Denis de Rougemont

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Denis de Rougemont

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Portrait par Erling Mandelmann (avant 1980)

Naissance 8 septembre 1906
Couvet, canton de Neuchâtel, Suisse
Décès 6 décembre 1985 (à 79 ans)
Genève, Suisse
Activité principale
directeur littéraire, traducteur, professeur
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement personnalisme
Genres

Œuvres principales

Denis de Rougemont, né le 8 septembre 1906 à Couvet et mort le 6 décembre 1985 à Genève, est un écrivain, philosophe et professeur suisse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premiers pas[modifier | modifier le code]

Denis de Rougemont est le fils de Georges de Rougemont, pasteur, et de Alice, née Bovet. La famille de Rougemont est originaire de Saint-Aubin près de Neuchâtel . En 1784, elle a reçu une « reconnaissance d'ancienne noblesse » du Roi Frédéric II de Prusse (Neuchâtel était alors une Principauté prussienne). Des membres de la famille de Rougemont ont fait partie du Conseil d'État de Neuchâtel.

Denis de Rougemont habite dans la maison bourgeoise de ses parents avec ses deux sœurs et son frère à Areuse, un hameau situé entre Boudry et Neuchâtel. Il fréquente l'école primaire à Couvet de 1912 à 1918. Cette expérience lui inspirera plus tard Les Méfaits de l'Instruction publique (1929), un pamphlet sur le rôle anti-éducatif de l'école[1]. De 1918 à 1925, il fréquente le Collège latin, puis le gymnase (collège) de Neuchâtel, en section scientifique. En 1923, il écrit un premier article sur « Henry de Montherlant et la morale du football », publié dans la Semaine littéraire de Genève. De 1925 à 1927, il suit les cours de l'Université de Neuchâtel, en Faculté des Lettres ; il fréquente les cours de psychologie et le séminaire de Jean Piaget sur l'épistémologie génétique, et le cours de Max Niedermann sur la linguistique de Ferdinand de Saussure. Entre 1926 et 1929 il découvre une partie de l'Europe grâce à des voyages à Vienne, en Hongrie, en Souabe, en Prusse orientale, dans le Bade-Wurtemberg et au Lac de Garde (il les décrits dans Le Paysan du Danube). En 1930, la fin de ses études est sanctionnée par une licence ès lettres (français, allemand, histoire, psychologie, philosophie).

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

La même année, Denis de Rougemont s'établit à Paris, où il assure la direction littéraire des éditions "Je Sers" (qui publient Søren Kierkegaard, Karl Barth, Nicolas Berdiaeff, Ortega y Gasset…). Appartenant à la mouvance des non-conformistes des années 30, il rencontre puis collabore avec, notamment, Gabriel Marcel, Emmanuel Mounier, Alexandre Marc, Arnaud Dandieu, Robert Aron. En 1932, à Francfort, il participe à une rencontre de jeunes groupes révolutionnaires européens, puis au lancement de deux groupes personnalistes et de leurs revues, Esprit (avec Emmanuel Mounier et Georges Izard) et l'Ordre nouveau (avec notamment Robert Aron, Arnaud Dandieu, Alexandre Marc). Il collabore aussi à la revue Plans, est cofondateur de Hic et Nunc (de tendance barthienne) avec Henry Corbin, Roger Jézéquel (Roger Breuil), Roland de Pury et Albert-Marie Schmidt. Enfin, il collabore à la Nouvelle Revue française où il présente en 1932, un « Cahier de revendications de la jeunesse française ».

En 1933, Denis de Rougemont épouse Simonne Vion (dont il divorce en 1951), avec laquelle il a deux enfants, Nicolas et Martine.

Les éditions "Je sers" font faillite la même année ; Rougemont se retrouve alors au chômage, ou plutôt « en » chômage, puisqu'il considère cette période comme propice aux réflexions intellectuelles. Durant ces deux années, vécues en partie en exil intérieur sur l'île de Ré, Denis de Rougemont écrit le Journal d'un Intellectuel en chômage (publié en 1937). En 1934, il publie Politique de la Personne, et traduit, en 1935, le premier tome de la Dogmatique de Karl Barth.

Jusqu'en 1936, Denis de Rougemont est lecteur à l'Université de Francfort et rédacteur en chef des Nouveaux Cahiers (jusqu'en 1939). Il publie en 1936 Penser avec les Mains, puis un essai sur la Vision physionomique du Monde. De mars à juin 1938, Denis de Rougemont s'attelle à la rédaction d'une de ses œuvres majeures, L'Amour et l'Occident. En octobre de la même année, il publie le Journal d'Allemagne et, en novembre le livret de Nicolas de Flue, oratorio d'Arthur Honegger.

Jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale il publie encore de nombreux articles dans Esprit, l'Ordre Nouveau, la Nouvelle Revue française, la Revue de Paris, et des chroniques au Figaro.

Période de guerre[modifier | modifier le code]

Rougemont est mobilisé en septembre 1939 dans l'armée suisse. Il est cofondateur de la Ligue du Gothard, un groupe de résistance suisse aux fascismes européens victorieux et rédige son Manifeste. Lors de l'entrée des Allemands à Paris, il rédige un article très polémique dans la Gazette de Lausanne ("À cette heure où Paris….") qui – suite aux protestations et aux pressions du Gouvernement allemand – lui vaut les foudres du gouvernement suisse : il est condamné, pour insulte à chef d'État étranger, à quinze jours de prison militaire, qu'il passe en fait chez lui[2]. Fin août 1940 Denis de Rougemont est envoyé très officiellement (avec un passeport diplomatique) aux États-Unis, pour y donner des conférences sur la Suisse. Il s'installe près de New York en octobre de la même année.

Après avoir rédigé et publié The Heart of Europe: Switzerland, il assiste à la création au Carnegie Hall de l'oratorio Nicolas de Flue. Il voyage en Argentine de juillet à novembre, fréquentant le cercle « Sur », réuni par Victoria Ocampo, dont il est l'hôte. Il donne plusieurs conférences et publie en espagnol son livre sur la Suisse. À la veille de l'attaque sur Pearl Harbor, il rentre à New York. Professeur dès 1942 à l'École libre des hautes études (Université française en exil), puis rédacteur à l'Office of War Information, « la Voix de l'Amérique parle aux Français », il écrit en cinq semaines La Part du Diable, qui paraît fin 1942. Il côtoie Saint-John Perse, Saint-Exupéry, Marcel Duchamp, André Breton, Max Ernst, André Masson, Bohuslav Martinů, Edgar Varèse, mais aussi R. Niebuhr, D. Mac Donald, ou encore le comte Coudenhove-Kalergi, qu'il avait déjà rencontré à Vienne en 1927, lors de ses premiers voyages. Il lui avait alors proposé de mettre sa revue PanEuropa en « français correct »…

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

En 1946, Denis de Rougemont publie à New York les Lettres sur la Bombe atomique (illustrées par le peintre surréaliste chilien Roberto Matta) à la suite de la dévastation d'Hiroshima et de Nagasaki, qui l'ont profondément choqué. En avril 1946, Denis de Rougemont revient en Europe. Le 8 septembre 1946, il publie son premier discours sur l'union de l'Europe. De retour aux États-Unis, il passe cinq jours en prison à Ellis Island, pour des motifs qui n'ont jamais été éclaircis. En 1947, Rougemont rencontre Albert Einstein à Princeton, discute des problèmes de l'union de l'Europe. En juillet de la même année, il retourne définitivement en Europe, il s'établit à Ferney-Voltaire, dans une demeure qui fut construite par Voltaire.

Engagé en faveur de la construction européenne, Denis de Rougemont prononce à la fin du mois d'août 1947 le discours inaugural du premier Congrès de l'Union européenne des fédéralistes à Montreux, d'où sort le Congrès de La Haye en 1948, et fait la promotion d'un Centre européen de la culture, dont il est plus tard directeur.

En mai 1948, Denis de Rougemont donne lecture, lors de la séance de clôture du Congrès de La Haye (présidé par Winston Churchill), du Message aux Européens, qu'il a été chargé d'écrire pour dégager le sens de la manifestation. Il écrit et publie L'Europe en jeu et la Suite neuchâteloise. En novembre, il est élu délégué général de l'Union européenne des Fédéralistes. En 1949, Rougemont ouvre à Genève, sous les auspices du Mouvement européen, un Bureau d'études chargé de préparer la Conférence européenne de la culture. Celle-ci se tient à Lausanne du 8 au 11 décembre sous la présidence de Salvador de Madariaga. Denis de Rougemont en est le rapporteur général.

En 1950, Denis de Rougemont prend part à Berlin à un rassemblement d'intellectuels qui donnera naissance au Congrès pour la liberté de la culture, dont il préside le comité exécutif jusqu'en 1966. Il écrit et fait distribuer à l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe les Lettres aux Députés européens et rédige l'Appel qui sera lu au nom des 6 000 étudiants européens manifestant devant le Conseil de l'Europe. Il préside à la création du Centre européen de la culture (CEC), d'où sont issues de nombreuses institutions européennes (notamment l'Association européenne des festivals de musique, mais aussi le CERN). En 1963 il reçoit le Prix Prince de Monaco et la même année il fonde l'Institut universitaire d'études européennes (IUEE), associé à l'Université de Genève, qu'il dirige jusqu'à sa retraite en 1978 et où il enseigne jusqu'à l'année de sa mort l'histoire des idées européennes et le fédéralisme.

En 1967 il reçoit le "Prix de la Ville de Genève"[3]. Le 17 avril 1970 l'Université de Bonn lui remet le prix et la médaille Robert Schuman pour l'ensemble de son œuvre, en particulier pour Vingt-huit siècles d'Europe et Les chances de l'Europe, et en sa qualité de directeur du Centre européen de la culture[4]. En 1971 il est nommé docteur honoris causa de la faculté de droit de l'université de Zurich. Dans les années 1970 il contribue au développement du mouvement écologiste : il est membre fondateur du Groupe de Bellerive (1977), organe de réflexion sur les orientations de la société industrielle et auteur de travaux pionniers sur les dangers du nucléaire, la même année paraît L'avenir est notre affaire, un de ses ouvrages majeurs, consacré aux enjeux écologiques de la problématique de l'environnement en lien avec les régions ; il fonde avec Jacques Ellul le groupe Ecoropa. Le 11 novembre 1976 il reçoit un diplôme de l'Académie d'Athènes. En 1978 il crée la revue Cadmos, organe du Centre européen de la culture et de l'Institut universitaire d'études européennes (IUEE). En 1981 il est nommé docteur honoris causa de l'Université de Galway en Irlande. En 1982 il reçoit le Grand Prix de la Fondation Schiller suisse.

Denis de Rougemont meurt à Genève le 6 décembre 1985 et, comme tous les lauréats du "Prix de la Ville de Genève", il est enseveli au Cimetière des Rois à Plainpalais.

Principaux aspects de la pensée de Denis de Rougemont[modifier | modifier le code]

Denis de Rougemont est considéré notamment comme l'un des grands penseurs pionniers de l'idée d'instituer un fédéralisme européen et, avec Alexandre Marc, il est un des principaux représentants du fédéralisme intégral[5].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • The Heart of Europe. Avec Charlotte Muret (1941)
  • La Part du Diable (1942. Rééditions : 1944 et 1982)
  • Les Personnes du Drame (1947)
  • Lettres sur la bombe atomique (1946)
  • Journal des deux Mondes (1946. Réédition : Journal d'une époque, 1968)
  • Personnes du Drame (1947)
  • Doctrine fabuleuse (1947)
  • Vivre en Amérique (1947)
  • Suite neuchâteloise (1948. Réédition : 1982)
  • L'Europe en jeu (1948)
  • Lettres aux députés européens (1950)
  • La Confédération helvétique (1953)
  • L'Aventure occidentale de l'Homme (1957)
  • Définitions, valeurs, énergie, recherches : quatre essais européens (1958)
  • Vingt-huit siècles d'Europe: la conscience européenne à travers les textes (1961)
  • Comme toi-même (1961)
  • Les chances de l'Europe (1962)
  • The Christian Opportunity (1963)
  • Fédéralisme culturel (1965)
  • La Suisse ou l'Histoire d'un Peuple heureux (1965. Réédition : 1970)
  • Journal d'une époque (1968)
  • L'un et le divers (1970)
  • Lettre ouverte aux européens (1970)
  • Le Cheminement de esprits (1970)
  • Les Mythes de l'Amour (1972, réédition de Comme toi-même)
  • Les Dirigeants et les finalités de la société occidentale (1972)
  • Journal d’un Européen (fragments) (1974)
  • L'avenir est notre affaire (1977)
  • Rapport au peuple européen sur l'état de l'union de l'Europe (1979)
  • Le Paysan du Danube et autres textes (1982)
  • (†) Inédits. Extraits de cours choisis et présentés par Jean Mantzouranis et François Saint-Ouen (1988)
  • (†) Dictionnaire international du fédéralisme (dir.). Édité par François Saint-Ouen (1994)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fabrizio Frigerio, "Le rôle de l'école selon Denis de Rougemont", Les Cahiers du Val-de-Travers, 2006, n. 6, p. 12-14.
  2. « Au mois de juin, un petit article publié dans la Gazette de Lausanne sur la prise de Paris m'a valu 15 jours de prison militaire, d'ailleurs transformés en vacances chez moi grâce à mon colonel. J'ai compris que je devais me taire ou ne plus rien dire de ce que je pensais. » Lettre de Denis de Rougemont à Pierre Klossowski, Princeton, 10 octobre 1940, in:Denis de Rougemont, l'Européen, catalogue édité par François Saint-Ouen, Genève, 2006, p. 61-62.
  3. Lauréats du "Prix de la Ville de Genève" 1967
  4. Denis de Rougemont, l'Européen, catalogue édité par François Saint-Ouen, Genève, 2006, p. 61.
  5. Fabrizio Frigerio [et alii], "Fédéralisme chez Rougemont", in: Dictionnaire international du Fédéralisme (F. Saint-Ouen ed.), Bruxelles, Bruylant, 1994, p. 202-204 et Fabrizio Frigerio, "L'engagement politique de Denis de Rougemont", Cadmos, Ginevra, 1986, n.33, p. 115-124.
  6. Rue Denis-De-Rougemont

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]