Robert de Bonnières

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Robert de Wierre de Bonnières, né à Paris le et mort le , est un poète, romancier, journaliste et critique littéraire français[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il grandit dans l’Oise, dans le domaine patrimonial d’Auviller, berceau de sa famille. Celle-ci l’envoie étudier en pension au collège Stanislas de Paris. La guerre le rattrape et, en 1870, il s’engage volontairement avant la fin de ses études. Il participe à la campagne de Loire et à celle de l’Est. Il revient vivre ensuite à Paris où il habite 26 rue de Condé, dans l’immeuble où vécut Beaumarchais et où s’installera ensuite le Mercure de France. Ses parents le poussent alors à étudier le droit pour préparer une carrière diplomatique, mais il y renonce et décide de se consacrer à la littérature. C’est pendant cette période qu’il effectue avec sa femme un long voyage en Inde, dont les souvenirs seront la source de son roman Le Baiser de Maïna, publié en 1886, et qu’il situe à Bénarès, « ville sainte [...] qu’il suffit d’avoir vue une fois pour être allégé d’un lourd fardeau de péchés et de crimes, celle où quelquefois les saints redescendent du ciel pour achever leur purification », écrit-il dans la préface.

L'écrivain amateur d'art[modifier | modifier le code]

À Paris, il fréquente un grand nombre d’écrivains, tels José-Maria de Heredia, Paul Bourget, et Anatole France. Guy de Maupassant lui dédie la nouvelle La Folle en décembre 1882. Il se lie aussi avec des peintres : on trouve dans son appartement des œuvres d’Auguste Renoir, des pastels d’Edgar Degas ou encore d’Albert Besnard, qui fera le portrait de son épouse. Il est aussi amateur de musique, en particulier de Gabriel Fauré, et organise des soirées musicales dans son appartement. Il collabore avec plusieurs compositeurs et rédige notamment le livret de l’opéra comique Attendez-moi de Vincent d'Indy, qui mettra en musique le conte Saugefleurie en 1885.

Robert de Bonnières participe au projet du Parnasse contemporain, comme la plupart des poètes du moment. Ce vaste projet de l’éditeur Alphonse Lemerre réunit quelque 590 poèmes contemporains et pas moins d’une centaine de poètes. Parmi eux, Robert de Bonnières écrit quatre Sonnets russes pour le troisième tome édité en 1876.

Le journaliste critique littéraire[modifier | modifier le code]

Dans les années 1880, il se lance dans la presse et rédige des critiques littéraires dans Le Gaulois, Le Figaro, Gil Blas et La Revue des Deux Mondes sous les pseudonymes de James, Robert Étienne ou encore Robert Robert. Ses articles seront réunis dans un recueil en trois volumes, Mémoires d’aujourd’hui, édité entre 1883 et 1888, qui reste son ouvrage le plus célèbre et qui demeure une mine d’informations sur l’histoire littéraire de l’époque. Pendant cette période, il écrit trois romans, Les Monach, en 1885, Le Baiser de Maïna en 1886 et Jeanne d’Avril en 1887.

Mais comme le note l’académicien Henri de Régnier dans l’article qu’il lui consacre le 7 mars 1931 dans Les Nouvelles littéraires, Robert de Bonnières restera tourmenté par la grande exigence que révèlent ses critiques, qu’il s’appliquera à lui-même par la suite, et qui deviendra un obstacle à sa création. « Sa page n’était plus que rature » écrit l’académicien. Il n’écrit que deux romans dans les années 1890, Petit Margemont et Lord Hyland, histoire véritable, où l’on sent, selon l’académicien une « torture littéraire », malgré la qualité des deux romans.

Le poète du merveilleux[modifier | modifier le code]

Dans l’œuvre de Robert de Bonnières, les contes occupent une place particulière puisqu’on peut considérer qu’ils l’encadrent : les Contes de fées datent de 1881 et les Contes à la reine de 1893, soit au début et la fin de la réalisation de son œuvre. On retrouve dans les Contes de fées les ingrédients traditionnels du genre depuis Charles Perrault : une période indéterminée aux airs médiévaux, rois, château... et des personnages qui sont des archétypes sans épaisseur psychologique, leur nom se limitant le plus souvent à un trait de caractère, à un aspect physique ou à leur rôle dans l’histoire : Sauge-Fleurie, Rose-Rose, le page Parfait.

Robert de Bonnières apporte des innovations au genre ancestral. Tout d’abord, à la suite d’Alexandre Pouchkine et de Louise Ackermann, il lui donne une forme poétique qui rend parfois la lecture un peu difficile. Les vers choisis sont l’octosyllabe, le décasyllabe ou l’alexandrin à rimes régulières, le plus souvent embrassées.

Mais c’est plutôt les histoires inventées par Robert de Bonnières qui le distinguent de la tradition. Tout d’abord, on y décèle une certaine noirceur où la mort n’est plus à craindre, comme dans le contes des Trois petites princesses, où le cadeau d’une des fées à la troisième princesse est la mort elle-même. L’histoire se conclut avec la morale suivante :

Mieux que Bonheur et Beaux appas
Vaut la Mort, pour ce qui est de la vie :
Ne la plaignez : Qui ne l’envie
Ne vécut et ne m’entends pas.

Par ailleurs, si les héros de Robert de Bonnières n’ont pas, comme dans la tradition, d’épaisseur psychologique, ce ne sont pas toujours de jeunes gens qui traversent des épreuves pour finir par « vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants ». Il s’agit parfois des vieillards, de héros modestes, voire médiocres, comme dans Mulot et Mulotte. Ce dernier conte n’est pas sans révéler les préjugés de l’époque, notamment sur la situation des femmes :

Mulotte, ainsi qu’elle eût fait à vingt ans
Baissa les yeux ; car, pour femme soumise,
Parler devant son homme n’est de mise :
L’exemple est bon aux femmes de tout temps.

Mais comme le dit Hans Laufcan : « On juge mal les hommes si on ne leur pardonne les préjugés de leur pays ou de leur temps. » Mulot et Mulotte révèle aussi une philosophie proche du stoïcisme qui se détache des plaisirs matériels et qui fuit la gloire comme une illusion dangereuse.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • L’Ataman cosaque, L’Épreuve, Le Meurtrier, L’Orgueil d’Ostay, sonnets publiés dans la tome 3 du Parnasse contemporain, recueil de vers nouveaux, Antoine Lemerre, Paris, 1876.
  • Lettres grecques de Madame Chénier, Charavay frères, Paris, 1879.
  • Contes de fées, Charavay frères, Paris, 1881 Texte en ligne Réédités en 2008 par les éditions du Livre unique dans une édition critique de Victor Flori.
  • Les Monach, Paul Ollendorf, Paris, 1885 Texte en ligne
  • Le Baiser de Maïna, Paul Ollendorf, Paris, 1886
  • Jeanne d’avril, Paul Ollendorf, Paris, 1887
  • Mémoires d’aujourd’hui, Paul Ollendorf, Paris, 3 vol., 1883, 1885 et 1888 Texte en ligne 1 2 3
  • Petit Margemont, Paul Ollendorf, Paris, 1890
  • Contes à la reine, Paul Ollendorf, Paris, 1892
  • Lord Hyland, histoire véritable, Paul Ollendorf, Paris, 1895

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lettres à André Gide (1891-1911) 1972 Page 44 Henri de Régnier, ed. David J. Niederauer - "Robert de Wierre de Bonnières (1850-1905). Journaliste au Figaro sous le pseudonyme de Janus, collaborateur du Gaulois."