Robert Ingersoll

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Robert Ingersoll

Le colonel Robert Green Ingersoll (11 août 1833-21 juillet 1899) est un leader politique américain, vétéran de la guerre de Sécession et orateur célèbre durant l’âge d’or de la libre pensée aux États-Unis (fin du XIXe siècle), renommé pour sa vaste culture et sa défense de l’agnosticisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Robert Ingersoll naît à Dresden, dans l'État de New York. Son père, John Ingersoll, est un prédicateur presbytérien abolitionniste, dont les idées radicales forcent sa famille à déménager fréquemment.

En 1853, Ingersoll enseigne à Metropolis (Illinois), où il laisse un de ses étudiants, le futur juge Angus M. L. McBane, faire la plus grande part de l’enseignement alors qu’il occupe son temps au latin et à l’histoire. Précédemment, il a aussi enseigné à Mount Vernon (Illinois)[1]

Plus tard cette même année, la famille s’établit à Marion (Illinois) où Robert et son frère Ebon Clarke Ingersoll sont admis au Barreau en 1854. Un historien du comté écrira 22 ans plus tard que les résidents de l’endroit considéraient les Ingersoll comme « une famille très intellectuelle, mais, qu’étant abolitionniste, et les garçons étant déistes, cela les rendait antipathiques à nos gens[2]. »

À Marion, Ingersoll étudie le droit avec le juge Willis Allen et sert de commis adjoint pour John M. Cunningham, le commis de la cour du comté de Williamson. En 1855, Cunningham étant nommé registraire du bureau des terres dans le sud-ouest de l’Illinois à Old Shawneetown, Ingersoll le suit dans cette ville située sur le fleuve Ohio. Après quelque temps, il obtient le poste de commis adjoint sous John E. Hall, commis de la cour du comté de Gallatin et beau-fils du marchand d’esclaves John Hart Crenshaw de l’infâme Old Slave House[3]. Le 11 novembre 1856, Hall meurt dans les bras d’Ingersoll quand le fils d’un opposant politique assassine son employeur dans son bureau[4].

À son retour à Shawneetown, Ingersoll continue sa formation sous le juge William G. Bowman qui dispose d’une importante bibliothèque de droit et d’œuvres classiques. En plus de son travail de commis, Ingersoll et son frère ouvrent une pratique de droit sous le nom de E.C. & R.G. Ingersol[5].

Durant cette période, ils ont aussi un bureau à Raleigh (Illinois), qui est alors le siège du comté voisin de Saline. En tant qu’avocat dépendant de la cour de circuit, il pratique souvent avec le futur beau-fils de Cunningham John Alexander Logan, procureur de l’État et allié politique de Hall.

Le procès de l’assassin de Hall occupe alors la scène. Une fois son précédent mentor Cunningham retourné à Marion après le fermeture en 1856 du bureau des terres, et après le départ de Logan pour Benton (Illinois) à la suite de son mariage ce même automne, Ingersoll et son frère déménagent à Peoria (Illinois) où ils s’installent finalement en 1857.

Pendant un temps, le révérend John Ingersoll occupe la chaire du revivaliste Charles Grandison Finney qui fait une tournée en Europe. Au retour de Finney, le révérend Ingersoll reste quelques mois comme pasteur associé. Son fils fait son apprentissage chez des avocats de l’endroit et installe sa pratique.

Lorsqu'éclate la guerre de Sécession, Ingersoll lève le 11e régiment de cavalerie de l’Illinois et en prend le commandement. Le régiment combat dans la bataille de Shiloh. Ingersoll est capturé puis relâché sous la promesse de cesser de combattre, une pratique courante au début de la guerre.

Robert G. Ingersoll

Après la guerre, Ingersoll est procureur général de l’Illinois. Il devient un membre en vue du Parti républicain, et même s’il n’occupe jamais de poste élu, il est un important acteur de la politique. Son discours de nomination de James Blaine pour l’élection présidentielle de 1876 est un échec, car Rutherford B. Hayes obtient la nomination pour les Républicains, mais le discours, connu comme le discours du Plumed Knight, est considéré un modèle d’éloquence politique. (Franklin Roosevelt l’a probablement utilisé pour son discours du Happy Warrior quand il a nommé Al Smith à la présidence en 1928).

En tant qu'avocat, Ingersoll prend part à plusieurs procès importants, notamment ceux de la fraude des Star Routes, un important scandale politique pour lequel ses clients sont acquittés. Il défend aussi un homme du New Jersey accusé de blasphème. S’il ne réussit pas à le faire acquitter, on considère que sa défense vigoureuse discrédite les lois sur le blasphème de sorte que peu de nouvelles poursuites sont engagées par la suite.

Ingersoll est très renommé comme orateur, le plus populaire de son époque, alors que les joutes d’éloquence sont une sorte de divertissement. Il parle sur tous les sujets, de Shakespeare à la reconstruction, mais ses sujets de prédilection sont l’agnosticisme et la famille. Il déclame ses discours par cœur même s’ils durent parfois plus de trois heures. Ses auditeurs ne sont jamais impatients.

Ses idées radicales sur la religion, l’esclavage, le droit de vote des femmes et d’autres questions du jour lui ferment les portes d’une carrière politique au-delà du poste de procureur général d’un État. Les Républicains de l’Illinois le pressent de se présenter au poste de gouverneur à condition qu’il cache son agnosticisme durant la campagne, ce qu’il refuse, considérant qu’il est immoral de cacher de l’information au public.

Ingersoll défend souvent la libre pensée et l’humanisme dans ses discours et il se moque fréquemment des croyances religieuses. Il est souvent attaqué par la presse pour cette raison, mais ni ses idées ni la mauvaise presse n’enrayent sa popularité croissante. Au sommet de sa renommée, les auditeurs payent un dollar et plus pour l’entendre parler, une grosse somme pour l’époque.

Ingersoll meurt d’insuffisance cardiaque à l’âge de 65 ans. Peu après son décès, son beau-frère Clinton P. Farrell, rassemble les copies de ses discours pour publication. L’édition de Dresden en douze volumes permet de conserver l’intérêt dans les idées d’Ingersoll et de préserver ses discours pour les générations futures. Ingersoll est enterré au cimetière national d’Arlington (Section 3, Lot 1620, Grille S-16.5).

En 2005, une édition populaire des œuvres d’Ingersoll est publiée par Steerforth Press. Éditée par le critique musical Tim Page, gagnant d’un Prix Pulitzer, What's God Got to Do With It: Robert Ingersoll on Free Speech, Honest Talk and the Separation of Church and State permet de faire connaître les idées d’Ingersoll à un nouveau public.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans son Dictionnaire du diable, l’écrivain et journaliste américain Ambrose Bierce présente sa propre version du Décalogue dans lequel le second commandement est : "Tu ne feras pas d’images ou d’idoles que Robert Ingersoll pourra briser."

Dans le livre de 1890 de A.B. Simpson, Wholly Sanctified, le renommé pasteur de New York, fondateur du Christian and Missionary Alliance écrit qu’il voulait lire les conférences d’Ingersoll dans le but de leur répondre, mais qu’il fut si révulsé après la lecture d’une page qu’il n’osa pas aller plus loin[6].

Dans la nouvelle Beyond de William Faulkner, un vieil homme quitte son corps en mourant et visite une sorte de pré-purgatoire où il rencontre l’ombre d’un homme qui semble être Robert Ingersoll. Le vieil homme aborde Ingersoll : « Alors, vous aussi êtes réconcilié… avec cet endroit » et Ingersoll répond : « Ah... Réconcilié[7]. »

Dans le roman de 1920 de Sherwood Anderson, Poor White, on lit : « Robert Ingersoll vint parler dans une petite ville du Midwest..., et après son départ, la question de la divinité du Christ occupa l’esprit des citoyens pendant des mois. »

Dans le roman de 1927 de Sinclair Lewis, Elmer Gantry, un robuste étudiant appelé Elmer Gantry placé sous l’influence de son ami agnostique Jim Lefferts connaît une conversion miraculeuse à l’Église baptiste et est immédiatement invité à parler devant un auditoire. À la suggestion de Lefferts, Gantry s’inspire pour son premier sermon d’un discours de Robert Ingersoll qui commence par : « L’amour est le seul arc-en-ciel sur le noir nuage de la vie. » Gantry décide de ne pas en créditer Ingersoll qui est mal famé auprès son auditoire. Il opine : "Rats! Il y a bien des chances que personne ici ce soir n’ait lu Ingersoll. D’ailleurs, je vais le changer un peu."

À sa fondation au milieu des années 1870, la ville de Redwater, Texas fut originellement nommée Ingersoll en l’honneur de Robert Ingersoll ; le nouveau nom fut adopté après un congrès revivaliste (revival meeting) tenu dans la ville en 1886.

Le discours d’Ingersoll « Après une visite du tombeau de Napoléon » est cité dans le film Comment l'esprit vient aux femmes de 1950 de George Cukor.

Lectures suggérées[modifier | modifier le code]

  • Tim Page, editing Robert Green Ingersoll, What's God Got to Do with It? : Robert Ingersoll on Free Thought, Honest Talk and the Separation of Church and State, Random House (August, 2005), trade paperback, ISBN 1-58642-096-8
  • Robert G. Ingersoll, The Works of Robert G. Ingersoll, Dresden (1902), 12 volume set
  • Orvin Larson, American Infidel: Robert G. Ingersoll a Biography, Citadel Press (1993)

Œuvres[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 1887. History of Gallatin, Saline, Hamilton, Franklin and Williamson Counties, Illinois. Goodspeed Publishing Co. 557, 585. As of 1887, Judge McBane still had in his possession Ingersoll's letter of inquiry regarding the school dated May 16, 1853.
  2. Milo Erwin. 1876. History of Williamson County, Illinois. 250.
  3. Herman E. Kittredge. 1911. A Biographical Appreciation of Robert G. Ingersoll. Chapter 2. Online at http://www.infidels.org/library/historical/herman_kittredge/bio_ingersoll/chapter_02.html.
  4. Eva Ingersoll Wakefield, éd. 1951. The Letters of Robert G. Ingersoll, New York: Hallmark-Hubner Press, Inc. 18-19.
  5. Kittredge 1911.
  6. Simpson, Albert Benjamin, Wholly Sanctified: Living a Life Empowered by the Holy Spirit., (Camp Hill, Pennsylvania: WingSpread Publishers, 2006) Pages 45-46. First published in 1890.
  7. Faulkner, William. "Selected Stories of William Faulkner" The Modern Library, 1993, pp.266-277