Robert III d'Artois

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Artois Arms.svg Robert III d’Artois
Statue de Robert d'Artois à Versailles
Statue de Robert d'Artois à Versailles

Naissance 1287
Décès 1342
Londres
Allégeance Blason France moderne.svg Royaume de France, puis
England Arms 1340.svg Royaume d'Angleterre
Conflits Guerre de Cent Ans
Guerre de succession de Bretagne
Faits d'armes Sièges de Vannes (1342)
Famille Père : Philippe d'Artois
Mère : Blanche de Bretagne
Épouse : Jeanne de Valois

Robert III d’Artois[1] (né en 1287 - mort en 1342) était seigneur de Conches-en-Ouche, de Domfront, et de Mehun-sur-Yèvre ; en 1310, il reçut en outre en apanage le comté de Beaumont-le-Roger pour le dédommager de la perte du comté d’Artois auquel il prétendait.

Avec la crise de succession de 1328, il est l'un des éléments déclencheurs de la guerre de Cent Ans, par son exil en Angleterre et sa détermination à entraîner le roi d'Angleterre dans un conflit contre le roi de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Edouard III d'Angleterre et Robert III d'Artois

Fils de Philippe d’Artois, seigneur de Conches-en-Ouche, et de Blanche, fille du duc Jean II de Bretagne, tous deux descendants des lignées capétiennes, Robert n'avait que onze ans quand son père mourut le 11 septembre 1298 des suites des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Furnes le 20 août 1297 contre les Flamands.

Après la mort de son grand-père Robert II d'Artois à la bataille de Courtrai en 1302, la fille de ce dernier, Mahaut hérita du titre en vertu de la coutume du Comté d'Artois. En raison de son jeune âge, Robert III ne put s'opposer à sa tante et faire valoir les droits hérités de son père.

Pour autant, rapidement, Robert se fixa pour objectif de recouvrer ce qu'il considérait comme son héritage légitime. En effet, si son père n'était pas mort prématurément, il aurait, en tant qu'aîné, disposé du comté d'Artois au détriment de sa sœur, et Robert III, naturellement, lui aurait succédé. Certes, le petit comté de Beaumont-le-Roger lui avait été accordé en dédommagement, mais Robert considérait cela comme insuffisant.

Pourtant, les historiens considèrent que Mahaut avait le droit pour elle[2],[3]. En effet, il était établi que la coutume du comté d'Artois ne considérait pas que le petit-fils puisse représenter le fils héritier naturel mais décédé : le titre devait revenir aux enfants survivants, garçon ou fille. En outre, lorsqu'il avait donnée l'Artois en apanage à son fils puîné Robert Ier d'Artois, arrière grand-père de Robert III, Louis VIII n'avait pas précisé que la succession du comté ne se ferait que par les mâles[4],[3]. Dès lors, le roi et les pairs chargés de statuer considérèrent que le titre devait revenir logiquement à Mahaut. Ils y étaient d'autant plus enclins que cette dernière avait épousé un prince d'Empire, Othon IV de Bourgogne, dont on espérait -et obtint- beaucoup (en l'occurrence, le rattachement du comté de Bourgogne au royaume de France). Ce prince à ménager faisait de Mahaut une femme puissante face à un adolescent de quinze ans dont personne ne se souciait à la cour.

Persuadé d'avoir été floué, Robert batailla perpétuellement pour évincer sa tante. Deux jugements devant la cour des Pairs, en 1309 et en mai 1318 donnèrent pourtant raison à Mahaut. A l'époque de ce second procès, il épousa Jeanne de Valois, la sœur d'un des plus puissants barons à la cour, le neveu de Philippe le Bel Philippe de Valois, ce qui lui permit de disposer d'une réelle influence au sein du conseil royal[2]. Certes, Mahaut n'était pas dénuée d'atout de son côté puisque le roi Philippe V était son gendre, mais cela n'empêcha pas le roi de confier de nombreuses missions à Robert[3] : au final, la capacité d'influence des deux partis s'équilibraient à la cour.

Lorsque le dernier fils de Philippe le Bel, Charles IV, mourut sans descendance, Robert perçut que cela pouvait l'aider dans sa querelle avec Mahaut. Conscient des avantages que lui procureraient l'accession au trône de son beau-frère Philippe de Valois, Robert fut à la pointe du combat visant à ce que la couronne de France revienne en février 1328 à Philippe VI contre les prétentions d'Édouard III d'Angleterre. Philippe lui en fut reconnaissant : il le fit pair de France et lui accorda de nombreuses pensions[3]. Comme le souligne Jean Favier, « au Conseil, Robert d'Artois est écouté ; dans l'entourage royal, il passe pour l'homme qui a l'oreille du roi ; pour l'opinion publique, il est l'ami du roi, son compagnon »[5].

Mais Robert ne se contenta pas de cette position confortable, et considéra plutôt qu'elle constituait un atout décisif dans sa quête de l'Artois. D'autant que s'y s'ajoutèrent des circonstances favorables lorsque un an plus tard, en 1329, Mahaut mourut. Robert saisit cette occasion pour réclamer à nouveau ce qu'il considérait comme son dû, en engageant une nouvelle action judiciaire, fort de l'exemple de la succession du comté de Flandre : en effet, le comte de Flandre Robert de Béthune avait choisi en 1322 de laisser son titre à son petit fils Louis plutôt qu'aux frères de son fils aîné Louis Ier de Nevers, mort deux mois avant lui. Robert d'Artois voulut voir dans ce précédent, si proche dans le temps comme dans l'espace, une inflexion de la coutume et la confirmation de ses droits[5]. Il prit soin de s'assurer des alliés importants : il était soutenu d'une part, en Artois même, par « ceux que que l'autoritarisme de Mahaut avait jetés dans une sorte de complot permanent »[5], d'autre part à la Cour par des princes de premier rang, notamment le comte d'Alençon Louis de Valois, frère du roi, et le duc de Bretagne[5].

L'affaire semblait bien engagée. A la mort de Mahaut, en novembre 1339, le roi prit le comté d'Artois sous sa garde et nomma, en attendant de statuer, un gouverneur provisoire de l'Artois en la personne de Ferri de Picquigny. Le choix de ce dernier semble délibérément favoriser Robert, dans la mesure où Ferri était réputé hostile à la vieille comtesse. Tout laissait donc à penser que la sentence de la Cour assemblée sous la direction royale serait favorable à Robert[6]. C'est d'autant plus vrai que l'héritière de Mahaut, Jeanne, était la veuve de Philippe V le Long impliquée jadis dans l'affaire de l'adultère des brus de Philippe le Bel : si elle ne semble pas avoir trompé son mari, elle s'est faite complice, par son silence, de ses deux belles-soeurs et en était encore en 1329 durablement affaiblie. Du reste, après avoir été autorisée à prêter un hommage provisoire au roi, elle suivit rapidement sa mère dans la tombe le 21 janvier 1330[7].

En fait, si la mort de la fille de Mahaut semble favoriser les desseins de Robert, il n'en est rien : elle ne fait que rendre d'autant plus intéressé à la question le duc de Bourgogne, Eudes IV. En effet, sa femme, est la fille de Philippe V et de Jeanne d'Artois : c'est elle qui devrait donc hériter du comté d'Artois si le verdict du procès se révèle défavorable à Robert. Eudes était déjà le principal adversaire de ce dernier à la Cour des pairs : l'opposition des deux hommes ne fait donc que se renforcer[7].

Pour justifier cette nouvelle demande, il exhiba de nouveaux documents qui semblaient justifier ses prétentions au comté d'Artois. Associés à son entregent auprès du roi, ils devaient lui permettre d'atteindre enfin l'objectif de toute une vie. Las, il fut déçu par l'attitude du roi Philippe VI de Valois : en dépit des liens qui les unissaient, ce dernier aurait fait pencher le dernier jugement de 1329 en sa défaveur. Pis, les documents exhibés par Robert se révélèrent être des faux, créés par Jeanne de Divion. La supercherie découverte[8], non seulement Robert perdit tout espoir de recouvrer l'Artois, mais il fut définitivement dépossédé de tous ses biens et banni en avril 1332[9],[10].

Procès de Robert III d'Artois en 1332 (reconnaissable en bas à droite à son blason).

Robert débuta son exil en Flandre, puis chez le duc de Brabant avant d'aller à Avignon. Mais c'est l'Angleterre qu'il rejoignit finalement en 1334[11]. Admis à la cour anglaise, il incita, « par esprit de vengeance et dans l'espoir de reprendre d'une main ce qu'il avait perdu de l'autre »[2], Édouard III[12] à engager une guerre pour reconquérir l'héritage de France. Il fournit de nombreux renseignements sur la cour française au roi anglais et participa activement à la guerre, ce qui lui valut d'être déclaré ennemi du royaume en 1336[2]. Ainsi, il est chargé par exemple en 1340 d'assiéger Saint-Omer, Edouard III comptant sur les soutiens dont il était supposé disposer dans sa région d'origine. Cet espoir est vite déçu et Robert, « vieux, brouillon et militairement incompétent »[13], subit une cuisante défaite devant la ville, 8000 de ses hommes restant sur le champ de bataille. C'est toujours en combattant au service du roi d'Angleterre qu'il fut gravement blessé en octobre 1342 aux pieds des remparts de Vannes, dans le cadre de la guerre de succession de Bretagne. Afin de se faire soigner, il retourna en Angleterre et mourut de dysenterie[14] à Londres[15] peu après. C'est là qu'il est inhumé, en la cathédrale Saint-Paul de Londres.

Famille[modifier | modifier le code]

Artois Arms.svg De son mariage avec Jeanne de Valois, fille de Charles de Valois et de Catherine de Courtenay, il eut six enfants[1] :

  • Louis (1320-1329), sans postérité ;
  • Jean (1321-1387), comte d’Eu, et postérité ;
  • Jeanne (1323-1324), sans postérité ;
  • Jacques (1325- disparu, mort ap. 1347[16]), enfermé à Nemours (1342), puis avec sa mère et son frère Robert au Château-Gaillard ;
  • Robert (1326- disparu, mort ap. 1347[17].), enfermé à Nemours (1342), avec sa mère et son frère Jacques au Château-Gaillard ;
  • Charles (1328-1385), comte de Longueville et de Pézenas.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Robert d'artois.jpg

Maurice Druon en fait un personnage-clé de la suite de romans historiques Les Rois maudits.

Ces romans ont été adaptés en feuilleton télévisé :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Robert d'Artois sur le site Foundation for Medieval Genealogy
  2. a, b, c et d Boris Bove, Le temps de la guerre de cent ans, Belin, 2009, p. 63
  3. a, b, c et d Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 42.
  4. Cet usage, la clause de masculinité, n'est évoqué pour aucun apanage avant 1314, en l'occurrence pour le Poitou. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 29-30
  5. a, b, c et d Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 43.
  6. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 43-46.
  7. a et b Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 46.
  8. La faussaire Jeanne de Divion fut condamnée au bûcher
  9. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin, 2008, p. 48.
  10. Jeanne de Valois est emprisonnée à Château-Gaillard avec leurs trois fils après le bannissement de Robert.
  11. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p.  47.
  12. dont la femme Philippa descendait également de Charles de Valois
  13. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin, 2008, p. 71.
  14. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin, 2008, p. 81.
  15. Jacques Vivent, La guerre de Cent Ans, 1954, p. 73
  16. Il figure, ainsi que son puîné Robert, aux comptes des dépenses faites pour son entretien pour les années 1346 et 1347. Il est sans doute victime de la Grande Peste
  17. Il figure, ainsi que son aîné Jacques, aux comptes des dépenses faites pour son entretien pour les années 1346 et 1347. Il est sans doute victime de la Grande Peste