Rollkür

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Dessin de la position du cheval pendant le rollkür.

Le rollkür ou Roll Kur, parfois appelé l'hyperflexion, est une technique de dressage équestre qui consiste à faire travailler le cheval avec l'encolure courbée au maximum et le nez proche du poitrail. Connue dès les années 1970, elle est médiatisée suite aux succès de Totilas, dressé avec le rollkür[1]. Suite à différentes enquêtes, elle est officiellement bannie par la fédération équestre internationale en 2010. Seule la position « bas et rond » obtenue sans usage de la force (soit sans main fixe) reste autorisée.

Elle est sujette à controverses en raison des douleurs que peut ressentir le cheval et aux soupçons de maltraitance, notamment suite aux différentes affaires de « langues bleues ». Le Dr Gerhard Heuschmann a montré dans son étude, photographies et radiographies à l'appui, que le rollkür endommage les ligaments et les vertèbres du cheval. Cette technique et le « bas et rond », qui est décrit comme une forme plus douce, restent néanmoins utilisés par la majorité des cavaliers de dressage de haut niveau comme Anky van Grunsven.

Définition et utilisation[modifier | modifier le code]

Le colonel Christian Carde définit le rollkür comme « l'hyperflexion de l'encolure, celle-ci étant enroulée en force »[2], il s'agit donc d'une flexion poussée à l'extrême. Elle est employée essentiellement en dressage et parfois, mais plus rarement, pour l’entraînement au saut d'obstacles. En dressage, le cavalier peut choisir de faire travailler son cheval avec l'encolure courbée pour une foule de raisons, en particulier l'étirement, l'assouplissement ou la « détente ». Avec le rollkür poussé à l'extrême, le nez du cheval touche le poitrail. Il ne s'agit pas d'un mouvement demandé quelques secondes, mais d'une position tenue sur d'assez longues périodes de temps, qui peut être demandée aux trois allures. Certains cavaliers pratiquant le rollkür fixent leurs mains jusqu'à ce que le cheval cède sa mâchoire vers l'arrière en réponse à la pression exercée sur le mors. C'est contraire aux règles du dressage classique, selon lesquelles la cession de mâchoire doit être obtenue sans force, par un cheval qui accepte le mors.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le ldr (low, deep and round, soit « bas et rond » en français) ou rollkür est apparu dans les années 1970. C'est Alvin Schockemole qui a été identifié comme le premier cavalier à avoir utilisé cette technique. Il a bientôt été suivi par des cavaliers de dressage tels que Nicole Uphoff.[réf. nécessaire]

La technique est popularisée par Sjef Janssen, entraîneur de la cavalière néerlandaise Anky van Grunsven, qui la baptise « Deep and low »[2]. Une controverse est alimentée notamment suite à des soupçons de maltraitance des chevaux dressés avec cette méthode[3] et au succès de Totilas, un étalon néerlandais titulaire de records du monde en dressage. Le second cavalier de Totilas, Paul Schockemöhle, a été accusé de maltraitance par plusieurs associations de défense animale en Allemagne[1]. La controverse est amplifiée par la circulation de vidéos enregistrées pendant les préparations d'épreuves de dressage, montrant notamment des chevaux en position de rollkür avec la langue bleue sous l'action du mors[2].

La Fédération équestre internationale (FEI) a d'abord diligenté une enquête en 2009, concluant à l'autorisation du rollkür et à des cartons jaunes pour les cavaliers qui maltraitent leurs montures. Suite à la multiplication des pétitions[4], qui ont recueilli au total trente mille signatures[5], une nouvelle enquête est lancée en 2010 et la FEI reconnaît depuis une distinction entre le rollkür et l'obtention de la position « bas, haut et rond » (dite ldr) « sans usage de la force »[6]. Cette distinction n'est toutefois pas reconnue de tous les cavaliers de dressage. Le colonel Christian Carde, écuyer du cadre noir, assimile ainsi très clairement rollkür et « ldr »[2].

D'après différents observateurs, le rollkür continue d'être employé en dressage de haut niveau. Une analyse des cavaliers des jeux olympiques de Londres montre que malgré l'interdiction d'obtention par la force, le rollkür reste d'usage entre autres chez Adelinde Cornelissen[7].

Bannissement[modifier | modifier le code]

La FEI a banni l'usage du rollkür lorsqu'il est obtenu par l'usage de la force[6],[8],[9]. Cette interdiction fait suite à l'action du cavalier suédois Patrik Kittel, qui a préparé son cheval avec le nez dans le poitrail lors des échauffements d'une compétition de dressage. La langue de sa monture devenait bleue, conséquence d'une coupure de la circulation sanguine dans la bouche. La vidéo a entraîné un mouvement de protestation de la communauté cavalière[6],[10].

La FEI bannit désormais toute position maintenue trop longtemps de l'attitude du cheval[Quoi ?], qu'elle soit haute ou basse, si elle est obtenue avec une main fixe. Le low deep and round est par ailleurs cité dans un article de la FEI comme technique de stretching à alterner avec les positions extrêmes (trop fléchi, trop haut…) qui ne peuvent être maintenues plus de dix minutes[11].

Le 1er janvier 2014, la Suisse interdit la rollkür (en compétition et entrainement), en tant que pratique visant à « obliger le cheval à maintenir son encolure en hyperflexion »[12].

Controverse[modifier | modifier le code]

La source de la controverse au sujet du rollkür provient du fait que le cheval adopte parfois naturellement une position avec l'encolure enroulée et le nez proche du poitrail en liberté. La difficulté provient du fait de savoir si l'obtention de cette attitude sous l'action d'un cavalier peut lui causer des douleurs. Le cheval a la particularité de présenter très peu de signes extérieurs de réactions à la douleur, ce qui la rend d'autant plus difficile à détecter[2].

Les recherches de l'Université de Guelph et l'Université d'Uppsala se prononcent contre le rollkür[13]. Dans une étude de chercheurs danois et néerlandais, il a été démontré en 2012 qu'après 10 minutes de rollkür, les chevaux sont dans un état de stress accru[14],[15].

Des études de relevés cardiaques ont cependant prouvé une absence de l'augmentation du rythme cardiaque dans cette attitude, si elle est obtenue sans usage de la force.[réf. nécessaire]

Le Dr vétérinaire Gerhard Heuschmann explique suite à ses analyses et études dans son ouvrage Dressage moderne, un jeu de massacre ?, que l'obtention forcée du rollkür entraîne chez le cheval des douleurs et de sérieuses lésions du ligament de la nuque et des premières vertèbres cervicales[16], comme toute attitude forcée, qu'elle soit haute ou basse. Le ldr obtenu naturellement par la décontraction sur un contact très léger au contraire, permet la décontraction de la ligne du dessus du cheval et de cette façon préserve son dos. C'est pour cette raison que la polémique qui associe ldr et rollkur est néfaste pour les chevaux, car de nombreux amateurs traumatisés par la polémique n'osent pas laisser leurs chevaux se relaxer bas et ronds et les montent dans une attitude trop haute et crispée qui peut être cruelle également.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Rollkur : Totilas maltraité ? », Cavadeos,‎ 25 octobre 2012 (consulté le 2 mai 2013).
  2. a, b, c, d et e propos recueillis par Laetitia Bataille, « Le Roll Kur : Que faut-il vraiment en penser ? », Cheval Savoir, no 5,‎ novembre 2009 (lire en ligne).
  3. « Polémique relancée », Cavadeos,‎ 3 octobre 2007 (consulté le 2 mai 2013).
  4. « Rollkur : pétitions et réunion de la FEI », Cheval Savoir, no 6,‎ Décembre-janvier 2010 (lire en ligne).
  5. « Rollkur : la dernière ligne droite », Cheval Savoir, no 6,‎ décembre-janvier 2010 (lire en ligne).
  6. a, b et c (en) Charlotte White, « FEI outlaws rollkur when ridden using aggressive force », Horse and Hound,‎ 2010-02-10.
  7. http://www.examiner.com/article/rollkur-the-2012-olympics.
  8. Jenny MacArthur, « Public outcry brings ban on controversial equestrian warm-up », The Times,‎ 2010-02-10.
  9. http://www.examiner.com/article/victory-abusive-rollkur-banned-by-fei-dressage-competitions.
  10. (en) « Protests over horse 'cruelty' as equestrian fans threaten to boycott 2012 Olympics », Mail Online.
  11. Directives FEI de 2010 concernant les attitudes y compris l'hyperflexion.
  12. « Ordonnance sur la protection des animaux (Article 21) », Conseil fédéral suisse,‎ 1er janvier 2014 (consulté le 13 janvier 2014)
  13. von Borstel, U. U., Duncan, I. J. H., Shoveller, A. K., Merkies, K., Keeling, L. J., & Millman, S. T. (2009). Impact of riding in a coercively obtained Rollkur posture on welfare and fear of performance horses. Appl. Anim. Behav. Sci., Nr. 116(2-4), S. 228–236 (online)
  14. Prolonged awkward neck positions linked to higher stress levels in equestrian horses Interview mit Machteld van Dierendonck über eine Studie der Universität Utrecht in Zusammenarbeit mit der dänischen Universität Aarhus, utrechtcentral.com, 21. Juli 2012
  15. Rollkur-Studie beweist erhöhten Stress für Pferde Pferd Plus, 21. Juli 2012
  16. Heuschmann 2009.

Annexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Gerhard Heuschmann, Finger in der Wunde. Was Reiter wissen müssen, damit ihr Pferd gesund bleibt. Wu-Wei Verlag, Schondorf 2006, ISBN 3-930953-20-X.
  • Gerd Heuschmann, Dressage moderne, un jeu de massacre ?, Belin,‎ 2009, 125 p. (ISBN 978-2701148243).
  • (de) Heinz Meyer, Die Überzäumung des Pferdes: Zwecke und Auswirkungen. Geschichte und aktuelle Diskussion. FN-Verlag, Warendorf 2006, ISBN 3-88542-431-2.
  • (de) Philippe Karl, Irrwege der modernen Dressur. Die Suche nach einer "klassischen" Alternative. Cadmos, Brunsbek 2006, ISBN 3-86127-413-2.
  • (de) Gustav Rau, Altgold. Die Geschichte eines Kriegspferdes. Nachdruck der 2. Auflage, Stuttgart 1925. Olms-Presse, Hildesheim 2001, ISBN 3-487-08426-0. Mit einem Vorwort von Pierre Durand, insbesondere S. 10/11.