la Vénétie et le Trentin, destinée à Vienne).

Eugène, bien que gendre du roi de Bavière refuse l'offre autrichienne le 22 novembre 1813. Cette décision est attribuée à sa volonté de rester fidèle jusqu'à la fin à Napoléon, son père adoptif. D'autre part, l'armée du royaume d'Italie est en grande partie composée d'officiers français et il est peu probable que ceux-ci acceptent de combattre contre leur mère patrie. Cela aurait eu aussi pour conséquence de renoncer à la ligne de défense sur le Mincio et de permettre aux Autrichiens de transiter par la Lombardie pour rejoindre la France. De plus il y a lieu de craindre l'Autriche car depuis toujours elle exige des droits sur le duché de Milan et sur la république de Venise, elle n'y a renoncé qu'en raison de la puissance de Napoléon.

Murat, par contre, gouverne un royaume de Naples qui n'est pas directement sous la visée expansionniste autrichienne et il sait que les Habsbourg ne risqueront pas leurs intérêts pour soutenir la branche cadette des Bourbon qui depuis leur exil à Palerme, revendiquent leurs droits sur Naples. En fait les Bourbons d'Espagne ont récupéré leur trône, ceux de France vont le récupérer, il n'est pas indispensable de faire une faveur à une maison depuis toujours ennemie des Habsbourg

Joachim Murat accepte la proposition autrichienne et le 11 janvier 1814, il signe une alliance secrète avec l'Autriche. Il s'agit là d'une erreur : lors du congrès de Vienne, il n'est pas invité à participer même si on lui concède le royaume de Naples. Des contacts se nouent cependant avec Napoléon exilé à l'île d'Elbe. Averti du prochain départ de Napoléon pour la France, Murat se revoit roi d'Italie. Lorsqu'il apprend le débarquement de l'empereur en France, il déclare la guerre à l'Autriche, il lance une proclamation à Rimini appelant les Italiens à l'insurrection. Il est sévèrement battu par les Autrichiens à Tolentino le 2 mai. Certainement il aurait pu tenter sa chance en rejoignant Eugène de Beauharnais quinze mois auparavant et obéir aux plans de Napoléon. Si on considère la défection et la tentative de 1815, cela a permis à Vienne de partager pour mieux régner.

À la fin de janvier, Murat rejoint Bologne avec les troupes organisées selon les plans de Napoléon pendant que son général Giuseppe Lechi prend le contrôle de la Toscane. À Bologne, Murat annonce sa défection et se rallie aux Autrichiens de la division Nugent (austro-sardes) pendant que Giuseppe Lechi cède Livourne à la flotte britannique.

Le changement de camp est prévu depuis plusieurs semaines : le 21 janvier, Francesco Melzi d'Eril l'évoque dans une lettre à Napoléon alors que ce dernier le 17 janvier, ordonne à Eugène de déplacer son armée en France en laissant derrière lui que les troupes de garnisons, exactement comme l'empereur des Français avait fait en Allemagne, dans les mois précédents. Pour la première fois de sa vie, Eugène n'obéit pas demandant de nouveaux ordres et reste sur ses positions.

Un tel comportement lui vaut d'être accusé de trahison de la part de certains historiens militaires français. Celui-ci est attribué à des raisons politiques et à l'espoir de passer du statut de vice-roi à souverain titulaire en remplacement de Napoléon bien qu'il semble difficile d'imposer à une armée de déserter sa patrie pour aller défendre la puissance protectrice. Les désertions auraient été immédiates et nombreuses, la révolte probable avec l'unique effet de renoncer à un appareil militaire que Eugène de Beauharnais lui sait fidèle. La marche vers la France aurait, de plus, été assez longue et difficile.

L’échec de l’offensive autrichienne[modifier | modifier le code]

Eugène de Beauharnais a la nouvelle de l'arrivée à Bologne le 1er février et, le 2 février, les ambassadeurs napolitains notifient la rupture des relations diplomatiques entre le royaume d’Italie et le royaume de Naples.

Eugène se trouve désormais menacé de contournement par le sud et ordonne le repliement de l'Adige sur le Mincio. Le mouvement débute le 3 février et se termine le 6 avec les colonnes franco-italiennes réunies en formation de combat derrière le Mincio. Eugène renonce à Vérone dont les fortifications ont été détruites en 1801 sur ordre de Napoléon dans le cadre des accords du traité de Lunéville et les Autrichiens occupent la ville le 4 février. Les autres forteresses qui n'ont pas subi de telles destructions, restent bien garnies.

Bellegarde n'a plus d'excuses et doit reprendre l'initiative. Vienne le pousse, lui rappelant que les événements en France se précipitent, l'offensive se terminera le 31 mars avec la prise de Paris et qu'il est de son devoir d'occuper la plus grande partie possible du royaume d'Italie avant la reddition de Napoléon.

Le 4 février Bellegarde reçoit des rapports donnant Eugène en retraite vers Crémone laissant deux divisions le long du Mincio pour se couvrir et une garnison à Mantoue. Le 6 février les colonnes autrichiennes n'ont pas encore commencé à traverser l'Adige.

Le 7 février le maréchal de Bellegarde rencontre Murat à Bologne et ils établissent une conduite commune des opérations. Murat écrit une lettre à Eugène dans laquelle il lui explique avoir agi pour sauver son trône et ne pas vouloir combattre l'armée franco-italienne, dans une autre lettre du 1er février il écrit : « Je pense que les Allemands ne laisseront pas entrer en Lombardie les Napolitains … il y a tout lieu de croire que Bellegarde ne voudrait absolument pas avoir le roi de Naples aussi près ».

Eugène peut donc continuer à se préoccuper des seuls Autrichiens.

Les deux armées se rencontrent à la bataille du Mincio, le 8 février. En effectifs, les deux armées se valent avec 35 000 hommes. Le feld-maréchal place sa confiance dans les informations récoltées par son avant-garde et avance avec des colonnes plutôt fragmentées, au contraire Eugène concentre le gros de l'armée en une unique ligne d'attaque, profitant aussi de l’effet de surprise.

Au terme d'une journée de durs combats, Eugène inflige à l'ennemi des pertes tellement importantes qu'elles l'obligent à se réfugier derrière l’Adige et renoncer à d'ultérieures offensives pendant les deux mois qui suivent.

La tentative de faire survivre le royaume d’Italie[modifier | modifier le code]

Eugène a atteint les objectifs stratégiques qu'il s'est fixés : éloigner pour un moment les Autrichiens de la Lombardie, et tenir Venise, Mantoue, Legnago et Peschiera, il a conservé pour Napoléon, l'Italie du nord.

Bloquant les Autrichiens à Vérone, Le vice-roi fait aussi le jeu de Murat qui se garde bien de mener des actions offensives, le royaume d'Italie constitue la meilleure garantie de la survie du royaume de Naples en tenant éloignés les Autrichiens. En somme si Napoléon avait pu repousser Blücher et Schwarzenberg, tant mieux mais dans le cas contraire, les Autrichiens ne peuvent revendiquer aucun droit lié à la conquête et les deux royaumes (italien et napolitain) conservent leurs chances d'indépendance.

De Bellegarde ayant subi une telle défaite n'ose plus effectuer la moindre offensive et il se limite à suivre les mouvements d'Eugène.

Article détaillé : Campagne de France (1814).

Le 31 mars 1814 les Austro-Prussiens occupent Paris obligeant Napoléon, le 6 avril à abdiquer et signer le traité de Fontainebleau, le 13 avril.

À l'arrivée des nouvelles de Paris, le 11 avril, Melzi d'Eril écrit à Eugène, l'incitant à agir et lui suggérant de « procéder par voie constitutionnelle ». Le 14 Eugène envoie à Melzi d'Eril son secrétaire particulier le comte Mejan qui le reçoit le 15, il n'y a aucune trace de la rencontre mais le 16, à 19 heures, Melzi d'Eril écrit au président du sénat, le comte Veneri, lui demandant la convocation de l'assemblée le 17 à Milan, pour l'approbation d'un projet de résolution pour élire Eugène souverain titulaire du royaume d'Italie en raison de l'abdication de Napoléon.

« Les nouvelles qui nous parviennent aujourd'hui de la France sont de telle nature que le sénat du Royaume d'Italie se rendrait coupable envers la patrie s'il différait plus longtemps de s'occuper de son destin … un projet de résolution que je soumets à votre patriotisme et à vos lumières. »

Le même 16 avril Eugène, pour gagner du temps, fait rédiger la convention de Schiarino-Rizzino (it), près de Mantoue, par laquelle il accepte de rapatrier les détachements français mais il conserve les forteresses et son armée en armes. En particulier l'article 6 de la convention établit que : « les troupes aux ordres du vice-roi conserveront les territoires pas encore occupés par les Autrichiens» en fait l'entière Lombardie. Cette convention contient des renoncements importants, à commencer par Venise cédée le 20 avril au général français Jean Mathieu Seras : la garnison est en grande partie composée de militaires français qui s'attendent d'un jour à l'autre à être rapatriés (ordre qui arrive le 25) et la population (qui en 1849 résistera un an lors du siège) ne montre aucun signe de résistance comme ce fut le cas en 1797.

Le 17 avril Eugène communique une proclamation pleine d'espoir aux troupes françaises :

« Il me reste d'autres devoirs à accomplir. Un peuple bon, généreux et fidèle nécessite le reste de l'existence que je lui ai déjà consacré depuis dix ans. Je ne prétends plus disposer de moi-même jusqu'à et tant que je pourrais m'occuper de son bonheur qui a été et sera l'œuvre de toute ma vie. »

Le 19 avril le général Teodoro Lechi rédige une proclamation à la garde du royaume d'Italie qui se trouve sous son commandement, favorable à la tentative d'Eugène.

Une question concerne l'éventualité que Melzi ait agi de sa propre initiative. Une telle éventualité se base uniquement sur une lettre du 20 avril que Étienne Mejan écrit à Gian Giacomo Trivulzio, et se référant à la rencontre du 15, le secrétaire d'Eugène définit le duc de Lodi « le plus faux et le plus méprisable des hommes ». Encore aujourd'hui, cette question n'a pas été élucidée, les archives de Melzi sont mises sous scellés par le gouverneur autrichien de Milan, le comte Franz Joseph Saurau (it), le 16 janvier 1816, jour de sa mort et confisquées sept jours après.

Il est cependant difficile que les deux protagonistes n'aient pas agi de concert en raison de la simultanéité de la convocation du sénat et de la signature de la convention.

La situation politique à Milan[modifier | modifier le code]

Francesco Melzi d'Eril

Les plans de Melzi d'Eril doivent être approuvés uniquement par les "patriciens" surtout milanais qui composent le sénat, au nombre d’à peine 41. Le duc de Lodi compte sur un minimum de patriotisme et au moins sur un minimum d'amour propre. Les opinions des sénateurs sont cependant très partagées.

Nombreux sont les sénateurs "italiques pures" (italici puri), qu'un sentiment anti-français pousse à soutenir les velléités d'indépendance. Ils comptent sur l'improbable soutien britannique et sur les promesses des généraux autrichiens lesquels ont publié des proclamations qui promettaient à l'Italie la restitution de la liberté. Un des arguments insiste sur l'espoir d'un souverain indépendant des Habsbourg comme dans le grand-duché de Toscane, le royaume gouverné par Eugène suscitait la crainte d'être plus proche de l'Autriche qui s'il était gouverné par un Autrichien.

Ce point de vue est adopté aussi par le parti muratien, qui par rapport aux italici puri dispose d'un nom à l'hypothétique successeur d'Eugène.

Il s'agit en fait de positions totalement velléitaires; la Grande-Bretagne donne priorité à la consolidation de l'alliance antinapoléonienne et à la lumière des cent jours, on ne peut lui donner tort, les Habsbourg ont accepté la solution pour le grand-duché de Toscane seulement parce qu'ils sont privés d'alternative mais il est certain que dans une situation plus favorable, ils auraient préféré une annexion directe, encore moindre sont les chances que Murat ajoute au royaume de Naples le riche royaume d'Italie, la propagande qui accompagne l'invasion autrichienne n'engage en rien la grande puissance qui n'offre aucune garantie.

En définitive, le vide créé par la brusque disparition de la présence napoléonienne risque d'être comblé par la plus proche puissance victorieuse, l'empire d'Autriche qui est décidé à revendiquer ses anciens droits sur le Milanais. Eugène désormais orphelin de Napoléon représente la meilleure garantie d'indépendance nationale.

le parti pro-autrichien[modifier | modifier le code]

Dans ce schéma, seule deux positions sont réalistes; d'abord celles du parti pro-autrichien qui souhaite le rétablissement de l'ancien régime et qui est soutenu par la noblesse et le haut clergé. Pour le succès de ses ambitions, il peut compter sur l'armée, bien que battue, de Bellegarde et sur la ferme volonté de l'empereur d'Autriche de ne pas permettre la survie du royaume d'Italie qui est une création politique née de la révolution sur des territoires qui lui ont été enlevés. L'avocat Traversa anime le parti pro-autrichien.

Le parti pro-français[modifier | modifier le code]

La seconde position réaliste est représentée par le parti pro-français regroupé autour de Melzi d'Eril et du ministre des finances Giuseppe Prina. Le parti bénéficie de l'appui de l'armée, par exemple de Ugo Foscolo). Eugène bénéficie de l'estime du tsar Alexandre Ier de Russie et peut garantir un gouvernement conservateur apprécié aussi à Londres.

La victoire du parti pro-autrichien[modifier | modifier le code]

La proposition d'Eugène repose sur deux éléments : son réalisme, c'est l'unique réelle alternative à l'annexion par l'empire d'Autriche et le contrôle des appareils de l'État, de la police des forces armées. Pour cela, il faut que Melzi d'Eril convainque les sénateurs en les dissuadant d'espérer dans une bienveillance de François Ier et qu'Eugène exerce un droit de contrôle sur les troupes et la garde civile de Milan. Ces deux points ne sont pas acquis, la place de Milan reste confiée au général Domenico Pino, un membre notoire du "parti muratien" et Melzi d'Eril ne se présente pas à la session du sénat en raison d'une attaque de la goutte.

Au sénat, la noblesse milanaise (dont Carlo Verri, Federico Confalonieri, le général Pino, le podestat de Milan Antonio Durini (it), Alessandro Manzoni, Luigi Porro Lambertenghi) signe un appel qui conteste la légitimité de la convocation du sénat et demande la convocation des collèges électoraux (Collegi Elettorali) une plus large assemblée ce qui nécessite plusieurs semaines.

À l'ouverture du sénat, le 17 avril, le président, le comte Venieri donne lecture du décret de Melzi d'Eril. Plusieurs sénateurs déclarent ne rien en savoir. La majorité se décide à une inutile solution de compromis : une première délégation est envoyée auprès des alliés victorieux à Paris, pendant qu'une seconde, emmené par Verri, se rend chez Melzi d'Eril pour signer la demande de convocation des collèges électoraux : le duc de Lodi repousse la demande rappelant les pouvoirs que Napoléon en sa qualité de légitime souverain lui a confiés pour les cas exceptionnels et en l'absence du vice-roi.

La séance qui débute le 17 se termine le matin du 20. Pendant que les sénateurs arrivent au palais du sénat, une foule se rassemble où figure "plusieurs hommes d'aspect louche", qu'on sait après coup être des voyous engagés par quelques sénateurs des partis adverses à Eugène. En raison de la honte et de l'omerta qui suivit ces journées, on ne sut jamais si ces hommes étaient du parti pro-autrichien, des muratiens ou des italiques purs.

Federico Confalonieri lequel est sénateur, se mêle à la foule et attaque les palais. Peu avant, les gardes avaient été remplacés par la garde civique composée seulement d'une dizaine d'hommes sans qu'on sache précisément de qui l'ordre venait. La foule rompt le cordon de sécurité, envahit la cour intérieure et monte le grand escalier qui mène à la salle où se tient la séance. Carlo Verri en sort et retient la foule avec l'invitation à formuler leurs demandes. Confalonieri prend la parole et exige que le sénat rappelle la délégation envoyée à Paris et que soit convoqués les collèges électoraux. Cette demande est soutenue par deux officiers de la garde civique présents : un chef de bataillon Pietro Ballarbio et un capitaine Benigno Bossi, ce que les sénateurs s'empressent d'approuver.

Face à une telle lâcheté, la foule désormais excitée pénètre dans la salle pendant que les sénateurs s'enfuient par une porte secondaire. La salle est dévastée pendant que Confalonieri s'amuse à découper un portrait de Napoléon œuvre de Appiani avant de le jeter par une fenêtre.

La situation se précipite : Carlo Verri se rend chez Melzi d'Eril pour l'inviter à quitter Milan. Le général Domenico Pino émet une proclamation dans laquelle il affirme que le décret du 17 avril proposé par le sénat est l'œuvre de « toutes les autres personnes et n'est pas signé par Melzi mais par un scribe parce qu'il est incapable d'écrire ni d'espérer quoi que ce soit ». La dernière phrase traduit la grande satisfaction que le général doit éprouver de voir le duc de Lodi impuissant.

Melzi refuse de laisser Milano, bien qu'acceptant de faire protéger sa maison par un groupe de gardes civiques et demande à Carlo Verri d'envoyer un billet à Giuseppe Prina pour l'inviter à se mettre à l'abri. La foule qui a envahi le sénat, est passé à l'église San Fedele où elle a massacré le ministre Prina, qui a soutenu jusqu'à la fin la tentative de Melzi d'Eril.

La régence provisoire[modifier | modifier le code]

Le même jour (20 avril) les collèges électoraux se réunissent mais seulement au nombre de 170 électeurs sur 700, presque tous milanais. Bien qu'étant au-dessous du seuil légal, ils votent la constitution d'une régence provisoire, nomment Domenico Pino commandant en chef des forces armées et libèrent les sujets de leur serment de fidélité envers Napoléon. Ils ajoutent quelques mesures en faveur de la cause du parti pro-autrichien : le rappel de la délégation envoyée à Paris, la libération des détenus politiques opposés au parti pro-français, l'amnistie pour les déserteurs (ce qui incitera aux désertions parmi les troupes concentrées à Mantoue), la cessation du sénat ce qui met fin à l'unique institution légale qui siège de manière semi-permanente.

Le 21 avril, enfin, le conseil communal de Milan, sans que l'on comprenne sur la base de quels pouvoirs ou représentativités, nomme le comité de régence provisoire composé de sept membres : la fine fleur des conspirateurs. Comme premier acte, le comité envoie des délégués à de Bellegarde pour qu'il occupe, avec ses troupes, la ville de Milan.

Le début de l'occupation autrichienne[modifier | modifier le code]

Le projet d'Eugène est compromis. L'indépendance du royaume d'Italie est finie, le 21 avril 1814, le vice-roi écrit au fidèle Melzi d'Eril :

« je ne peux croire, je ne crois pas, que la haine envers les Français soit la vraie raison des désordres et des désastres qui ont eu lieu. Je n'ai avec moi que peu de Français et ces sont tous des galants hommes aimant vraiment l'Italie … Je n'ai plus d'ordre à donner. »

Le 23 avril il signe à Mantoue une nouvelle convention d'armistice (en) dans laquelle il met son armée aux ordres de de Bellegarde composée de 45 000 hommes en armes et sans avoir été battu par les Autrichiens. Tous les généraux et officiers supérieurs sont favorables au vice-roi. Le 25, le général Teodoro Lechi rappelle qu'ils tentèrent un coup d'État militaire demandant à Eugène de ne pas céder les forteresses de Mantoue et de Peschiera sans conditions. Le vice-roi refuse invoquant la légitimité de la régence mise en place à Milan, cet état d'esprit général est confirmé quelques jours plus tard par de Bellegarde qui décrit l'armée « mécontente, désespérée … ces soldats ont été menés à la victoire et en même temps à la démoralisation ».

Les 25-26 les généraux Teodoro Lechi, Giuseppe Palombini et Amilcare Paulucci (de) partent de Mantoue pour Milan en délégation pour référer que l'armée est en état de résister « plus d'un an, animée du meilleur esprit pour l'indépendance ». Domenico Pino répond avec l'indépendance du royaume se fera avec un bon prince de la maison d'Autriche.

Le 26 avril 1814 Le général autrichien Annibal Sommariva (de), en qualité de commissaire autrichien prend possession de la Lombardie au nom de Bellegarde. Le 27 avril Eugène quitte Mantoue pour Munich.Le 28 avril 17 000 Autrichiens aux ordres du général Neipperg entrent dans Milan par la porte romaine, ils sont accueillis par trois régiments des chasseurs à cheval du royaume d'Italie commandé par Domenico Pino qui leur rend les honneurs militaires.

Le 8 mai, de Bellegarde pénètre à Milan, il dissout le 25 mai la régence provisoire et la remplace par une régence provisoire de gouvernement dont il devient le gouverneur général le 12 juin. Le 13, il interdit aux troupes, le port de la cocarde tricolore et les derniers officiers français sont licenciés et remplacés par des Autrichiens. En décembre, les unités sont transférées vers de nouvelles garnisons au-delà des Alpes dans l'immense empire d'Autriche.

Le 30 mars 1815 de Bellegarde impose aux officiers de l'armée du royaume d'Italie de jurer fidélité à l'Autriche, ce qui incite Ugo Foscolo à fuir en Suisse et de là, à Londres.

Teodoro Lechi rapporte que les soldats de la garde royale sous ses ordres jurèrent « de ne servir que leur patrie et d'être toujours prêt à reprendre les armes pour son indépendance ». Il rapporte, de plus, comment deux bataillons de grenadiers arrivés à Milan et sur le point d'être dissout, brulèrent leurs propres étendards, les distribuèrent dans la soupe qu'ils avalèrent, « ils leur semblent ainsiavoir tenu leur parole et de ne jamais l'avoir abandonné » et remirent les aigles à Teodoro Lechi. Celui-ci les confie en 1848, à Charles-Albert de Sardaigne.

Domenico Pino, quant à lui, est récompensé par Vienne en étant nommé lieutenant feld-maréchal avec de bons émoluments, il se retire dans sa maison de Cernobbio.

La création du Royaume lombard-vénitien[modifier | modifier le code]

En avril 1815, le roi de Naples, Joachim Murat, dans une ultime tentative, prenant la tête d'une armée de libération de l'Italie, réoccupe les parties méridionales et centrales de l'ancien royaume d'Italie et y rétablit les administrations départementales anciennes. Mais dès le mois suivant, après la défaite de ses armées à Tolentino (2-3 mai 1815), Murat est obligé de se retirer dans son royaume, qu'il doit quitter le 25 mai pour rejoindre la France.

Article détaillé : Royaume lombard-vénitien.

Le 7 avril 1815, les États autrichiens en Italie deviennent le nouveau Royaume de Lombardie-Vénétie, celui-ci est constitué sur les bases du traité de Vienne. Ce royaume est confié à François Ier, empereur d'Autriche et roi de la Lombardie-Vénétie.

Administration[modifier | modifier le code]

Par les statuts constitutionnels du Royaume, publiés le 5 juin 1805, il fut convenu que le roi de l'Italie pourrait être représentée par un vice-roi (article VI) qui doit, avant d'assumer l'exercice de sa dignité, prêter serment au souverain. Sa fonction peut être supprimée (article VIII). Deux jours plus tard, Napoléon nomme vice-roi son beau-fils Eugène de Beauharnais, établissant aussi ses prérogatives. Dépositaire de la société civile et militaire du roi, le vice-roi se devait de travailler avec les ministres de tous les articles relatifs à l'administration qui leur était confiée. Il préside également le Conseil d'État. Appartenait au vice-roi le commandement des troupes du royaume et de la Garde nationale et le pouvoir de suspendre les officiers.
Le Gouvernement
Source 
www.lombardiabeniculturali.it


Division administrative[modifier | modifier le code]

Liste des vingt-quatre départements en 1812 :

Le 27 avril 1811, Napoléon envoie à Eugène la liste des Bonnes villes (buone città) du Royaume :

Liste des villes de Seconde classe[4] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Emmanuel de Las Cases, Memoriale di Sant'Elena, BUR Rizzoli
  • (it) Raffaele Ciampini, Napoleone Buonaparte, Utet, 1941
  • (it) Nino del Bianco, Francesco Melzi D’Eril - la grande occasione perduta, Il Corbaccio, 2002
  • (it) Piero Pieri, Storia militare del risorgimento, 1962, Einaudi, Torino
  • (it) Luigi Tomaz, In Adriatico nel secondo millennio, Presentazione di Arnaldo Mauri, Edizioni Think ADV, Conselve, 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]