Le Roman de la Rose (Guillaume de Lorris et Jean de Meung)
Le Roman de la Rose est une œuvre poétique de 22 000 vers octosyllabiques sous la forme d’un rêve allégorique. Il a été écrit en deux temps : Guillaume de Lorris écrivit la première partie (4 058 vers) vers 1230-1235, puis l’ouvrage fut repris et complété par Jean de Meung (18 000 vers) entre 1275 et 1280.
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Présentation [modifier]
La datation du Roman de la Rose est aujourd'hui plutôt vers la fin du règne de Louis IX pour la deuxième partie (entre 1264 et 1269) ? C'est l'avis de nombreux spécialistes, Dufeil, Louis, Batany.... La langue n'est pas aussi illisible qu'on pourrait le craindre ; il faut s'habituer à certaines conventions orthographiques du XIIIe siècle et aussi à certains traits dialectaux des manuscrits ; c'est une langue raffinée (Guillaume de Lorris), énergique et savoureuse (Jean de Meung). Il faut souligner l'intérêt psychologique de la première partie et la valeur intellectuelle et encyclopédique de la seconde.
Une traduction en vers et en français contemporain en a été effectuée par Bordas[1]. Le texte d’époque, quant à lui, est d'approche plus ardue pour qui n'a pas été formé (ou ne s'est pas formé) à l'ancien français, hormis quelques mots qui ont peu changé.
La première partie conte la cour d’un homme à son aimée et ses tentatives de pénétrer dans un jardin clôturé symbolisant la belle. La seconde présente une discussion plus philosophique de l’amour ainsi que des digressions sur des sujets variés tournant parfois en dérision certaines idées et sentiments exprimés par Guillaume de Lorris.
La seconde partie a provoqué des polémiques sur la vision de la femme par Jean de Meung, en particulier la réponse de Christine de Pisan sur ses positions conduisant à une des premières querelles féministes[2]. On y trouve la fameuse comparaison du mariage avec une nasse où des poissons cherchent à entrer tandis que ceux qui y sont voudraient bien en sortir[3].
Cette seconde partie ne philosophe pas que sur l'amour. On y disserte aussi :
- des animaux domestiques, que l'homme ne pourrait jamais asservir comme il le ferait s'ils disposaient de l’entendement ;
- de l'astuce de la nature qui, le désir de descendance des humains étant insuffisant pour assurer à lui seul la reproduction de l'espèce, a ajouté à l'acte d'amour un petit bonus de plaisir pour les motiver un peu ;
- des seigneurs qui n'ont aucun sujet de se glorifier de leurs ancêtres quand ils ne possèdent pas eux-mêmes les qualités de ceux-ci (Beaumarchais perce déjà sous Jean de Meung).
Le livre se présente comme une conversation plaisante et instructive, de caractère philosophique, avec des interlocuteurs successifs divers (dont l'abominable personnage de La vieille, qui raconte par le menu comment une femme doit toujours extorquer autant d'avantages matériels qu'elle le pourra de ses amoureux et amants successifs - ce qu'elle a toujours fait - et qu'agir autrement n'est que folie conduisant à se retrouver démunie une fois disparue la beauté de la jeunesse).
Une partie du roman a été traduite en anglais sous le titre The Romaunt of Rose par Geoffrey Chaucer, qui a eu une grande influence sur la littérature anglaise.
Accueil [modifier]
Le Roman de la Rose a clairement été ce qu’on nommerait aujourd’hui - toutes choses égales par ailleurs - un succès de librairie. On en a retrouvé en effet environ une centaine d’exemplaires en France, et quelque 300 exemplaires historiques seraient connus[4]. Pour apprécier à sa juste valeur ce chiffre, il faut se souvenir que Johannes Gutenberg n’inventera l’imprimerie européenne à caractères mobiles que vers 1450. Tous les exemplaires dont il est question ici sont donc des parchemins patiemment écrits à la main, lettre par lettre. Compte tenu du temps nécessaire aux détenteurs en savoirs avancés de l’époque (car il fallait en effet savoir lire, écrire et souvent orner les manuscrits) pour accomplir cette tâche, un ouvrage de cette taille devait coûter quelque chose qui serait aujourd’hui compris entre le prix d’une automobile et celui d’un appartement (il vaut naturellement encore bien davantage aujourd’hui).
D'après Albert Pike, ce livre a été très important pour les ordres ésotériques modernes comme la Rose-Croix et la Franc-maçonnerie[5].
Éditions [modifier]
- Guillaume de Lorris et Jean de Meun, Le Roman de la Rose, éd. par Félix Lecoy, Paris, Champion, 1965-1970
- Guillaume de Lorris et Jean de Meun, Le Roman de la Rose, éd. par Daniel Poirion, Paris, Flammarion, « GF », 1974
- Guillaume de Lorris et Jean de Meun, Le Roman de la Rose, éd. d’après les manuscrits BN 12786 et BN 378, traduction, présentation et notes par Armand Strubel, Paris, LGF, « Lettres Gothiques », 1992
Notes [modifier]
- Celle-ci est introuvable aujourd’hui, mais on peut en lire un extrait dans l’Anthologie de la poésie française de Pierre Seghers. Une traduction différente est disponible sur le site du Projet Gutenberg en téléchargement
- une des premières querelles féministes
- Puis ne se puéent-il tenir
Que hors ne voillent revenir :
Là les convient à grant duel vivre
Tant que la mort les en délivre. - Le best-seller du Moyen Âge - Le Soir, 14 mars 2011
- (en) [1]
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
Liens externes [modifier]
- Projet international Roman de la Rose (mise en ligne de tous les manuscrits)
- Livre à feuilleter numérique BnF Ms Fr 12595
- Glossaire du Roman de la Rose, en ligne, Ernest Langlois, 1914-1924