Robert Flaherty

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Robert Flaherty

alt=Description de l'image Portrait of Robert J. Flaherty.jpg.
Nom de naissance Robert Joseph Flaherty
Naissance 16 février 1884
Iron Mountain
Drapeau des États-Unis États-Unis
Nationalité Américain
Décès 23 juillet 1951 (à 67 ans)
Dummerston, Vermont
Drapeau des États-Unis États-Unis
Profession Réalisateur
Films notables Nanouk l'Esquimau,
L'Homme d'Aran,
Louisiana Story

Robert Joseph Flaherty est un réalisateur de cinéma américain, né le 16 février 1884 à Iron Mountain, dans le Michigan, et mort le 23 juillet 1951 à Vermont, dans le Montana[1].

Il est souvent considéré, avec Dziga Vertov, comme l'un des pères du film documentaire, terme utilisé pour la première fois lors de la sortie de Moana[2], dans un article du New York Sun écrit par John Grierson[3], qui travaillera plus tard avec Flaherty. Il est considéré aussi comme pionnier ou fondateur de ce que l'on nomme aujourd'hui docufiction ou ethnofiction, une pratique utilisée, d’une façon plus ou moins intense, dans tous ses films depuis Nanouk l'Esquimau.

Biographie[modifier | modifier le code]

R. J. Flaherty réalisant un film à Port Harrison (Québec), en 1920-1921.

Né d'une famille issue de l'émigration irlandaise, Flaherty débute sa carrière comme explorateur, cartographe et géologue dans la région de la Baie d'Hudson, au Canada, pour le compte d'une compagnie minière. En 1913, lors de sa troisième expédition dans cette région, son patron, Sir William Mackenzie, lui suggère de se munir d'une caméra afin de filmer la nature sauvage ainsi que les gens qui y vivent. Flaherty est particulièrement intéressé par les Inuits.

Son premier reportage filmé date de 1916. Le film, enregistré sur un support nitrate très inflammable est malencontreusement détruit par une cigarette. De cette malheureuse expérience, il découvrira qu'il ne veut plus faire des films de voyages et d'expédition, mais plutôt des films de connaissance et de rapprochement des peuples plus éloignés[4].

Nanouk l'Esquimau (Nanook of the North) est un travail de commande, réalisé pour le grand fourreur parisien Révillon Frères. Le film obtient un immense succès public. Pourtant, les choix de Flaherty dans le traitement du sujet, comme le fait de mettre en avant la personnalité de Nanook, lui attirent des critiques, certains allant jusqu'à l'accuser de manipulation. Le reproche n'est pas tout à fait injustifié, car certains événements ont été effectivement mis en scène[5].

Flaherty part dans l'hémisphère Sud en 1923 pour tourner Moana en Polynésie. Il passe un an à Samoa entre avril 1923 et décembre 1924, et raconte la vie des Polynésiens. Durant cette période, il s'intéresse aussi à l'aspect technique des prises de vue, il souhaite faire des images en couleur avec un nouveau procédé photographique. Mais le film est finalement tourné en noir et blanc[6],[7]

En 1929 à Bali, Robert Flaherty rencontre Friedrich Wilhelm Murnau qui lui propose de créer une société de production cinématographique. Ensemble, ils coproduisent Tabou, ils participent tous les deux à l'écriture du scénario, Murnau réalise le film, et Robert Flaherty devait être directeur de la photo. Mais Murnau engage le cadreur Floyd Crosby qui apporte sa caméra et doit aider Flaherty. Mais finalement Flaherty ne tourne que quelques plans et Crosby gagnera un oscar pour l'image de ce film. Flaherty et Murnau sont en désaccord sur la mise en scène, Flaherty croit à l'authenticité du documentaire, il aurait voulu filmer l'exploitation des autochtones par les blancs. Il estime que la façon dont Murnau dirige les acteurs est une manipulation[8].

Les parents de Flaherty étaient irlandais d’origine. Le cinéaste rêvait de filmer la terre de ses ancêtres. Grâce à John Grierson, il part durant deux ans dans la petite ile irlandaise d'Aran, entre novembre 1931 et le printemps 1933. Il tourne L'Homme d'Aran (Man of Aran), la lutte pour la vie d'une famille de pécheurs, une véritable épopée de l’homme face à la nature, le film est un poème lyrique et non un film d’ethnologue[6],[9].

En 1948, il tourne son dernier documentaire Louisiana Story, ce film relate l'installation d'une plateforme d'extraction de pétrole dans les marais de Louisiane. C'est une commande de la Standard Oil Company destinée à montrer les problèmes de la recherche pétrolière en milieu difficile. Robert Flaherty raconte la vie d'un jeune garçon dans la nature sauvage des marais et confronté à l'arrivée des techniciens venus installer un derrick[10].

Une certaine vision du cinéma[modifier | modifier le code]

Flaherty est un des premiers à avoir fréquenté ses sujets avant de les filmer. Ainsi, son cinéma repose sur ces liens de complicités. Le cinéma selon Flaherty est un moyen de connaissance et de rapprochement. Il voit ses filmés comme de réels collaborateurs. Ainsi, il traite sa pellicule sur les lieux même du tournage et projette son film au fur et à mesure de son montage et de sa collaboration. Flaherty est le premier réalisateur qui établit le principe de fréquentation et complicité avec les filmés qui sera cher, plus tard, au cinéma direct, méthode largement utilisée par Jean Rouch dans ses films[4]. Flaherty arrive sur les lieux du tournage sans préconception. Il ne sait pas ce qu'il va trouver sur place et il est toujours dans l'attente d'une révélation. Quand il a trouvé cette révélation, il essaie de la mettre en valeur par sa mise en scène documentaire. Il veut ainsi atteindre l'essence de cette vérité. Il y a donc mise en scène chez Flaherty. Il dramatise les évènements, engage des acteurs non-professionnels pour jouer dans ses films. Par exemple, Nanouk l'Esquimau ne s'appelle pas Nanouk mais Allakariallak. Il n'est pas en couple avec cette femme et n'a pas ces enfants[11]. Dans L'homme d'Aran, le pêcheur n'est pas vraiment un pêcheur et ce n'est pas réellement sa famille[12].
Flaherty recrée également certains moments qui ont été impossible à filmer. Il déforme aussi la réalité en créant pour Nanouk l'Esquimau un faux igloo pour pouvoir filmer à l'intérieur de celui-ci (un vrai igloo n'aurait pas laissé entrer assez de lumière pour le tournage)[4]. Cette déformation de la réalité a été souvent critiquée, mais également défendue par des auteurs comme Gilles Marsolais. Celui-ci dénonce le puritanisme de la pseudo-objectivité: il est question avant tout de respecter une vérité profonde.

Également, le dialogue pour Flaherty n'a que peu d'importance. Pour lui, c'est la musique de la langue qui est intéressante plutôt que son sens. Il accorde également beaucoup d'importance à la musique de ses films, car ils sont créateurs de mouvements, qui, selon lui, sont ralentis par la parole.

Contemporain de Flaherty, le Portugais José Leitão de Barros est, avec lui, un des pionniers de la docufiction et de l'ethnofiction, avant que Jean Rouch ne les applique d’une façon méthodologique en tant qu’anthropologie visuelle.

Les thèmes de Flaherty[modifier | modifier le code]

Nyla et son enfant

Les films de Flaherty sont des films humanistes, contemplateurs, lyriques et épicuriens, à l'image de l'homme. Ce sont des films de combat et de courage, proches du mythe. Les thèmes récurrents de son cinéma sont :

  • la beauté naturelle.
  • les anciennes traditions.
  • le regret du passé.
  • l'entraide familiale.
  • le conflit de l'homme avec la nature.
  • l'apprentissage par la souffrance.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Robert Flaherty sur l’Internet Movie Database
  2. Moana
  3. (en) John Grierson, « Flaherty’s Poetic Moana », New York Sun,‎ 8 février 1926
  4. a, b et c François Niney, L'épreuve du réel à l'écran : Essai sur le principe de réalité documentaire, De Boeck (ISBN 2804141357 et 9782804141356), p47
  5. Marina Gorboff, Premiers contacts: Des ethnologues sur le terrain, L'Harmattan,‎ 2003 (ISBN 2-7475-4810-4, lire en ligne), p47
  6. a et b [s.a.], « Robert Flaherty », la revue de cinéma, no 14 p. 26-29.,‎ 1958 (lire en ligne)
  7. (en) Robert Flaherty sur l’Internet Movie Database
  8. Luciano Berriatuam, Tabou l’héritage cinématographique, Mk2 édition, octobre 2007
  9. Olivier Bitoun, « L'Homme d'Aran (Man of Aran) »,‎ 2006 (consulté le 15/09/2012)
  10. http://id.erudit.org/iderudi/52225ac
  11. André Dudemaine, « L’âme est un voyageur imprévisible », 24 images, no 134,‎ 2007, p. 54-57 (lire en ligne)
  12. Guy Gauthier, Géographie sentimentale du documentaire : L'esprit des lieux, L'Harmattan,‎ 2010 (ISBN 2296447473 et 9782296447479, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]