Robert Maxwell

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Robert Maxwell en 1989.

Ian Robert Maxwell, né le 10 juin 1923 et mort le 5 novembre 1991, est un magnat de presse et homme politique britannique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et carrière militaire[modifier | modifier le code]

À sa naissance dans le petit village de Slatinské Dôly (alors en Tchécoslovaquie, aujourd'hui en Ukraine), Robert Maxwell a pour nom Ján Ludvik Hoch. Il est élevé au sein d'une famille juive pauvre. Lors de l'occupation de la région par le Troisième Reich, il parvint à s'échapper. Sa famille fut, en revanche, exterminée dans le cadre de la Shoah. Il arriva au Royaume-Uni en 1940 en tant que jeune réfugié, et s'engagea dans la British Army. Intelligent et doué pour les langues, il réussit à monter rapidement les échelons. En obtenant la citoyenneté britannique, il change de nom pour s'appeler Robert Maxwell.

Carrière professionnelle et politique[modifier | modifier le code]

Officier dans les forces d'occupation de Berlin à la fin de la guerre, il mit à profit ses relations pour créer diverses entreprises de négoce. Il se proposa de publier dans le monde les revues scientifiques de l'éditeur spécialisé allemand Springer Verlag, à une époque où il était interdit à cet éditeur de le faire en son nom propre. Profitant du succès de cette opération, il racheta en 1951 le petit éditeur Pergamon. Opérant au niveau international dans les domaines de la vente d'encyclopédies et de revues scientifiques, Maxwell parvint rapidement à faire fortune et à faire de la Pergamon Press un éditeur de poids.

Il se tourna alors vers la politique dans les années 19660, et fut un bruyant député travailliste à la Chambre des communes britannique de 1964 à 1970. Il ne fut pas réélu, et était d'ailleurs impopulaire dans son propre groupe parlementaire, du fait de ses manières brusques perçues comme arrogantes.

En tant qu'éditeur, il perdit son premier affrontement contre l'Australien Rupert Murdoch en ne parvenant pas à racheter l'hebdomadaire d'actualité News of the World. Son tempérament vif et son style de management très particulier favorisèrent une gestion opaque de ses sociétés. En 1969, un rapport d'un organisme de contrôle le qualifia comme inapte à la gestion saine d'une entreprise cotée en bourse, ce qu'était devenue la Pergamon. En froid avec ses actionnaires, il en perdit le contrôle peu après.

S'appuyant sur la Fondation Maxwell, navire amiral de ses nombreuses entreprises basé au Liechtenstein, il retrouva le contrôle de la Pergamon en 1974. Il racheta en 1981 la British Printing Company pour en faire le groupe Maxwell Communications Corporation. Par ce biais il racheta le groupe publiant le journal britannique de gauche The Daily Mirror, puis l'éditeur Reed International. Alors à son apogée, il possédait également de nombreuses participations dans diverses activités, essentiellement dans le domaine des médias. Il profita aussi de ses bonnes relations avec le bloc de l'est pour conclure des accords commerciaux avec ces pays. Il intervenait énormément dans les opérations de chacun de ses groupes et dans les rédactions de ses journaux. Voyant en eux la possibilité de diffuser sa pensée, il signait par exemple un éditorial dans The Daily Mirror, journal qui n'eut pas le succès qu'il espérait.

Il fut l'un des partenaires de Francis Bouygues dans le projet de privatisation de la chaîne de télévision française TF1 en 1987, et il mit en avant son passé de gauche et son expérience des médias pour séduire François Mitterrand dans le cadre du rachat de la chaîne. Il se révéla par la suite un actionnaire minoritaire exigeant, au grand dam du groupe Bouygues, qui entendait disposer d'une autonomie dans la gestion.

Le 31 août 1989, il reçoit un doctorat honoris causa de l'université du Québec à Trois-Rivières.

Tout au long de son parcours entrepreneurial, il fut perçu comme un dirigeant aux pratiques malsaines, agglomérant des sociétés à la santé financière douteuse. De son vivant, Robert Maxwell réussit à faire taire les critiques et à gagner en importance dans le paysage médiatique, où il voulait être vraiment influent. Il apparut ensuite que son groupe manquait véritablement de stabilité financière, et était construit sur l'usage de la dette. L'échec du quotidien transnational The European (en) lancé en 1990 le força à vendre la Pergamon au groupe Elsevier, mais profita de l'afflux de fonds pour racheter le New York Daily News. Fin 1990, des journalistes enquêtèrent sur un possible détournement des fonds des pensions de retraite des employés de ses sociétés.

À l'âge de 68 ans, Maxwell aurait chuté de son yacht alors qu'il était au large des îles Canaries, et son corps fut retrouvé flottant dans l'océan Atlantique. Il a été enterré à Jérusalem. La cause officielle de sa mort est la noyade accidentelle, mais des voix se sont élevées pour remettre en cause ce diagnostic, parlant de meurtre ou de suicide. Parmi les nombreuses rumeurs entourant cette mort mystérieuse, celle indiquant qu'il était un agent du Mossad créa une vive polémique[1]. Selon le livre Histoire secrète du Mossad : de 1951 à nos jours[1], il était d'ailleurs un membre éminent du Mossad auquel il a accordé des financements en détournant notamment les fonds de pension de son groupe. Il aurait été tué alors qu'il voulait récupérer l'argent qu'il avait prêté au Mossad. Les services secrets israéliens auraient refusé et l'auraient éliminé de peur qu'il dévoile sur la place publique les nombreuses informations que Maxwell connaissait.

Ses entreprises ne lui survécurent pas : elles firent faillite et il apparut qu'outre leur gestion considérée comme hasardeuse, Maxwell s'était également livré à plusieurs malversations financières. Le groupe Maxwell est aujourd'hui principalement connu pour son écroulement rapide et total. Le scandale donna plus de force au rapport Cadbury sur le gouvernement des entreprises. Celui-ci fut circulé pour consultation par le comité du même nom en mai 1992, puis finalisé en décembre de la même année.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il était marié à Elisabeth Maxwell, née Meynard le 11 mars 1921 à La Grive, près de Saint-Alban de-Roche (Isère), d'une mère catholique et d'un père protestant, et morte le 7 août 2013 en Dordogne. Rencontrée à la Libération de Paris, à La Madeleine, à l'occasion d'un comité d'accueil de soldats alliés, elle a de lui neuf enfants (dont deux morts en bas âge). Titulaire d'un doctorat, spécialiste de la Shoah, elle a créé en 1987 la revue Holocaust and Genocide Studies, organisé de nombreuses conférences sur le sujet et est devenue la première femme vice-présidente du Conseil international des chrétiens et des juifs[2].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Gordon Thomas, Histoire secrète du Mossad : De 1951 à nos jours, Nouveau Monde Éditions,‎ 2006-01-26 (ISBN 2847361588, OCLC 469911771), p. 525
  2. Florentin Collomp, « Elisabeth Maxwell, une vie contre l'oubli de l'Holocauste », Le Figaro, 10 août / 11 août 2013.