Robert Hersant

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Robert Hersant, né le à Vertou (Loire-Atlantique), mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), était un éditeur de presse, fondateur du groupe Hersant et un homme politique français.

Une jeunesse entre le fascisme et la gauche[modifier | modifier le code]

Avant la Seconde Guerre mondiale, Robert Hersant milite au sein des Jeunesses socialistes (SFIO) de Rouen, où il rencontre notamment l'anarcho-syndicaliste Alexandre Hébert[réf. nécessaire]. Après la défaite de 1940, il monte de Rouen à Paris (seul à pied selon certains, avec plusieurs amis des Jeunesses socialistes selon d'autres) pour tenter l'aventure politique.

Il fonde alors le « Jeune front », un groupuscule pronazi situé dans l'orbite du Parti français national-collectiviste de l'ancien journaliste radical-socialiste Pierre Clémenti. La principale activité du « Jeune front » est de distribuer le journal antisémite Au Pilori, l'un des plus extrémistes de la collaboration, subventionné par les autorités allemandes. « Jeune Front » est la section de jeunesse (16 - 21 ans) des « Gardes françaises ». Hersant obtient début août 1940 un local pour son groupuscule, au 28, avenue des Champs-Élysées. Les membres du groupe se livrent également à des violences contre les commerçants de confession juive près de leur quartier général.

Le 25 août 1940, Hersant inaugure devant des journalistes allemands et italiens le « Centre de propagande du Jeune Front », avec une cinquantaine d'invités. À cette occasion, Charles Lefebvre (responsable des Gardes françaises), Henri-Robert Petit et Pierre Clémenti prononceront chacun leur tour un discours. Hersant présente également à cette inauguration l'uniforme de la « garde spéciale du Jeune Front », constitué d'une chemise et d'une culotte bleues, de bottes jaunes, d'un ceinturon avec baudrier et d'un calot bleu marqué du sigle GS (garde spéciale) en lettres dorées, ainsi que d'un brassard blanc sur fond rouge avec un écusson National-Collectiviste.

Hersant fonde également une œuvre de secours destinée à aider les familles pauvres du PFNC, nommée « Hiver 1940 ». Clémenti décide cependant en septembre de se séparer d'Hersant, et le remplace à la tête du Jeune front par Jean-Marie Balestre. Hersant s'associe alors avec ce dernier dans le but de faire scission, mais c'est un échec et Clémenti prend possession du local du Jeune front.

En 1941, Hersant fait son service dans les Chantiers de jeunesse, puis se retrouve au camp de Brévannes, créé dans l'esprit de la Révolution nationale, où il retrouve Jean-Marie Balestre. Il tente sans succès de monter un journal.

Robert Hersant est condamné en 1947 à dix ans d'indignité nationale pour collaboration avec l'Allemagne nazie, mais bénéficie d'une amnistie générale en 1952.

En 1950, il fonde avec Balestre L'Auto-Journal qui sera à l'origine du groupe Hersant, qui détiendra notamment la Socpresse.

Il retourne ensuite à gauche, au Parti radical-socialiste, puis à la FGDS. Connu pour son compagnonnage avec la gauche socialiste, il est contacté par la puissante fédération du Nord-Pas-de-Calais qui rencontre alors des difficultés à moderniser sa presse. En 1967, il rachète Nord Matin, le journal SFIO des bassins miniers. Foncièrement anticommuniste, il demande sa radiation du groupe FGDS de l’Assemblée en 1968, lorsque celle-ci se rapproche du PCF. La signature du programme commun vient clore son compagnonnage à gauche de l’échiquier politique[1].

Un patron de presse de droite[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, Robert Hersant passera à droite et deviendra un soutien de la droite libérale et conservatrice avec notamment le rachat du Figaro. Il devient alors le symbole du patron de presse conquérant. Cet appétit de conquête le fait alors surnommer « le papivore ». À cette époque, il est surnommé « Herr Sant » par Le Canard enchaîné[2]. En 1984, la majorité de gauche tente de faire adopter une loi restreignant la concentration dans la presse, afin de contraindre Robert Hersant à vendre une partie de son empire. Mais cette loi, largement vidée de sa substance par le Conseil constitutionnel, est abrogée après le retour de la droite au pouvoir, en 1986.

Le fiasco de La Cinq[modifier | modifier le code]

En 1987, Robert Hersant devient l'opérateur de chaîne française de télévision « La Cinq » en s'associant à Silvio Berlusconi, magnat de la télévision italienne. Après avoir racheté à TF1 tous ses animateurs vedettes, le fiasco financier arrive rapidement. Le public ne suit pas les stars sur la Cinq et malgré les séries américaines, les dessins animés japonais, l'information et les droits TV du tennis et des motos, l'audience et donc les recettes publicitaires sombrent. Acculé, Robert Hersant vend ses parts à Jean-Luc Lagardère pour éviter la faillite de son groupe de presse.

Fin de parcours[modifier | modifier le code]

En 1996, le groupe de Robert Hersant employait 8 000 personnes et générait 6 milliards de francs de chiffre d'affaires. Hersant meurt en 1996 à Saint-Cloud. Après sa mort, une partie de son groupe, Socpresse, est vendue à Serge Dassault.

Citations[modifier | modifier le code]

  • S'il n'y avait pas de journalistes et pas d'ouvriers du Livre, les éditeurs de journaux seraient des gens heureux (L'Expansion - Novembre 1976)
  • Bien sûr, depuis le début, je ne fais pas un journal, je fais des journaux, et je continuerai à faire des journaux. C’est la même chose pour moi que n’importe quel chef d’entreprise : la finalité d’une entreprise au plan industriel, c’est son développement, et la stagnation c’est le commencement de la fin.[réf. nécessaire]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Source: Chastenet et Chastenet, 1998
  2. Source: « The Politic and the Pity » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), The Nation. Mis en ligne le 12 mai 1979

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Brimo et Anne Guérin, Le dossier Hersant : Comment le « Springer » français a su passer des prisons de la République aux palais officiels, Maspéro (Cahiers libres), 1977
  • Dominique Pons, Dossier H… comme Hersant, Alain Moreau, 1977
  • Pierre Philippe Lambert et Gérard Le Marec, Partis et mouvements de la Collaboration: Parois 1940-1944, Grancher (Témoignages pour l'Histoire), 1993. ISBN 9782733904206
  • Philippe Huet et Élizabeth Coquart, Le monde selon Hersant, Ramsay, 1997
  • Patrick & Philippe Chastenet, Citizen Hersant: De Pétain à Mitterrand, histoire d'un empereur de la presse, Seuil (L'Épreuve des faits), 1998.