Royaume Lunda

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Guerrier Lunda ou Cazembe (1854).

Le royaume Lunda ou empire Lunda est un empire africain dirigé par un empereur ou une impératrice (numi, puis Mwant Yav après 1660), désigné par un conseil des nobles. Le peuple Lunda réside toujours sur le territoire de son ancien empire, conquis par les colonisateurs belges, portugais et britanniques à la fin du XIXe siècle, qui ont dessiné les états actuels : ce territoire correspond à l'ouest de l’actuel Katanga, à l’Angola du nord-est et au nord-ouest de la Zambie. On distingue parmi eux les Lundas de Kazembe, appelés Lundas de l’est, qui parlent une langue différente, proche de celle de leurs voisins Bembas.

D’autres transcriptions de Lunda (alliance, amitié) sont : Ruund, Uruund, Aruund, Ruwuund, Uruwuund.

Fondation[modifier | modifier le code]

Selon la tradition orale, l’empire naquit en 600 avant notre ère lorsqu’un un groupe de populations issues de l’empire Luba et dirigées par Ilunga Tshibinda, frère ou neveu (et donc rival) de l’empereur Ilunga Kalala, émigra vers l’ouest et arriva sur la terre de la confédération Lunda ou Ba Lunda, située dans le Kasaï supérieur au sud-ouest du Katanga. Il y épousa la reine Lueji (Rwej), fille du roi Konde des Bungu, chef de la confédération, qui lui remit le bracelet sacré rukan, insigne de royauté. Leur fils Yao Nawedji (r. 1660 à 1675) prit le nom de Mwant Yav (vénérable Yav, en français Mouata-Yamvo), qui restera le titre des souverains Lunda par la suite. Lueji, stérile dit-on, est la mère symbolique de l’empire et c’est une femme nommée Kamonga qui fut la génitrice de l’héritier. Le premier Mwant Yav étendit le royaume et nomma gouverneurs des chefs d’autres branches lunda, dont celui de Kazembe (Luapula, sud-est du lac Moero), groupe promis à une grande prospérité du fait de ses contacts privilégiés avec les partenaires commerciaux de l’empire. La tradition orale rapporte que les frères évincés de la reine Lueji furent à l’origine d’autres groupes de la confédération. Shinguli aurait fondé le royaume Imbangala sur le Kwango, affluent de la Kasaï, et Chiniama serait à l’origine des Luena et des Chokwe. Ses derniers prétendent avoir eu également Nakabamba, sœur de Lueji, comme Mère du royaume ; les Mpimin revendiquent Muadi Kapuk, parente de Lueji, comme Mère du royaume.

Expansion et commerce[modifier | modifier le code]

L’empire se développa rapidement, aidé par le commerce et des expéditions militaires. Il s’agissait toujours d’une confédération dans laquelle l'empereur déléguait son pouvoir aux chefs politiques des différents groupes, appelés ayilol ; les plus périphériques, soumis lors de l’expansion, apportaient un tribut. L’empereur, qui présidait depuis la capitale, était choisi par un conseil de nobles (les guerriers les plus valeureux) et de sages (guérisseurs et prêtres de la religion animiste traditionnelle) ; la fonction n’était donc pas héréditaire, mais le nouvel empereur reprenait le nom, la personnalité et la parentèle de l’empereur précédent, qui étaient ceux du premier Mwant Yav, assurant une continuité symbolique. Les héritiers étaient choisi en fonction de leur capacité à régner, car le sang ne transmet pas toujours la sagesse ni les qualités qui font un bon empereur ou une bonne impératrice. Cette pratique, associée à la souplesse dans le choix de l’héritier effectif, a assuré à l’empire Lunda une stabilité qui a manqué à Luba[1].

L’itinéraire du portugais Lacerda e Almeida jusqu’à Kazembe (route 4).
Le royaume Lounda en 1890, déjà amputé au nord et à l’est par les possessions belges (en bleu), à l’ouest et au sud portugaises (en vert, futur Angola) ; le pays Lozi n’était pas encore devenu britannique (future Zambie).

L’empire Lunda s’étendit sur l’actuel Angola, puis vers l’est jusqu’au lac Mwero pour obtenir le cuivre, l’ivoire et le sel. Le commerce avec les Portugais débuta en 1650. À la fin du XVIIe siècle, ses comptoirs contrôlaient la distribution du cuivre dans l’est de l’Angola et le groupe du lac Mwero et de la vallée du Luapula, Mwata Kazembe, fournissait du sel des marais de la Lufira et contrôlait l’ivoire et le commerce avec la côte est et la péninsule arabe. Au milieu du XVIIIe siècle, l’empire dominait l’étendue entre le lac Tanganyka et la rivière Kwongo. Le contrôle du commerce extérieur était alors devenu une fonction royale essentielle[2]. Les esclaves étaient vendus à Luanda (vers le Brésil) et dans les environs de Bangwelo (vers le Mozambique et Zanzibar, puis la péninsule arabe). Les importations principales étaient le tissu et les armes. La prospérité de l’empire atteint son apogée vers le milieu du XIXe siècle[3].

En 1798, l’explorateur portugais Francisco José de Lacerda e Almeida a dirigé ce qui aura été la première expédition scientifique européenne en Afrique. Le but de l’expédition de Lacerda e Almeida était de relier les deux territoires portugais de la région, le Mozambique à l'est et l'Angola à l'ouest (« Zambézie »). Parcourant plus de 1300 Km depuis Tete il est arrivé à Kazembe, alors partie de royaume Lunda, où il a succombé à des fièvres en Octobre de 1798. L'expédition, maintenant sous le commandement du Père Francisco João Pinto, est retournée à Tete sans essayer de poursuivre son but jusqu'en Angola mais le journal d'expédition de l'explorateur a pu être sauvé et rapporté à Tete. Il sera traduit en anglais par Richard Francis Burton et publié dans un ouvrage intitulé "The Lands of Cazembe: Lacerda´s journey to Cazembe in 1798"[4].

Fin du XIXe et XXe siècle[modifier | modifier le code]

Commission de délimitation des frontières Grenfell-Sarmento (1893 ?)

Vers 1880, les Chokwe prirent pour un temps le contrôle de l’empire, mais bientôt les puissances étrangères intervinrent. Les troupes portugaises entrèrent depuis l’Angola en 1884. Lors de la Conférence de Berlin (1884-1885), la région fut pré-partagée entre l’Angola portugais (Lunda Norte, Lunda Sul et Moxico), le Congo belge (Katanga) et la Zambie (Kazembe-Zambèze). La région du Katanga ne fut réellement soumise qu’en 1909, après la capture et l'exécution des chefs rebelles. Sa tentative d’indépendance au début des années 1960 fut impulsée par un frère du Mwant Yav Mushid III, Moïse Tshombe ; à cette époque, le parti conakat recrutait essentiellement chez les Lundas. Depuis, l’empire Lunda est devenu un royaume coutumier, dont le souverain actuel est le 28e Mwant Yav, Mwant Yamvo Kaumb II, dans le civil Benjamin Kaumb Diur Tshombe Sashilemb, avocat[5] Les Lundas vivent toujours dans la région du Katanga, de l’Angola oriental et du nord-Zambie. Les descendants du groupe fixé au Kazembe sont nommés Lundas orientaux.

L'empereur[modifier | modifier le code]

Le pouvoir est dit monarchique à obédience démocratique. L’empereur ou l'impératrice est choisi par un Conseil impérial composé de notables (le tubung) répondant à des critères spirituels, intellectuels, physique et moraux, et des représentants des Cours de toutes les tribus membres de l’empire. Ce conseil est lui-même sous l’autorité du Grand Conseil de l’impératrice N'a-Rwej, « mère de l’empire ». L’empereur doit rendre compte de toute action au Conseil impérial ; les décisions sont toujours collectives, prises après des longs débats, puis soumises à l’impératrice N'a-Rwej pour approbation et bénédiction. Les responsables du Culte transmettent la décision à l’empereur qui l’annonce publiquement et la fait appliquer. Ce dernier n’est donc qu’un exécutant, mais néanmoins un être sacré qui en porte les insignes, dont le principal est le bracelet de cuivre rukan (ou lukano) qu’il portera durant tout son règne, c’est–à-dire durant le reste de sa vie car « On meurt au pouvoir, pour le pouvoir et par le pouvoir au sein de la dynastie des Mwant-Yav de l’empire Lunda. ». Si l'empereur viole le serment sacré ou les lois qui font l’harmonie et la force de l'empire, ou se montre incompétent, il peut être mis à mort car il ne peut démissionner. Le rukan ne peut être retiré de son poignet qu’à sa mort, par l'impératrice N'a-Rwej qui seule a le droit de le toucher ; c’est en effet elle qui transmet le pouvoir par le biais des gardiens du Temple sacré du culte de N'a-Rwej au cœur de l’île sacrée de Kwi’n Kalani sur le rivière Tchikupa, près de la capitale Mona Kissenghe[6]. Certaines de ces traditions relatives à la royauté remonteraient au 1er millénaire avant JC[7].

Malgré l'influence patrilinéaire luba, le régime royal lunda a toujours gardé une composante matrilinéaire, comme en témoigne le rôle de l’impératrice dans la transmission du pouvoir. Le roi avait traditionnellement deux « mères », la Swan Murund (« mère du côté droit »), mère symbolique de la société perpétuant le rôle de N'a-Rwej, stérile, et la Rukonkesh (« mère du côté gauche »), reine-mère chargée d’élever les enfants et perpétuant le rôle de Kamonga. Avec la première et la deuxième épouses, nommées respectivement Muadi et Temena, elles constituaient les quatre dignitaires femmes les plus importantes de la Cour[8].

Religion[modifier | modifier le code]

Les Lundas croyaient en un dieu suprême, Nzamb Katang, créateur de toute chose sur terre, qui n'intervenait pas dans la vie des croyants. Ceux-ci dialoguaient, autour d'arbres sacrés Mulembr, avec les esprits des forces de la nature et de leurs ancêtres, pour lesquels ils déposaient des offrandes de nourriture. Soleil, étoiles, planètes, saisons, phénomènes climatiques, sols, eaux, espèces végétales et animales étaient, pour eux, les manifestations visibles du monde spirituel, gouverné par Nzamb Katang, complexe et hiérarchisé à l'image du monde matériel. La mort était perçue comme une renaissance dans ce monde spirituel : c'était l'occasion de cérémonies festives et, pour que les esprits puissent accueillir parmi eux celui du défunt, son corps était rituellement déposé dans la nature, dans des périmètres sacrés où faune et flore le recyclaient rapidement.

Les prêtres et devins s'astreignaient à des jeûnes, fumigations et prise de substances hallucinogènes qui leur donnaient accès au monde des esprits et établissaient ainsi une communication avec le monde des vivants. La cérémonie de la circoncision, le Mukand, était, pour les garçons, l'un des rites initiatiques de passage de l'enfance à l'adolescence, tout comme le mariage, qui engage deux familles et entraîne l'observance de divers rituels pour sceller l'alliance entre les deux familles. En revanchie, les Lundas ne connaissaient pas l'excision. Toutes ces pratiques ont été combattues au XXe siècle par les missionnaires belges ou portugais qui les considéraient comme de la « sorcellerie », et comme beaucoup se transmettaient par voie initiatique et ont disparu avant d'être scientifiquement observées et décrites, leurs détails sont perdus à jamais[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jan Vansina, Kingdoms of the Savanna
  2. Birmingham
  3. Library of Congress country studies
  4. Richard Francis Burton, The Lands of Cazembe: Lacerda´s journey to Cazembe in 1798
  5. Potentiel - Écho des provinces - 1er février 2005
  6. Informations provenant de la Cour luanda
  7. Luc de Heusch Le roi ivre ou l’origine de l’Etat
  8. monuc.org: La femme dans la société congolaise : de l'ascension à la perte de son pouvoir ::: 19/03/2004
  9. James Stuart Olson, « Lunda », in : The Peoples of Africa, an Ethnohistorical Dictionary, Greenwood Publishing Group, 1996, p. 322, ISBN 9780313279188 et Victor Witter Turner, Lunda rites and ceremonies, Rhodes-Livingstone Museum, 1953, 56 pp.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Harry Hamilton Johnston, Lawson Forfeitt et Emil Torday, George Grenfell and the Congo: A History and Description of the Congo Independent State and Adjoining Districts of Congoland, Together with Some Account of the Native Peoples and Their Languages, the Fauna and Flora; and Similar Notes on the Cameroons and the Island of Fernando Pô, the whole founded on the diaries and researches of the late Rev. George Grenfell, B.M.S., F.R.G.S.; and on the records of the British Baptist Missionary Society ; and on additional information contributed by the author, Hutchinson & Co., 1908
  • (fr) Beatrix Heintze, « Le voyage d'exploration de Max Buchner au royaume lunda, 1878-1882 », Cahiers africains, 2004, no 65-66-67, p. 333-364
  • (fr) Alfredo Margarido, Introduction à l'histoire lunda, École pratique des hautes études, Paris, 1969, 308 p. (Mémoire)
  • (fr) Édouard N'Dua, L'installation des Tutshokwe dans l'empire lunda 1850-1903, Lovanium, Kinshasa, 1971 (Mémoire)
  • (fr) Ndaywel E. Nziem, « Le système politique luba et lunda : émergence et expansion », Histoire générale de l’Afrique, Vol 5 Chapitre 20, UNESCO
  • (pt) Eduardo dos Santos, A questão da lunda : 1885-1894, Agência-geral do ultramar, Lisbonne, 1966, 413 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]