Robert Deliège

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Robert Deliège (né en 1953) est un anthropologue belge. Diplômé en ethnologie de l'université d'Oxford, est professeur à l'université catholique de Louvain et membre de l'Académie royale des sciences d'outre-mer.

Spécialiste de l’Inde, il est l'auteur de plusieurs ouvrages : plusieurs monographies d’anthropologie indianiste ; un ouvrage d’introduction à l’anthropologie sociale et culturelle (1992) ; un Que sais-je ? sur le système des castes (1993) et un autre sur Gandhi (1999) ; un ouvrage de synthèse sur les intouchables (chez Imago, 1995) et un autre sur les castes aujourd’hui (chez PUF, en 2004) ; un manuel d’anthropologie de la parenté (Armand Colin, 1996) ; un recueil d’articles consacrés à la religion des intouchables (Septentrion, 2004) ; une synthèse et une introduction à la fois à l’anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss (au Seuil, en 2001) ; une histoire des théories anthropologiques (chez le même éditeur en 2006) ; une biographie de Gandhi (Presses universitaires du Septentrion, 2008) ; et enfin, un récit de voyage, Voyage à nowhere, itinérance orientales, qui relate les premiers contacts avec le monde indien auxquels sont consacrés la plupart des ouvrages précédents. À cela, il faut ajouter de nombreux articles, chapitres d’ouvrages et numéros de revue.

Présentation[modifier | modifier le code]

Robert Deliège a réalisé plusieurs séjours d’étude en Inde, qui ont donné lieu à de nombreux travaux d’ethnologie indienne. En 1975, il se rend seul dans une région de l’Inde centrale pour y étudier la « tribu » des Bhils, travail d'enquête qui sera publié cinq années plus tard, sous le titre The Bhils of Western India.

Après trois années d'études passées à Oxford, Robert Deliège repart pour l’Inde où il passera deux années entières, durant lesquelles il enseignera à l’université du Kérala et réalisera ensuite un deuxième travail de terrain d’une année dans deux villages du Tamil Nadu : Valghira Manickham, un premier village habité par des intouchables Paraiyars et Pallars, et divisé entre catholiques et hindous, et Alangkulam, un village également habité par deux castes, l’une intouchable, l’autre « touchable ».

Le contact avec les habitants de ces deux villages lui a assez rapidement appris, peut-être un peu à ses dépens, que le villageois, fût-il indien, n’est pas un être aussi imprégné de religiosité que ses prédécesseurs et maîtres aimaient l’écrire et, que d’une façon générale, les représentations religieuses des villageois sont assez éloignées de leurs références textuelles. En ce qui concerne les croyances dans les pouvoirs magiques des intouchables par exemple, Robert Deliège a pu observer à maintes reprises que l’importance de la magie noire et de la sorcellerie sur le sous-continent ne permet pas de dire que les Indiens y croient de naissance comme l’aurait écrit Marcel Mauss, ni a priori.

L’ethnologie de l’Inde et de l’hindouisme dont Robert Deliège est partisan et artisan, s’érige ainsi contre les postulats de l’indologie faisant de la civilisation indienne une civilisation empreinte de mysticisme et de spiritualité.

Les écrits de Robert Deliège plaident ainsi pour une ethnologie de l’hindouisme vécu, qui montre que ce qui se vit dans les villages et les villes de l’Inde ne correspond pas à ce qui se lit dans les textes anciens.

Selon lui, l’idée d’une Inde profondément religieuse et mystique dérive de certains stéréotypes, bien ancrés dans l’imaginaire occidental, et de la dichotomisation entre l’Orient et l’Occident. Ce n’est pas que la religion ne signifie rien pour les Indiens ou qu’elle n’occupe aucune place dans leur vie, mais c’est que leurs préoccupations religieuses atteignent rarement des sommets de spiritualité. Pour lui, une ethnologie de l’hindouisme devrait se construire sur des travaux qui dévoilent la religion vécue des Indiens, qui donc n’est pas celle des textes anciens. Les cultes locaux comme les crises de possession sont certainement aussi révélatrices de l’hindouisme vécu que les offrandes de fleurs et de bananes ou ces mains jointes en signe de dévotion, que l’anthropologue Chris Fuller considère comme des expressions hautement symboliques de la religion des Hindous.

L’intérêt de l’ethnologie est d’autant plus criant que l’Inde est une nation qui connaît un changement rapide et que les pratiques religieuses se transforment également. Or, des aspects aussi importants que la politisation de l’hindouisme (thématique largement abordée dans l’un de ses derniers ouvrages, Intouchables, paru chez Albin Michel dans la collection Planète Inde) ne peuvent être étudiés autrement que par une approche privilégiant la dimension vécue de la religion. (Olivier Schmitz)

Publications[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]