Route du sel

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44° 09′ 00″ N 7° 35′ 00″ E / 44.15, 7.58333

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Borne de pierres sèches sur la route du sel dans la vallée de l'Aiguebrun, en Haute-Provence

La route du sel désigne les routes commerciales d'échanges et de commerce, par laquelle le sel fut transporté depuis les régions de production vers les régions qui en manquaient.

Origine[modifier | modifier le code]

Dès l'âge du bronze (2e millénaire avant J.-C.) apparurent des itinéraires de transhumance, comme celui qui relie la Ligurie maritime avec les alpages, bien avant toute route construite, permettant de relier les riches provinces pourvues de sel et d’alimenter celles dépourvues de sel.

En Europe[modifier | modifier le code]

Routes du sel dans le nord de l'Europe en 1243

Les routes du sel furent également des cours d'eau navigables de l'Europe, dès l'époque médiévale où les expéditions de sel utilisaient des radeaux chargés de sel vers l’amont et redescendaient en convois de bois, expédiés vers l'aval. D'autres itinéraires longeaient les côtes européennes. Quand le commerce de longue distance fut relancé au XIe siècle, les régions sud chaudes et ensoleillées naturellement exportèrent vers le nord humide. À la fin du Moyen Âge, l'expansion des flottes de pêche des Pays-Bas nécessita plus de sel que ne pouvaient produire ces régions localement, et le sel arrivait depuis la péninsule ibérique : Fernand Braudel nota que "Les Provinces-Unies qui auraient pu être à genoux si leurs livraisons de sel avait été bloquée à la fin du XVIe siècle. L'Espagne ne rêvait que de cela".

Signalitique de la route historique du sel en Bavière

Les ports ne sont pas nécessairement des lieux alimentés en sel. En Europe centrale, l'ancienne route du sel, d'environ 100 km de long, reliait Lüneburg au port de Lübeck (Allemagne). La ville de Lüneburg, mentionnée pour la première fois au Xe siècle, s'est enrichie sur les marais salants entourant la cité. Via Lauenburg le sel était transporté à Lübeck et de là, expédié vers tous les ports de la mer Baltique. Lunebourg et son sel ont été les principaux facteurs de puissance et de richesse de la Ligue hanséatique. Après une longue période de prospérité, son importance a diminué au XVIIe siècle. La dernière des mines de sel fut fermée en 1980, mettant fin à cette tradition millénaire.

Le vaste territoire intérieur de la Pologne est dépourvu en sel. Braudel rapporte qu'au XIVe siècle, à Wieliczka près de Cracovie, des paysans extrayaient le sel de saumure évaporées dans les hauts-fonds marins. Cette technique fut concurrencée par l'industrialisation de l'exploitation minière du sel. Des galeries furent creusées à une profondeur de 300 mètres, et d'énormes treuils motorisés. Des chevaux tiraient les blocs de sel vers la surface. À son apogée, la production s'élevait à 40 000 tonnes par année et les mines employaient jusqu'à 3 000 travailleurs.

En France[modifier | modifier le code]

La remontée de sisselandes chargées de sel sur le Rhône, en 1843, par Alexandre Dubuisson
Chargement en sel de péniches à Aigues-Mortes, au début du XXe siècle

Les marais salants étaient exploités par des méthodes artisanales, les marchands prenant seulement le contrôle du transport du sel et de sa commercialisation. Le commerce du sel fut vraisemblablement une très grande activité commerciale le long de l’océan Atlantique ainsi que dans la vallée du Rhône. La Camargue, entre Provence et Languedoc, fut une source majeure de production de sel marin ayant de plus un accès à un vaste arrière-pays. Des convois de bateaux de sel pouvaient ainsi le transporter sur le Rhône jusqu'à Seyssel, où il était débarqué et transporté en caravane à dos de mule vers l'intérieur des terres jusqu'à Genève ; de là il était de nouveau transporté par voie navigable.

Route du sel de Camargue en Rouergue

Au Moyen Âge, des caravanes de mules transportaient le bois produit en Rouergue vers les ports de la Méditerranée puis revenaient en Rouergue chargées de sel nécessaire à la conservation des aliments.

Grenier à sel médiéval

Francesco di Marco Datini, le plus grand négociant du XIVe siècle, finança le retour de Grégoire XI à Rome avec, en contre-partie, le droit d'exploiter à ferme les salines de Peccais (Salinæ de Peccaysio). Le , il passa avec Nastagio di ser Tommaso un contrat d’association. Ce sel fut entreposé et vendu à partir des greniers à sel de Beaucaire, Orange et Pont-Saint-Esprit. Ce négoce assit définitivement la puissance économique et la fortune du marchand avignonnais. Associé, depuis 1367, avec des drapiers installés dans la ville du Saint-Esprit, son consortium ouvrit six boutiques pour revendre le sel qui remontait le Rhône[1].

Article détaillé : Marais de Peccais.

L'exploitation du marais s'amplifia au cours du XVIe siècle. Elle incita François Ier, en 1532, à faire relier les salins d'Aigues-Mortes à la mer. Mais ce chenal, dit Grau-Henri, s'ensabla rapidement[2]. En 1546, le Grand Prieur de Saint-Gilles, fief de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem fit construire le salin de Saint-Jean, dans un étang qui jouxtait Peccais. la fin du XVIIe siècle, dix-sept salins étaient en activité dans le marais de Peccais. Ils avaient pour nom : L’Abbé, Les Aubettes, Bourbuisset, Les Brassives, La Courbe, La Donzelle, Les Étaques, La Fangouze, La Gaujouze, Le Gay, La Lone, Le Margagnon, Mirecoule, Roquemaure, Saint-Jean, Les Tuillières et Les Terrasses[3].

Transport de ballots de sel sur une des routes du sel dans la vallée de la Roya dans les Alpes

Dans d'autres régions, la route du sel fut un long chemin terrestre de portage entre rivières navigables. Le sel déchargé dans les ports de Nice et de Vintimille pouvait voyager par deux routes du sel menant à l'intérieur des terres : de Nice jusqu'à la vallée de la Vésubie en passant par Saint-Martin-Vésubie à l'entrée de la vallée, ou par la vallée de Vintimille de la Roya et le Col de Tende pour passer dans le Piémont.

En Basse-Bourgogne (région d'Auxerre), le sel arrivait par la Loire jusqu'au port de La Ronce à 1500 m en amont de Châteauneuf. De là il rejoignait les rives de l'Yonne par le chemin du sel passant par Saint-Maurice-sur-Aveyron, Fontainejean, Beauchêne, traversant l'Ouanne au péage de Ponnessant (au nord de Saint-Martin-sur-Ouanne). Au XIIIe siècle, la moitié du sel d'Auxerre passait par cette voie, le reste venant du sel gemme de Franche-Comté[4],[5], par exemple de Salins-les-Bains[6].

En Italie[modifier | modifier le code]

Tour du sel (XVIIIe siècle), étape sur la route du sel en Toscane

Les routes du sel ou vie del sale en Italie, était d’antiques parcours et routes de navigation utilisés par les marchands de sel.
Il n’existe pas une unique route du sel : les diverses peuplades émiliennes, lombardes et piémontaises avaient chacune son propre réseau de sentiers et liaisons pour amener les marchandises (laine, armes, etc.) vers la mer et remonter le sel.
Mettre en communication la Plaine du Pô avec la Ligurie, les territoires français de la Provence ou ceux du canton du Valais en Suisse, permettait le commerce et l’acheminement de ce précieux produit qui était difficile à trouver dans les régions septentrionales, loin de la mer.

Article détaillé : Routes du sel en Italie.
  • La route du sel émilienne et la route du sel lombarde rejoignait le port de Gênes,
  • Une des routes du sel piémontaises rejoignait le Dauphiné et la Provence,
  • L’axe sud-nord des vallées alpines, passait les Alpes au col du Simplon pour rejoindre le canton du Valais en Suisse.

En Chine[modifier | modifier le code]

Tangbe (3040 m), village du royaume de Mustang, dont l'ancienne forteresse contrôlait la route du sel, entre le Tibet et l'Inde

Dans la Chine des Ming, le sel ainsi que le riz a été expédié du sud au nord, le long du Canal Impérial comme Jusqu'à Pékin.

Au Tibet et au Népal[modifier | modifier le code]

Il y a plus de 200 millions d'années, des océans recouvraient de vastes parties de l'Asie. Les lacs saumâtres du haut plateau tibétain sont encore une source de revenus pour les Tibétains et les Népalais qui s'y rendent en caravanes avec des yaks, voir Nomade du sel.

En Afrique[modifier | modifier le code]

Caravane du sel dans la région des Afars
Vente de sel au Mali venu par une route du sel transaharienne

Les routes du sel mythiques traversant le désert du Sahara continuent à voir passer de longues caravanes de dromadaires chargés de ce précieux ingrédient. Aux frontières du désert, dans les méandres du Niger, c'est sur la Route du sel qui serpente depuis le Mali. Au XIVe siècle Tombouctou "la ville aux 333 saints" accueillait 25 000 étudiants et 100 000 habitants avant d'être ensevelie par le voile du désert et de l'oubli. Elle était un carrefour important sur la route du sel. Le commerce transsaharien du sel remontant le Niger a marqué un passé brillant du commerce malien. Le Mali s'enrichit de cet or traversant Tombouctou et Bamako. Sa position centrale fait du Mali un pays de rencontres et d'échanges.

La ville d'Agadez demeure également un important carrefour d'échanges et de commerce notamment du sel. Les transports caravaniers chargés de ballots de sel traversent les montagnes du Ténéré vers les oasis (telle que celle de Bilma) et les destinations les plus lointaines, parfois à plus de 500 km de distance.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. R. Brun, Annales avignonnaises de 1382 à 1410 extraites des archives Datini, Mémoire de l’Institut historique de Provence, 1935-1938.
  2. Aigues-Mortes sur le site Dimeli and Co
  3. Le marais de Peccais
  4. Histoire de Marché Beton. Paul Gache, professeur d'histoire à Orléans. Sur le site de la commune de Marchais-Beton.
  5. Le sel : "or blanc" de la Franche-Comté. Société d'histoire Naturelle du Doubs.
  6. Musée du Sel de Salins-les-Bains.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme (XVe - XVIIIe siècles), Paris, Armand Colin, 3 volumes, 1979.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]