Roger Couderc

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Couderc.

Roger Couderc

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Stèle consacrée à Roger Couderc, à Mauvezin

Alias
le seizième homme du XV de France
Naissance 12 juillet 1918
Souillac, Drapeau de la France France
Décès 25 février 1984 (à 65 ans)
Lyon, Drapeau de la France France
Nationalité française
Profession
journaliste sportif
Autres activités
peintre, romancier
Conjoint
« Noune » Gilard

Roger Couderc est un journaliste sportif français, spécialiste du rugby à XV, né le 12 juillet 1918 à Souillac (Lot) et mort le 25 février 1984 à Lyon.

Ses commentaires enthousiastes, à la télévision et à la radio, ont grandement contribué à élargir la popularité du rugby en France, notamment au nord de la Loire. Les joueurs de l’équipe de France le surnommaient « le seizième homme du XV de France ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il naît à Souillac, où son père, Pierre, exploite l’hôtel-restaurant Belle Vue. Il est formé au rugby à « La Quercynoise », association sportive du Lycée Gambetta de Cahors[1].

Son père veut en faire un cuisinier[2]. Mais, se sentant une vocation d'artiste, Roger préfère à quinze ans monter à Paris[3]. Il étudie à l'École nationale supérieure des beaux-arts. À vingt ans[3], ayant du mal à subvenir à ses besoins, il se tourne vers le journalisme. Il entre à l’agence de presse Fournier en tant que stagiaire[1].

En 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé à Agen, dans le 12e régiment d’artillerie coloniale. Fait prisonnier, il est envoyé en Allemagne, au stalag XIII A. Il participe à la reconstruction d'un stade. Blessé au genou dans un bombardement, il est autorisé après trois ans de captivité[4] à rentrer en France[1]. Il est désormais de santé fragile[5].

Redevenu journaliste, il réalise un scoop en étant le premier à interviewer Marcel Ravidat, l'un des découvreurs de la grotte de Lascaux[2].

En 1943, il rencontre « Noune » Gilard, une jeune fille de Mauvezin, dans le Gers. Il l'épouse quatre mois plus tard. Le couple aura deux enfants, Laurent et Christine[2].

Il joue trois-quarts aile à la Renaissance Sportive Mauvezinoise[4]. Il avoue : « J'étais de l'espèce la plus répandue, la plus méritante aussi, celle des tocards persévérants[6]. »

Il se joint au maquis du Gers[1]. En 1944[3], il collabore à Libre (organe des prisonniers de guerre et déportés), que dirige François Mitterrand[7] ; puis au Courrier de la Nièvre, à La Dépêche du Midi, au Midi olympique et à L'Auto-Journal. Il est ensuite journaliste radiophonique à Radio Luxembourg et à Europe no 1[1].

Journaliste de télévision[modifier | modifier le code]

Il entre comme journaliste de télévision à la RTF[8]. Il s'y spécialise dans le reportage sportif : rugby, catch, tennis et sport automobile. Il anime le jeu télévisé « La Tête et les Jambes ». À partir de 1961, il participe, aux côtés de Thierry Roland, Michel Drucker et Robert Chapatte, à l'émission sportive Les Coulisses de l'exploit. En 1962, il fait partie de l'équipe d'animateurs du jeu télévisé « Intervilles »[9]. À partir de 1963[3], il anime « Le Temps des loisirs ». C’est dans le cadre de cette émission qu’il mène une interview « rigolote[10] » de Brigitte Bardot sur le tournage d'Une ravissante idiote. En 1965, il écrit un roman policier, Le Nez de Siméon.

Catch[modifier | modifier le code]

Durant les années 1960, le vendredi soir, il commente les grandes soirées de catch télévisées, en direct de l'Élysée Montmartre et de la salle Wagram. C'est l'époque de célèbres lutteurs comme L'Ange Blanc ou Le Bourreau de Béthune[11]. Les commentaires tonitruants et pleins de vie de Roger — flamboyants, indignés ou hilares — ravissent les téléspectateurs. « Techniquement, écrit le catcheur lorientais Jean Corne, il ne connaît rien au catch. Il fait oublier cette carence par une faconde toute méridionale. Son truc, c'est la partialité […] Et lorsque Couderc prend fait et cause pour les bons contre les méchants, on y croit[12]. » Le 20 janvier 1961, il met lui-même la main à la pâte en luttant contre un spectateur agressif[13].

Rugby[modifier | modifier le code]

Mais c'est le rugby qui lui vaut sa plus grande popularité. « Seigneur du micro[14] », il n'a pas son pareil pour « transformer une charge d'avants biterrois en épopée hollywoodienne[14] », pour « pousser en mêlée avec les Spanghero, pour feinter la passe comme Gachassin, pour relancer de l'en-but comme les frères Boni[2]. » Sa ferveur, sa bonne humeur, son chaleureux accent occitan, ses commentaires bouillonnants, parfois chauvins mais toujours bon enfant, contribuent fortement à faire aimer le rugby dans son pays. Infatigable supporter de l'équipe de France, il encourage plus qu'il ne commente, au point d'être surnommé par les joueurs le « seizième homme du XV de France[15] ». Son vibrant « Allez les petits[16] ! » — lancé à des géants de plus de 100 kilos — devient vite célèbre. Parmi les joueurs qu’il interviewe, se trouve celui qui deviendra bien plus tard son complice à l’antenne, Pierre Albaladejo : « Avec sa gouaille et son enthousiasme, dit Albaladejo, on avait l'impression de l'avoir déjà rencontré quelque part. Il émanait de lui une telle chaleur communicative qu'on se sentait son ami dès la première fois qu'on lui parlait […] Enthousiaste, volubile, débordant de vitalité […] Il avait une propension instinctive à l'exagération sous toutes ses formes […] Il exagérait tout et tout le temps, pas uniquement lorsqu'il commentait[17]. » Le journaliste et réalisateur Christophe Duchiron voit en Roger Couderc « un précurseur dans le commentaire sportif en direct […] C'est une mer déchaînée, une pulsion passionnelle, une déferlante de sentiments[18]. » L’intéressé reconnaît : « Je n'ai pas la prétention de faire vivre un match avec la technique. J'aurais trop peur d'endormir les gens[19]. » Pour Albaladejo, « Roger Couderc a apporté, spontanément, une dimension épique au rugby. Il a à la fois dramatisé et dédramatisé le jeu. Il avait un don exceptionnel pour tout mélanger, l'essentiel et l'anecdotique, l'important et le futile. Il voyait un match à sa manière et en parlait également à sa manière[20]. »

Mai 1968[modifier | modifier le code]

En 1968, un vaste mouvement social enfièvre la France. Du 17 mai au 23 juin, une grève paralyse l'ORTF, et se prolonge en ce qui concerne la télévision jusqu'au 12 juillet. Roger Couderc et Robert Chapatte tiennent des discours enflammés à la Sorbonne, devant les étudiants révoltés[20]. Roger Couderc les encourage de son célèbre « Allez les petits[21] ! » Le calme revenu, une centaine de journalistes sont mutés ou licenciés[22]. Roger Couderc est dans la charrette, en compagnie d'autres journalistes sportifs comme Raymond Marcillac, Robert Chapatte ou Thierry Roland…

Retour à la radio[modifier | modifier le code]

Il retourne alors à la radio, d’abord à Radio Luxembourg, devenue RTL[23], où il reste deux ans[4]. Puis, en 1971, il retrouve Europe no 1[14]. Là, on lui confie le rugby, en lui adjoignant un consultant qui vient d’officier deux ans durant au côté du journaliste Émile Toulouse : Pierre Albaladejo, ancien demi d'ouverture de l'US Dax et de l'équipe de France. En mettant en place un tandem de commentateurs[24], Europe no 1 inaugure la formule « un journaliste, un consultant » largement répandue aujourd'hui[4],[25]. Les rôles sont bien répartis : Roger exulte, tempête, bout, déborde de lyrisme et de parti-pris ; « Bala », pondéré, moins partial, technicien pédagogue, corrige les approximations de son partenaire, éclaire les phases obscures du jeu. De 1971 à 1974, nombre de Français prennent donc l'étrange habitude de regarder les matchs de rugby en coupant le son de leur téléviseur et en allumant la radio pour bénéficier des commentaires de Couderc et d'Albaladejo[25],[26]. Roger s'en amuse, en clamant à l'antenne : « L'équipe de France joue en bleu sur la gauche de votre transistor, l'équipe d'Angleterre en blanc du côté droit[27]… » Pierre Albaladejo est impressionné : « Il tenait tout le match, sans un répit de récupération. À sa façon, ce garçon qui n'avait pas une santé à toute épreuve se trouvait transfiguré dès lors qu'on lui brandissait un micro. En vérité, Roger était né pour communiquer, spontanément et instinctivement. C'était sa deuxième nature[27]. »

Retour à la télévision[modifier | modifier le code]

Marcel Jullian le rappelle à la télévision, sur Antenne 2, qui naît le 1er janvier 1975[23],[28],[29]. Roger y assure les commentaires des matchs de rugby, toujours épaulé de Pierre Albaladejo. Leur premier match est France-Galles, le 18 janvier[4]. Roger appartient également à l'équipe du magazine hebdomadaire sportif Stade 2[30]. Le 14 juillet 1979, à Auckland, il se montre à la hauteur d'un événement considérable : « Pour la première victoire française en Nouvelle-Zélande, raconte Albaladejo, il a disjoncté. Il a commenté le dernier essai… en chantant[31]. »

Le 21 septembre 1982, au palais de l'Élysée, il est fait chevalier de la Légion d’honneur par le président Mitterrand[32].

Le dernier match international qu'il commente est France-pays de Galles, le 19 mars 1983. L'équipe de France joue en blanc. Le maillot de son capitaine, Jean-Pierre Rives, est spectaculairement ensanglanté, à la suite d'un choc avec Serge Blanco[33]. Lors du banquet d'après-match, Jean-Pierre Rives offre ce maillot à Roger Couderc[34],[25].

Roger Couderc prend sa retraite après la finale Béziers-Nice du Championnat de France, le 28 mai 1983[35].

Il meurt quelques mois plus tard, le 25 février 1984, à Lyon[36]. Il repose à Mauvezin, selon sa volonté, « la tête près du clocher, pour entendre s'égrener les heures de la vie des autres, et les pieds tournés vers les poteaux de rugby du stade tout proche afin de ne pas rater une transformation[19] ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages de sport[modifier | modifier le code]

  • Le Rugby, la Télé et Moi, Solar, 1966.
  • Dans les coulisses du rugby, coll. « Bibliothèque Rouge et Or - Télé-Souveraine », Société nouvelle des éditions GP, 1967.
  • Au soleil du rugby, avec Henri Garcia, coll. « Service », Marabout, 1971.
  • Le Livre d'or du rugby, avec Pierre Albaladejo, Solar, parution annuelle de 1975 à 1980.
  • Le Rugby, avec Jean Soulacroix, coll. « La règle du jeu », Saint-Mards-en-Othe, M. Capron, 1982.
  • Adieu, les petits, Solar, 1983.

Romans policiers[modifier | modifier le code]

  • Le Nez de Siméon, Librairie des Champs-Élysées, Le Masque, no 860, 1965.
  • La Folle Nuit de San Francisco, Librairie des Champs-Élysées, Le Masque, no 950, 1967.

Hommages[modifier | modifier le code]

Jardinet en forme de ballon de rugby, et stèle dédiée à Roger Couderc, à Mauvezin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Roger Couderc », sur quercy.net. Cite comme source Sophie Villes, Andrée Bénetton, La Mémoire vive.
  2. a, b, c, d et e « Roger Couderc le Mauvezinois », sur ladepeche.fr, 4 octobre 2007.
  3. a, b, c et d Christophe Duchiron, Roger Couderc, le 16e homme, MFP-Ina, 2014. Documentaire.
  4. a, b, c, d et e Jocelyn Lermusieaux, « Le chantre du Coq », L'Équipe, 28 février 2014, p. 14.
  5. Pierre Albaladejo, Les Clameurs du rugby : ce jeu qui interdit le je, Solar, 2007, p. 211.
  6. Roger Couderc, Le Rugby, la Télé et Moi, Solar, 1966. Cité par Jocelyn Lermusieaux, « Le chantre du Coq », article cité.
  7. « Roger Couderc, du temps où la télévision parlait », sur ladepeche.fr, 3 mars 2014.
  8. Selon une source, Roger Couderc débute à la télévision en 1955. « Roger Couderc », sur quercy.net, art. cit. Selon une autre à 38 ans, soit en 1956 ou 1957. Christophe Duchiron, Roger Couderc, le 16e homme, op. cit. Selon Pierre Albaladejo, « il n'était pas encore à la télé » durant la saison 1957-1958. Pierre Albaladejo, op. cit., p. 210. L'unique chaîne de la RTF assure des diffusions télévisées de matchs de rugby dès la saison 1952-1953, et de matchs du Tournoi des Cinq Nations à partir de 1957. La première diffusion télévisée d'une finale de championnat de France de rugby a lieu la même année (FC Lourdes-Racing club de France).
  9. « Intervilles », sur toutelatele.com.
  10. Brigitte Bardot juge « rigolotes » les questions que lui a posées Couderc. Brigitte Bardot, Initiales B.B., Grasset, 1996. Cité par « Roger Couderc le Mauvezinois », sur ladepeche.fr, art. cit.
  11. «  L'Ange Blanc vs Le Bourreau de Béthune », sur boomer-cafe.net.
  12. Cité par « Roger Couderc », sur catchclubcognacais.wifeo.com. Jean Corne a publié La Vérité sur le catch, France-Empire, 1974.
  13. « Roger Couderc se bat contre un spectateur agressif », sur ina.fr.
  14. a, b et c Jérôme Cordelier, « Pierre Albaladejo : Monsieur Drop tire sa révérence », sur lepoint.fr, 28 mai 1999.
  15. « Roger Couderc, le 16e homme », sur lequipe.fr, 7 mars 2014.
  16. TF1, « Video : Hommage à Roger Couderc », www.wat.tv,‎ 2007 (consulté le 14 novembre 2009).
  17. Pierre Albaladejo, op. cit., p. 210.
  18. Christophe Duchiron, cité par Jocelyn Lermusieaux, « Le chantre du Coq », article cité.
  19. a et b Roger Couderc, cité par Jocelyn Lermusieaux, « Le chantre du Coq », article cité.
  20. a et b Pierre Albaladejo, op. cit., p. 212.
  21. « Les anarchistes en mai-juin 1968 », sur inventin.lautre.net, p. 13.
  22. Jean-Pierre Filiu, Mai 68 à l'ORTF, sur nouveau-monde.net, Nouveau Monde, 2008.
  23. a et b Jean-Louis Le Touzet, « La dernière échappée de Robert Chapatte », sur liberation.fr, 21 janvier 1997.
  24. Pierre Albaladejo est, historiquement, le premier consultant de sport en France. Christophe Duchiron, Roger Couderc, le 16e homme, op. cit. De 1969 à 1971, avant le retour de Roger Couderc à Europe no 1, Albaladejo est associé sur cette antenne au journaliste Émile Toulouse. L'arrivée d'un consultant ne se fait pas sans remous, tant du côté des journalistes, qui lui interdisent l'accès de la tribune de presse, que de celui de la FFR, qui exige à grand bruit qu'Albaladejo soit remplacé par un de ses élus. Pierre Albaladejo, op. cit., p. 241-250.
  25. a, b, c et d « Roger Couderc : Monsieur Rugby », sur blog.cfpj.com.
  26. Pierre Albaladejo, op. cit., p. 213.
  27. a et b Pierre Albaladejo, op. cit., p. 214.
  28. Hélène Duccini, « La reconversion des sportifs à la télévision », sur documents.irevues.inist.fr.
  29. « Antenne 2 : sigle A2 et Marcel Jullian », sur ina.fr.
  30. « Stade 2 fête ses trente ans », sur la-croix.com, 12 décembre 2005.
  31. Pierre Albaladejo, cité dans « Roger Couderc, du temps où la télévision parlait », sur ladepeche.fr, 3 mars 2014. Une légende veut que Roger Couderc ait entonné La Marseillaise dans la course des Français vers l'en-but All Blacks. Elle est démentie par l'enregistrement télévisé du match. En réalité, c'est Albaladejo qui « chambre » son compère en disant que, s'il le laisse faire, Couderc va chanter La Marseillaise pour célébrer la victoire historique qui se dessine.
  32. « 1982 », sur books.google.fr.
  33. « Jeu du Centenaire », sur ffr.fr, 8 janvier 2007. Les deux joueurs français se sont heurtés de la tête. Le maillot blanc de Rives est maculé du sang de Blanco, blessé au nez. Rives, touché au cuir chevelu, saigne abondamment, lui aussi, ce qui contribue à rougir le maillot.
  34. « Video : Hommage à Roger Couderc », www.dailymotion.com (consulté le 14 novembre 2009)
  35. « Le rugby pleure Roger Couderc », sur books.google.fr.
  36. (en) « Roger Couderc », sur imdb.com. Citant L'Humanité du 27 février 1984, une source précise : « à l'hôpital Pierre Wertheimer de Lyon, des suites d'une hémorragie cérébrale à laquelle se sont ajoutées des complications cardiaques ». « Roger Couderc », sur guichetdusavoir.org.
  37. « Lancement du timbre Allez les petits, le 14 avril 2007 », sur ffr.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sophie Villes, Andrée Bénetton, La Mémoire vive ou Cahors, histoire du collège Gambetta et de ses grands hommes, Cahors, Association de sauvegarde du lycée Gambetta, 1998.

Documentaire[modifier | modifier le code]

Christophe Duchiron, Roger Couderc, le 16e homme, MFP-Ina, 2014.