Rosière

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Une rosière est une jeune fille qu'on récompense pour sa réputation vertueuse.

Instituée, selon la légende, par saint Médard à la fin du Ve siècle, la fête de la Rosière est née à Salency (Oise).

Elle consiste, à l'origine, en la remise d'une couronne de roses (d'où le nom) à la jeune fille dont la conduite irréprochable, la vertu, la piété et la modestie ont marqué le village.

Histoire[modifier | modifier le code]

La première rosière de l’Histoire aurait été la propre sœur de saint Médard, sainte Médrine. La tradition s’est ensuite perpétuée tous les 8 juin (ou autour de la Pentecôte[1]).

Grande célébration du mariage des seize rosières, filles de décorés de juillet (1831-1832)

En 1769, Charles-Simon Favart fait représenter à Fontainebleau puis à la Comédie-Italienne La Rosière de Salency, opéra-comique suivi d’un ballet, dont la musique est due à Blaise, Philidor, Monsigny et Duni. Le thème sera repris en 1774 par André Grétry, sur un livret remanié par Masson de Pezay.

En 1779, le parlement de Metz autorise une fête de la Rosière à Réchicourt-le-Château à l’initiative du curé Joseph-Benoît Marquis.

En 1799, le comte de Provence en exil à Mittau couronne une rosière. Cet événement est immortalisé par un tableau de Jean-Charles Tardieu[2].

Au XIXe siècle, pour fêter son accession au trône puis la victoire d’Austerlitz, Napoléon décrète que des jeunes filles pauvres et vertueuses seront dotées par l’État et mariées. En 1810, pour fêter ses noces avec Marie-Louise d'Autriche, l'empereur ordonne que, dans tout le pays, six mille militaires soient mariés avec ces jeunes filles de bonne moralité[3].

Dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, la commune de Carhaix (Finistère) élit chaque année sa rosière.

En 1887, Guy de Maupassant écrit Le Rosier de Madame Husson, nouvelle dans laquelle « rosier » s'entend comme l'équivalent masculin de « rosière ».

En 1891, quatre rosières sont élues à Paris[4].

La fête de la rosière de Nanterre était jadis célèbre en France. Elle a été à l'origine du défilé de la rosière du XXIe arrondissement de Paris en 1894. On peut voir sur Internet un documentaire consacré à la fête de la rosière de Nanterre 1920[5].

La Rosière du XXIème arrondissement de Paris 1894[modifier | modifier le code]

Le 1er mars 1894, les étudiants parisiens font défiler à la Mi-Carême un « rosier » : la « rosière du XXIe arrondissement », un très grand jeune homme vêtu en mariée et flanqué d'un minuscule et caricaturale maire marieur[6]. Champimont, dans le journal La Joie de la maison, raconte le défilé de la rosière du XXIème arrondissement à l'occasion de la Mi-Carême 1894 à Paris[7] :

Mi-Carême 1894 : le maire et « la rosière du XXIe arrondissement[8] ».
Je vous prie de me donner acte que je rends compte de la cavalcade des étudiants, qui se joint au cortège des blanchisseuses, en ce jour de Mi-Carême, au moment précis où elle déroule ses mascarades sur nos boulevards. Est-ce de l'actualité, cela ?
Les membres du comité[9] avaient pu constater, l'an dernier, combien un cortège historique est difficile et coûteux à établir, et ils s'étaient promis de choisir, celte année, un sujet entièrement moderne. Après la fête de 1893, ils étaient restés liés, se voyaient souvent, causaient de leurs projets et, pendant l'été, faisaient de compagnie d'assez fréquentes excursions aux environs de Paris. Un dimanche, ils se rendirent par hasard à Nanterre, le jour du couronnement de la rosière. Ils assistèrent à ce spectacle avec admiration et, profondément humiliés de voir un simple village posséder une attraction qui manquait à Paris, ils résolurent de combler cette lacune : le sujet de la cavalcade de 1894 était trouvé.
Donc, la rosière du 21° arrondissement marche au bras du maire. Mais quel maire ! et quelle rosière ! Plus de cinquante candidates à ce rôle en vedette ont été impitoyablement refusées par le comité. Son choix s'est fixé sur une personne qui mettra admirablement en valeur la robe blanche et les fleurs d'oranger ; sa taille est de 1 m. 85, et... elle tirera au sort l'an prochain pour être sans doute envoyée dans un régiment de cuirassiers, car cette rosière, d'une si troublante féminité, n'est autre qu'un jeune étudiant dans l'épanouissement de la vingtième année. Le maire microscopique sous l'énorme tromblon en poils de lapin, atteint, en se haussant sur la pointe des pieds à peu près la ceinture de sa gracieuse administrée. Une trentaine de couples suivent, ainsi qu'un bataillon de pompiers aux plumets menaçants, et une fanfare de quarante musiciens exécutant les airs populaires du quartier. Puis viennent les délégations des facultés avec leurs bannières dessinées par des élèves de l'École des beaux-arts apportant leurs hommages et leurs cadeaux à la rosière : la Ligue des inspecteurs de la vertu ; les Enfants du village ; les élèves d'Alfort qui, comme au fameux bal des Bêtes donné par Mme la princesse de Sagan, représentent tous les animaux de la création ; les élèves de l'École coloniale, dont les uns, en Annamites, escortent le Dragon de l'Annam, long de sept mètres, les autres accompagnent à cheval, en Mameluks, un de leurs camarades au profil napoléonien, vêtu de la redingote grise et coiffé du petit chapeau, d'autres enfin figurent des allusions aux principaux événements coloniaux de l'année. Sur un char colossal sculpté, de style gothique et traîné par des bœufs, le prince Carnaval, renaissant de ses cendres, trône sous un dais, entre le père Carême et le père Mardi-Gras, trois mannequins gigantesques qui seront brûlés le soir sur la place de la Sorbonne. Carnaval, costumé en roi fainéant, est entouré de ses conseillers et d'un harem — tout à fait décent — dont les odalisques, choisies à la suite d'un véritable concours de beauté, appartiennent à l'École des beaux-arts en qualité de modèles. Il y a trois autres chars, parmi lesquels nous citerons celui de l'école d'Alfort : l'Arche de Noé. Le service d'ordre est fait par un corps volant de gardes, chevauchant des montures en carton, et dont le casque est surmonté d'un balai de chiendent.

1923 : les abeilles parisiennes[modifier | modifier le code]

En 1923, le Comité des fêtes de Paris annonce que dorénavant il ne récompensera plus la beauté mais la vertu et le travail. Un journal titre même son article de compte-rendu de la nouvelle orientation : « Paris renonce à la beauté[10] ». En réalité, chose bien peu originale, sous le nom d'abeilles le Comité « réinvente » la très classique rosière. À l'occasion de la Mi-Carême 1923, succédant aux vingt reines d'arrondissements et à la Reine des Reines de Paris de 1922, sont élues à Paris vingt « abeilles » et une « reine des abeilles » choisie parmi elles. Sont également élue une abeille des Corses et une abeille des Angevins de Paris[11].

L'influence de l'exemple parisien fait qu'on retrouve aux Fêtes de la Bonneterie 1925 à Troyes des reines baptisées « Abeilles[12] ». Cependant que dès 1924–1925, les titre de Reines et Reine des Reines de Paris reparaissent à la Mi-Carême à Paris[13].

Les rosières aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Aujourd’hui encore, des rosiers et rosières sont élus chaque année dans un certain nombre de villes et villages de France. C'est l'occasion de faire une grande fête. L'institution a évolué. Ainsi, par exemple, la rosière de Saint-Sauves d'Auvergne élue en 2013, Laura Virassamy, a été choisi pour son implication dans la vie associative du village, sa participation à l'équipe de football et au comité des jeunes. Jadis, la rosière de ce village devait obligatoirement être vierge. Depuis bien longtemps ce n'est plus un critère de sélection[14].

Liste non exhaustive de communes françaises élisant de nos jours des rosières :

  • À La Brède existe depuis 1823 une Fête de la Rosière instituée par un legs de François de Paule Latapie, Secrétaire de Montesquieu[17].
  • À Saint-Sauves d'Auvergne est élue une rosière depuis 1913. La centième a été fêtée en août 2013. Dans ce village de 1150 habitants, 2000 personnes sont venues assister à son triomphe. À l'origine de cette rosière est un legs de 17 000 francs fait par un agriculteur de la commune[14].
  • En 2014, Vinay, dans le département de l'Isère, fêtera sa 121e rosière[18].
  • À Clermont-Ferrand, le Comité des quartiers de Montferrand élit une rosière[19].
  • À Château du loir, dans le département de la Sarthe, 131eme rosière en 2014.
  • A Tournon d'Agenais, depuis 1845, et la première du genre, le succès de cette fête n’a jamais baissé. Le couronnement Tournonnais tire son origine du legs d’un riche propriétaire d’Anthé, Jean-Guillaume Dubruel. Un règlement intérieur d'août 1908 fixa le fonctionnement de la commission syndicale chargée d'élire les rosières. Celle-ci devait choisir des jeunes filles de 16 ans révolus, nées dans une des paroisses de l'ancienne commune de Tournon-d'Agenais, Une des jeunes filles devait toutefois être de la commune d'Anthé, les autres venant des autres paroisses à tour de rôle.
  • A Bois-Jérôme-Saint-Ouen chaque année pour la pentecôte est élue une rosière selon le testament de l'abbé Pierre-Seyer, bienfaiteur du village.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Léo Moulin, La Vie quotidienne des religieux au Moyen Âge, 1981.
  2. a et b Le comte de Provence futur roi de France vivait en 1799 en exil à Mittau. Ce tableau, figurant au salon de 1817, le présente en tant que « Louis XVIII ». Il se trouve à présent au musée national du château de Versailles.
  3. Cédric Istasse Les « mariages de la Rosière » dans le département de Sambre-et-Meuse Indices sur la réinsertion sociale des anciens soldats de Napoléon Ier, Napoleonica. La Revue 2009/1 (N° 4).
  4. a et b Supplément littéraire illustré du Petit Parisien, 12 avril 1891, page 8. Article d'accompagnement, page 6, 4e colonne. Voir cet article reproduit sur la base Commons.
  5. Documentaire filmé sur la fête de la rosière de Nanterre en 1920.
  6. L'Intransigeant, 2 mars 1894, p. 3, 1re colonne. Voir l'article de L'Intransigeant reproduit en entier sur la base Commons.
  7. Champimont, extrait de la rubrique : Par-ci par-là, La Joie de la maison, journal hebdomadaire illustré, 8 mars 1894, pages 130-131.
  8. Détail d'un dessin de Georges Redon illustrant la Mi-Carême 1894 à Paris, L'Univers illustré, 10 mars 1894. Voir le dessin en entier, reproduit sur la base Commons.
  9. Le comité étudiant organisateur du défilé des étudiants à la Mi-Carême 1893.
  10. Source : coupure de presse conservée dans les dossiers Actualités Carnaval à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
  11. Le récit de la journée de la Mi-Carême 1923 est fait dans l'article Il a la vie dure le Carnaval !, paru dans Le Petit Parisien du vendredi 9 mars 1923, pages 1 et 2. Le titre de l'article fait référence au temps exécrable de la journée et à l'interdiction des confettis et serpentins qui n'ont pas empêchés la fête d'avoir lieu quand même.
  12. Voir les Abeilles du quartier de Croncels.
  13. Fin 1923, le Comité des fêtes de Paris, organisme privé qui organise la Mi-Carême, se révèle incapable de verser les récompenses promises aux abeilles. L'avenir des festivités de la Mi-Carême paraît compromis. En 1924, le Comité des fêtes de Paris n'organise pas d'élections d'abeilles ou de Reine des abeilles, ni de Reines ou Reine des Reines. Et ne prévoit aucun cortège pour le jeudi de la Mi-Carême 27 mars. Le président du Comité des fêtes de Paris démissionne. En juin 1924, la presse annonce que Jeanne Champ a été élu Reine de Paris. Et à la Mi-Carême 1925, elle est présentée comme la Reine des Reines 1924, qui assiste à l'élection de la Reine des Reines 1925, Georgette Fraigneux.
  14. a et b Saint-Sauves d'Auvergne fête sa centième rosière, sur le site Internet de France 3-Auvergne.
  15. La fête des Rosières, sur le site Internet de la mairie de Suresnes.
  16. Le Petit Journal, 21 juin 1864, page 1.
  17. Fête de la Rosière sur le site Internet de La Brède.
  18. Fêtes de la Rosière, Vinay fête sa 120ème Rosière ! Musique, défilés, feu d'artifice et bonne humeur seront au rendez-vous !, sur le site Internet du Comité départemental du tourisme de l'Isère.
  19. Fêtes de la Rosière 2013, sur le site Internet du Comité des quartiers de Montferrand.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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