Royan 1950

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Article principal : Royan.
Le Front de Mer

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

La ville a été presque totalement détruite en janvier 1945 par les forces alliées (bombardements américains) car elle a été une poche de résistance allemande jusqu'à quasiment la capitulation de l'Allemagne (17 avril 1945).

Dès le 7 juin 1945, Claude Ferret (1907-1993), professeur et directeur des études de l'école d'architecture de Bordeaux, a été nommé, avec Georges Vaucheret, architecte et ancien maire de Royan, comme urbanistes en chefs de la reconstruction de Royan[1].

Le maire M. Dautry, nommé par la Résistance, reçoit Claude Ferret en juillet 1945, et lui dit : « Vous voyez, Ferret, Vous avez trois ans pour reconstruire cette ville. Si dans trois ans vous n'avez pas terminé, on vous fera fusiller... ». C'était une boutade bien sûr. Car en fait il faudra 20 ans pour achever la ville.

Il y a eu une campagne de démoustiquage et de dératisation, et en 1946, le déminage des plages n'était pas tout à fait terminé, quand, au milieu des ruines, on envisageait déjà une saison touristique, car les trains ont été remis en service en juin. Il faudra déjà trois longues années pour enlever les décombres.

Claude Ferret confiait récemment : « La ville détruite, tout le centre de Royan n'existait plus. C'était l'occasion ou jamais de faire une ville un peu plus contemporaine. »

La reconstruction[modifier | modifier le code]

Bd Aristide-Briand
Les immeubles du Bd Briand
Rues parallèles au Bd Briand

Les travaux n'ont commencé qu'en 1947. On a prié les habitants de ne pas déplacer les jalons en bois rouge et blanc délimitant le futur Royan. Ils habitaient alors dans des ruines, ou dans des tentes, ou des cités provisoires (Faupigné et Clemenceau). Ceux qui habitaient encore chez eux, dans le centre, savaient qu'ils seraient expropriés pour les travaux.

La somme allouée par le MRU pour la reconstruction était d'abord de 2,5 MF en 1945, puis 54 MF en 1947. Il y avait alors une rivalité régionale entre la Rochelle et Royan pour démarrer au plus vite la reconstruction. Les habitants de Royan s'impatientant, ils ont organisé des manifestations pour faire accélérer les travaux auprès des architectes qui campaient dans des baraques sur la plage, et qui avaient planté un drapeau vert, couleur de l'espérance. Il fallait aussi penser à l'avenir balnéaire et touristique de Royan, ce que les habitants ne comprenaient pas toujours.
C'est dans ce contexte que les architectes désignés par le MRU (René Coty) en 1948, Claude Ferret, et ses deux adjoints Louis Simon, de Paris, (1901-1965)[2] et André Morisseau, de Pons, ont tracé les plans du futur Royan. Il fallait donc faire vite.

Le projet urbain commençait par une refonte totale du plan des rues, s'appuyant sur une étude d'avant guerre, le "plan Danger" (1939). En effet, on pensait déjà à l'importance du trafic automobile. Le projet, futuriste, épouse la forme de l'extrémité de la conche de Royan, courbe, englobant le port qu'on a pensé mettre à un moment derrière la pointe du Chay. Le centre est coupé par un axe perpendiculaire à la mer, le boulevard Aristide Briand (petite vallée de la Font de Cherves), et l'ensemble se voulait comme un arc avec une flèche pointée vers la mer. On a aussi prévu la rocade contournant le centre, de la gare, le haut de Royan (St-Pierre-de-Mons) et Pontaillac.

Le style architectural de l'époque en France, figé par la guerre, était resté le style classique, Beaux-Arts, ou Art déco, des années 1920-30 (Trocadéro de Paris...). Ce n'était pas encore les idées de Le Corbusier, lui aussi contemporain de cette époque.

Il faut noter que Le Corbusier avait présenté un projet pour la reconstruction de Royan, futuriste, mais que celui-ci n'avait pas été retenu car il ne faisait pas suffisamment station balnéaire, à cause principalement de constructions trop en hauteur.

L'architecte Ferret a proposé un style régional saintongeais à son projet, immédiatement adopté ne serait-ce que pour les habitants à reloger (on échappait ainsi au "faux basque" ou au "faux normand"). Ainsi les lignes sobres, les fines moulures charentaises, l'usage de la pierre calcaire, l'ordonnancement des ouvertures verticales et les tuiles canal coloraient un peu le style Beaux-Arts. Après avoir arasé et évacué tous les gravats, les premières constructions ont eu lieu en 1948 le long du boulevard Aristide-Briand, perpendiculaire à la mer, et reflètent ce style : classicisme avec des lignes très droites, et régionalisme en plus.

Le Front de Mer[modifier | modifier le code]

Le front de mer
Galeries du front de mer

Le Front de Mer était lui aussi planifié dans ce style "rationaliste". Or, en septembre 1946, le numéro 7-8 du magazine d'architecture l'Architecte d'Aujourd'hui a fait l'effet d'une bombe. Ce magazine ouvrait un peu la France sur les architectures dans les autres pays : Norvège, Amérique, etc... Ce numéro présentait les réalisations modernistes faites au Brésil, qui utilisaient la technique révolutionnaire du "voile de béton". Par la suite, le numéro 13-14 de l'Architecte d'Aujourd'hui en septembre 1947 est entièrement consacré au Brésil. En effet, les architectes brésiliens (comme Oscar Niemeyer, Lucio Costa...) avaient profondément été influencés par la visite de Le Corbusier en 1929 puis surtout 1936 à Rio, et ils avaient réalisé ensemble le ministère de l'éducation nationale à Rio, et l'équipe de Costa a réalisé beaucoup de constructions modernistes de ce style par la suite : pavillon du Brésil en 1939 à New-York, églises, par exemple la chapelle St-François de Campulha (Niemeyer, 1943) - puis par la suite Brasilia à partir de 1956. Les architectes royannais ont alors tout de suite vu dans ce style les perspectives d'avenir et d'ouverture de leurs projets. Il est amusant de voir que l'esprit Le Corbusier a ainsi transité par le Brésil avant de revenir indirectement en France.

Ainsi le Front de Mer a subi cette influence, sans renier totalement ce qui avait été fait avant. On a donc un mélange de trois styles : classique Art déco, « charentais » et « brésilien ». Harmonie des courbes et des couleurs (en plus du blanc, il y avait les couleurs primaires : rouge, bleu, jaune), utilisant aussi beaucoup le principe du brise-soleil : élément architectural en béton et formant des alvéoles ("claustra") ou des lignes horizontales, comme un 2ème mur extérieur, et protégeant du soleil en été, et le laissant passer l'hiver.

En même temps que le Front de Mer (1950-56), a été construit tout le quartier du centre (1949), et les habitants ont enfin pu être ainsi relogés dans des maisons ou des appartements tout neufs. Ceux dont la maison a été reconstruite sur place ne reconnaissaient plus du tout leur ancienne maison, parfois ancestrale, d'autant plus que souvent le jardin séparant la rue de la maison a été supprimé.

La reconstruction a occupé 82 architectes à Royan, dont le quart était bordelais.

L'église[modifier | modifier le code]

Notre-Dame de Royan

On a cherché un architecte pour faire l'église et un architecte parisien, Guillaume Gillet a été choisi (1954), et a su rompre avec les avant-projets jugés trop brésiliens de cette église. L'église utilise aussi la technique du béton armé, en plaques courbes. La forme fait penser à une immense proue de navire, mais il y a aussi un clin d'œil à l'architecture régionale, en particulier à la cathédrale d'Albi par la hauteur de sa nef allongée (p.229). L'édifice, par ses lignes verticales, tranchait avec les lignes horizontales du front de mer. L'église Notre-Dame de Royan a été consacrée en 1958. En 1960, la municipalité s'inquiétait déjà de l'entretien, voire de la restauration du bâtiment.

Immeuble-pont à Foncillon

Pour « meubler Foncillon » (1953), on y construit le Palais des Congrès (vraiment terminé seulement en 1962, après lenteur des entreprises et réparation de malfaçons) et d'autres immeubles (tour de Foncillon, immeuble-pont, 1956-62).

Autres constructions[modifier | modifier le code]

Des immeubles, des villas et d'autres constructions ont complété ces réalisations. On a ainsi construit la poste centrale (1951-52), l'église du parc (1951-53), l'entrée de la ville (place Gantier, près de la gare, 1956-60), la galerie Botton (1954-56) sur le Front de mer et son auditorium, le temple (1957), le stade (1957-61), la gare routière (1953-64), les châteaux d'eau de St-Pierre et Belmont (Gillet, 1960), la piscine (1968).

Dans les villas, on peut citer Ombre Blanche (arch. Claude Bonnefoy, 1958) (p.138)

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Place De Gaulle (après 1985)

Le centre administratif, prévu en plein centre-ville sur la place De Gaulle au carrefour des avenues Aristide-Briand et Gambetta ne verra jamais le jour, et sera remplacé en 1955 par le magasin Nouvelles Galeries.

Marché central

On a aussi construit le marché central (Simon et Morisseau, 1953-56), utilisant à fond la technique du "voile mince de béton" : couche très fine de béton (7 cm), mais qui par sa forme pliée et courbe rend la structure robuste. Le marché a la forme d'un immense coquillage. On retrouve cette architecture au Brésil, au Mexique, et le marché de Royan a servi de modèle à d'autres réalisations (marché de Nanterre, cirque de Bucarest, ...).

On élève aussi un portique fermant le front de mer (1955), et déjà discuté à l'époque par certains Royannais car fermant la vue sur la mer depuis le centre, mais cher à l'architecte Simon. Ce portique sera un des premiers éléments à être démolis en 1985 avec le casino.

Enfin, cerise sur le gâteau, le casino, projet longuement réfléchi dès 1945 et maintes fois modifié, (arch. Ferret, Courtois, Marmouget), en forme de rotonde, est achevé en 1962 au bout de la conche, achevant ainsi la réalisation du Front de mer.

Pierre Marmouget a aussi participé à la construction de nombreuses villas, mettant en œuvre la technique du brise-soleil (ou claustra), assez nouvelle en France.

Les brise-soleil de Royan
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Royan, enfin terminée, est devenue très célèbre en France et même dans le monde à cause de ce style architectural moderne et unique, véritable « laboratoire de recherches sur l'urbanisme »[1], et ce style propre a été qualifié d'« École de Royan »[3].

La ville a attiré de nombreux résidents secondaires, de Paris en plus des proches habitants de la région, Bordeaux en particulier.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b L'invention d'une ville, Royan années 50 (éd. du Parimoine, 2003) (ISBN 2-85822-754-3)
  2. Simon a aussi réalisé la reconstruction du quartier St-Front à Périgueux, puis par la suite les ZUP de Soyaux près d'Angoulême et du Mireuil à la Rochelle
  3. Guide architectural Royan 1950, Antoine-Marie Préaut, éd. Bonne Anse, 2006, (ISBN 2-9523431-8-7), p.11

Illustrations[modifier | modifier le code]

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Anne Bouchet-Roy, Bombardement et libération de la poche de Royan, Bonne Anse, 67 pages, Vaux-sur-Mer, 2005 (ISBN 2-9523431-2-8)
  • Cahiers du Patrimoine, L'invention d'une ville, Royan années 50, éd. du Parimoine, 2003, (ISBN 2-85822-754-3)
  • Antoine-Marie Préaut, Guide architectural Royan 50, Bonne Anse, 266 pages, Vaux-sur-Mer, 2006 (ISBN 2-9523431-8-7)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]