Rifaat el-Assad

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Rifaat al-Assad
Rifaat al-Assad, dans les années 1980.
Rifaat al-Assad, dans les années 1980.
Fonctions
Vice-président de la République arabe syrienne
11 mars 19848 février 1998
(13 ans, 10 mois et 28 jours)
Président Hafez el-Assad
Biographie
Date de naissance 22 août 1937 (77 ans)
Lieu de naissance Qardaha, Lattaquié, Syrie
Nationalité Syrienne
Parti politique Alliance Démocratique Arabe Unie [1]
Enfant(s) Siwar al Assad
Ribal al Assad
Diplômé de Université de Damas
Université de Moscou
Profession Personnalité politique
Résidence France, Angleterre, Espagne
Vice-présidents de la République arabe syrienne

Rifaat al-Assad (en arabe: رفعت الأسد), né le 22 août 1937, est un homme politique syrien. Frère cadet de l'ancien président de la Syrie, Hafez el-Assad, et l'oncle de l'actuel président Bachar el-Assad, qui tous proviennent de la minorité alaouite.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Drapeau du parti Baas

Cadet de dix enfants d'une famille Alaouite, Rifaat Al Assad est né en 1937 dans le Nord-ouest de la Syrie à Qardaha, dans la province de Lattaquié. Très jeune, il s'est initié au débat politique à l'école grâce à un professeur inspirant, Michel Aflak, fondateur du parti Baas. Dans les premières années du secondaire, le jeune Rifaat ne se sent pas en totale adéquation avec l'orientation politique de ce parti mais tout en poursuivant sa scolarité et avec l'assurance de la jeunesse, il décide de l'intégrer en 1951 à l'âge de quatorze ans avec l'idée de le réformer de l'intérieur.

Un an plus tard, il devient chef de l'organisation de la jeunesse du parti à Damas. Parvenu à s'élever au rang de membre du Comité central, Rifaat a continué son cursus en intégrant l'Université de Damas. C'est là que Rifaat a commencé à rassembler ses propres idées sous une forme plus cohérente. Il est le plus jeune membre jamais élu au comité exécutif du parti Baas.

Le parti Baas est fondé sur trois principes : -Unité -Liberté -Socialisme Rifaat a estimé que les fondements de ce parti politique devraient être : -Justice -Paix -Liberté[2].

Ascension[modifier | modifier le code]

Il est emprisonné à plusieurs reprises et même torturé à cause de son appartenance à ce qui était considéré comme des groupes radicaux. Après avoir terminé l'école, Rifaat Al Assad rejoint l'Académie militaire de Homs en tant qu'officier. Il est ensuite impliqué dans différents mouvements d'opposition.

Le 23 février 1966, il prend part au coup d'État contre le gouvernement militaire baasiste dirigé par Amin al-Hafez. Ses activités ont culminé dans le «mouvement de correction» de 1969 à 1970, où Rifaat Al Assad a collaboré avec son frère Hafez pour renverser le gouvernement baasiste autocratique et militaire dirigé par Noureddine al-Atassi. Il est ensuite nommé Président du Haut Tribunal constitutionnel du Parti Baas : un groupe de six personnes nommées au niveau international pour veiller sur le parti Baas en Irak et en Syrie[2].

Hafez et Rifaat Al Assad[modifier | modifier le code]

Sous la nouvelle administration de Hafez el-Assad, Rifaat est le chef de la sécurité et le commandant des brigades de défense «Saraya Al-Difaa». Ses nombreuses activités politiques, le développement de projets de construction, et l'essor d'entreprises commerciales ont fait de lui l'un des membres les plus influents du gouvernement. Il consacre beaucoup de temps au soutien des jeunes de la Syrie et a insufflé un esprit patriotique parmi eux. Il publie, pour servir ce dessein, un magazine intitulé «Al Fursan» (Les Chevaliers), et crée des forums pour les diplômés universitaires et les professionnels.

Tandis que Hafez consolidait sa position en tant que président, Rifaat n'était pas à l'aise avec l'orientation politique de la Syrie. Il insistait pour que son frère suspende son programme socialiste et adopte des politiques fondées sur les principes de justice de liberté et de démocratie, et lui a même conseillé de modifier la constitution. En effet, la Syrie se rapprochait de plus en plus de la Russie politiquement et économiquement. Ceux qui se sentaient engagés dans cette démarche antioccidentale ont été si troublés par la note discordante sonnée par Rifaat Al Assad qu'ils l'ont surnommé «La voix de l'Amérique».

De toute évidence, les deux frères n'ont pas toujours regardé dans la même direction. Dès le départ, il y avait des désaccords sur leur vision politique[2].

Affaire Hama[modifier | modifier le code]

Au début des années 1970, les Frères musulmans mènent des attaques à travers le pays pour protester contre cet État laïc et tentent d'assassiner le président Hafez lors de la visite d'une délégation africaine à Damas. Ils prennent possession de la ville comme bastion en 1982. Le gouvernement décide donc d'entreprendre une action militaire où toutes les forces syriennes sont mobilisées. Rifaat Al Assad, étant toujours chef de Saraya Al Difaa, n'a donc pu faire exception.

Ainsi, Rifaat Al Assad a été associé à l'incident. Il était fortement opposé aux Frères musulmans, mais son rôle, en dépit de son poste ministériel et militaire, a été minime. Il n'est jamais allé Hama. La fonction de Saraya Al Difaa est la protection de Damas, elle ne quitte donc pas la capitale[3]. Seuls quelques soldats étaient chargés de la protection d'hommes politiques à Hama[4]. De plus, Rifaat Al Assad avait ordonné à tous les gardes de Hama (environ deux cents) de rassembler les familles dans le stade de la ville afin de les protéger[5].

Les forces terrestres prennent très rapidement le contrôle de Hama et beaucoup de militaires ont été tués. Les estimations sont exagérées mais certainement autour de deux mille morts incluant sept cents combattants (dont les deux tiers étaient des Frères musulmans), cinq cents civils, et des combattants étrangers qui ont combattu auprès des Frères musulmans, d'après les documents de la DIA[4].

Exil[modifier | modifier le code]

En 1983, leurs relations fraternelles se dégradent davantage quand Rifaat Al Assad refusa que le fils de Hafez, Bassel Al Assad, ne prenne le pouvoir. Rifaat est ensuite évincé de l'armée et envoyé à la tête de l'administration de l'enseignement supérieur. Lorsque le Président Hafez tombe malade en 1984, Rifaat contribue à la sécurité du peuple syrien en maintenant l'ordre dans le pays qui, sans personne à sa tête risque de tomber dans une guerre civile. Certains l'accusent d'avoir tenté de prendre le pouvoir. Le président guéri, il décida que son frère devait quitter le pays du fait d'opinions politiques divergentes, ce qu'il fit en 1984.

Il s'établit en France à l'invitation du président Francois Mitterrand, qui le décore de la Légion d'honneur en 1986, au grade de grand officier[6] pour « services rendus à la nation ». Bien qu'il soit revenu en Syrie pour les funérailles de sa mère en 1992, Rifaat demeure condamné à l'exil et repart en 1998 en France et en Espagne déchu de son titre de vice-président. Cependant, la répression de 1999, qui implique des affrontements armés à Lattaquié, détruit une grande partie de son réseau en Syrie ; plusieurs de ses partisans sont arrêtés et emprisonnés. Ces mesures sont liées à la succession d'Hafez, Rifaat ayant commencé à se repositionner alors que son frère cherchait à éliminer toute concurrence potentielle envers son successeur désigné, son fils Bachar el-Assad.

En France, Rifaat a bruyamment protesté contre la succession de Bachar al-Assad au poste de président. Il a émis l'idée de revenir en Syrie afin d'assumer « ses responsabilités et accomplir la volonté du peuple », faisant la promesse de gouverner avec bienveillance et démocratiquement, avec « la puissance du peuple et l'armée » derrière lui.

Siwar al Assad, le fils de Rifaat, est à la tête d'une chaîne de télévision, Arab News Network (ANN), chaine d'opposition au régime qui fonctionne comme un porte-parole politique pour son père. Rifaat lui-même dirige le parti UNDA « United National Democratic Alliance » (al-Tajammoo al-quawmi`al-democrati al-muwahhad), un parti politique à l'activité peu soutenue, même s'il produit régulièrement des communiqués en faveur du retour de Rifaat en Syrie et des critiques contre le président Bachar al-Assad. Dans les années 1970, Rifaat avait fondé le Parti démocratique arabe au Liban, un groupe politique qui, pendant la guerre civile libanaise, agissait comme une milice fidèle au régime syrien.

Intérêts actuels[modifier | modifier le code]

Yossef Bodansky, directeur de la task force américaine au Congrès sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle, a déclaré que Rifaat bénéficiait du soutien des États-Unis et de l'Arabie saoudite ; sa visite officielle dans ce dernier pays en 2007 a ainsi été grandement médiatisée. De son côté, le régime du président Assad se méfie de ses intentions et surveille attentivement ses activités.

Rifaat a été mentionné par Stratfor (société américaine d'analyse géopolitique) comme un suspect potentiel dans l'attentat à la bombe qui a tué en 2005 l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, ainsi que dans la série d'attentats qui a frappé Beyrouth après le retrait syrien. L'objectif a été de déstabiliser le régime syrien. Il n'y a eu aucune mention de Rifaat dans le rapport des Nations Unies sur l'assassinat de Rafic Hariri[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.unitednda.org/english/?page_id=5
  2. a, b et c Al Assad, Dr Rifaat (2011) Renouvellement de la pensée nationaliste, Helios, France
  3. http://www.youtube.com/watch?v=pJ-9T56E5Vc
  4. a et b Syria: Muslim Brotherhood Pressure Intensifies, DIA
  5. « Massacre de Hama : «Rifaat al-Assad n’a jamais été là-bas» », Libération,‎ 2013 (lire en ligne)
  6. « Patrimoine de l’oncle de Bachar el-Assad: des « biens légitimement acquis », selon la famille », sur RFI.fr,‎ 3 octobre 2013 : « […] lorsque Rifaat el-Assad a été fait Grand Officier de la Légion d’honneur par le président Mitterrand ? »
  7. Rapport Mehlis

Article connexe[modifier | modifier le code]